{"id":3096,"date":"2015-10-19T21:15:07","date_gmt":"2015-10-19T21:15:07","guid":{"rendered":"http:\/\/telecineclub.com\/?p=3096"},"modified":"2024-09-25T14:03:15","modified_gmt":"2024-09-25T14:03:15","slug":"le-cinema-homme-malade-de-la-culture-algerienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/le-cinema-homme-malade-de-la-culture-algerienne\/","title":{"rendered":"Le Cin\u00e9ma, homme malade de la culture alg\u00e9rienne ?"},"content":{"rendered":"<h3 class=\"post-title entry-title\"><strong>Existe-t-il un cin\u00e9ma alg\u00e9rien ? D\u2019aucuns pourraient penser qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une question vaine. Pour d\u2019autres, elle peut rev\u00eatir un caract\u00e8re de curiosit\u00e9, voire de provocation.&nbsp;Ici, un \u00e9tat des lieux et une interrogation : avons-nous une politique culturelle en Alg\u00e9rie, voire cin\u00e9matographique ?<\/strong><\/h3>\n<div class=\"entry-content\">\n<p>Historiquement, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien est n\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de l\u2019insurrection arm\u00e9e. La gen\u00e8se des oeuvres proprement alg\u00e9riennes remonte \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. En effet, les premiers films alg\u00e9riens \u2013 des documentaires pour l\u2019essentiel \u2013 ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9s, en 1967, par Ali Djenaoui et Ren\u00e9 Vauthier (\u00abL\u2019\u00e9cole\u00bb, \u00abLes infirmi\u00e8res de l\u2019ALN\u00bb, \u00abL\u2019attaque de l\u2019Ouenza\u00bb, \u00abYasmina\u00bb) et, en 1958, par Djamel Chanderli (\u00abDjaza\u00efrouna\u00bb) et Ren\u00e9 Vauthier (\u00abL\u2019Alg\u00e9rie en flammes\u00bb). Ainsi, peut-on dire que le cin\u00e9ma alg\u00e9rien, n\u00e9 dans les maquis, avait pour but de t\u00e9moigner sur les m\u00e9thodes r\u00e9pressives utilis\u00e9es en Alg\u00e9rie par l\u2019administration et l\u2019arm\u00e9e coloniales. Dans cette mesure, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien d\u2019avant l\u2019ind\u00e9pendance a contribu\u00e9 \u00e0 sensibiliser l\u2019opinion internationale en traitant de la guerre de lib\u00e9ration nationale. Par la suite, la pr\u00e9tention des cin\u00e9astes fut de vouloir prendre en charge, par le truchement de la cam\u00e9ra, les questions les plus br\u00fblantes de la soci\u00e9t\u00e9, dans un contexte qui comptait pr\u00e8s de 80 % d\u2019analphab\u00e8tes et sans tradition cin\u00e9matographique.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, la naissance du cin\u00e9ma proprement alg\u00e9rien remonte aux longs m\u00e9trages : \u00abL\u2019aube des damn\u00e9s\u00bb (1964) et \u00abL\u2019opium et le b\u00e2ton\u00bb (1970) de Ahmed Rachedi, \u00abLe vent des Aur\u00e8s\u00bb (1965) de Lakhdar Hamina et \u00abLa voie\u00bb (1968) de Slim Riad. Aussi, au plan historique, il y a lieu de distinguer trois p\u00e9riodes dans le cours du d\u00e9veloppement du cin\u00e9ma alg\u00e9rien; ainsi, les films sur la guerre de lib\u00e9ration nationale de 1963 \u00e0 1971, les films sur la terre depuis 1971 \u2013 date de la promulgation de l\u2019ordonnance portant r\u00e9volution agraire en Alg\u00e9rie -, et les probl\u00e8mes de la vie quotidienne depuis 1976.