{"id":16256,"date":"2020-07-27T11:42:20","date_gmt":"2020-07-27T11:42:20","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=16256"},"modified":"2020-07-27T11:42:23","modified_gmt":"2020-07-27T11:42:23","slug":"pensee-de-malek-bennabi-la-decadence-du-monde-musulman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/pensee-de-malek-bennabi-la-decadence-du-monde-musulman\/","title":{"rendered":"Pens\u00e9e de Malek Bennabi: \u00ab La d\u00e9cadence du monde musulman \u00bb&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>La plupart des historiens conviennent que les d\u00e9boires de la civilisation islamique ont commenc\u00e9 trente ans environ apr\u00e8s la mort du Proph\u00e8te avec la remise en cause de la l\u00e9gitimit\u00e9 du calife Ali par le clan des Banu Omayya et la bataille de Siffin sur laquelle elle a d\u00e9bouch\u00e9. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est survenue la grande \u00ab fitna \u00bb qui a mis fin \u00e0 l\u2019ordre moral, social et politique instaur\u00e9 par les quatre califes qui ont succ\u00e9d\u00e9 au Proph\u00e8te.<br>Le coup d\u2019Etat de Moawiya a provoqu\u00e9 la division des musulmans en courants rivaux (les sunnites qui ont suivi Moawiya, les chiites qui ont suivi Ali, et les kharidjites qui renvoy\u00e8rent dos \u00e0 dos l\u2019un et l\u2019autre), division qui pr\u00e9vaut \u00e0 ce jour. Il les a divis\u00e9s collectivement et individuellement entre la reconnaissance du fait du prince et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la fra\u00eeche tradition de d\u00e9volution du pouvoir, il a provoqu\u00e9 dans leur esprit une s\u00e9paration entre le principe coranique et la vie politique, entre la morale et les int\u00e9r\u00eats, entre la mosqu\u00e9e o\u00f9 l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre le culte du despote et ce qu\u2019on pense au fond de soi. La bataille de Siffin s\u2019est sold\u00e9e par la mort de plus de 40.000 musulmans, chiffre \u00e9norme quand on sait qu\u2019\u00e0 la mort du Proph\u00e8te la communaut\u00e9 musulmane comptait quelques 124.000 personnes [1].<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas sans raison que Bennabi a vu dans cette crise une rupture qui allait affecter \u00e0 jamais l\u2019inconscient collectif musulman : \u00ab La cit\u00e9 musulmane a \u00e9t\u00e9 pervertie par les tyrans qui se sont empar\u00e9 du pouvoir apr\u00e8s les quatre premiers khalifes. Le citoyen qui avait voix au chapitre dans tous les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9 a fait place au \u00ab sujet \u00bb qui plie devant l\u2019arbitraire et au courtisan qui le flatte. La chute de la cit\u00e9 musulmane a \u00e9t\u00e9 la chute du musulman d\u00e9pouill\u00e9 d\u00e9sormais de sa mission de \u00ab faire le bien et de r\u00e9primer le mal \u00bb. Le ressort de sa conscience a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9 et la soci\u00e9t\u00e9 musulmane est entr\u00e9e ainsi progressivement dans l\u2019\u00e8re post-almohadienne o\u00f9 la colonisabilit\u00e9 appelait le colonialisme \u00bb (pr\u00e9face de 1970 \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition de \u00ab Vocation de l\u2019islam \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9tait comme on l\u2019a vu colossal : les descendants directs du Proph\u00e8te, la plus c\u00e9l\u00e8bre de ses \u00e9pouses et ses plus proches compagnons se sont dress\u00e9s les uns contre les autres dans des affrontements impitoyables, des membres d\u2019une m\u00eame famille s\u2019entretuaient sur les champs de bataille, le clanisme et le tribalisme combattus par l\u2019islam avaient resurgi, brisant la communaut\u00e9 qu\u2019il avait instaur\u00e9e entre eux.<br>C\u2019\u00e9tait une guerre civile aux proportions dramatiques car elle intervenait alors que le souvenir du Proph\u00e8te et de la r\u00e9v\u00e9lation coranique \u00e9taient encore frais dans les m\u00e9moires : \u00ab Le Coran, en tant que syst\u00e8me philosophique, \u00e9tait une science qui d\u00e9passait singuli\u00e8rement l\u2019horizon de la conscience djahilienne. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une rupture entre ceux qui avaient assimil\u00e9 la nouvelle pens\u00e9e, la pens\u00e9e coranique, et ceux qui demeuraient attach\u00e9s \u00e0 la tradition, \u00e0 des conceptions sociales, \u00e0 des conditions de vie que le Coran venait pr\u00e9cis\u00e9ment abolir. