{"id":15169,"date":"2018-01-09T16:10:29","date_gmt":"2018-01-09T16:10:29","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=15169"},"modified":"2020-06-06T14:38:49","modified_gmt":"2020-06-06T14:38:49","slug":"qui-connait-mohand-tazerout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/qui-connait-mohand-tazerout\/","title":{"rendered":"Qui connait Mohand Tazerout ?"},"content":{"rendered":"<h1>Un philosophe et un civilisationniste occult\u00e9<\/h1>\n<p><strong><em> Par S. Ait Hamouda<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ecrire sur les Alg\u00e9riens qui ont port\u00e9 l\u2019Alg\u00e9rie aux talons de leurs souliers, dans leur c\u0153ur, leur \u00e2me et leur esprit, partout o\u00f9 les amenaient leurs p\u00e9r\u00e9grinations, \u00e0 travers les contr\u00e9es les plus \u00e9loign\u00e9es du monde, est un p\u00e9rilleux exercice. On citera par exemple nos intellectuels et philosophes Mohand Tazerout, Mohamed Arkoun, Nabhani Koribaa et tant d\u2019autres hommes d\u2019ouverture, de savoir et de tol\u00e9rance.<\/p>\n<p>Mohand Tazerout, n\u00e9 en 1893 au village Tazerout dans la commune d&rsquo;Aghribs et d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1973 \u00e0 Tanger au Maroc, est un philosophe, \u00e9crivain, traducteur et civilisationniste alg\u00e9rien. Il a traduit plusieurs \u0153uvres de philosophes allemands dont \u00abLe D\u00e9clin de l&rsquo;Occident\u00bb d&rsquo;Oswald Spengler et a \u00e9crit de nombreux livres. Il a fait ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale de Bouzareah \u00e0 Alger. Une fois qu\u2019il eut termin\u00e9 la formation d&rsquo;instituteur, il fut nomm\u00e9 dans une \u00e9cole de Theniet El Had. En 1912, il se rebelle contre le directeur et quitte l&rsquo;Alg\u00e9rie pour le Caire et fera une formation \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Al-Azhar. En 1913, il part pour l&rsquo;Iran o\u00f9 il apprend le perse. Ensuite, il s&rsquo;en va en Russie, il apprendra le russe et apr\u00e8s il voyage vers la Chine et acquit le mandarin, vers 1914. Mohand Tazerout se rend en Europe, il visite plusieurs pays, il sera mobilis\u00e9 en 1917 en Belgique pendant la Premi\u00e8re guerre mondiale. Bless\u00e9, il sera rapatri\u00e9 vers la France, o\u00f9 il continue ses \u00e9tudes \u00e0 Poitiers et pr\u00e9pare une licence en allemand \u00e0 Strasbourg. De retour en Alg\u00e9rie en 1953, il visitera Biskra, Gharda\u00efa et il repart pour Tunis.<\/p>\n<p>Il mourut \u00e0 Tanger en 1973. Ses \u0153uvres sont inconnues en Alg\u00e9rie. Jacques Fournier commencera par \u00e9voquer l\u2019itin\u00e9raire qui l\u2019a conduit \u00e0 rencontrer Mohand Tazerout, dont il a \u00e9pous\u00e9 la fille et qu\u2019il a bien connu depuis la fin des ann\u00e9es 1940 jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s en 1973. A partir de ce lien familial, des \u00e9changes qu\u2019il a eus avec lui et des recherches auxquelles il a proc\u00e9d\u00e9, il se propose d\u2019\u00e9voquer la vie et l\u2019\u0153uvre de Mohand Tazerout, en insistant sur certains aspects controvers\u00e9s ou m\u00e9connus :<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019enfance et la premi\u00e8re formation en Alg\u00e9rie, avec la l\u00e9gende d\u2019un voyage autour du monde qui n\u2019a pas eu lieu et l\u2019engagement dans la guerre de 14.<br \/>\n&#8211; L\u2019int\u00e9gration durable dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise par son mariage avec une institutrice vend\u00e9enne et l\u2019exercice de son m\u00e9tier de professeur d\u2019allemand.