<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Cin\u00e9ma et guerre de lib\u00e9ration<\/strong><\/p>\n<p>Parmi les films de la premi\u00e8re p\u00e9riode, on peut citer \u00abLa nuit a peur du soleil\u00bb de Mustapha Badie, \u00abLe vent des Aur\u00e8s\u00bb de Hamina et \u00abL\u2019opium et le b\u00e2ton\u00bb de Rachedi. Dans ces films, le cin\u00e9aste se r\u00e9v\u00e8le un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019histoire de son pays. Ce cin\u00e9ma va c\u00e9der peu \u00e0 peu le pas \u00e0 d\u2019autres pr\u00e9occupations ayant un rapport direct avec la politique en cours. Ainsi, des films comme \u00abLes d\u00e9racin\u00e9s\u00bb de Lamine Merbah, \u00abLes nomades\u00bb de Sid Ali Mazif, \u00abLes p\u00eacheurs\u00bb de Ghaouti Bendedouche et \u00abL\u2019olivier de Boulhilet\u00bb de Nadir Azizi traitent des probl\u00e8mes du monde rural. D\u2019autres th\u00e8mes viennent, quelque peu, supplanter les probl\u00e8mes v\u00e9hicul\u00e9s dans les films de la seconde p\u00e9riode; ainsi, \u00abOmar gatlato\u00bb de Merzaq Allouache, \u00abPremier pas\u00bb de Mohamed Bouamari, \u00abNahla\u00bb de Farouk Beloufa et \u00abLa nouba des femmes du Mont Chenoua\u00bb de Assia Djebbar.<\/p>\n<p>D\u2019\u00e9vidence, beaucoup de films alg\u00e9riens, qui ont correspondu \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 politique du pays, ne sont pas exempts de critiques. En effet, des films sur la guerre de lib\u00e9ration nationale, on a pu dire qu\u2019ils \u00abse sont content\u00e9s de situer la signification au niveau de l\u2019histoire du sc\u00e9nario, des jeux des acteurs, des photos, de la couleur; bref, une codification typique du cin\u00e9ma commercial\u00bb (Lotfi Maherzi).<\/p>\n<p>S\u2019inscrivant dans une conception qui privil\u00e9gie l\u2019histoire dans son sens subjectif, la d\u00e9marche cin\u00e9matographique s\u2019inspirant de la p\u00e9riode d\u2019avant l\u2019ind\u00e9pendance met en exergue l\u2019action et la reconstitution des batailles au d\u00e9triment de l\u2019analyse par la mise en relief des contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la p\u00e9riode concern\u00e9e. Certes, les cin\u00e9astes alg\u00e9riens ont tent\u00e9 de reconstituer la politique d\u2019expropriation des paysans de leurs terres par le colonialisme, il n\u2019emp\u00eache que c\u2019est \u00e0 travers le prisme d\u00e9formant du \u00abh\u00e9ros positif\u00bb que cela a \u00e9t\u00e9 fait; d\u2019aucuns auraient parl\u00e9 de \u00abjdanovisme\u00bb pour qui l\u2019h\u00e9ro\u00efsme est n\u00e9cessaire et utile au peuple.<\/p>\n<p>A titre illustratif, on peut citer \u00abL\u2019opium et le b\u00e2ton\u00bb de Rachedi o\u00f9 le docteur Lazrak (camp\u00e9 par feu Mustapha Kateb) arrive \u00e0 rejoindre les rangs des maquisards, apr\u00e8s maintes p\u00e9rip\u00e9ties et difficult\u00e9s. De m\u00eame, dans \u00abLa nuit a peur du soleil\u00bb de M. Badie, le contrema\u00eetre Youssef d\u00e9clenche seul la gr\u00e8ve contre les propri\u00e9taires de la palmeraie. En ces sens, un critique du cin\u00e9ma alg\u00e9rien (G. Hennebelle) a pu \u00e9crire qu\u2019il s\u2019agit-l\u00e0 de \u00abl\u2019exaltation d\u2019un lyrisme nationaliste fallacieux\u00bb. Prenant conscience de ce fait, un cin\u00e9aste alg\u00e9rien, Lamine Merbah, a pu dire : \u00abLe colonialisme est mort, bien mort. Il faut passer \u00e0 autre chose, partir en guerre contre \u00ables colons\u00bb actuels\u00bb.<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Cin\u00e9ma djadid<\/strong><\/p>\n<p>Les films sur la terre semblent ob\u00e9ir \u00e0 la th\u00e8se selon laquelle la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance politique \u00e9tait le pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique, r\u00e9v\u00e9lant ainsi une conception de l\u2019histoire dynamique et non plus \u00e9v\u00e9nementielle. De la rupture ainsi amorc\u00e9e avec une th\u00e9matique devenue d\u00e9sormais v\u00e9tuste (la lutte pour la lib\u00e9ration nationale) va na\u00eetre un \u00abcin\u00e9ma autre\u00bb. De l\u00e0, la quotidiennet\u00e9 devint, au fur et \u00e0 mesure, la cible des cam\u00e9ras. En fait, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, la nouvelle th\u00e9matique inspir\u00e9e par les probl\u00e8mes ruraux et quotidiens n\u2019\u00e9chappe pas \u00e9galement \u00e0 la critique tant le lien avec la vie politique alg\u00e9rienne est manifeste.