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est le fond m\u00eame de l\u2019histoire musulmane depuis treize si\u00e8cles ; il dispara\u00eet sous des v\u00eatements historiques mais des luttes intestines le font p\u00e9riodiquement resurgir d\u2019une crise \u00e0 l\u2019autre\u00bb (\u00ab Vocation de l\u2019islam \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle civilisation \u00e9tait frapp\u00e9e alors qu\u2019elle \u00e9tait en phase ascensionnelle, p\u00e9riode que Bennabi d\u00e9signe par l\u2019expression phase de l\u2019\u00e2me, car la tension spirituelle qui anime les acteurs est \u00e0 son comble. C\u2019est le moment o\u00f9 l\u2019id\u00e9e-force est tendue \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Apr\u00e8s Siffin, l\u2019\u00e8re de la d\u00e9compression commence, marqu\u00e9e par un mouvement non plus vertical, mais horizontal. La civilisation n\u2019\u00e9tant plus propuls\u00e9e par sa \u00ab vitesse d\u2019\u00e9chappement \u00bb d\u00e9cline peu \u00e0 peu jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat final : \u00ab Cette date qui semble avoir \u00e9t\u00e9 peu remarqu\u00e9e sinon pour l\u2019histoire des id\u00e9es schismatiques dans le monde musulman est cependant une date capitale car elle marque le tournant temporel de l\u2019islam et \u00e0 peu pr\u00e8s la fin de son \u00e9pop\u00e9e spirituelle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 certain \u00e9gard le commencement de la d\u00e9cadence ou, tout au moins, son signe pr\u00e9curseur\u2026 La civilisation n\u2019\u00e9volue plus en profondeur dans l\u2019\u00e2me humaine mais \u00e0 la surface de la terre qui exercera sur elle d\u00e9sormais sa terrible pesanteur depuis les confins de la Chine jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Atlantique. A partir de Siffin, c\u2019est la phase expansive en quelque sorte marqu\u00e9e tout au long des noms illustres des al-Kindi, al-Farabi, Ibn Sina, Abou-l-Wafa, al-Battani, Ibn Rochd, etc, jusqu\u2019\u00e0 Ibn Khaldoun dont le g\u00e9nie m\u00e9lancolique \u00e9clairera le cr\u00e9puscule de la civilisation musulmane\u2026 C\u2019est ainsi qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 le moteur d\u2019une brillante civilisation, le musulman s\u2019est trouv\u00e9, par une phase de querelles de toutes sortes, de guerres de tawa\u00effs, de razzias, ramen\u00e9 \u00e0 son stade actuel\u2026\u00bb (\u00ab Vocation de l\u2019islam \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Sous les quatre premiers califes et les Omeyades la civilisation musulmane r\u00e9alise l\u2019essentiel des conqu\u00eates territoriales. Pendant les trois premiers si\u00e8cles du r\u00e8gne abbasside elle connait sa plus forte p\u00e9riode de cr\u00e9ativit\u00e9 intellectuelle (du VIII\u00b0 au XII\u00b0 si\u00e8cle) : les sciences se d\u00e9veloppent, la litt\u00e9rature brille de ses plus belles productions, la traduction des \u0153uvres grecques donne une impulsion \u00e0 la philosophie\u2026<br>Le mouvement de traduction des chefs-d\u2019\u0153uvre de la pens\u00e9e grecque (Hippocrate, Galien, Platon, Aristote\u2026) en arabe a pris son \u00e9lan \u00e0 Baghdad sous le r\u00e8gne d\u2019al-Ma\u2019moun [2], d\u2019Al-Mu\u2019ta\u00e7im et d\u2019al Wathiq, entre 813 et 842, c\u2019est-\u00e0-dire la p\u00e9riode o\u00f9 les califes \u00e9taient eux-m\u00eames des partisans de l\u2019\u00e9cole \u00ab mu\u2019tazilite \u00bb (rationaliste).<\/p>\n\n\n\n<p>Bennabi r\u00e9sume cette p\u00e9riode : \u00ab On peut dire qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de Farabi la soci\u00e9t\u00e9 musulmane cr\u00e9ait des id\u00e9es, qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019Ibn Khaldoun elle les transmettait \u00e0 l\u2019Europe, et qu\u2019apr\u00e8s Ibn Khaldoun elle n\u2019\u00e9tait plus capable ni d\u2019en cr\u00e9er, ni d\u2019en transmettre \u00bb (\u00abLe probl\u00e8me de la culture \u00bb). A partir du XI\u00b0 si\u00e8cle, il n\u2019y a plus une mais des civilisations musulmanes : arabe, persane, turque, maghr\u00e9bine\u2026 Cette brillante civilisation n\u2019est plus que la p\u00e2le copie d\u2019un mod\u00e8le con\u00e7u pour \u00eatre \u00e9ternel et Bennabi lui accorde \u00e0 peine le titre de civilisation. Mieux encore, il ne va m\u00eame pas inclure dans cette d\u00e9nomination l\u2019Empire mongol, l\u2019Empire perse safavide, l\u2019\u00e9pop\u00e9e timouride ou l\u2019\u00e8re ottomane.