{"id":2922,"date":"2016-05-10T00:00:09","date_gmt":"2016-05-10T00:00:09","guid":{"rendered":"http:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/?p=2922"},"modified":"2020-06-06T14:43:23","modified_gmt":"2020-06-06T14:43:23","slug":"camus-le-colonisateur-sublime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/camus-le-colonisateur-sublime\/","title":{"rendered":"Camus le colonisateur sublim\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>\u00abLa Peste\u00bb d&rsquo;Albert Camus est \u00e9tudi\u00e9 pendant un trimestre en classe de fran\u00e7ais, par tous les Marocains pr\u00e9parant le baccalaur\u00e9at. Or il n&rsquo;y a pas une \u0153uvre ni un auteur qui donne \u00e0 un tel point toute raison aux bonnes intentions tr\u00e8s \u00abhumanistes\u00bb de qui se veut professeur du tiers-monde.<\/p>\n<p>Camus Camus Camus&#8230; ronronne le professeur aur\u00e9ol\u00e9 moderne saint la\u00efque et surpris \u00f4 agr\u00e9ablement de voir \u00e0 quel point il se d\u00e9voue donne \u00e0 ses chers \u00e9l\u00e8ves tout ce qui le fait lui&#8230; \u00f4 suave miroir que fraternellement p\u00e8re il vous r\u00e9fl\u00e9chit&#8230; et comme il tr\u00f4ne sur cette \u00abPeste\u00bb tapis volant mollement port\u00e9 tr\u00e8s haut par 3 ou 4 si\u00e8cles d&rsquo;une litt\u00e9rature qui a la cote et un tas de prix Nobel&#8230;<\/p>\n<p>Et comme \u00e7a prend encore trop cette histoire-l\u00e0, comme l&rsquo;universit\u00e9 fran\u00e7aise a un tas de moyens pour \u00e9tendre au Maroc ses ravages sous couvert d&rsquo;universalit\u00e9, entre autre son id\u00e9alisme castreur discr\u00e8tement pessimiste et par l\u00e0 m\u00eame essentiellement b\u00e9nisseur et alli\u00e9 de tout pouvoir en place, j&rsquo;ai relu ce sacr\u00e9 Camus que j&rsquo;avais depuis longtemps oubli\u00e9 car il faut le dire il a pass\u00e9 tr\u00e8s vite, il est compl\u00e8tement mort et il n&rsquo;y a plus que l&rsquo;universit\u00e9 fran\u00e7aise cette pyramide s\u00e9rieusement \u00e9branl\u00e9e par le mouvement de Mai, qui le v\u00e9n\u00e8re : momie noble ; je l&rsquo;ai lu donc apr\u00e8s avoir pass\u00e9 un mur de louanges hautement signifiant&#8230; le voil\u00e0 bien celui qu&rsquo;on attendait apr\u00e8s les traumatismes de la seconde guerre mondiale!&#8230; mais foin des barrages admis par la tradition classique les fuites et les masques permis encourag\u00e9s applaudis \u00f4 ce parterre des doctes assis finesse oblige et d\u00e9livre blason ses titres!&#8230; j&rsquo;ai vu Camus et la motivation profonde de \u00abLa peste\u00bb o\u00f9 il parvient tromp\u00e9 trompeur \u00e0 se prouver la belle image qu&rsquo;il se voulait et lui vaudra la litt\u00e9raire gloire.<\/p>\n<p><strong>assomption d&rsquo;Albert Camus<\/strong><\/p>\n<p>Assez!<br \/>\ncar Albert Camus pur produit de l&rsquo;Universit\u00e9 Ultra-Fran\u00e7aise d&rsquo;Alger croit dire vrai, croit d\u00e9couvrir, alors qu&rsquo;il r\u00e9p\u00e8te la le\u00e7on apprise, alors qu&rsquo;il ment ! Il n&rsquo;\u00e9crit pas, il est \u00e9crit. Aveugl\u00e9ment il entre docilement dans le syst\u00e8me baptis\u00e9 par d&rsquo;autres : V\u00e9rit\u00e9. Il croit ainsi se sauver : illusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Elle s&rsquo;amplifiera au contraire, deviendra une philosophie : l&rsquo;Absurde.