<br \/>\n&#8211; l\u2019\u0153uvre consid\u00e9rable du germaniste, de l\u2019encyclop\u00e9diste, de l\u2019intellectuel qui va s\u2019engager \u00e0 la fin de sa vie dans le conflit alg\u00e9rien.<br \/>\n&#8211; l\u2019\u00e9volution de sa vision des rapports de l\u2019Alg\u00e9rie avec la France qui se refl\u00e8te dans les \u00e9crits de la derni\u00e8re p\u00e9riode.<br \/>\n&#8211; son retour vers le Maghreb et sa retraite \u00e0 Tanger.<br \/>\n&#8211; la red\u00e9couverte de son \u0153uvre dans l\u2019Alg\u00e9rie contemporaine.<\/p>\n<p>Les \u0153uvres et \u00e9crits du penseur et philosophe restent malheureusement m\u00e9connus en Alg\u00e9rie, c\u2019est le cas de plusieurs intellectuels qui ont choisi l\u2019exil ou qui ont v\u00e9cu une grande partie de leur vie \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Afin d\u2019essuyer la poussi\u00e8re sur le parcours exemplaire de celui qui, jadis, a r\u00e9alis\u00e9 plusieurs critiques, traduites en ouvrages, sur les pens\u00e9es philosophiques allemandes, \u00e0 l\u2019instar de celle de Friedrich Nietzsche, l\u2019Association alg\u00e9rienne des \u00e9tudes philosophiques a organis\u00e9, le 11 avril dernier \u00e0 14h, une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude sur cet intellectuel oubli\u00e9, au niveau de la biblioth\u00e8que nationale du Hamma.<\/p>\n<p>Fodil Boumala, journaliste et universitaire, qui a consacr\u00e9 plus de 20 ans de recherche sur les \u0153uvres de Mohand Tazerout, en conna\u00eet beaucoup sur lui. \u00abMohand Tazerout a r\u00e9alis\u00e9 aussi plusieurs \u00e9tudes philosophiques sur les civilisations orientales, de Chine et de l\u2019Occident, dans un sillage philosophique de l\u2019\u00e9poque\u00bb, explique-t-il. L\u2019auteur du Manifeste contre le racisme, \u00e9ditions Subervie, Rodez (France 1963), apr\u00e8s un court passage en Alg\u00e9rie en 1953, repart en Tunisie puis au Maroc o\u00f9 il nous quitte \u00e0 jamais \u00e0 Tanger en 1973. \u00abIl \u00e9tait bless\u00e9 par l\u2019Alg\u00e9rie, \u00e0 l\u2019image de Mohammed Arkoun et Mouloud Mammeri, la raison pour laquelle il n\u2019est pas rest\u00e9 ici\u00bb, explique Fodil Boumala, qui sera l\u2019un des intervenants en cette journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9cembre en cours, au centre d\u2019\u00e9tudes dioc\u00e9sain les Glycines, a eu lieu une conf\u00e9rence anim\u00e9e par Jacques Fournier, beau fils du penseur et aussi ancien haut fonctionnaire fran\u00e7ais. Celui-ci a \u00e9voqu\u00e9 la m\u00e9moire et l\u2019histoire de l\u2019illustre intellectuel Mohand Tazerout. Une partie de la famille de Mohand Tazerout \u00e9tait pr\u00e9sente, et un des principaux points du d\u00e9bat portait sur la p\u00e9riode de jeunesse de l\u2019auteur, qui a souvent aliment\u00e9 les fantasmes sur les grands voyages qu\u2019il aurait entrepris en Chine, en Iran, en Mongolie. etc. Pour M. Fournier, il y a \u00abd\u2019un c\u00f4t\u00e9 la l\u00e9gende\u00bb, avec tous ces beaux r\u00e9cits de \u00abtour du monde\u00bb, mais \u00able r\u00e9cit ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u00bb. En lieu et place de ces voyages, il serait entr\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e en 1914, ayant acquis le statut personnel fran\u00e7ais, avant de se marier avec une institutrice vend\u00e9enne en 1917. Une des personnes pr\u00e9sentes dans l\u2019audience ajoute, \u00e0 la fin de la conf\u00e9rence, que \u00abm\u00eame Tazerout n\u2019a jamais pr\u00e9tendu avoir fait tous ces voyages\u00bb. D\u00e9crit comme un professeur \u00abautoritaire\u00bb et sachant \u00abtenir une classe\u00bb, l\u2019intellectuel alg\u00e9rien est devenu par la suite un germaniste r\u00e9put\u00e9.