<\/p>\n\n\n\n<p>Au plan intellectuel et mental la d\u00e9cadence est pr\u00e9sent\u00e9e par lui comme \u00ab l\u2019impuissance \u00e0 d\u00e9passer le donn\u00e9, \u00e0 aller au-del\u00e0 du connu, \u00e0 franchir de nouvelles \u00e9tapes historiques, \u00e0 cr\u00e9er et assimiler du nouveau. \u00bb (\u00ab Vocation de l\u2019islam \u00bb). Les portes de l\u2019Ijtihad ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019al-Acha\u00e2ri et de Ghazali. C\u2019est de l\u00e0 que va d\u00e9couler la psychologie fataliste, le repli de la soci\u00e9t\u00e9 sur elle-m\u00eame, la fin de la recherche et de l\u2019innovation qui n\u2019existent que si elles sont port\u00e9es par l\u2019esprit critique. Les id\u00e9es sem\u00e9es par al-Acha\u00e2ari, al-Ghazali et leurs continuateurs vont d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en fatalisme, en maraboutisme, en culte des saints, en \u00ab sauve-qui-peut social \u00bb. Visant cette \u00e9poque, Bennabi note dans \u00ab Majaliss Dimashq \u00bb : \u00ab Ainsi, nous avons unanimement d\u00e9cid\u00e9 de mettre \u00e0 l\u2019arr\u00eat notre raison dans nos activit\u00e9s intellectuelle, terrestres et c\u00e9lestes\u00bb.<br>Quoiqu\u2019il en soit, Siffin n\u2019\u00e9tait pas un accident de parcours mais un pr\u00e9c\u00e9dent qui allait se perp\u00e9tuer syst\u00e9matiquement sous forme de dynasties h\u00e9r\u00e9ditaires, de dictatures civiles ou militaires, c\u2019est-\u00e0-dire de despotisme. Le premier crime de Moawiya a \u00e9t\u00e9 le coup d\u2019Etat qu\u2019il a foment\u00e9 contre Ali par la ruse et la corruption. Son second crime est d\u2019avoir, avant sa mort, introduit la dynastie, c\u2019est-\u00e0-dire le pouvoir familial et despotique dans l\u2019histoire de l\u2019islam en obligeant la communaut\u00e9 \u00e0 faire all\u00e9geance (bay\u2019a) \u00e0 son fils Yazid.<br>Mais il faut dire que ni les Abbassides ni les pouvoirs musulmans qui ont surgi par la suite n\u2019ont cherch\u00e9 \u00e0 corriger cette h\u00e9r\u00e9sie ou voulu adopter des formes de \u00ab gouvernement d\u00e9mocratique \u00bb. Il peut m\u00eame para\u00eetre que Moawiya soit exemplaire \u00e0 cet \u00e9gard car lui au moins a \u00e9vit\u00e9 toute pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 religieuse quand ses successeurs se voudront qui \u00ab ombre de Dieu sur le terre \u00bb qui \u00ab imam infaillible \u00bb.<br>Alexis de Tocqueville a d\u00e9crit les effets psychologiques et sociologiques du despotisme : \u00ab Il retire aux citoyens toute passion commune, tout besoin mutuel, toute n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019entendre, toute occasion d\u2019agir ensemble ; il les mure, pour ainsi dire, dans la vie priv\u00e9e. Ils tendaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se mettre \u00e0 part, il les isole ; ils se refroidissent les uns pour les autres, il les glace\u2026 \u00bb [3] .<\/p>\n\n\n\n<p>Description frappante du ph\u00e9nom\u00e8ne de dislocation du r\u00e9seau des relations sociales mis par Bennabi \u00e0 l\u2019origine de la d\u00e9cadence et de la colonisabilit\u00e9 : \u00ab Les complexes qu\u2019une culture et une longue tradition ont d\u00e9termin\u00e9s deviennent impropres \u00e0 produire et \u00e0 entretenir le mouvement social normal, provoquant une esp\u00e8ce de paralysie dont les effets ne deviennent visibles qu\u2019\u00e0 travers les \u00e9preuves d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 et les vicissitudes de ses institutions. \u00bb<br>Comme certaines maladies, la d\u00e9cadence est h\u00e9r\u00e9ditaire, elle est transmise d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre par des germes qui sont les repr\u00e9sentations mentales, les habitudes, les traditions\u2026 Bennabi \u00e9crit : \u00abToute modification d\u2019un complexe psychologique a pour cons\u00e9quence une modification sociale correspondante, en