{"id":3192,"date":"2015-03-15T14:32:58","date_gmt":"2015-03-15T14:32:58","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=3192"},"modified":"2015-03-15T14:32:58","modified_gmt":"2015-03-15T14:32:58","slug":"cent-ans-de-capitalisme-en-algerie-1830-1930","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/cent-ans-de-capitalisme-en-algerie-1830-1930\/","title":{"rendered":"Cent ans de capitalisme en Alg\u00e9rie 1830-1930"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Cent ans de capitalisme en Alg\u00e9rie \u00bb<br \/>\nAuthentique militant anticolonialiste fran\u00e7ais de la premi\u00e8re heure, Robert Louzon m\u00e9rite d\u2019\u00eatre mieux connu en ces temps o\u00f9 la social-d\u00e9mocratie fran\u00e7aise retombe piteusement dans ses pires travers coloniaux, la p\u00e2leur m\u00e9diocre et pateline du discours masquant \u00e0 peine la persistance de la brutalit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats du grand capital national dont elle confirme \u00eatre le meilleur d\u00e9fenseur.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">EXTRAIT DE<br \/>\n<strong>\u00ab CENT ANS DE CAPITALISME EN ALGERIE 1830-1930 \u00bb<\/strong><br \/>\n\u00ab Histoire de la conqu\u00eate coloniale \u00bb<br \/>\nDe Robert Louzon<br \/>\nEditions Acratie (1998)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Issu d\u2019une famille bourgeoise, apr\u00e8s des \u00e9tudes scientifique, Louzon devient ing\u00e9nieur. D\u2019abord membre du P.O.S.R. (socialiste alemaniste), il \u00e9volue vers le syndicalisme r\u00e9volutionnaire. En 1906, il pr\u00eate l\u2019argent n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019achat d\u2019un immeuble pour la CGT, action qui, une fois connue, lui vaudra de perdre son emploi.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Li\u00e9 \u00e0 Pierre Monatte, Louzon collabore \u00e0 \u00ab La Vie ouvri\u00e8re \u00bb. En 1913, il s\u2019installe en Tunisie, effectue la guerre comme capitaine, puis adh\u00e8re en 1919 au parti socialiste tunisien. Il sera vite secr\u00e9taire f\u00e9d\u00e9ral du P.S., puis du P.C. apr\u00e8s le congr\u00e8s de Tours. En 1921, il est poursuivi pour \u00ab diffamation envers les officiers de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00bb, puis encore en 1922, cette fois condamn\u00e9 \u00e0 6 mois de prison et \u00e0 l\u2019expulsion de Tunisie \u00e0 sa sortie.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En d\u00e9cembre 1924 il quitte le P.C. apr\u00e8s l\u2019exclusion de Monatte et Rosmer, et en 1925, il participe \u00e0 la fondation de la revue \u00ab La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En ao\u00fbt 1936, mandat\u00e9 par la C.N.T espagnole il se rend au Maroc dans le but d\u2019emp\u00eacher le recrutement de troupes pour Franco. En f\u00e9vrier 1937, malgr\u00e9 son \u00e2ge, il combat un temps sur le front espagnol, puis collabore \u00e0 S.I.A (Solidarit\u00e9 Internationale antifasciste). 2<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En 1939, il signe le tract de Louis Lecoin \u00ab Paix imm\u00e9diate \u00bb ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre poursuivi devant le conseil de guerre. Arr\u00eat\u00e9 en 1940, il est intern\u00e9 un an dans un camp en Alg\u00e9rie.<br \/>\nApr\u00e8s-guerre, il reprend son activit\u00e9 militante et sera notamment l\u2019un des signataires du \u00ab manifeste des 121 \u00bb lors de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<br \/>\n\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7\u00a7<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>La p\u00e9riode de l&rsquo;accumulation primitive<\/strong><br \/>\n\u00ab Nous avons r\u00e9uni au domaine les biens des fondations pieuses, nous avons s\u00e9questr\u00e9 ceux d&rsquo;une classe d&rsquo;habitants que nous avions promis de respecter &#8230; nous nous sommes empar\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es sans indemnit\u00e9 aucune ; et, de plus, nous avons \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 contraindre des propri\u00e9taires, expropri\u00e9s de cette mani\u00e8re, \u00e0 payer les frais de d\u00e9molition de leurs maisons et m\u00eame d&rsquo;une mosqu\u00e9e.<br \/>\n\u00ab Nous avons profan\u00e9 les temples, les tombeaux, l&rsquo;int\u00e9rieur des maisons: asile sacr\u00e9 chez les musulmans.