<\/p>\n<p>Prenons \u00ab la Peste \u00bb, premi\u00e8re \u00e9tape du d\u00e9collage vers l&rsquo;illusion et premi\u00e8re marche du succ\u00e8s. Le mensonge y est \u00e9vident et les invraisemblances pour la bonne cause, l\u00e9gion : une oeuvre de trompeur tromp\u00e9, voulant se tromper, r\u00e9ussissant. Voil\u00e0 ce que c&rsquo;est que \u00ab la Peste \u00bb bien qu&rsquo;on l&rsquo;ait lu tout autrement en 1947. Pour qui ne souffre d&rsquo;aucun sentiment de culpabilit\u00e9 bien ancr\u00e9, soigneusement enfoui, c&rsquo;est d&rsquo;abord une oeuvre illisible, une le\u00e7on de morale insipide, des discours \u00e0 n&rsquo;en plus finir pour en arriver doctement aux pr\u00e9ceptes les plus \u00e9cul\u00e9s de la petite bourgeoisie : effort, ennui, juste milieu, raison raisonnables, impuissance en face des fl\u00e9aux, bonheur domestique, amiti\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 une intellectuelle entente, jouissance \u00ab repos du guerrier \u00bb de temps en temps, jusqu&rsquo;\u00e0 la petite manie jug\u00e9e bien pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 n&rsquo;importe quel h\u00e9ro\u00efsme.<\/p>\n<p>Il est faux qu&rsquo;Oran en 194. soit \u00ab \u00e0 premi\u00e8re vue&#8230; en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu&rsquo;une pr\u00e9fecture fran\u00e7aise de la c\u00f4te alg\u00e9rienne \u00bb. Pour n&rsquo;importe quel Fran\u00e7ais d\u00e9barquant de m\u00e9tropole, elle est d&rsquo;abord une ville coloniale o\u00f9 se pr\u00e9cipitent sur le voyageur des mis\u00e9rables rabrou\u00e9s durement par les Europ\u00e9ens du lieu. Il est faux que les habitants \u00ab y travaillent beaucoup mais toujours pour s&rsquo;enrichir \u00bb car c&rsquo;est m\u00e9conna\u00eetre l&rsquo;existence bien visible des mendiants, des cireurs de chaussures, des portefaix, des d\u00e9bardeurs, des ch\u00f4meurs, des bonnes \u00e0 tout faire. Il est faux que \u00ab la population franche, sympathique, et active a toujours provoqu\u00e9 chez le voyageur une estime raisonnable \u00bb alors qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 g\u00ean\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9sirer repartir, par la fa\u00e7on de parler, de rudoyer, d&rsquo;humilier dans n&rsquo;importe quel lieu public les \u00ab indig\u00e8nes \u00bb, outr\u00e9 par les raisons qu&rsquo;on ne manquait jamais de lui donner : \u00ab vous ne les connaissez pas !&#8230; vous verrez&#8230;, ce sont tous les m\u00eames&#8230; voleurs menteurs paresseux cruels&#8230; vous verrez ! \u00bb<\/p>\n<p>Mais Albert Camus \u00e9limine ce qui le g\u00eane, gomme minutieusement toute trace de colonis\u00e9 dans cette ville arabe colonis\u00e9e. Albert Camus veut nous faire croire qu&rsquo;Oran est une ville fran\u00e7aise et qu&rsquo;il est fran\u00e7ais sans rien de particulier sinon un lieu de naissance au climat rude, sans arbres, sans fr\u00e9missements d&rsquo;ailes. Et c&rsquo;est dans le seul but de nous convaincre qu&rsquo;il devient plus classique que le plus nationaliste des Maurassiens, tellement classique qu&rsquo;il remplace le roman dans lequel une soci\u00e9t\u00e9 concr\u00e8te et dat\u00e9e est le personnage principal depuis Balzac en France, par \u00ab la chronique \u00bb, genre qu&rsquo;il invente en enlevant au roman tout ce qui n&rsquo;ob\u00e9it pas aux r\u00e8gles esth\u00e9tiques de la trag\u00e9die du \u00ab grand si\u00e8cle \u00bb. Ces r\u00e8gles ont beau avoir \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9es et refus\u00e9es depuis les pr\u00e9romantiques, elles sont les seules \u00e0 pouvoir l\u00e9gitimer son