<\/p>\n<p>D\u2019\u00e9vidence, les films sur le monde rural, avec pour environnement imm\u00e9diat la campagne et les films se rapportant \u00e0 la vie quotidienne avec pour cadre la ville, amorcent un tournant dans le cin\u00e9ma alg\u00e9rien. A ce changement dans le fond sont venues se greffer des modifications formelles. Ainsi, on peut constater une structure du r\u00e9cit plus \u00e9labor\u00e9e et l\u2019utilisation d\u2019acteurs non professionnels, entre autres.<\/p>\n<p>Si le langage cin\u00e9matographique, servant de soubassement \u00e0 la th\u00e9matique, demeure mal ma\u00eetris\u00e9, la fiction fait son apparition. De cette mani\u00e8re, les cin\u00e9astes alg\u00e9riens, selon le genre qu\u2019ils abordent, posent la question du r\u00e9cit cin\u00e9matographique. En outre, la politique du pays entam\u00e9e depuis l\u2019ind\u00e9pendance en vue d\u2019\u00e9tablir une soci\u00e9t\u00e9 socialiste (d\u2019o\u00f9 les axes de la strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement alg\u00e9rien : r\u00e9volution agraire, industrialisation et gestion socialiste des entreprises et r\u00e9volution agraire) a permis la naissance du cin\u00e9ma d\u2019auteur ou \u00abcin\u00e9ma djadid\u00bb (nouveau). De ce fait, au niveau du sc\u00e9nario, la th\u00e9orie va prendre le relais du r\u00e9cit (feue Mouny Berrah).<\/p>\n<p>A l\u2019origine de la rupture avec le cin\u00e9ma sur la guerre, une sorte de manifeste \u00abImp\u00e9ratifs pour un cin\u00e9ma national\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 le 17 octobre 1970 \u00e0 l\u2019occasion de la journ\u00e9e de l\u2019\u00e9migration. A en croire M. Bouamari, ce cin\u00e9ma djadid se situe moins en rupture avec le cin\u00e9ma ant\u00e9rieur que dans son prolongement logique.<\/p>\n<p>Deux caract\u00e9ristiques semblent \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de ce mouvement cin\u00e9matographique : d\u2019une part, les adeptes de ce cin\u00e9ma sont issus de la paysannerie pour certains d\u2019entre eux et, d\u2019autre part, l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019option socialiste du pays. Ainsi, \u00e0 titre d\u2019exemple, les propos de A. Tolbi (r\u00e9alisateur de \u00abNoua\u00bb) corroborent cette analyse. En effet, pour ce cin\u00e9aste: \u00abC\u2019est l\u2019exp\u00e9rience de ma jeunesse paysanne que j\u2019ai retrac\u00e9e dans \u00abNoua\u00bb. Ce que je veux d\u00e9noncer, c\u2019est l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, l\u2019exploitation des fellahs par les f\u00e9odaux\u00bb.<\/p>\n<p>A la recherche d\u2019un nouveau langage filmique et caract\u00e9ris\u00e9 par des co\u00fbts de production relativement peu \u00e9lev\u00e9s (petits et moyens budgets), ce \u00abcin\u00e9ma djadid\u00bb n\u2019en a pas moins \u00e9t\u00e9 contest\u00e9. Ainsi, Mohamed Iftic\u00e8ne a pu d\u00e9clarer : \u00abje n\u2019aime pas beaucoup, quant \u00e0 moi, l\u2019expression \u00abcin\u00e9ma djadid\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e car je la trouve enrob\u00e9e de folklore. Enfin, peu importe le nom que l\u2019on donne \u00e0 ce cin\u00e9ma nouveau; le fait est qu\u2019il existe\u00bb.<\/p>\n<p>Stigmatisant les propri\u00e9taires fonciers et d\u00e9non\u00e7ant la bourgeoisie bureaucratique en tant que \u00abnouvelle classe\u00bb, l\u2019\u00e9closion du \u00abcin\u00e9ma djadid\u00bb a \u00e9t\u00e9 certainement favoris\u00e9e par la nature du contexte politique de l\u2019\u00e9poque. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure ce cin\u00e9ma se rapproche \u2013 ou se diff\u00e9rencie \u2013 de ce que Hennebelle appelle \u00ables nouvelles conceptions politiques du cin\u00e9ma\u00bb, les exemples les plus r\u00e9put\u00e9s \u00e9tant ceux de la Chine (avec la r\u00e9volution culturelle), d\u2019Am\u00e9rique Latine (avec notamment les cin\u00e9astes Fernando Solanas et Octavio Getino), du Viet Nam et du cin\u00e9ma militant europ\u00e9en.<\/p>\n<p>La quasi-totalit\u00e9 des films de la p\u00e9riode de 1971 \u00e0 1976 aborde une th\u00e9matique identique.<\/p>\n<p>Toutefois, il semble que c\u2019est l\u00e0 l\u2019effet de politisation des cin\u00e9astes. Aussi, \u00abcomme tous les cin\u00e9astes \u00e9taient enthousiasm\u00e9s par la r\u00e9volution agraire et les perspectives qu\u2019elle offrait, les films illustrent tous\u2026le m\u00eame objectif\u00bb (M. Bouamari). Quant \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique du \u00abcin\u00e9ma djadid\u00bb, il s\u2019agirait l\u00e0 \u00abd\u2019esth\u00e9tique de la frustration\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019approfondissement du d\u00e9bat politique et id\u00e9ologique a constitu\u00e9 la toile de fond dans laquelle les cin\u00e9astes alg\u00e9riens ne manquent pas de puiser leurs th\u00e8mes. Aussi, ne saurait-on \u00eatre \u00e9tonn\u00e9 \u00e0 constater le caract\u00e8re conformiste des id\u00e9es v\u00e9hicul\u00e9es par la plupart des films de l\u2019\u00e9poque. Tentant de s\u2019inscrire en faux contre le cin\u00e9ma commercial (notamment \u00e9gyptien, hindou et nord-am\u00e9ricain), le cin\u00e9ma alg\u00e9rien proc\u00e9da \u00e0 la rupture d\u2019avec la th\u00e9matique de lib\u00e9ration nationale pour devenir plus \u00e9ducatif.<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Fiction et discours politique<\/strong><\/p>\n<p>La fiction, comme nouvelle donne dans le cin\u00e9ma alg\u00e9rien, devint un instrument au service des id\u00e9es politiques du r\u00e9gime en place. Pour illustrer l\u2019id\u00e9al de la \u00absoci\u00e9t\u00e9 socialiste d\u00e9mocratique\u00bb qui se dresse contre l\u2019oppression n\u00e9o-coloniale et imp\u00e9rialiste, les cin\u00e9astes alg\u00e9riens ont utilis\u00e9 une d\u00e9marche, tant au plan de la mise en sc\u00e8ne qu\u2019au niveau du langage cin\u00e9matographique, qui tend \u00e0 \u00e9noncer le discours officiel par l\u2019image et le son. Les protagonistes des films leur servent de porte-paroles \u00e0 telle enseigne que chaque h\u00e9ros d\u2019un film consid\u00e9r\u00e9 devient, en quelque sorte, le repr\u00e9sentant d\u2019une \u00abforce sociale\u00bb; le paysan, le p\u00eacheur et le nomade deviennent les symboles de la paysannerie, des p\u00eacheurs et des nomades.<\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on, le discours artistique se subordonne au discours politique, privil\u00e9giant formellement le narratif. Le primat accord\u00e9 au r\u00e9cit filmique qui s\u2019appuie sur un travail sur l\u2019image, le son et la musique, depuis 1972 et selon les th\u00e8mes abord\u00e9s, laisse appara\u00eetre l\u2019engouement pour les contes. Par ailleurs, d\u2019aucuns ont pu observer que \u00abc\u2019est un principe d\u2019\u00e9conomie maximale de moyens techniques et esth\u00e9tiques qui a gouvern\u00e9 durant longtemps la production cin\u00e9matographique alg\u00e9rienne\u00bb (R. Bensma\u00efa).<\/p>\n<p>Aussi, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien qui s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 d\u2019une th\u00e9matique \u00e9triqu\u00e9e n\u2019a pas pour autant r\u00e9solu ses probl\u00e8mes. En effet, la lin\u00e9arit\u00e9 du r\u00e9cit, la faiblesse de l\u2019intrigue, les mises en sc\u00e8ne essouffl\u00e9es par l\u2019absence d\u2019imagination en mati\u00e8re de d\u00e9cor et le traitement des langues utilis\u00e9es par les personnages marquent les faiblesses formelles du cin\u00e9ma alg\u00e9rien quoique l\u2019analyse de la production cin\u00e9matographique alg\u00e9rienne (celle ayant trait aux probl\u00e8mes ruraux ou sociaux) d\u00e9montre la volont\u00e9 artistique de d\u00e9passement de l\u2019histoire aux fins de normalisation.