<br \/>\n\u00ab Nous avons massacr\u00e9 des gens porteurs de sauf-conduits ; \u00e9gorg\u00e9 sur un soup\u00e7on des populations enti\u00e8res, qui se sont ensuite trouv\u00e9es innocentes; nous avons mis en jugement des hommes r\u00e9put\u00e9s saints dans le pays, des hommes v\u00e9n\u00e9r\u00e9s, parce qu&rsquo;ils avaient assez de courage pour venir s&rsquo;exposer \u00e0 nos fureurs, afin d&rsquo;interc\u00e9der en faveur de leurs malheureux compatriotes; il s&rsquo;est trouv\u00e9 des hommes pour les condamner, et des hommes civilis\u00e9s pour les faire ex\u00e9cuter. \u00bb<br \/>\n(Rapport de la commission gouvernementale d&rsquo;enqu\u00eate, 1833). *<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>LA LEGENDE DU COUP DE L\u2019EVENTAIL<\/strong><br \/>\nEn 1794, la France \u00e9tait attaqu\u00e9e de tous c\u00f4t\u00e9s. Non seulement son territoire \u00e9tait envahi sur plusieurs points, mais son peuple et son arm\u00e9e risquaient d&rsquo;\u00eatre affam\u00e9s. Ne produisant pas assez pour subvenir \u00e0 ses besoins, elle ne trouvait nulle part o\u00f9 acheter le compl\u00e9ment de grains qui lui \u00e9tait n\u00e9cessaire. Nulle part &#8230; sauf en Alg\u00e9rie, dont le dey offrit \u00e0 la Convention toutes facilit\u00e9s pour faire ses achats de bl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Deux ans plus tard, le Directoire a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 la Convention, mais la guerre n&rsquo;en continue pas moins, et l&rsquo;Angleterre continue \u00e0 poursuivre son plan d&rsquo;affamer les arm\u00e9es de la R\u00e9publique; en outre &#8230; le Tr\u00e9sor est vide, ou presque. Le dey d&rsquo;Alger offre alors au gouvernement fran\u00e7ais de lui pr\u00eater un million, sans int\u00e9r\u00eats, pour les achats de bl\u00e9 que celui-ci aurait \u00e0 effectuer en Alg\u00e9rie. Le gouvernement fran\u00e7ais accepte, et les achats sont effectu\u00e9s notamment par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la maison Bacri et Busnach, gros commer\u00e7ants juifs, auxquels d&rsquo;ailleurs la plus grosse partie du bl\u00e9 qu&rsquo;ils livrent \u00e0 la France est fournie par le dey lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les achats de bl\u00e9 ainsi effectu\u00e9s d\u00e9passent de beaucoup le million pr\u00eat\u00e9; la France ne les paie pourtant point.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Qu&rsquo;importe! La France est riche et est personne d&rsquo;honneur. Quand la paix sera revenue, elle r\u00e8glera ses dettes. Le dey continue donc de fournir du bl\u00e9 \u00e0 Bacri, et Bacri de livrer \u00e0 la France.<br \/>\n1815: la paix est revenue, c&rsquo;est le moment de se faire payer. Bacri et le dey r\u00e9clament leur d\u00fb.<br \/>\nMais chacun sait que la bourgeoisie fran\u00e7aise n&rsquo;aime gu\u00e8re payer ses dettes de guerre. Elle estime qu&rsquo;est suffisant l&rsquo;honneur qu&rsquo;elle a fait \u00e0 ses cr\u00e9anciers en leur permettant de la sortir de l&#8217;embarras. Ils ont eu l&rsquo;insigne honneur de l&rsquo;aider \u00e0 vaincre, que veulent-ils de plus?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Malgr\u00e9 la paix et 1&rsquo;\u00ab ordre \u00bb revenus, le gouvernement de la Restauration fit donc autant de difficult\u00e9s que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs pour payer ceux qui avaient fourni de quoi faire le pain du troupier fran\u00e7ais. On objectera que certaines cargaisons avaient \u00e9t\u00e9 de mauvaise qualit\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait bien possible, m\u00eame tr\u00e8s probable; il n&rsquo;y a pas de raison pour que Bacri et Busnach aient fait exception dans l&rsquo;honorable corporation des fournisseurs de guerre. En cons\u00e9quence, le Commission fran\u00e7aise, r\u00e9unie en 1819, fit subir de s\u00e9rieuses r\u00e9ductions aux factures de Bacri, en suite desquelles ce qui reste d\u00fb est fix\u00e9 d\u00e9finitivement, d&rsquo;accord avec Bacri et le dey, \u00e0 une somme globale de 7 millions. Il n&rsquo;y a donc plus qu&rsquo;\u00e0 payer. Eh bien on ne paie pas. L&rsquo;accord de 1819 stipulait que, sur les 7 millions, seraient retenues les sommes qui pourraient \u00eatre dues par Bacri \u00e0 ses cr\u00e9anciers. En cons\u00e9quence, le Tr\u00e9sor fran\u00e7ais verse bien l&rsquo;argent, mais il le verse \u00e0 Paris, \u00e0 la Caisses des d\u00e9p\u00f4ts et Consignations ; aussit\u00f4t une nu\u00e9e d&rsquo;oppositions, de la part de cr\u00e9anciers de Bacri, vrais ou pr\u00e9tendus, se produit, et, en 1827, soit huit ans apr\u00e8s que l&rsquo;accord r\u00e9glant d\u00e9finitivement le montant des sommes dues a \u00e9t\u00e9 conclu, les tribunaux fran\u00e7ais n&rsquo;avaient pas encore statu\u00e9 sur la validit\u00e9 de ces oppositions! En 1827, donc, le dey n&rsquo;\u00e9tait pas encore rembours\u00e9 du million qu&rsquo;il avait pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la France, sans int\u00e9r\u00eats, trente et un ans auparavant! Bien plus, du fait des dettes que Bacri avait eu soin de faire en France, le dey risquait fort de ne jamais toucher un sou. Ainsi, sous couleur de satisfaire ses r\u00e9clamations, on avait \u00ab rendu l\u00e9gale sa spoliation \u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>(1)(Esquer la prise d\u2019alger p.49)<\/strong><br \/>\nLe dey d&rsquo;Alger \u00e9tait ainsi magnifiquement r\u00e9compens\u00e9 de l&rsquo;ardeur qu&rsquo;il avait mise \u00e0 faciliter le ravitaillement de la France affam\u00e9e par l&rsquo;Angleterre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En cette ann\u00e9e 1827, le dey d&rsquo;Alger d\u00e9couvrit un fait bien plus grave encore, o\u00f9 la perfidie du gouvernement de la restauration d\u00e9passait vraiment toutes les bornes.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">A l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 est de la R\u00e9gence, \u00e0 500 kilom\u00e8tres environ d&rsquo;Alger, sur un point du littoral appel\u00e9 Calle, la France avait la concession d&rsquo;un entrep\u00f4t commercial. Le gouvernement fran\u00e7ais, par la voix de son repr\u00e9sentant \u00e0 Alger, Deval avait promis au dey que l&rsquo;entrep\u00f4t ne serait pas fortifi\u00e9 (2)<br \/>\n(2) Esquer la prise d\u2019Alger p.58<br \/>\nc&rsquo;\u00e9tait un emplacement pour faire du commerce, mais rien de plus; ce ne devait point \u00eatre transform\u00e9 en une place forte. Or, la France avait fortifi\u00e9 la Calle, et le dey venait de l&rsquo;apprendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Supposez que la France se soit conduite avec les Etats-Unis, pour le r\u00e8glement de ses dettes de guerre, comme elle s&rsquo;est conduite avec le dey d&rsquo;Alger, ne croyez-vous pas que, bien avant que trente ans ne soient pass\u00e9s, la flotte am\u00e9ricaine ne se serait pas, pour le moins, empar\u00e9e de la Guadeloupe et de la Martinique, et ne serait m\u00eame venue faire un petit tour \u00e0 Brest? Ou bien, supposez que la repr\u00e9sentation commerciale des Soviets \u00e0 Paris convertisse ses bureaux en forteresse, la France serait-elle longue \u00e0 renvoyer l&rsquo;ambassadeur sovi\u00e9tique chez lui, et \u00e0 r\u00e9occuper par la force les locaux de la Repr\u00e9sentation commerciale?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le dey d&rsquo;Alger, lui, se contenta de demander des explications. Il les demanda par \u00e9crit au gouvernement fran\u00e7ais, et comme celui-ci ne r\u00e9pondait pas, il les demanda verbalement au consul de France. Que vouliez-vous que celui-ci r\u00e9ponde? Pour l&rsquo;affaire de la Calle en particulier, il savait fort bien que c&rsquo;\u00e9tait lui-m\u00eame, Deval, qui s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 ce que le territoire ne f\u00fbt pas fortifi\u00e9, et il savait aussi que, malgr\u00e9 cela, on l&rsquo;avait fortifi\u00e9. Dans ces conditions, quand on n&rsquo;a pas d&rsquo;explications valables \u00e0 fournir, il n&rsquo;est qu&rsquo;une ressource: c&rsquo;est le prendre de haut. C&rsquo;est ce que fit Deval. Alors, furieux, le dey s&#8217;emporta, injuria, et finalement donna au \u00ab repr\u00e9sentant de la France \u00bb un coup de son chasse-mouche.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>On tenait le pr\u00e9texte!<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le gouvernement fran\u00e7ais, convaincu de mauvaise foi, allait ch\u00e2tier le dey coupable d&rsquo;avoir \u00ab injuri\u00e9 la France \u00bb. Car 1&rsquo;\u00ab honneur de la France\u00bb ne consistait pas \u00e0 payer ses dettes le plus vite possible, l&rsquo;\u00ab honneur de la France\u00bb ne consistait pas \u00e0 respecter la parole donn\u00e9e; l&rsquo;\u00ab honneur de la France\u00bb consistait \u00e0 frapper celui qui lui reprochait ses actes d\u00e9shonorants. \u00ab Je m&rsquo;appelle lion\u00bb ; ma raison est la meilleure &#8230; parce que je suis le plus fort. Et je suis le plus fort, non seulement par les armes, mais par toute l&rsquo;organisation de mensonges que, sous les noms divers d&rsquo;enseignement, de litt\u00e9rature, de \u00ab culture \u00bb, etc., j&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9e pour me servir. En cons\u00e9quence, du mensonge je ferais la v\u00e9rit\u00e9. Toute une arm\u00e9e d&rsquo;\u00ab intellectuels\u00bb proclamera par le monde, comme la v\u00e9rit\u00e9, comme une V\u00e9rit\u00e9 \u00e9vidente et universellement admise, que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 outrag\u00e9 sans raison, et que