escamotage ; le soi-disant passage du particulier au g\u00e9n\u00e9ral et une pr\u00e9tendue vraisemblance l&rsquo;autorisent en effet \u00e0 ne garder d&rsquo;Oran que des Europ\u00e9ens non coloniaux &#8212; ils n&rsquo;existent pas &#8212; quelques noms de lieu tr\u00e8s fran\u00e7ais et un climat rendant para\u00eet-il la souffrance, la maladie, l&rsquo;agonie et la mort plus insupportables qu&rsquo;ailleurs, ce qui serait \u00e0 d\u00e9montrer car les tuberculeux alg\u00e9riens en Lorraine ne doivent certainement pas voir une consolation dans l&rsquo;existence des brumes, du gris et du froid.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas encore suffisant. Evitant de nous parler des Arabes, on aurait pu nous faire conna\u00eetre les Europ\u00e9ens d&rsquo;Alg\u00e9rie. Mais non. On les annonce. Puis on les remplace par des Fran\u00e7ais ou plut\u00f4t par l&rsquo;intellectuel fran\u00e7ais tel que le forme et le veut la bourgeoisie en France. Dans tout le livre en effet, disparaissent ces gens uniquement pr\u00e9occup\u00e9s de gagner beaucoup d&rsquo;argent. D\u00e8s les toutes premi\u00e8res pages les seuls protagonistes sont au contraire d&rsquo;un d\u00e9sint\u00e9ressement absolu sauf un Cottard, de plus en plus isol\u00e9 et dont le r\u00f4le se r\u00e9duira de plus en plus \u00e0 celui de bouc \u00e9missaire. Et alors que les id\u00e9alistes du genre de Camus sont exclus de l&rsquo;Alg\u00e9rie coloniale comme il en a fait l&rsquo;exp\u00e9rience apr\u00e8s ses reportages sur la Kabylie, dans son Oran mythique amput\u00e9 de toute sa r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te et particuli\u00e8re, ils demeurent et ont m\u00eame un r\u00f4le essentiel. Cette invention du juste efficace a l&rsquo;avantage de l\u00e9gitimer une compromission qui est en fait une complicit\u00e9 : dans une rencontre avec un journaliste, le docteur Rieux qu&rsquo;on veut nous pr\u00e9senter comme l&rsquo;homme v\u00e9ritable et moderne, refuse de parler des Arabes parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas le droit d&rsquo;en tout dire. Le choix de Camus \u00e9crivant \u00ab la Peste \u00bb est le m\u00eame. Mais il oublie de nous avouer que s&rsquo;il accepte ce mutisme, que si lui, \u00e9pris de justice, refuse de d\u00e9voiler le scandale de la colonisation et du monde colonial, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne veut pas en \u00eatre exclu, c&rsquo;est qu&rsquo;il en fait partie, c&rsquo;est que l\u00e0 est son v\u00e9ritable pays, c&rsquo;est qu&rsquo;il est un colonisateur ennemi de certaines injustices sans doute, mais alli\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un syst\u00e8me qu&rsquo;il ne veut pas remettre en cause. Aussi tout l&rsquo;effort du livre consistera-t-il \u00e0 se prouver qu&rsquo;on parvient ainsi quand m\u00eame \u00e0 une humanit\u00e9 lav\u00e9e de toute tare particuli\u00e8re donc du colonialisme. Mais il faudra encore beaucoup se leurrer et tromper le lecteur.