<\/p>\n<p>Il exerce sa profession en Charente-Maritime et en Vend\u00e9e, \u00abest affect\u00e9 \u00e0 Angoul\u00eame, \u00e0 la Rochelle, \u00e0 Nantes\u00bb, et commence l\u2019\u00e9criture d\u2019une importante production intellectuelle, notamment avec la traduction d\u2019une partie de l\u2019\u0153uvre du philosophe allemand Oswald Spengler, qui d\u00e9veloppe une vision originale de l\u2019histoire, et qui explique certaines des controverses \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Tazerout pendant cette p\u00e9riode ambigu\u00eb. Son rapport avec l\u2019Alg\u00e9rie reste complexe. \u00c0 l\u2019instar de Ferhat Abbas et de beaucoup d\u2019intellectuels de l\u2019\u00e9poque, il reste longtemps assimilationniste dans les ann\u00e9es 1920, croyant \u00aben une future \u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle\u00bb. Pour M. Fournier, c\u2019\u00e9tait une illusion, \u00ables \u00e9v\u00e8nements s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent, les insurrections commencent, et il va progressivement prendre une position claire pour l\u2019ind\u00e9pendance\u00bb.<\/p>\n<p>Mohand Tazerout n\u2019est jamais revenu au pays apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, et cela a continu\u00e9 de susciter beaucoup d\u2019interrogations, surtout apr\u00e8s sa mort, en 1973. Son gendre \u00e9voque sa fiert\u00e9, \u00abpersonne ne l\u2019a jamais rappel\u00e9 en Alg\u00e9rie\u00bb, explique t-il, et d\u2019autres personnes dans la salle parlent aussi d\u2019un certain rapport \u00ab\u00e0 l\u2019exil\u00bb. Cette conf\u00e9rence fut l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une v\u00e9ritable discussion entre la famille, les proches et les lecteurs de l\u2019intellectuel alg\u00e9rien, m\u00eame si on regrette le peu de place laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9laboration concr\u00e8te de ses id\u00e9es. Une histoire et un parcours passionnant, entre l\u2019Alg\u00e9rie et la France, de 1893 \u00e0 1973, pendant des p\u00e9riodes troubles et complexes, qui \u00e9voque des imaginaires pluriels, de la po\u00e9sie kabyle aux \u0153uvres germanistes, en passant par l\u2019illusion assimilationniste et l\u2019ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne. Une \u0153uvre \u00e0 relire pour mieux comprendre le si\u00e8cle pass\u00e9. Par ailleurs, un documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Hocine Redjala consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019intellectuel a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 \u00e0 cette occasion. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 penser qu\u2019au pays natal de bien d\u2019intellectuels morts en exil, vivre en pari\u00e2t loin de leur patrie est pr\u00e9destin\u00e9. Comme si l\u2019exil \u00e9tait leur lot, leur viatique, leur destin inexorable.<\/p>\n<p><strong>S.A.H.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.depechedekabylie.com\/cuture\/158008-un-philosophe-et-un-civilisationniste-occulte.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/p>\n<hr>\n<h2>MANIFESTE CONTRE LE RACISME DE MOHAND TAZEROUT (1893-1973)<\/h2>\n<p>Par <span class=\"story_author\">Kaddour M&rsquo;HAMSADJI &#8211; <\/span><\/p>\n<p class=\"article_abstract\">son nom est celui d&rsquo;une grande famille du terroir natal, son oeuvre, pourtant prodigieuse, n&rsquo;est connue que par de rares chercheurs alg\u00e9riens.