bien ou en mal [4]\u2026 Les id\u00e9es sont les \u00ab microbes \u00bb qui transmettent et perp\u00e9tuent \u00e0 travers le temps les maladies sociales\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de l\u2019an 1369 apr\u00e8s JC que Bennabi date le point d\u2019inflexion de la civilisation musulmane. Cette date correspond \u00e0 la fin d\u2019un cycle de civilisation qui a commenc\u00e9 avec Abou Bakr et s\u2019est termin\u00e9 avec les Almohades. On peut dire en gros que la civilisation islamique a connu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce grand cycle un cycle proprement arabe (de la fondation de l\u2019Etat musulman \u00e0 l\u2019av\u00e8nement des Abbassides en 750), un cycle arabo-persan (de 750 \u00e0 l\u2019av\u00e8nement des Mongols en 1258), un cycle arabo-berb\u00e8re en Afrique du Nord et en Espagne avec les Almoravides et les Almohades, un cycle ottoman (de 1517 \u00e0 1924), ainsi que plusieurs cycles \u00e0 vocation r\u00e9gionale en Inde et en Asie centrale dans l\u2019intervalle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui va se passer, c\u2019est une marche en arri\u00e8re, une r\u00e9gression : l\u2019homme civilis\u00e9, ayant perdu son \u00e9lan civilisateur, devient incapable d\u2019assimiler et de cr\u00e9er des id\u00e9es ; il ne sait plus appliquer son g\u00e9nie au sol et au temps ; la vie sociale fait place \u00e0 la vie v\u00e9g\u00e9tative, la synth\u00e8se fondamentale (homme-sol-temps) se d\u00e9sagr\u00e8ge, l\u2019homme post-almohadien va remplacer le musulman civilis\u00e9 et incarner la colonisabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Contemporain et t\u00e9moin de ce point d\u2019inflexion, Ibn Khaldoun a dress\u00e9 un tableau saisissant de ce coucher de civilisation : \u00ab Le Maghreb n\u2019\u00e9tait pas un pays pauvre. Sous les Almohades il \u00e9tait dans de bonnes conditions avec un revenu important. Mais, aujourd\u2019hui, la situation est mauvaise parce que le Maghreb est bien d\u00e9chu de son faste d\u2019antan\u2026<br>Le temps n\u2019est plus o\u00f9 son rayonnement s\u2019\u00e9tendait entre la M\u00e9diterran\u00e9e et le Soudan, et du Sousse marocain jusqu\u2019\u00e0 la Cyr\u00e9na\u00efque. Aujourd\u2019hui c\u2019est presque partout un d\u00e9sert, sauf sur le littoral et les collines voisines\u2026 Alors, le d\u00e9clin commence, la prosp\u00e9rit\u00e9 diminue, la population d\u00e9cro\u00eet, les techniques se ralentissent. En cons\u00e9quence, on perd l\u2019habitude de b\u00e2tir des \u00e9difices \u00e9l\u00e9gants et solides, la main d\u2019\u0153uvre diminue avec le nombre des habitants ; on ne trouve presque plus de pierre, de marbre et d\u2019autres mat\u00e9riaux, on utilise des pierres de r\u00e9emploi\u2026 Apr\u00e8s quoi, on revient \u00e0 la mode b\u00e9douine, avec du pis\u00e9 au lieu de pierres, et sans aucun ornement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les villes retournent aux villages, aux hameaux, puis elles tombent peu \u00e0 peu en ruines\u2026 On dit couramment d\u2019un pays civilis\u00e9 qui se d\u00e9peuple qu\u2019il perd sa substance ; c\u2019est au point que m\u00eame les sources et les rivi\u00e8res cessent de couler. Car les sources ne jaillissent que lorsqu\u2019on les creuse et qu\u2019on en tire de l\u2019eau : autrement dit, il faut y travailler. C\u2019est la m\u00eame chose qu\u2019avec les b\u00eates laiti\u00e8res. Des sources qui ne sont plus utilis\u00e9es et qu\u2019on n\u2019entretient plus se perdent sous terre, comme si elles n\u2019avaient jamais exist\u00e9\u2026 Lorsque le vent de la civilisation eut cess\u00e9 de souffler sur le Maghreb et sur l\u2019Espagne, les sciences y d\u00e9clin\u00e8rent et toute activit\u00e9 scientifique y disparut, \u00e0 l\u2019exception de rares traces individuelles\u2026 Si l\u2019argent est rare aujourd\u2019hui au Maghreb et en Ifriqiya, ce n\u2019est pas le cas chez les Slaves et les Francs. S\u2019il est rare en Egypte et en Syrie, il ne l\u2019est pas dans l\u2019Inde, ni en Chine. Ce n\u2019est qu\u2019un instrument, qu\u2019un capital. C\u2019est la civilisation qui en cause l\u2019abondance ou la raret\u00e9\u2026 Baghdad, Cordoue, Basra, Koufa\u2026 Au d\u00e9but de l\u2019islam, c\u2019\u00e9taient des villes tr\u00e8s peupl\u00e9es et polic\u00e9es. Les sciences y \u00e9taient \u00e0 l\u2019honneur et les habitants \u00e9taient vers\u00e9s dans la terminologie scientifique, dans les diff\u00e9rentes branches du savoir ; ils se posaient des probl\u00e8mes et inventaient de nouvelles sp\u00e9cialit\u00e9s. Ils \u00e9taient en avance sur les anciens, comme sur les modernes. Mais, quand vinrent la d\u00e9cadence et la dispersion, ce fut aussi la fin de la science et de l\u2019enseignement dont la tradition fut transport\u00e9e ailleurs\u00bb [5].