<\/p>\n<p>Ainsi, il est faux qu&rsquo;un m\u00e9decin en Alg\u00e9rie, m\u00eame fils d&rsquo;ouvrier, ce qui est d&rsquo;ailleurs un cas tellement rare qu&rsquo;il frise l&rsquo;invraisemblance, soit \u00e0 ce point d\u00e9muni que sa femme bien que tr\u00e8s malade, trouve le wagon-lit trop cher pour le m\u00e9nage. Il est faux qu&rsquo;un licenci\u00e9 en droit soit simple employ\u00e9 de mairie alors qu&rsquo;aux colonies n&rsquo;importe quel Europ\u00e9en a une situation au-dessus de ses dipl\u00f4mes \u00e0 moins que ses id\u00e9es politiques soient jug\u00e9es dangereuses, cas dont \u00e9vite de parler l&rsquo;auteur alors qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 le sien. Il est faux qu&rsquo;un employ\u00e9 de mairie europ\u00e9en en Alg\u00e9rie ait besoin de la charit\u00e9 de son m\u00e9decin. Mais cette paup\u00e9risation syst\u00e9matique des deux h\u00e9ros principaux du livre contribuent \u00e0 \u00e9liminer le scandale de l&rsquo;Alg\u00e9rie de 194. o\u00f9 ce qui choque quotidiennement c&rsquo;est la mis\u00e8re du plus grand nombre. Les justes sont non seulement efficaces, mais encore ils ne b\u00e9n\u00e9ficient pas ainsi de l&rsquo;injustice sociale et il est permis, comme dans la trag\u00e9die ou l&rsquo;on ne mange ni ne boit, de ne plus se pr\u00e9occuper d&rsquo;une \u00e9conomie faite pour l&rsquo;enrichissement de quelques-uns et de la m\u00e9tropole.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;invention de cette nouvelle aristocratie de justes d\u00e9sincarn\u00e9s et diserts se substituant subtilement \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 coloniale a rendu n\u00e9cessaire l&rsquo;utilisation d&rsquo;un certain flou. Ainsi, bien qu&rsquo;en pleine mythologie, en pleine irr\u00e9alit\u00e9, on ne pourra se pr\u00e9tendre r\u00e9aliste que par la forme. Or en rester \u00e0 la notation de ce qui est pr\u00e9tendu se passer dans les rues, les chambres des malades, les h\u00f4pitaux ou les cerveaux permettra, sous couvert d&rsquo;objectivit\u00e9, de refuser l&rsquo;analyse des motivations.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9robade est le sujet m\u00eame du livre, son titre \u00ab la Peste \u00bb, et sa motivation profonde. Tout l&rsquo;art de Camus consiste \u00e0 nous persuader que la peste n&rsquo;est plus une \u00e9pid\u00e9mie terrifiante des si\u00e8cles pass\u00e9s, mais l&rsquo;all\u00e9gorie de tout ce que nous devons subir en tant qu&rsquo;homme mortel. Cette invention \u00e0 partir de deux r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes, la peste \u00e9pid\u00e9mie et le drame v\u00e9cu par Camus, de ce mythe purement intellectuel \u00ab la Peste \u00bb, permet la rassurante confusion entre les cataclysmes naturels, tremblements de terre \u00e9ruptions volcaniques inondations avalanches&#8230; etc&#8230; ou mort, et les tueries ou injustices venant des hommes.<\/p>\n<p>\u00abLes fl\u00e9aux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fl\u00e9aux lorsqu&rsquo;ils vous tombent sur la t\u00eate. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Le tour est jou\u00e9. En ayant l&rsquo;air de parler d&rsquo;autre chose on assimile peu \u00e0 peu guerre et peste puis de la m\u00eame fa\u00e7on les Europ\u00e9ens d&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e0 tout le monde, ce qui permet quelques lignes plus loin, d&rsquo;affirmer logiquement, sinon en toute candeur &#8212; \u00ab nos concitoyens n&rsquo;\u00e9taient pas plus coupables que d&rsquo;autres \u00bb.