{"id":16402,"date":"2024-10-17T16:38:41","date_gmt":"2024-10-17T16:38:41","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=16402"},"modified":"2024-10-17T16:41:26","modified_gmt":"2024-10-17T16:41:26","slug":"nacera-tolba-oued-elhad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/nacera-tolba-oued-elhad\/","title":{"rendered":"Nacera Tolba : Oued El\u2019Had"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait au mois d&rsquo;octobre de l&rsquo;ann\u00e9e mille-neuf-cent-soixante-quinze, la saison fan\u00e9e, tissait son giron d\u2019un cama\u00efeu or, rouge-orang\u00e9 pour s\u00e9duire la muse, cueilleuse des derniers coquelicots dont l\u2019allure charrie le pr\u00e9 embras\u00e9, suspendu, telle l\u2019\u00e9chelle du Paradis entre le ciel et l\u2019horizon.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le temps o\u00f9 les hirondelles finissaient leur derni\u00e8re sc\u00e8ne, sap\u00e9es de robes de soir\u00e9e noires satin\u00e9es, gracieusement festonn\u00e9es de blanc. Elles s&rsquo;amusaient, usaient et abusaient du souffle cr\u00e9ateur, sensiblement confus. Lorsque les abeilles se d\u00e9lassaient apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre d\u00e9lect\u00e9 d&rsquo;\u00e9lixir de la derni\u00e8re jouvence florale, les monarques savouraient l&rsquo;exquise des essences \u00e0 Djebel El\u2019Ouahch (la montagne des animaux sauvages), appel\u00e9 \u00ab le poumon vert de la ville \u00bb.<\/p>\n<p>Nous sommes aux derni\u00e8res haleines de la saison, d\u00e9chir\u00e9es par les coups de vent, tr\u00e9moussant les fa\u00eetes des arbres, dispersant les feuilles telles des rivi\u00e8res flottantes empourpr\u00e9es. Les all\u00e9es et venues des jeunes ravivaient la vie des art\u00e8res de la ville, d\u00e9sert\u00e9es tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9 par leurs cris, leurs \u00e9clats de rire, leurs jeux improvis\u00e9s et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Depuis des ann\u00e9es, au coin de l&rsquo;\u00e9tablissement scolaire Fr\u00e8res Abbas, dit \u00ab Oued El&rsquo;Had \u00bb o\u00f9 nous \u00e9tions \u00e9l\u00e8ves, la voix de \u00ab \u00e2mmi \u00bb (tonton) Rabah brisait les \u00e9chos des enfants comme un sursaut matinal. Il venait tous les jours, juste avant huit heures du matin, vendre \u00e0 vingt centimes le cornet de son \u00ab malah wa bnine \u00bb, \u00e0 base de f\u00e8ves ou de pois chiches cuits \u00e0 la vapeur, assaisonn\u00e9s de sel et de cumin. C&rsquo;\u00e9tait le petit en-cas des enfants, chaudement bon.<\/p>\n<p>Par-devant, nous jouions \u00e0 la marelle et \u00e0 la corde \u00e0 sauter. L&rsquo;odeur de la craie, de l&rsquo;ardoise, de l&rsquo;encre, les chuchotements se m\u00ealent aux craquements des feuilles, une sc\u00e8ne orchestr\u00e9e par les coups de b\u00e2tons et les cris des enseignants qui semblaient \u00eatre agac\u00e9s par les turbulents de la classe. En hiver, la montagne se couvrait de son burnous semblable aux \u00e9normes cumulus.<\/p>\n<p>Au mois de mars, toujours, par\u00e9e de son satin blanc, les chatoiements des astres et du jour la rehaussaient d\u2019une gr\u00e2ce, raffin\u00e9e de fins reliefs. Pendant les vacances scolaires de printemps, les gens commen\u00e7aient \u00e0 monter la montagne tr\u00e8s t\u00f4t le matin ; nous entendions les cris et les rires des enfants ; nous les voyions de la porte centrale de nos maisons, situ\u00e9es en haut de la rue S de la cit\u00e9 Oued El\u2019Had. T<\/p>\n<p>out en bas, l\u2019oued d\u00e9limite la fronti\u00e8re entre le quartier et le djebel, d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule l\u2019origine de son nom. Ici, les gamins p\u00eachaient la bonne friture, certains s\u2019amusaient avec les t\u00eatards dans les mar\u00e9cages, faisaient du scarab\u00e9e un cerf-volant quand d\u2019autres tentaient de pi\u00e9ger le merle chanteur. Nous longions toujours le vaste domaine de la \u00ab roumia \u00bb ; il ne faut rien toucher, il y a un chien m\u00e9chant puis elle est disgracieuse avec une voix rudement masculine, nous dit-on. C\u2019\u00e9tait un lieu paradisiaque.<\/p>\n<p>Nous jouions, nous pique-niquions, nous cueillions des plantes comestibles, tels que tilfaf, harcha, chbate, zarnije, \u00e2slouj, chardons, pourpier\u2026 Ils sont d\u00e9licieusement bons et croquants. Vers seize heures, afin de pr\u00e9parer son caf\u00e9 aux ar\u00f4mes, ma grand-m\u00e8re (Allah Yar\u2019ham\u2019ha) \u2013 Que Dieu Lui accorde Sa mis\u00e9ricorde &#8211; allumait le feu avec quelques racines aromatiques qu\u2019elle avait ramass\u00e9es au pr\u00e9alable.<\/p>\n<p>Nous revenions chez nous, juste avant le cr\u00e9puscule, la poitrine a\u00e9r\u00e9e, le regard enchant\u00e9, le sourire \u00e9clatant tel un croissant de lune, les bouquets, les serre-t\u00eate en fleurs embellissaient les t\u00eates des fillettes, les fleurettes suspendues \u00e0 leurs oreilles, accompagn\u00e9es par le chant des nu\u00e9es d&rsquo;oiseaux \u00e9merveill\u00e9es qui s\u2019appr\u00eataient aussi \u00e0 regagner leurs nids. Le bonheur plein les yeux et le c\u0153ur. Nous \u00e9tions heureux comme un poisson dans l\u2019eau. Le soir, nos m\u00e8res pr\u00e9paraient un rago\u00fbt avec le pourpier, l&rsquo;\u00e2slouje (liseron), les f\u00e8ves, les chardons et les cardons. Ainsi, nous passions nos vacances\u2026<\/p>\n<p><strong>Nac\u00e9ra Tolba<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait au mois d&rsquo;octobre de l&rsquo;ann\u00e9e mille-neuf-cent-soixante-quinze, la saison fan\u00e9e, tissait son giron d\u2019un cama\u00efeu or, rouge-orang\u00e9 pour s\u00e9duire la muse, cueilleuse des derniers coquelicots dont l\u2019allure charrie le pr\u00e9 embras\u00e9, suspendu, telle l\u2019\u00e9chelle du Paradis entre le ciel et l\u2019horizon. C\u2019\u00e9tait le temps o\u00f9 les hirondelles finissaient leur derni\u00e8re sc\u00e8ne, sap\u00e9es de robes de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16268,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[28,35],"tags":[],"class_list":{"0":"post-16402","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livre","8":"category-textes"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16402","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16402"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16402\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16404,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16402\/revisions\/16404"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16268"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16402"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16402"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16402"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}