<br>Terrible moment de vide historique o\u00f9 tout se fige comme sous l\u2019effet d\u2019un sortil\u00e8ge. Mais tel un enchanteur qui se pr\u00e9pare \u00e0 briser le sortil\u00e8ge, Bennabi nous \u00e9claire sur les dessous du myst\u00e8re et note dans \u00ab Le probl\u00e8me de la culture \u00bb : \u00ab Lorsque l\u2019\u0153uvre d\u2019Ibn Khaldoun a vu le jour dans le monde musulman, elle ne pouvait plus contribuer ni \u00e0 son progr\u00e8s intellectuel, ni social, parce que dans cette \u00e9tape elle repr\u00e9sentait une id\u00e9e isol\u00e9e du milieu r\u00e9el. D\u2019ailleurs, dans une pareille \u00e9tape, ce n\u2019est pas seulement l\u2019id\u00e9e qui perd sa signification culturelle, sa facult\u00e9 de cr\u00e9er des choses, mais r\u00e9ciproquement la chose elle-m\u00eame ne peut plus engendrer des id\u00e9es. Par exemple, \u00e0 quoi aurait servi la fameuse pomme de Newton si, au lieu de tomber sur l\u2019illustre math\u00e9maticien, elle \u00e9tait tomb\u00e9e sur son anc\u00eatre de l\u2019\u00e9poque de Guillaume le Conqu\u00e9rant ? Il est \u00e9vident qu\u2019elle n\u2019aurait pas cr\u00e9\u00e9 l\u2019id\u00e9e de la gravitation, mais tout juste un petit tas de fumier parce que l\u2019anc\u00eatre de Newton l\u2019aurait tout simplement mang\u00e9e. Il est donc clair que l\u2019id\u00e9e et la chose n\u2019acqui\u00e8rent de valeur culturelle que dans certaines conditions. Elles ne deviennent cr\u00e9atrices de culture qu\u2019\u00e0 travers un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur sans lequel la vie dans le \u00ab monde des id\u00e9es \u00bb et le \u00ab monde des choses \u00bb se fige comme dans de simples mus\u00e9es et perd toute efficacit\u00e9 sociale v\u00e9ritable. On peut interpr\u00e9ter cet int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur par rapport \u00e0 l\u2019individu comme la liaison organique qui le lie au monde des id\u00e9es et au monde des choses. Quand cette liaison fait d\u00e9faut, l\u2019individu n\u2019a plus de prise ni sur les id\u00e9es, ni sur les choses. Il glisse seulement sur la surface des choses sans les p\u00e9n\u00e9trer et passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des id\u00e9es sans les reconna\u00eetre. Et ce contact superficiel ne fait na\u00eetre aucune interrogation, aucun probl\u00e8me. Newton a interrog\u00e9 la pomme parce qu\u2019il y \u00e9tait attach\u00e9 par un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur. A une autre \u00e9poque, mille ans plus t\u00f4t par exemple, il l\u2019aurait simplement d\u00e9vor\u00e9e parce que \u00ab l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur \u00bb faisait encore d\u00e9faut dans la soci\u00e9t\u00e9 anglaise qui elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9e encore. Inversement, personne dans la soci\u00e9t\u00e9 musulmane jusqu\u2019au XIX\u00b0 si\u00e8cle ne pouvait plus interroger l\u2019id\u00e9e d\u2019Ibn Khaldoun parce que cette soci\u00e9t\u00e9 n\u2019avait d\u00e9j\u00e0 plus un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur \u00e0 la base de son activit\u00e9 intellectuelle et sociale. A partir de cette \u00e9poque, le musulman glissait \u00e0 la surface des choses sans les p\u00e9n\u00e9trer et passait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des id\u00e9es sans les comprendre parce qu\u2019il n\u2019avait plus de liaisons avec les unes et les autres. Il ne r\u00e9sultait plus de sa rencontre avec les r\u00e9alit\u00e9s sociales ce choc imp\u00e9tueux qui les transforme et le transforme lui-m\u00eame \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e 1492 qui marque la chute de Grenade, dernier \u00e9mirat musulman en Europe, est aussi celle de la d\u00e9couverte de l\u2019Am\u00e9rique qui marque le d\u00e9but du monde moderne. Les musulmans ne sont plus en \u00e9tat de sommer les autres de s\u2019islamiser. Au contraire, ce sont les autres qui les invitent \u00e0 changer de foi. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1461, Pie II appelle le sultan ottoman \u00e0 se convertir au christianisme : \u00abTu es sans aucun doute le plus grand souverain du monde. Une seule chose te manque : le bapt\u00eame. Accepte un peu d\u2019eau et tu domineras tous ces couards qui portent des couronnes sacr\u00e9es et s\u2019assoient sur des tr\u00f4nes b\u00e9nis. Sois mon nouveau Constantin et pour toi je serai un nouveau Sylvestre. Convertis-toi et, ensemble, nous fonderons avec ma Rome et avec Constantinople \u2013 qui \u00e0 pr\u00e9sent t\u2019appartient \u2013 un nouvel ordre universel. [6]\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la modernit\u00e9 pointe \u00e0 l\u2019horizon, le cr\u00e9puscule \u00e9tend son ombre sur le monde arabe. Le Moyen-\u00e2ge finit pour l\u2019Europe et commence pour le monde musulman. Les d\u00e9faites et les pertes de territoires se succ\u00e8dent depuis la reprise de Tol\u00e8de en 1085, de Cordoue en 1236, de Valence en 1246, de S\u00e9ville en 1248, de Gibraltar en 1462\u2026 Les premiers trait\u00e9s de capitulation sont sign\u00e9s par l\u2019Empire ottoman avec la France d\u00e8s 1535, suivis d\u2019autres accords avec les Anglais et les Italiens qui concurrencent le commerce musulman en M\u00e9diterran\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des navires plus performants.<\/p>\n\n\n\n<p>Des n\u00e9gociants et des comptoirs sont install\u00e9s dans les principaux ports qui facilitent le transfert du contr\u00f4le des routes commerciales, surtout la fameuse route des Indes, vers les puissances europ\u00e9ennes. Avec Souleiman le magnifique (1520-1566) l\u2019Empire ottoman arrive \u00e0 son apog\u00e9e. A sa mort au champ d\u2019honneur le d\u00e9clin commence. Son fils, S\u00e9lim II (1566-1574) \u00e9tait, comme Yazid le fils de Moawiya, surnomm\u00e9 \u00ab l\u2019ivrogne \u00bb. Sa flotte est battue \u00e0 L\u00e9pante en 1571. Le commandant en chef de la marine ottomane donne dans son rapport une explication au d\u00e9sastre : \u00ab La flotte imp\u00e9riale affronta la flotte des mis\u00e9rables infid\u00e8les et la volont\u00e9 d\u2019Allah se d\u00e9tourna dans un autre sens \u00bb [7].<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que les Occidentaux d\u00e9veloppent leur information et leur connaissance des pays musulmans, ces derniers ne voient aucune raison de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 leurs modes de pens\u00e9e, de vivre et de faire. L\u2019orientaliste anglo-am\u00e9ricain Bernard Lewis note : \u00abDu c\u00f4t\u00e9 musulman, les r\u00e9ticences \u00e0 se rendre en Europe \u00e9taient grandes. Les juristes musulmans ont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019un musulman ne peut pas vivre en bon musulman dans une terre infid\u00e8le\u2026 La conqu\u00eate de l\u2019Espagne soulevait un probl\u00e8me plus d\u00e9licat encore : quand une terre musulmane est conquise sur les chr\u00e9tiens, les musulmans peuvent-ils rester sous domination chr\u00e9tienne ? L\u00e0 encore, de nombreux juristes r\u00e9pondent par la n\u00e9gative.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Occident \u00e9merge de la barbarie et, avec la Renaissance, se lance dans l\u2019\u00e8re des d\u00e9couvertes et du progr\u00e8s ; il s\u2019affranchit de la tutelle intellectuelle musulmane apr\u00e8s en avoir int\u00e9gr\u00e9 ce qui pouvait l\u2019int\u00e9resser et se fixe de nouveaux horizons ; la R\u00e9forme lib\u00e8re sa cr\u00e9ativit\u00e9 philosophique et technique.<br>Le monde musulman ne remarque pas les importantes transformations mentales, techniques et militaires survenues dans cette aire qu\u2019il d\u00e9daigne et tient pour le territoire de la m\u00e9cr\u00e9ance. L\u2019Autriche, la Russie et la Pologne s\u2019allient et battent les Turcs auxquels elles arrachent d\u2019importantes possessions. L\u2019expansion de l\u2019islam dans le monde est d\u00e9finitivement stopp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est alors que les Ottomans prennent conscience de la puissance militaire et technique de l\u2019Europe et envisagent les premi\u00e8res r\u00e9formes.