<\/p>\n<p>Le tour est bien jou\u00e9. On passe de peste \u00e0 fl\u00e9aux, ce qui est vaste et vague ; on inclut peste et guerre dans ces fl\u00e9aux puis on leur donne sans justification aucune, les caract\u00e9ristiques de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie : \u00ab le fl\u00e9au n&rsquo;est pas \u00e0 la mesure de l&rsquo;homme \u00bb. Comme on vient de minutieusement nous d\u00e9crire l&rsquo;inexplicable invasion de la ville par des rats moribonds annon\u00e7ant une peste coup impr\u00e9visible du destin, on nous a pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 tout naturellement admettre que les ph\u00e9nom\u00e8nes historiques r\u00e9volutions, r\u00e9voltes, r\u00e9pression, guerres, occupation, colonisation ne d\u00e9pendent pas davantage de certains hommes, et qu&rsquo;ainsi nul homme n&rsquo;est plus responsable qu&rsquo;un autre, le tort de chacun \u00e9tant seulement d&rsquo;avoir ignor\u00e9 l&rsquo;existence \u00ab absurde \u00bb des catastrophes ou de la mort.<\/p>\n<p>Il faudra cependant tout un livre pour, \u00e0 partir de ce tour de prestidigitation, s&rsquo;\u00e9lever vers toute autre chose. Il y faudra m\u00eame toute une oeuvre, l&rsquo;invention des principes d&rsquo;une morale individuelle, \u00e0 savoir une philosophie s&rsquo;opposant point par point \u00e0 la th\u00e9ologie tr\u00e8s logique de la chr\u00e9tient\u00e9 bourgeoise du XIXe si\u00e8cle:&nbsp; \u00e0 son salut l&rsquo;absurde, \u00e0 son \u00e9ternit\u00e9 le n\u00e9ant de la mort, \u00e0 son m\u00e9pris du corps et de la science, l&rsquo;apitoiement sur la douleur et la m\u00e9decine ; \u00e0 sa charit\u00e9 l&rsquo;altruisme, \u00e0 son acceptation de l&rsquo;impuissance humaine fruit du p\u00e9ch\u00e9, le refus du p\u00e9ch\u00e9 tout en demeurant dans la m\u00eame impuissance au nom de notre condition mortelle&#8230; etc. etc. On pourra alors pr\u00e9senter comme une d\u00e9couverte des pr\u00e9ceptes comme:&nbsp; \u00abl&rsquo;essentiel est de bien faire son m\u00e9tier\u00bb&#8230; et les bourgeois pourront continuer \u00e0 faire leurs affaires tranquillement, qu&rsquo;ils soient d&rsquo;Oran ou de Paris.<\/p>\n<p><strong>Albert Camus la morale de rechange<\/strong><\/p>\n<p>\u00abDieu est mort\u00bb mais tout continue<\/p>\n<p>Albert Camus qu&rsquo;on ne change plus! mais que chacun soigne les victimes reste \u00e0 sa place. le Fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; les Arabes dans l&rsquo;inexistence<\/p>\n<p><strong>Albert Camus le \u00abchien de garde\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Mais il est difficile de conna\u00eetre l&rsquo;homme Albert Camus. Il s&rsquo;est trop fui. Il se voulait d&rsquo;Alg\u00e9rie sans \u00eatre colonisateur. Le classicisme lui a permis d&rsquo;\u00e9touffer cette impossibilit\u00e9, de projeter sur tous les hommes, nouvelle catholicit\u00e9, son obs\u00e9dant sentiment de culpabilit\u00e9 et de rachat. Les Fran\u00e7ais qui l&rsquo;ont admir\u00e9 apr\u00e8s la seconde guerre mondiale avaient sans doute fort besoin eux aussi d&rsquo;oublier les causes de leur malaise d&rsquo;\u00eatre apr\u00e8s la flamb\u00e9e fasciste, les \u00ab camps de la mort \u00bb, l&rsquo;occupation, il n&rsquo;a pu les lib\u00e9rer, pas plus qu&rsquo;il ne s&rsquo;est lib\u00e9r\u00e9. Ils nous ont invit\u00e9s au m\u00e9tier ennuyeux et triste, \u00e0 signer des p\u00e9titions contre tortures ou bombes \u00e0 billes, ils ont favoris\u00e9 un art, romans, cin\u00e9ma, th\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 toute spontan\u00e9it\u00e9, toute joie, toute vitalit\u00e9, cette folie de toute cr\u00e9ativit\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 bannies sous pr\u00e9texte d&rsquo;anachronisme. Et Camus est important d&rsquo;avoir grandement contribu\u00e9 \u00e0 asseoir l&rsquo;exclusivisme de cette impasse.