mon bon droit \u00e0 m&#8217;emparer d&rsquo;Alger est incontestable. Il n&rsquo;y a pas un Fran\u00e7ais, pas un \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;\u00e9cole primaire qui ne sache pas que le \u00ab coup de l&rsquo;\u00e9ventail \u00bb du dey Hussein est \u00e0 l&rsquo;origine de la conqu\u00eate de l&rsquo;Alg\u00e9rie; combien y en a-t-il \u00e0 qui vous avez appris, messieurs les Professeurs, l&rsquo;histoire des fortifications de la Calle ? Il n&rsquo;est pas un manuel d&rsquo;histoire \u00e9l\u00e9mentaire qui ne contienne quelques illustrations du dey frappant le \u00ab repr\u00e9sentant de la France \u00bb, mais ce n&rsquo;est que dans quelques rares livres, tir\u00e9s \u00e0 un petit nombre d&rsquo;exemplaires, et enfouis dans les biblioth\u00e8ques, qu&rsquo;on peut trouver des renseignements sur les raisons pour lesquelles le dey \u00e9tait, ce jour-l\u00e0, si fort en col\u00e8re. Voil\u00e0 l\u2019\u00ab histoire \u00bb bourgeoise. L&#8217;emportement du dey est mont\u00e9 en \u00e9pingle, mais les raisons de son emportement sont soigneusement cach\u00e9es, car sinon, le lecteur pourrait s&rsquo;apercevoir que si jamais \u00ab coup d&rsquo;\u00e9ventail \u00bb fut justifi\u00e9, ce fut bien celui que re\u00e7ut \u00e0 Alger, le 30 avril 1827, le consul de France<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La conqu\u00eate de l&rsquo;Alg\u00e9rie a fourni un autre exemple remarquable du point vraiment incroyable jusqu&rsquo;o\u00f9 les gouvernements bourgeois poussent la perfidie&#8230; En 1837, un trait\u00e9, le trait\u00e9 de la Tafna, intervint entre Louis-Philippe et Abd el Kader. Par ce trait\u00e9 l&rsquo;Alg\u00e9rie se trouvait partag\u00e9e entre Abd el Kader et la France. En ce qui concerne le d\u00e9partement d&rsquo;Alger, le trait\u00e9 d\u00e9finissait ainsi le territoire qui revenait \u00e0 la France: \u00ab Alger, le Sahel, la plaine de la Mitidja born\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ouest jusqu&rsquo;\u00e0 Kaddara &#8230; \u00bb ; c&rsquo;\u00e9tait clair: la plaine de la Mitidja born\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Est jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oued Kaddara. Eh bien! La France pr\u00e9tendit que son territoire s&rsquo;\u00e9tendait au-del\u00e0 de l&rsquo;oued Kaddara !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et voil\u00e0 pour cela ce qu&rsquo;on imagina. Le texte arabe, le seul sign\u00e9 d&rsquo;Abd el Kader, portait apr\u00e8s \u00ab oued Kaddara\u00bb le mot arabe fauq. Ouvrez n&rsquo;importe quel dictionnaire, interrogez n&rsquo;importe quel Fran\u00e7ais sachant l&rsquo;arabe, ou n&rsquo;importe quel Arabe sachant le fran\u00e7ais, vous apprendrez instantan\u00e9ment et invariablement que fauq signifie: au-dessus. Le gouvernement fran\u00e7ais, lui, pr\u00e9tendit que fauq signifiait au-del\u00e0, et, alors, au lieu de la traduction \u00e9vidente: jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oued Kaddara et ce qui est au dessus, c&rsquo;est-\u00e0-dire les cr\u00eates qui le dominent, il traduisit par cette phrase identiquement absurde: \u00ab .\u2022 .la plaine de la Mitidja born\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Est jusqu\u2019a l&rsquo;oued Kaddara et au-del\u00e0 \u00bb, Ainsi on aurait fix\u00e9 une ,borne au territoire revenant \u00e0 la France, uniquement pour dire que ce qui \u00e9tait au-del\u00e0 de cette borne lui revenait aussi!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Mais qu&rsquo;importe l&rsquo;absurdit\u00e9, pourvu que cette absurdit\u00e9 fournisse un pr\u00e9texte pour violer les trait\u00e9s! En vertu de cette \u00ab traduction \u00bb, les troupes fran\u00e7aises se portaient, en 1839, jusqu&rsquo;aux Portes de Fer, c&rsquo;est- \u00e0-dire \u00e0 plus de 100 kilom\u00e8tres au-del\u00e0 de l&rsquo;oued Kaddara. Et cette exp\u00e9dition ayant amen\u00e9 la reprise des hostilit\u00e9s, tous les manuels d&rsquo;histoire nous enseignent que c&rsquo;est Abd el Kader qui a viol\u00e9 le trait\u00e9 de la Tafna!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>QUARANTE ANNEES DE MASSACRES<\/strong><br \/>\nDonc, le 14 juin 1830, les troupes fran\u00e7aises d\u00e9barqu\u00e8rent \u00e0 Sidi Ferruch, plage de sable situ\u00e9e \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres d&rsquo;Alger, et quelques jours apr\u00e8s, Alger attaqu\u00e9 \u00e0 revers, tombait ; le 5 juillet, le dey capitulait. Le \u00ab coup d&rsquo;\u00e9ventail \u00bb \u00e9tait donc \u00ab veng\u00e9 \u00bb ; le bl\u00e9 que le dey avait fourni \u00e0 la France n&rsquo;aurait plus \u00e0 lui \u00eatre pay\u00e9, ni les fortifications de la Calle \u00e0 \u00eatre d\u00e9molies.