<\/p>\n<p>Tandis que l&rsquo;actualit\u00e9 est, ailleurs, \u00e0 la journ\u00e9e de comm\u00e9moration de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, je me mets \u00e0 ranger dans mon lieu de travail des documents depuis si longtemps accumul\u00e9s et, comme je n&rsquo;ai pu prendre le temps de m&rsquo;en occuper, ils sont rest\u00e9s entass\u00e9s. Mon regard se porte par hasard sur un livre \u00e0 la couverture jaunie, piqu\u00e9e de grains de poussi\u00e8re jaune-brun. Je le saisis d&rsquo;une main fi\u00e9vreuse et je lis sur la couverture \u00abMohand Tazerout, Manifeste contre le racisme (*), \u00e9ditions Subervie\u00bb puis, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, dans une page, \u00abCopyright 1963\u00bb.<\/p>\n<p><b>La parole consciente et l&rsquo;\u00e9criture intelligente<\/b><br \/>\nQuel bonheur de retrouver ce livre, ce souvenir qui me ram\u00e8ne au d\u00e9but de l&rsquo;Ind\u00e9pendance, au d\u00e9but d&rsquo;un cinquantenaire d&rsquo;une identit\u00e9 retrouv\u00e9e! L&rsquo;\u00e9diteur, qui \u00e9tait aussi le mien en 1959, me l&rsquo;a envoy\u00e9, d\u00e8s sa parution, \u00e0 mon adresse permanente en Alg\u00e9rie. \u00c9mu et \u00e9prouvant le devoir sacr\u00e9, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, de faire conna\u00eetre les auteurs alg\u00e9riens, j&rsquo;en ai imm\u00e9diatement r\u00e9dig\u00e9 et publi\u00e9 une note de lecture et de pr\u00e9sentation dans la page hebdomadaire Lettres-Arts-Sciences du journal Le Peuple du dimanche 8 d\u00e9cembre 1963, p. 4. J&rsquo;ai sous les yeux ce que j&rsquo;en ai \u00e9crit; en voici quelques extraits: \u00abLe livre&#8230; [&#8230;] vient \u00e0 son heure au moment o\u00f9, dans le monde, les passions racistes sont \u00e0 leur paroxysme. [&#8230;] Le terrible mal dont souffre tant le genre humain est le racisme. M.Mohand Tazerout [&#8230;] essaie de circonscrire ce mot et le diss\u00e8que.<\/p>\n<p>En effet, il \u00e9crit: \u00b4\u00b4Le racisme est ins\u00e9parable de la colonisation europ\u00e9enne du monde entier. Mais il se donne pour une doctrine scientifique et d\u00e9finitive de la race humaine dans sa puret\u00e9 compl\u00e8te.\u00b4\u00b4 L&rsquo;auteur, avec la passion n\u00e9cessaire, mais aussi la lucidit\u00e9 de l&rsquo;observateur, va, tout le long de son livre, d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment cette \u00b4\u00b4doctrine scientifique et d\u00e9finitive\u00b4\u00b4 en lui opposant les deux qualit\u00e9s intrins\u00e8ques de chaque homme vivant sur notre plan\u00e8te: \u00b4\u00b4la conscience de la parole et l&rsquo;intelligence de l&rsquo;\u00e9criture, ins\u00e9parables l&rsquo;une de l&rsquo;autre.\u00b4\u00b4 [&#8230;] Je voudrais signaler aussi que la r\u00e9daction de ce livre \u00e9tait achev\u00e9e en 1960. Le titre primitif \u00e9tait \u00b4\u00b4Contre le racisme\u00b4\u00b4. En conclusion, l&rsquo;importance de ce livre de M.Mohand Tazerout, ne doit pas \u00e9chapper \u00e0 notre attention.\u00bb J&rsquo;ajouterai, entre autres, deux remarques de l&rsquo;auteur lui-m\u00eame, extraites de son Manifeste contre le racisme, la premi\u00e8re: \u00abPour faire mieux comprendre la signification fondamentale que nous rattachons aux deux \u00e9pith\u00e8tes de l&rsquo;homme RACIQUE et de l&rsquo;homme RACISTE, il ne sera peut-\u00eatre pas inutile de prendre exemple concret sur la lutte sept\u00e9naire en cours entre la France et le F.L.N. pour l&rsquo;ind\u00e9pendance politique de l&rsquo;Alg\u00e9rie coloniale (p. 222).