<\/p>\n<p>Camus est donc un pr\u00e9curseur et comme tel il pr\u00e9sente des f\u00ealures signifiantes. Pas encore au point le syst\u00e8me. En effet, abandonnant le roman traditionnel, il ne va pas jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9liminer les personnages, jusqu&rsquo;\u00e0 dire \u00abje\u00bb ou \u00abil\u00bb&#8230; et par l\u00e0 il se d\u00e9voile. L&rsquo;invention de Cottard est la fissure par o\u00f9 ce qu&rsquo;il veut taire s&rsquo;exprime.<\/p>\n<p>Cottard n&rsquo;est rien moins que la projection du sentiment de culpabilit\u00e9, de Camus. Cottard c&rsquo;est Camus \u00e0 Paris, parmi les intellectuels de gauche, ses pairs, le condamnant par leur opposition radicale \u00e0 la colonisation &#8212; il aurait pu rencontrer Ho Chi Minh ou tout au moins lire ces analyses de la situation coloniale en Indochine &#8211;. Cottard c&rsquo;est Camus jug\u00e9 coupable de consid\u00e9rer l&rsquo;Alg\u00e9rie comme son pays, \u00e0 ses yeux injustement jug\u00e9, mais incapable de se d\u00e9fendre, m\u00eame \u00e0 ses propres yeux et du coup livr\u00e9 \u00e0 la rancoeur et uniquement \u00e0 la rancoeur dans l&rsquo;isolement. Cottard voulant se faire partout des amis pouvant t\u00e9moigner qu&rsquo;il n&rsquo;est pas \u00ab un mauvais homme \u00bb c&rsquo;est Camus \u00e9crivant \u00ab la Peste \u00bb. Cottard traqu\u00e9, trouvant un soulagement \u00e0 l&rsquo;apparition de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie car elle lui offre une communaut\u00e9 de destin avec les gens comme lui alors traqu\u00e9s, c&rsquo;est Camus d\u00e9couvrant une parent\u00e9 entre son malaise et celui du Fran\u00e7ais occup\u00e9 donc poursuivi lui aussi par un sentiment de culpabilit\u00e9 lui faisant retrouver de plus, son attachement au pays natal. Cottard c&rsquo;est tellement Camus que lorsqu&rsquo;on parle des Arabes il s&rsquo;enfuit, confus, se sent jug\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abGrand avait m\u00eame assist\u00e9 \u00e0 une sc\u00e8ne curieuse chez la marchande de tabac. Au milieu d&rsquo;une conversation anim\u00e9e, celle-ci avait parl\u00e9 d&rsquo;une arrestation r\u00e9cente qui avait fait du bruit \u00e0 Alger. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un employ\u00e9 de commerce qui avait tu\u00e9 un Arabe sur une plage.<\/p>\n<p>\u00abSi l&rsquo;on mettait toute cette racaille en prison, avait dit la marchande, les honn\u00eates gens pourraient respirer.\u00bb<\/p>\n<p>Mais elle avait d\u00fb s&rsquo;interrompre devant l&rsquo;agitation subite de Cottard qui s&rsquo;\u00e9tait jet\u00e9 hors de la boutique sans un mot d&rsquo;excuse.\u00bb<\/p>\n<p>Cottard est dans ce passage, Camus complice et honteux et fuyant. Mais le Camus conscient, par l&rsquo;utilisation d&rsquo;un certain flou, se disculpe. En effet, alors que n&rsquo;importe quelle buraliste d&rsquo;Oran aurant condamn\u00e9 les Arabes \u00e0 propos de ce fait divers, il semble ici, quoique le doute subsiste, qu&rsquo;elle condamne la p\u00e8gre dont Cottard pense-t-on, mais certainement pas Camus honn\u00eate licenci\u00e9 de philosophie. Mais si cette \u00abracaille\u00bb concerne les Arabes, ce qui aurait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame pour une Oranaise de 194., le complice devient le progressiste Camus. La signification est autre. La fameuse clart\u00e9 latine a eu beau assouplir son intransigeance, l&rsquo;aveu ne peut aller tr\u00e8s loin. Camus est poursuivi par une d\u00e9couverte pour