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, certains films alg\u00e9riens ont eu beaucoup de retentissement, \u00e0 l\u2019instar de \u00abChronique des ann\u00e9es de braise\u00bb de Hamina qui a eu la palme d\u2019or \u00e0 Cannes, en 1975. De cette nouvelle volont\u00e9 artistique qui demeure, toutefois, toujours en phase avec le politique de telle sorte qu\u2019un \u00e9crivain alg\u00e9rien (feu A. Benhadouga) a pu dire du cin\u00e9ma alg\u00e9rien qu\u2019il est \u00abun instrument de la r\u00e9volution\u00bb.<\/p>\n<p>De fait, ce cin\u00e9ma demeure un outil qui s\u2019identifie \u00e0 une fonction d\u2019int\u00e9gration politique (l\u2019id\u00e9ologie alg\u00e9rienne \u00e9tant travers\u00e9e par le nationalisme, l\u2019Islam et le courant progressiste et d\u00e9mocratique), avec l\u2019observation notable que l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019a pu produire, en moyenne, que quatre films par an; ce chiffre traduit d\u2019\u00e9vidence la faiblesse de la production filmique alg\u00e9rienne et la pr\u00e9cision non n\u00e9gligeable selon laquelle il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 le d\u00e9calage existant entre le contenu du sc\u00e9nario d\u00e9pos\u00e9 et les films projet\u00e9s plusieurs ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>De m\u00eame, on a pu relever que ce cin\u00e9ma s\u2019est content\u00e9, dans beaucoup de cas, de produire des films d\u2019autosatisfaction, avec une approche dite narrative. Certains cin\u00e9astes alg\u00e9riens ont saisi l\u2019importance de rompre avec une pareille approche; ainsi, Bouamari a pu d\u00e9clarer qu\u2019 \u00abil faut d\u00e9passer le folklore guerrier, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, l\u2019autosatisfaction\u00bb. A cet \u00e9gard, Mostafa Lacheraf a pu indiquer que \u00able nationalisme doit n\u00e9cessairement dispara\u00eetre apr\u00e8s avoir accompli sa mission si l\u2019on veut aboutir \u00e0 une forme nouvelle de soci\u00e9t\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>A l\u2019heure actuelle, face \u00e0 l\u2019absence d\u2019une politique culturelle et de production de films en quantit\u00e9 et qualit\u00e9 due aux conditions de tournage et au manque de budgets, et la diffusion en Alg\u00e9rie d\u2019un cin\u00e9ma sans aucun lien avec les r\u00e9alit\u00e9s de ce pays, force est de constater la difficult\u00e9 de mettre en place une nouvelle th\u00e9matique avec de nouvelles formes d\u2019expression cin\u00e9matographique. En effet, apparaissant de prime abord \u00e9clectique et fragmentaire \u2013 dans les th\u00e8mes qu\u2019il traite -, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien semblait sortir des sentiers battus pour envisager s\u00e9rieusement les pr\u00e9occupations nouvelles de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Les canons officiels n\u2019en \u00e9taient pas moins vivants. En ce sens, certains cin\u00e9astes s\u2019\u00e9taient fait les thurif\u00e9raires du discours politique, engendr\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de la consolidation de la classe politique au pouvoir depuis l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>La tentative d\u2019approcher la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne de l\u2019int\u00e9rieur \u00e9largit le champ des th\u00e8mes, sans pour autant faire reculer la censure et l\u2019autocensure. Ainsi, ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s