\u00bb; la seconde, extraite de l&rsquo;\u00e9pilogue: \u00abJe ne veux imposer \u00e0 personne ce Manifeste comme une V\u00e9rit\u00e9 int\u00e9grale au-del\u00e0 de laquelle il n&rsquo;y en aurait pas d&rsquo;autres; mais j&rsquo;ai le droit et le devoir sacr\u00e9s de le soumettre \u00e0 la discussion des lecteurs honn\u00eates comme une premi\u00e8re hypoth\u00e8se scientifique sur la race et les peuples humains par opposition radicale au racisme&#8230;(p. 229)\u00bb<\/p>\n<p>Mohand Tazerout! \u00c0 part, quelques chercheurs universitaires naturellement passionn\u00e9s de culture et d&rsquo;histoire de leur pays, &#8211; qui le conna\u00eet? On pourrait disserter longuement, et pris d&rsquo;indignation irraisonn\u00e9e, consid\u00e9rer comme m\u00e9chancet\u00e9 sublime l&rsquo;illustration &#8211; h\u00e9las! parfaite &#8211; de l&rsquo;intention radicale d&rsquo;une certaine \u00abgendelettrerie\u00bb actuelle d&rsquo;ignorer &#8211; par incomp\u00e9tence, par jalousie, par m\u00e9pris,&#8230; par quoi d&rsquo;autre encore? &#8211; la qualit\u00e9 d&rsquo;homme de culture de quelques-uns de nos intellectuels disparus. Quant aux vivants, du moins les cr\u00e9ateurs d&rsquo;oeuvres culturelles, tous les artistes, \u00e0 l&rsquo;\u00e2me inalt\u00e9rable, ils ont t\u00f4t appris \u00e0 ne s&rsquo;attendre \u00e0 aucune reconnaissance, et d&rsquo;autant qu&rsquo;on les laisserait sciemment se consoler en pensant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9reuse expression populaire qui est \u00e0 consommer comme un baume miraculeux et qui est la suivante: \u00abEl hayy razqou hayy! L&rsquo;\u00eatre vivant a sa fortune devant lui!\u00bb C&rsquo;est, parmi d&rsquo;autres cas, quelque peu celui aussi de l&rsquo;auteur du Manifeste contre le racisme.<\/p>\n<p>Mohand Tazerout a subi des r\u00e9serves douteuses d&rsquo;une part, de J. Sauvaget qui, selon J.D\u00e9jeux, a estim\u00e9 \u00b4\u00b4mauvaise\u00b4\u00b4 sa traduction de l&rsquo;Histoire des peuples islamiques de C. Brokelmann, \u00e9d. Payot, Paris,1949, d&rsquo;autre part, du m\u00eame J. D\u00e9jeux qui a jug\u00e9, lui, que ses ouvrages \u00abtiennent beaucoup du discours d&rsquo;id\u00e9es: r\u00e9flexion d&rsquo;ordre philosophique sur les civilisations et les cultures, les religions et les id\u00e9ologies (Dictionnaires des auteurs maghr\u00e9bins de langue fran\u00e7aise, \u00e9d. Karthala, 1984, pp. 201-202)\u00bb. Cela sans parler de pas mal de partis pris, scandaleusement \u00e9chafaud\u00e9s par des auteurs de la colonisation, s&rsquo;intitulant Ma\u00eetres en la mati\u00e8re!<\/p>\n<p><b>Une pens\u00e9e multiple et coh\u00e9rente<\/b><br \/>\nMohand Tazerout, professeur honoraire laur\u00e9at de l&rsquo;Institut de France, est n\u00e9 en 1893, en Kabylie, chez les Ait-Djema\u00e2, pieux musulmans, au lieu-dit \u00abTazerout\u00bb, pr\u00e8s d&rsquo;Azazga. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en novembre 1973 \u00e0 Tanger au Maroc. Sa biographie reste incompl\u00e8te, bien que l&rsquo;on puisse en trouver une esquisse satisfaisante dans les articles le concernant, notamment dans ceux du g\u00e9ographe de formation, chercheur en sociologie et en histoire Djilali Sari (\u00abL&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;intelligentsia alg\u00e9rienne (1850-1950), \u00e9d. ANEP, Alger, 2006) et \u00abMohand Tazerout: 1893-1973\u00bb, Centre d&rsquo;\u00e9tudes Ass\u00e2la \/ assala-dz.net.), du po\u00e8te, auteur de Jumeau (r\u00e9cit) et Ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Djelfa, Hamid Nacer-Khodja (in Un \u00e9diteur en guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie: Jean Subervie.