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il restait \u00e0 conqu\u00e9rir l&rsquo;Alg\u00e9rie.<br \/>\nCela allait demander quarante ans, pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle. De 1830 \u00e0 1871, sous cinq r\u00e9gimes diff\u00e9rents, depuis la restauration jusqu&rsquo;\u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, en passant par Louis-Philippe, la R\u00e9publique et l&rsquo;Empire, la bourgeoisie fran\u00e7aise va poursuivre la conqu\u00eate de ce territoire \u00e0 peine peupl\u00e9 de cinq millions d&rsquo;habitants.<br \/>\nQuarante ans de combats, de meurtres et de pillages, quarante ans pendant lesquels, \u00e0 chaque moment, telle r\u00e9gion qu&rsquo;on avait hier \u00ab pacifi\u00e9e \u00bb se soulevait \u00e0 nouveau et devait \u00eatre \u00ab pacifi\u00e9e\u00bb \u00e0 nouveau, \u00e0 coup de \u00ab razzia \u00bb et de massacres. Quarante ans pour cinq millions d&rsquo;habitants ! Quarante ans de guerre entre, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un peuple d\u00e9pourvu de toute organisation mat\u00e9rielle moderne, et, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, alors, sans conteste, la premi\u00e8re arm\u00e9e d&rsquo;Europe, l&rsquo;arm\u00e9e qui \u00e9tait, hier, celle de Napol\u00e9on et qui sera encore celle de S\u00e9bastopol et de Magenta.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La conqu\u00eate de l&rsquo;Alg\u00e9rie ne s&rsquo;est pas effectu\u00e9e, comme on pourrait le croire, progressivement du Nord au Sud, par tranches successives partant du littoral et finissant aux confins sahariens. Tout au contraire, les r\u00e9gions m\u00e9ridionales, Hauts Plateaux et zone saharienne, on \u00e9t\u00e9 plus facilement conquises et les premi\u00e8res pacifi\u00e9es; c&rsquo;est la r\u00e9gion la plus proche du littoral, le Tell, cet ensemble montagneux qui s\u00e9pare la mer des Hauts Plateaux, qui a offert le plus de r\u00e9sistance et n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9, r\u00e9ellement qu&rsquo;en dernier lieu. Le centre de la premi\u00e8re grande r\u00e9sistance \u00e0 laquelle se heurte la conqu\u00eate fran\u00e7aise, celle que va personnifier pendant quinze ans le marabout Abd el Kader, c&rsquo;est le Tell du centre et de l&rsquo;Ouest. Les villes d&rsquo;Abd-el-Kader, Mascara, Boghar, etc., sont en plein Atlas tellien, et le dernier massif d&rsquo;o\u00f9 Abd el Kader conduira ses derni\u00e8res grandes luttes sera celui de l&rsquo;Ouarsenis, qui commence \u00e0 50 kilom\u00e8tres de la mer. Apr\u00e8s la chute d&rsquo;Abd el Kader, le dernier bastion de la r\u00e9sistance sera la Kabylie, Tell de l&rsquo;Est.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La grande Kabylie, qui borde la mer, et qui est \u00e0 moins de cent kilom\u00e8tres d&rsquo;Alger, ne sera occup\u00e9e pour la premi\u00e8re fois qu&rsquo;en 1857, et d\u00e9finitivement qu&rsquo;apr\u00e8s 71, alors que les oasis de Biskra et de Laghouat, en bordure du Sahara, \u00e0 400 kilom\u00e8tres de la mer, seront conquises, la premi\u00e8re d\u00e8s 1844, et la seconde d\u00e9finitivement, en 1852.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La raison en est que les Hauts-Plateaux, le Sahara, et m\u00eame l&rsquo;Atlas saharien, vieille montagne qui n&rsquo;est plus gu\u00e8re constitu\u00e9e que de l\u00e9g\u00e8res ondulations coup\u00e9es de larges couloirs, ne sont que des plaines. Le Tell, au contraire, c&rsquo;est la montagne. La plaine, assez peu peupl\u00e9e d&rsquo;ailleurs, et peupl\u00e9e presque exclusivement d&rsquo;Arabes plus ou moins nomades, n&rsquo;a pas pu r\u00e9sister; c&rsquo;est la montagne qui a r\u00e9sist\u00e9, la montagne qui, en Alg\u00e9rie, est plus peupl\u00e9e que la plaine, peupl\u00e9e de paysans cultivateurs, la plupart de langue berb\u00e8re. Cela est conforme \u00e0 la r\u00e8gle de toujours et de partout: c&rsquo;est toujours la montagne qui r\u00e9siste au conqu\u00e9rant ; la montagne est partout le dernier asile de l&rsquo;ind\u00e9pendance. Ce massif kabyle qui r\u00e9sista le dernier \u00e0 la conqu\u00eate fran\u00e7aise, est celui qui avait aussi le mieux r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la conqu\u00eate arabe, puisque si il a accept\u00e9 la religion de l&rsquo;Islam, il a gard\u00e9 sa langue et son Droit.