<\/p>\n\n\n\n<p>Bernard Lewis d\u00e9crit les circonstances morales et psychologiques de cette prise de conscience : \u00ab Pendant des si\u00e8cles, la r\u00e9alit\u00e9 semble confirmer la vision que les musulmans avaient du monde et d\u2019eux-m\u00eames. L\u2019islam repr\u00e9sentait la plus grande puissance militaire : au m\u00eame moment, ses arm\u00e9es envahissaient l\u2019Europe et l\u2019Afrique, l\u2019Inde et la Chine. C\u2019\u00e9tait aussi la premi\u00e8re puissance \u00e9conomique du monde, dominant le commerce d\u2019un large \u00e9ventail de produits gr\u00e2ce \u00e0 un vaste r\u00e9seau de communications en Asie, en Europe et en Afrique \u2026 Dans les arts et les sciences, l\u2019islam pouvait s\u2019enorgueillir d\u2019un niveau jamais atteint dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9\u2026 Et puis, soudain, le rapport s\u2019inversa\u2026 Pendant longtemps, les musulmans ne s\u2019en rendirent pas compte\u2026 La Renaissance, la R\u00e9forme, la r\u00e9volution technique pass\u00e8rent pour ainsi dire inaper\u00e7ues en terre d\u2019islam\u2026 La confrontation militaire r\u00e9v\u00e9la la cause profonde du nouveau d\u00e9s\u00e9quilibre des forces\u2026 C\u2019\u00e9taient l\u2019inventivit\u00e9 et le dynamisme d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019Europe qui creusaient l\u2019\u00e9cart entre les deux camps \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le symposium international organis\u00e9 \u00e0 Bordeaux en juin 1956 pour \u00e9tudier les causes du d\u00e9clin culturel dans l\u2019histoire de l\u2019islam a \u00e9tabli qu\u2019il n\u2019y eut plus de savants musulmans apr\u00e8s l\u2019inventeur du principe logarithmique, le math\u00e9maticien alg\u00e9rien Ibn Hamza al-Maghribi, auteur de \u00ab Tuhfat al-ad\u00e2d fil-his\u00e2b \u00bb, qui parut en Turc sous le r\u00e8gne de Mourad III (1574-1595)[8].<br>En 1799, les Anglais signent un trait\u00e9 d\u2019alliance avec Istanbul en contrepartie de nouvelles concessions. En 1802, la France re\u00e7oit les m\u00eames privil\u00e8ges. En 1819, les Britanniques s\u2019installent \u00e0 Bahrein. En 1830, l\u2019Alg\u00e9rie est occup\u00e9e par les Fran\u00e7ais et devient une colonie de peuplement. En 1839, la Grande Bretagne s\u2019empare de Aden et de la C\u00f4te des pirates (Emirats arabes).<\/p>\n\n\n\n<p>En 1856, au Congr\u00e8s de Paris, les grandes puissances obtiennent la main mise sur les ressources des territoires ottomans et un contr\u00f4le financier sur ses recettes. En 1859, la France occupe la Mauritanie. En 1864, les Espagnols p\u00e9n\u00e8trent au Sahara occidental. En 1881, la France place la Tunisie sous protectorat. En 1882, l\u2019Egypte, en difficult\u00e9 financi\u00e8re, est \u00e0 son tour mise sous protectorat par l\u2019Angleterre. Cette derni\u00e8re d\u00e9tache le Kowe\u00eft de Basra, en 1899. En Perse, le Shah Nasr-Eddin est assassin\u00e9 en 1896 pour avoir accord\u00e9 des concessions de p\u00e9trole et de p\u00eache aux Russes et de tabac aux Anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1912, le Maroc est plac\u00e9 sous protectorat par la France alors que la Libye est envahie par l\u2019Italie. En 1916, les accords secrets de Sykes-Picot-Sazonow sont sign\u00e9s \u00e0 Saint-Petersbourg entre la France, l\u2019Angleterre et la Russie. En 1917, Balfour proclame les droits des Juifs en Palestine. En 1919, la Grande \u2013Bretagne signe avec l\u2019Iran un pacte qui lui confie le contr\u00f4le de ses finances\u2026<br>L\u2019ensemble du monde arabo-musulman tombe sous la domination \u00e9conomique et financi\u00e8re occidentale. C\u2019en \u00e9tait bel et bien fini de la civilisation musulmane, jusqu\u2019\u00e0 ce que le colonialisme vienne secouer par ses violences et ses d\u00e9fis la conscience musulmane : \u00ab Ce n\u2019est pas sans raison que le monde musulman qui dormait profond\u00e9ment depuis six ou sept si\u00e8cles s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 soudainement au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle. Qui lui a dit que c\u2019\u00e9tait l\u2019heure