<\/p>\n<p>L&rsquo;oeuvre de Mohand Tazerout. \u00abLes \u00c9ditions Subervie produisent, entre 1955 et 1963, une somme de cinq ouvrages polygraphes et deux essais \u00e0 forte connotation politique.\u00bb Alg\u00e9rie Litt\u00e9rature \/ Action, n\u00b041, mai-juin, 2000, pp. 230-245.), de l&rsquo;universitaire, \u00e9crivain et journaliste Fodil Boumala dans une conf\u00e9rence, en hommage \u00e0 Mohand Tazerout, prononc\u00e9e le mardi 25 mai 2010 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. On trouvera \u00e9galement sa biographie parmi celles des auteurs recens\u00e9s, d&rsquo;une part dans Auteurs alg\u00e9riens de langue fran\u00e7aise de la p\u00e9riode coloniale (Dictionnaire biographique), \u00e9d. L&rsquo;Harmattan, Paris, 2010, p. 216, de Abdellali Merdaci, docteur en linguistique, professeur habilit\u00e9 de litt\u00e9rature francophone et compar\u00e9e (Universit\u00e9 de Constantine), auteur de plusieurs ouvrages et \u00e9tudes de r\u00e9f\u00e9rences, d&rsquo;autre part, dans Dictionnaire encyclop\u00e9dique de l&rsquo;Alg\u00e9rie, \u00e9d. ANEP, Alger, 2007, p. 1090, de Achour Cheurfi, journaliste professionnel, po\u00e8te (Coraline \/ Chahla ou Danse infid\u00e8le), nouvelliste (La Maison maudite \/ La Colombe du Pr\u00e9sident) et auteur de plusieurs dictionnaires biographiques.<\/p>\n<p>Voici cependant pour mes lecteurs et sous la formule passim, une biographie g\u00e9n\u00e9rale et succincte de Mohand Tazerout: apr\u00e8s des \u00e9tudes primaires dans son village natal et un enseignement de la langue arabe et du Coran, re\u00e7u de son p\u00e8re, puis dans deux \u00e9coles fran\u00e7aises de la Casbah, il est admis \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole normale d&rsquo;instituteurs d&rsquo;Alger-Bouzar\u00e9ah. En 1912, il est instituteur \u00e0 Thenia. Peu enclin \u00e0 se soumettre au syst\u00e8me colonial, il s&rsquo;exile \u00abpour \u00e9tudes\u00bb au Caire o\u00f9 il fr\u00e9quente la c\u00e9l\u00e8bre universit\u00e9 d&rsquo;El Azhar. L&rsquo;ann\u00e9e 1913 lui ouvre les chemins difficiles mais enthousiasmants des voyages et des d\u00e9couvertes (langue, soci\u00e9t\u00e9, histoire, culture, civilisation,&#8230;): il est en Iran, en Russie, en Chine, puis il retourne en Europe: Allemagne, Italie, Espagne, puis l&rsquo;Afrique: Maroc, Mali, Alg\u00e9rie. Il est, en pleine \u00abGuerre 14-18\u00bb, mobilis\u00e9 en 1917 en France. Bless\u00e9 en Belgique, il est fait prisonnier en Allemagne.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la guerre, il reprend ses \u00e9tudes \u00e0 Strasbourg, puis \u00e0 Poitiers. Il obtient une licence de langue allemande. Riche de sa vaste culture, il lit ais\u00e9ment dans le texte original les grands penseurs d&rsquo;Occident, du Proche et de l&rsquo;Extr\u00eame-Orient et du monde arabe. Il en a traduit plusieurs oeuvres en langue fran\u00e7aise. Il a enseign\u00e9 en province \u00e0 la fois \u00e0 Nantes et la Roche-sur-Yon. En 1953, il rentre en Alg\u00e9rie, s\u00e9journe \u00e0 Laghouat, Gharda\u00efa, Biskra. Ensuite, il se rend \u00e0 Tunis et \u00e0 Tanger o\u00f9 il meurt, en 1973. Il laisse de nombreux ouvrages aux titres r\u00e9v\u00e9lateurs de la profondeur de sa pens\u00e9e multiple et coh\u00e9rente: litt\u00e9raire, philosophique, religieuse (pr\u00e9dominance de l&rsquo;Ijtih\u00e2d), politique, scientifique,&#8230; totalement humaine (concr\u00e9tis\u00e9e surtout dans son essai Histoire politique de l&rsquo;Afrique du Nord, paru chez Subervie, pour des raisons compr\u00e9hensibles, seulement en 1961) et qui lui a alors valu la cons\u00e9cration de laur\u00e9at de l&rsquo;Institut de France.