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ce que fut cette guerre? Une guerre atroce qui n&rsquo;eut de la guerre que le nom, j\u2019entends de la v\u00e9ritable guerre, celle que justifie Proudhon dans La Guerre et la Paix, c&rsquo;est-\u00e0-dire un combat loyal entre adversaires de force \u00e9quivalente. Ce ne fut pas une guerre, ce fut une \u00ab exp\u00e9dition coloniale \u00ab\u00a0, une exp\u00e9dition coloniale de quarante ann\u00e9es. Une exp\u00e9dition coloniale \u00e7a ne se raconte pas, et on n&rsquo;ose la d\u00e9crire; on laisse MM. les assassins la d\u00e9crire eux-m\u00eames.<br \/>\n\u00ab La flamme \u00e0 la main! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Saint-Arnaud, qui devait finir mar\u00e9chal de France, fit, jusqu&rsquo;au 2 d\u00e9cembre, \u00e0 peu pr\u00e8s toute sa carri\u00e8re en Alg\u00e9rie. Il y \u00e9tait arriv\u00e9 lieutenant en 1837 ; il en partit g\u00e9n\u00e9ral de division en 1851 ; durant ces quinze ann\u00e9es il ne cessa d&rsquo;\u00eatre en colonne, tant\u00f4t \u00e0 l&rsquo;ouest, tant\u00f4t \u00e0 l&rsquo;est; pendant tout ce temps il \u00e9crivit r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 son fr\u00e8re, le tenant presque jour par jour au courant de ses faits et gestes. Ces lettres ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es. Nous en donnons ci-dessous des extraits, sans autre commentaire que l&rsquo;indication de la date et du lieu (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1. On trouvera les lettre dont sont extraites ces citations dans Lettres du Mar\u00e9chal Saint-Arnaud, tome l, pages 141, 313, 325, 379,381,390,392,472,474,549,556, tome II, pages 83,331,340.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Le pillage exerc\u00e9 d&rsquo;abord par les soldats, s&rsquo;\u00e9tendit ensuite aux officiers, et quand on \u00e9vacua Constantine, il s&rsquo;est trouv\u00e9 comme toujours, que la part la plus riche et la plus abondante \u00e9tait \u00e9chou\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;arm\u00e9e et aux officiers de l&rsquo;\u00e9tat-major. \u00bb (Prise de Constantine, octobre 1837.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Nous resterons jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de juin \u00e0 nous battre dans la province d&rsquo;Oran, et \u00e0 y ruiner toutes les villes, toutes les possessions de l&rsquo;\u00e9mir. Partout, il trouvera l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, la flamme \u00e0 la main. \u00bb (Mai 1841.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00abMascara, ainsi que je te l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit, a d\u00fb \u00eatre une ville belle et importante. Br\u00fbl\u00e9e en partie et saccag\u00e9e par le mar\u00e9chal Clauzel en 1855. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Nous sommes dans le centre des montagnes entre Miliana et Cherchell. Nous tirons peu de coups de fusil, nous br\u00fblons tous les douars, tous les villages, toutes les cahutes. L&rsquo;ennemi fuit partout en emmenant ses troupeaux. \u00bb (Avril 1842.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Le pays des Beni-Menasser est superbe et l&rsquo;un des plus riches que j&rsquo;ai vus en Afrique. Les villages et les habitants sont tr\u00e8s rapproch\u00e9s. Nous avons tout br\u00fbl\u00e9, tout d\u00e9truit. Oh 1 la guerre, la guerre 1 Que de femmes et d&rsquo;enfants, r\u00e9fugi\u00e9s dans les neiges de l&rsquo;Atlas, y sont morts de froid et de mis\u00e8re 1 &#8230; Il n&rsquo;y a pas dans l&rsquo;arm\u00e9e cinq tu\u00e9s et quarante bless\u00e9s. \u00bb (R\u00e9gion de Cherchell, avril 1842.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Deux belles arm\u00e9es &#8230; se donnant la main fraternellement au milieu de l&rsquo;Afrique, l&rsquo;une partie de Mostaganem le 14, l&rsquo;autre de Blidah le 22 mai, rasant, br\u00fblant, chassant tout devant elles. \u00bb (Mai 1842 ; de Mostaganem \u00e0 Blidah il y a 250 kilom\u00e8tres.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab On ravage, on br\u00fble, on pille, on d\u00e9truit les maisons et les arbres. Des combats: peu ou pas. \u00bb (R\u00e9gion de Miliana, juin 1842.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab \u2022\u2022\u2022 Entour\u00e9 d&rsquo;un horizon de flamme et de fum\u00e9e qui me rappelle un petit Palatinat en miniature, je pense \u00e0 vous tous et je t&rsquo;\u00e9cris. Tu m&rsquo;as laiss\u00e9 chez les Brazes, je les ai br\u00fbl\u00e9s et d\u00e9vast\u00e9s. Me voici chez les Sindgads, m\u00eame r\u00e9p\u00e9tition en grand, c&rsquo;est un vrai grenier d&rsquo;abondance &#8230; Quelques-uns sont venus pour m&rsquo;amener le cheval de soumission. Je l&rsquo;ai refus\u00e9 parce que je voulais une soumission g\u00e9n\u00e9rale, et j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 br\u00fbler. \u00bb (Ouarsenis, octobre 1842.