la question de la redistribution de la terre (\u00abBarri\u00e8res\u00bb de A. Lallem), la d\u00e9nonciation de la bourgeoisie (\u00abEl Moufid\u00bb de A. Laskri), le probl\u00e8mes des composantes de la culture nationale (\u00abLes oiseaux de l\u2019\u00e9t\u00e9\u00bb de A. Bouguermouh), l\u2019emprise du capital priv\u00e9 sur le monde de la chanson (\u00abMarchands de r\u00eaves\u00bb de M. Iftic\u00e8ne), la d\u00e9linquance juv\u00e9nile (\u00abLes agresseurs\u00bb de R. Benhadj), l\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s (\u00abPremier pas\u00bb de M. Bouamari), le romantisme r\u00e9volutionnaire (\u00abLes aventures d\u2019un h\u00e9ros\u00bb de M. Allouache qui a tourn\u00e9, entre-temps d\u2019autres films de meilleure facture et en phase avec l\u2019actualit\u00e9 politique du pays: \u00abBab El-Oued City\u00bb), les rapports de l\u2019Alg\u00e9rie avec le monde arabe (\u00abNahla\u00bb de F. Beloufa), l\u2019\u00e9migration (\u00abTh\u00e9 \u00e0 la menthe\u00bb de A. Bahloul et \u00abPrends 10.000 balles et casse-toi\u00bb de M. Zemouri).<\/p>\n<p align=\"center\"><strong>Imp\u00e9ratifs pour un cin\u00e9ma national<\/strong><\/p>\n<p>Sans insister outre mesure sur le caract\u00e8re conformiste des id\u00e9es et de la forme de certains films alg\u00e9riens, il faut souligner le fait que l\u2019\u00e9cart est souvent grand entre la volont\u00e9 affich\u00e9e des cin\u00e9astes et l\u2019inscription de celle-ci dans leurs oeuvres.<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, comme indiqu\u00e9 plus haut, la filmographie alg\u00e9rienne laisse appara\u00eetre les propos politiques officiels tant \u00e0 travers le discours sugg\u00e9r\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne (lieux, costumes, jeux des acteurs\u2026) que les r\u00e9pliques des personnages des diff\u00e9rents films, sans pour autant essayer de d\u00e9monter les m\u00e9canismes du syst\u00e8me politique ou mettre en exergue ses contradictions, ne fut-ce qu\u2019\u00e0 partir de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 id\u00e9ologique qui le caract\u00e9rise. En ce sens, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien fut l\u2019appendice de ce syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Sans doute, faut-il dire, \u00e0 la d\u00e9charge des cin\u00e9astes alg\u00e9riens, que \u00able cin\u00e9ma ne peut s\u2019\u00e9panouir dans des conditions artisanales et qui renvoient \u00e0 une structure artisanale\u00bb (F. Beloufa). Au total, faut-il penser, comme l\u2019a fait feu M. Lacheraf (ancien conseiller culturel du pr\u00e9sident Boumedi\u00e8ne, s\u2019il en fut) que les films \u00e0 caract\u00e8re social \u00abont donn\u00e9 au cin\u00e9ma alg\u00e9rien sa caract\u00e9ristique propre, la tonalit\u00e9 dominante de son image\u00bb ?<\/p>\n<p>Ou bien, serait-il plus juste de dire que ces films ne se donnent plus \u00e0 lire comme reflets d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sociopolitique et socio-\u00e9conomique, mais comme sympt\u00f4mes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en devenir tant il est vrai que la r\u00e9alit\u00e9 politique n\u2019a pas permis \u00e0 ce jour l\u2019\u00e9mergence d\u2019un cin\u00e9ma qui oserait interroger le v\u00e9cu alg\u00e9rien pour l\u2019explorer.<\/p>\n<p>Le plus grave demeure, en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019absence d\u2019une politique culturelle des pouvoirs publics pour prendre en charge les pr\u00e9occupations des artistes et des citoyens. Ainsi, les cin\u00e9astes ont \u00e9t\u00e9 lass\u00e9s par \u00abla langue de bois\u00bb. Pour JP. Lledo : \u00abLe cin\u00e9ma alg\u00e9rien n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement vivant. Quand il allait pour le mieux, on ne faisait pas plus de deux films par an\u2026 chaque r\u00e9alisateur pouvait esp\u00e9rer tourner un long m\u00e9trage une fois tous les cinq ans\u00bb. Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements d\u2019octobre 88 et l\u2019av\u00e8nement du pluralisme : \u00abOn s\u2019aper\u00e7oit que ni les pouvoirs publics ni les partis politiques ne revendiquent concr\u00e8tement le d\u00e9veloppement culturel\u00bb (1).<\/p>\n<p>Par ailleurs, M. Iftic\u00e8ne, apr\u00e8s avoir indiqu\u00e9 que : \u00able cin\u00e9ma alg\u00e9rien est un mythe\u00bb, il s\u2019interroge : \u00abComment pourrait-il exister sans une industrie et des infrastructures qui constitueraient sa base mat\u00e9rielle ? Comment pourrait-il exister sans instituts sup\u00e9rieurs de formation des m\u00e9tiers du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9vision qui constitueraient sa base humaine\u00bb (2).<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, l\u2019urgence est telle que, dans une lettre ouverte au Premier ministre de l\u2019\u00e9poque (M. B\u00e9la\u00efd Abdesselem), des cin\u00e9astes alg\u00e9riens \u2013 suite \u00e0 une loi de 1992 pr\u00e9voyant un \u00abFonds destin\u00e9 \u00e0 encourager les r\u00e9alisateurs et assimil\u00e9s du secteur public \u00e0 cr\u00e9er des coop\u00e9ratives ind\u00e9pendantes de production audiovisuelle\u00bb \u2013 font \u00e9tat de l\u2019inactivit\u00e9 des cin\u00e9astes et notent que l\u2019activit\u00e9 productive de l\u2019audiovisuel national est quasiment \u00e0 l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi \u00abconvaincus de l\u2019importance que doit occuper l\u2019audiovisuel aujourd\u2019hui en Alg\u00e9rie\u00bb, ils plaident ainsi la cause du cin\u00e9ma : \u00abMaintenir une telle situation, c\u2019est prolonger l\u2019absence du cin\u00e9ma alg\u00e9rien de la sc\u00e8ne nationale et internationale et provoquer s\u00fbrement la mort de ce secteur\u00bb; ils esp\u00e8rent, tout naturellement, donner \u00abun nouveau souffle \u00e0 la cr\u00e9ation artistique audiovisuelle dans notre pays\u00bb. Seront-ils entendus un jour ? Puissent-ils l\u2019\u00eatre !<\/p>\n<h1 style=\"text-align: left;\" align=\"center\">AMMAR KOROGHLI<\/h1>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"right\"><em>* Auteur-avocat alg\u00e9rien<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Existe-t-il un cin\u00e9ma alg\u00e9rien ? D\u2019aucuns pourraient penser qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une question vaine. Pour d\u2019autres, elle peut rev\u00eatir un caract\u00e8re de curiosit\u00e9, voire de provocation.&nbsp;Ici, un \u00e9tat des lieux et une interrogation : avons-nous une politique culturelle en Alg\u00e9rie, voire cin\u00e9matographique ? Historiquement, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien est n\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de l\u2019insurrection arm\u00e9e. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16180,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[268,269],"tags":[],"class_list":{"0":"post-3096","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-cinema","8":"category-culture"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3096","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3096"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3096\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16387,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3096\/revisions\/16387"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16180"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3096"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3096"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3096"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}