<\/p>\n<p>Quelques titres de ses ouvrages: &#8211; Quelques conditions m\u00e9connues d&rsquo;un rapprochement franco-allemand, 1931. &#8211; Le d\u00e9clin de l&rsquo;Occident: Esquisse d&rsquo;une morphologie de l&rsquo;histoire universelle d&rsquo;Oswald Spengler et Mohand Tazerout, 1931. &#8211; Sociologie relationnelle par L\u00e9opold Von Wiese,&#8230; Auteur: L\u00e9opold Max Walther Von Wiese und Kaiserswaldau, traduit par Mohand Tazerout, 1932. &#8211; Karl Brokelmann et l&rsquo;Institut de sociologie appliqu\u00e9e\u00bb, 1936. &#8211; Critique de l&rsquo;\u00e9ducation allemande, de Kant \u00e0 Hitler, 1946. &#8211; Les \u00c9ducateurs sociaux de l&rsquo;Allemagne moderne: L&rsquo;\u00c9ducation vitaliste, 1948. &#8211; La foi religieuse du Proche-Orient, 1956. &#8211; Le Capitalisme mondial du XIVe si\u00e8cle \u00e0 nos jours, 1958. &#8211; Au congr\u00e8s des civilis\u00e9s, 5 tomes: 1- La m\u00e9tamorphose intellectuelle d&rsquo;Extr\u00eame-Orient. 2- La foi religieuse du Proche-Orient. 3- La philosophie amoureuse de l&rsquo;Antiquit\u00e9. 4- Le capitalisme occidental depuis le XIVe si\u00e8cle. 5- Le communisme sovi\u00e9tique et la sociologie de la coexistence pacifique, 1956, \u00e9d. Subervie, 1959. &#8211; Histoire politique de l&rsquo;Afrique du nord, 1961. &#8211; Manifeste contre le racisme, \u00e9d. Subervie, 1963,&#8230;<\/p>\n<p>Ailleurs, il y a quelque temps, j&rsquo;ai \u00e9crit: \u00abLa richesse de notre litt\u00e9rature se mesure dans le coeur du seul Alg\u00e9rien, auteur ou lecteur.\u00bb Sans doute est-ce une \u00e9vidence, mais il est bon de ne jamais oublier, cette \u00e9vidence. De m\u00eame, au besoin, comme dit l&rsquo;esprit populaire alg\u00e9rien: M\u00e2 yahoukklak ill\u00e2 dhafrak wa m\u00e2 yabk\u00ee alayk ill\u00e2 chafrak, tu ne peux te gratter qu&rsquo;avec ton doigt et il n&rsquo;y a que ton oeil qui puisse verser des larmes pour toi!<br \/>\nJe tiens enfin \u00e0 rappeler ou \u00e0 confirmer que Mohand Tazerout a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la toute premi\u00e8re Union des \u00e9crivains alg\u00e9riens, d\u00e8s sa cr\u00e9ation, le 28 octobre 1963.<\/p>\n<p><b><small>(*) Manifeste contre le racisme de Mohand Tazerout, \u00c9ditions Subervie, Rodez (France), 1963, 232 pages<\/small>.<\/b><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lexpressiondz.com\/culture\/le_temps_de_lire\/174044-un-brillant-penseur-algerien-injustement-ignore.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/p>\n<hr>\n<h1 class=\"entry-title\" style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/glycines.hypotheses.org\/429\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Ma rencontre avec Mohand Tazerout : Itin\u00e9raire d\u2019un intellectuel alg\u00e9rien<\/a><\/h1>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un philosophe et un civilisationniste occult\u00e9 Par S. Ait Hamouda Ecrire sur les Alg\u00e9riens qui ont port\u00e9 l\u2019Alg\u00e9rie aux talons de leurs souliers, dans leur c\u0153ur, leur \u00e2me et leur esprit, partout o\u00f9 les amenaient leurs p\u00e9r\u00e9grinations, \u00e0 travers les contr\u00e9es les plus \u00e9loign\u00e9es du monde, est un p\u00e9rilleux exercice. 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