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Le lendemain , je descendais \u00e0 Haimda, je br\u00fblais tout sur mon passage et d\u00e9truisais ce beau village &#8230; Il \u00e9tait deux heures, le gouverneur (Bugeaud) \u00e9tait parti. Les feux qui br\u00fblaient encore dans la montagne, m&rsquo;indiquaient la marche de la colonne. \u00bb (R\u00e9gion de Miliana, f\u00e9vrier 1843.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00abDes tas de cadavres press\u00e9s les uns contre les autres et morts gel\u00e9s pendant la nuit 1 C&rsquo;\u00e9tait la malheureuse population des Beni-Na\u00f4seeur, c&rsquo;\u00e9taient ceux dont je br\u00fblais les villages, les gourbis et que je chassais devant moi. \u00bb (R\u00e9gion de Miliana, f\u00e9vrier 1843.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Les beaux orangers que mon vandalisme va abattre &#8230; je br\u00fble aujourd&rsquo;hui les propri\u00e9t\u00e9s et les villages de Ben-Salem et de Bel-Cassem-ou-Kassi. \u00bb (R\u00e9gion de Bougie, 2 octobre 1844.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab J&rsquo;ai br\u00fbl\u00e9 plus de dix villages magnifiques. \u00bb (Kabylie, 28 octobre 1844.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Il y avait encore des groupes nombreux d&rsquo;ennemis sur les pitons, j&rsquo;esp\u00e9rais un second combat. Ils ne sont pas descendus et j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 couper de beaux vergers et \u00e0 br\u00fbler de superbes villages sous les yeux de l&rsquo;ennemi. \u00bb (Dahra, mars 1846.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab J&rsquo;ai laiss\u00e9 sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s, tous les jardins saccag\u00e9s, les oliviers coup\u00e9s. \u00bb (Petite Kabylie, mai 1851.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Nous leur avons fait bien du mal, br\u00fbl\u00e9 plus de cent maisons couvertes en tuile, coup\u00e9 plus de mille oliviers. \u00bb (Petite Kabylie, juin 1851.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tel est le t\u00e9moignage de Saint-Arnaud. T\u00e9moignage d\u00e9cisif, mais qui est loin d&rsquo;\u00eatre unique. Tous les officiers d&rsquo;Afrique, qui ont \u00e9crit ce qu&rsquo;ils ont vu, disent la m\u00eame chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>La vente des femmes et le massacre des enfants<\/strong><br \/>\nOfficier d&rsquo;Afrique non moins typique que Saint-Arnaud, ce colonel Pein, issu du rang qui resta vingt-trois ans en Alg\u00e9rie (de 1840 \u00e0 1863), et qui occupa les loisirs de sa retraite \u00e0 composer un petit ouvrage sur l&rsquo;Afrique. A la diff\u00e9rence de Saint-Arnaud, ce fut surtout dans le Sud qu&rsquo;il eut \u00e0 op\u00e9rer.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Voici comment il d\u00e9crit la prise de Laghouat, \u00e0 laquelle il assista (2 d\u00e9cembre 1852.) :<br \/>\n\u00ab Le carnage fut affreux; les habitations, les tentes des \u00e9trangers dress\u00e9es sur les places, les rues, les cours furent jonch\u00e9es de cadavres. Une statistique faite \u00e0 t\u00eate repos\u00e9e et d&rsquo;apr\u00e8s les meilleurs renseignements, apr\u00e8s la prise, constate le chiffre de 2 300 hommes, femmes ou enfants tu\u00e9s; mais le chiffre de bless\u00e9s fut insignifiant, cela se con\u00e7oit. Les soldats, furieux d&rsquo;\u00eatre canard\u00e9s par une lucarne, une porte entreb\u00e2ill\u00e9e, un trou de la terrasse, se ruaient dans l&rsquo;int\u00e9rieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui s&rsquo;y trouvait ; vous comprenez que, dans le d\u00e9sordre, souvent dans l&rsquo;ombre, ils ne s&rsquo;attardaient pas \u00e0 \u00e9tablir de distinction d&rsquo;\u00e2ge ni de sexe: ils frappaient partout et sans crier gare J \u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>1 Pein, Lettres famili\u00e8res sur l&rsquo;Alg\u00e9rie, 2e \u00e9dit., p. 393.<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est tellement l&rsquo;habitude de massacrer femmes et enfants qu&rsquo;une fois que le colonel Pein ne put le faire, il \u00e9prouva le besoin de s&rsquo;en excuser dans une lettre:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Les Ouled Saad avaient abandonn\u00e9 femmes et enfants dans les buissons. J\u2019aurais pu en faire un massacre, mais nous n&rsquo;\u00e9tions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la porte.\u00a0\u00bb il fallait garder une position avantageuse et d\u00e9crocher ceux qui tiraient sur nous. \u00bb (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2.Pein. Lettres famili\u00e8res sur l&rsquo;Alg\u00e9rie, 2e \u00e9dit., p. 26.