lui d\u00e9concertante de \u00ab l&rsquo;\u00e9tranger \u00bb ; \u00e9crivant ce roman il s&rsquo;est d\u00e9couvert au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il cr\u00e9ait l&rsquo;\u00e9tranger, il ramenait \u00e0 la lumi\u00e8re ce qu&rsquo;il avait toujours port\u00e9 en lui ; l&rsquo;\u00e9tranger bien plus que Rieux devenu simple porte-parole, est Camus ; or cet \u00e9tranger, l&rsquo;indiff\u00e9rent \u00e0 quoi que ce soit, a tu\u00e9 un Arabe. Camus, m\u00eame s&rsquo;il a tent\u00e9 de se le cacher, a d\u00fb \u00e9prouver la certitude que ce meurtre, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, lui appartenait ; il a d\u00fb avoir, au moins un instant, la honte de d\u00e9couvrir que son obsession fondamentale \u00e9tait celle de tous ses compatriotes : \u00abune Alg\u00e9rie \u00e0 soi, une Alg\u00e9rie sans les colonis\u00e9s\u00bb. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce que l&rsquo;application des r\u00e8gles et de l&rsquo;\u00e9thique classique lui ont permis de faire dans les premi\u00e8res pages du livre : effacer, par la pens\u00e9e bien s\u00fbr, toute trace d&rsquo;Arabe. Or \u00able pays serait magnifique sans ces gens-l\u00e0\u00bb, avouent les colonialistes au voyageur.<\/p>\n<p>Cottard, dans ces quelques lignes, c&rsquo;est Camus honteux d&rsquo;une telle complicit\u00e9 et tremblant qu&rsquo;elle soit d\u00e9couverte. Le genre \u00abchronique\u00bb permettra de ne pas approfondir cette part trouble mais de l&rsquo;expulser, au contraire. Dans ce genre o\u00f9 le conscient seul importe, Cottard peut tout naturellement garder scell\u00e9 son secret et Camus peut l&rsquo;\u00e9loigner de plus en plus des justes lucides parmi lesquels il veut se ranger et nous ranger, en en faisant un trafiquant, un profiteur puis un fou pitoyable bien que dangereux. On pourra m\u00eame avoir l&rsquo;impression, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;il est le seul \u00e0 n&rsquo;\u00eatre pas un intellectuel, que ce pauvre homme est tout simplement victime de son manque d&rsquo;instruction.<\/p>\n<p>\u00ab la Peste \u00bb<br \/>\nou la tartufferie des proc\u00e9d\u00e9s de l&rsquo;esth\u00e9tique classique<br \/>\n\u00ab la Peste \u00bb<br \/>\nart d&rsquo;effacer, d&rsquo;\u00e9liminer, de choisir, de g\u00e9n\u00e9raliser pour se disculper, pour sublimer son drame, pour se sauver en donnant son id\u00e9ale image aust\u00e8re, exsangue, \u00e0 l&rsquo;intellectuelle occidentale humanit\u00e9<br \/>\n\u00ab la Peste \u00bb<br \/>\ncomplaisance encens \u00e0 la raison bourgeoise de l&rsquo;universit\u00e9<br \/>\n\u00ab la Peste \u00bb<br \/>\nassez !<\/p>\n<h3><a href=\"http:\/\/www.lehman.cuny.edu\/deanhum\/langlit\/french\/souffles\/s12\/4.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">b. jakobiak<\/a><\/h3>\n<p>ce que pense Kateb Yacine de Camus &#8230;<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/EpXExBh7UR0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" width=\"420\" height=\"315\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abLa Peste\u00bb d&rsquo;Albert Camus est \u00e9tudi\u00e9 pendant un trimestre en classe de fran\u00e7ais, par tous les Marocains pr\u00e9parant le baccalaur\u00e9at. Or il n&rsquo;y a pas une \u0153uvre ni un auteur qui donne \u00e0 un tel point toute raison aux bonnes intentions tr\u00e8s \u00abhumanistes\u00bb de qui se veut professeur du tiers-monde. 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