du r\u00e9veil ? Peut-\u00eatre avait-on fractur\u00e9 la porte, \u00e9branl\u00e9 la maison, emport\u00e9 pas mal de choses pr\u00e9cieuses et des tapis moelleux sur lesquels nous eussions pieusement continu\u00e9 \u00e0 dormir\u2026 Si c\u2019est cela le fait colonial, il faut avouer que c\u2019est lui qui nous a r\u00e9veill\u00e9s, plus ou moins brutalement, mais tant pis pour les d\u00e9licats qui s\u2019endorment apr\u00e8s de plantureux repas\u2026 \u00bb (les \u00ab CR \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>\u270d\ufe0f : <a href=\"https:\/\/oumma.com\/auteur\/noureddine-boukrouh\/\"><strong>Nour-Eddine Boukrouh<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>[1] Selon Aboul Fedda, cit\u00e9 par G.H Bousquet in \u00ab Classiques de l\u2019islamologie \u00bb. Par ailleurs, Mawdudi nous apprend dans son livre \u00ab l\u2019Etat id\u00e9ologique \u00bb que \u00ab les guerres men\u00e9es par le Proph\u00e8te en cinq ans pour la conqu\u00eate de l\u2019Arabie n\u2019ont pas fait plus de 1200 victimes de part et d\u2019autre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Lorsqu\u2019il re\u00e7ut la capitulation de l\u2019Empereur byzantin Michel II, Al-Ma\u2019moun lui demanda au titre des dommages et int\u00e9r\u00eats de lui remettre les ouvrages des philosophes non encore traduits en arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>[3] Alexis de Tocqueville : \u00ab L\u2019Ancien r\u00e9gime et la r\u00e9volution \u00bb, Ed. Mouyer, Paris 1967.<\/p>\n\n\n\n<p>[4] C\u2019est Jung qui a d\u00e9couvert les \u00ab complexes \u00bb qu\u2019il a d\u00e9finis comme \u00e9tant des \u00ab images \u00e9motionnelles dou\u00e9es d\u2019une forte coh\u00e9sion int\u00e9rieure \u00bb.Bennabi a une d\u00e9finition propre du \u00ab complexe psychologique \u00bb qui est la fixation des habitudes, des traditions, des go\u00fbts dans les structures mentales et les comportements. Il est la traduction de tout ce qui est h\u00e9rit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 : \u00ab C\u2019est le mobile qui transforme instantan\u00e9ment une habitude, bonne ou mauvaise, une tradition en usage, un acte concret, bon ou mauvais \u00bb. C\u2019est l\u2019arch\u00e9type, l\u2019id\u00e9e, qui s\u2019int\u00e8gre \u00e0 notre \u00e9thique personnelle sous forme de canevas mental de notre comportement social (Cf. \u00ab Le probl\u00e8me des id\u00e9es \u00bb, \u00e9bauche de 1960).<\/p>\n\n\n\n<p>[5] \u00ab al- Muqaddima \u00bb, trad. V. Monteil, Ed. UNESCO, Beyrouth, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] Jacques Attali : \u00ab 1492 \u00bb, Ed. Fayard, Paris 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>[7] Cit\u00e9 in Bernard Lewis : \u00ab Que s\u2019est-il pass\u00e9 ? L\u2019Islam, l\u2019Occident et la modernit\u00e9 \u00bb, Ed. Gallimard, Paris 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>[8] Cf. Actes du symposium publi\u00e9s sous le titre \u00ab Classicisme et d\u00e9clin culturel dans l\u2019histoire de l\u2019islam \u00bb, Ed. G.P Maisonneuve et Larose, Paris 1977.<\/p>\n\n\n\n<p>\ud83c\udf0d : oumma<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La plupart des historiens conviennent que les d\u00e9boires de la civilisation islamique ont commenc\u00e9 trente ans environ apr\u00e8s la mort du Proph\u00e8te avec la remise en cause de la l\u00e9gitimit\u00e9 du calife Ali par le clan des Banu Omayya et la bataille de Siffin sur laquelle elle a d\u00e9bouch\u00e9. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est survenue la grande [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16257,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51,31],"tags":[],"class_list":{"0":"post-16256","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-islam","8":"category-pensees"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16256","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16256"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16256\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16257"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16256"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16256"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16256"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}