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab J&rsquo;ai laiss\u00e9 sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s, tous les jardins saccag\u00e9s, les oliviers coup\u00e9s. \u00bb (Petite Kabylie, mai 1851.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Nous leur avons fait bien du mal, br\u00fbl\u00e9 plus de cent maisons couvertes en tuile, coup\u00e9 plus de mille oliviers. \u00bb (Petite Kabylie, juin 1851.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tel est le t\u00e9moignage de Saint-Arnaud. T\u00e9moignage d\u00e9cisif, mais qui est loin d&rsquo;\u00eatre unique. Tous les officiers d&rsquo;Afrique, qui ont \u00e9crit ce qu&rsquo;ils ont vu, disent la m\u00eame chose.<br \/>\nLa vente des femmes et le massacre des enfants<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Officier d&rsquo;Afrique non moins typique que Saint-Arnaud, ce colonel Pein, issu du rang qui resta vingt-trois ans en Alg\u00e9rie (de 1840 \u00e0 1863), et qui occupa les loisirs de sa retraite \u00e0 composer un petit ouvrage sur l&rsquo;Afrique. A la diff\u00e9rence de Saint-Arnaud, ce fut surtout dans le Sud qu&rsquo;il eut \u00e0 op\u00e9rer.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Voici comment il d\u00e9crit la prise de Laghouat, \u00e0 laquelle il assista (2 d\u00e9cembre 1852.) :<br \/>\n\u00ab Le carnage fut affreux; les habitations, les tentes des \u00e9trangers dress\u00e9es sur les places, les rues, les cours furent jonch\u00e9es de cadavres. Une statistique faite \u00e0 t\u00eate repos\u00e9e et d&rsquo;apr\u00e8s les meilleurs renseignements, apr\u00e8s la prise, constate le chiffre de 2 300 hommes, femmes ou enfants tu\u00e9s; mais le chiffre de bless\u00e9s fut insignifiant, cela se con\u00e7oit. Les soldats, furieux d&rsquo;\u00eatre canard\u00e9s par une lucarne, une porte entreb\u00e2ill\u00e9e, un trou de la terrasse, se ruaient dans l&rsquo;int\u00e9rieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui s&rsquo;y trouvait ; vous comprenez que, dans le d\u00e9sordre, souvent dans l&rsquo;ombre, ils ne s&rsquo;attardaient pas \u00e0 \u00e9tablir de distinction d&rsquo;\u00e2ge ni de sexe: ils frappaient partout et sans crier gare J \u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-Pein, Lettres famili\u00e8res sur l&rsquo;Alg\u00e9rie, 2e \u00e9dit., p. 393.<br \/>\nC&rsquo;est tellement l&rsquo;habitude de massacrer femmes et enfants qu&rsquo;une fois que le colonel Pein ne put le faire, il \u00e9prouva le besoin de s&rsquo;en excuser dans une lettre:<br \/>\n\u00ab Les Ouled Saad avaient abandonn\u00e9 femmes et enfants dans les buissons. J\u2019aurais pu en faire un massacre, mais nous n&rsquo;\u00e9tions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la porte.\u00a0\u00bb il fallait garder une position avantageuse et d\u00e9crocher ceux qui tiraient sur nous. \u00bb (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-Pein. Lettres famili\u00e8res sur l&rsquo;Alg\u00e9rie, 2e \u00e9dit., p. 26.<br \/>\nAinsi, si les femmes et les enfants des Ouled Saad n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00ab massacr\u00e9s \u00bb, c&rsquo;est uniquement pour raison strat\u00e9gique! Si on avait \u00e9t\u00e9 plus nombreux, toutes et tous y auraient pass\u00e9, on se serait \u00ab amus\u00e9 aux bagatelles de la porte ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Certains g\u00e9n\u00e9raux cependant pr\u00e9f\u00e9raient qu&rsquo;on ne massacre pas les femmes, mais qu&rsquo;on s&rsquo;en empare &#8230; et qu&rsquo;on les vende. Telle \u00e9tait la m\u00e9thode pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de Lamorici\u00e8re. Dans les lettres qu&rsquo;il \u00e9crivait \u00e0 sa famille, l&rsquo;un des subordonn\u00e9s de Lamorici\u00e8re, le colonel de Montagnac, d\u00e9crit ainsi le syst\u00e8me (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1. De Montagnac, Lettres d&rsquo;un soldat, p. 141, 142, 195,203,311,225. (Ce qui est soulign\u00e9 l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 par nous.)<br \/>\n\u00ab Vive Lamorici\u00e8re J Voil\u00e0 ce qui s&rsquo;appelle mener la chasse avec intelligence et bonheur J &#8230; Ce jeune g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;aucune difficult\u00e9 n&rsquo;arr\u00eate, qui franchit les espace en un rien de temps, va d\u00e9nicher les Arabes dans leurs repaires, \u00e0 vingt-cinq lieues \u00e0 la ronde, leur prend tout ce qu&rsquo;ils poss\u00e8dent.\u00a0\u00bb femmes, enfants, troupeaux, bestiaux, etc. \u00bb (1er f\u00e9vrier 1841).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans la r\u00e9gion de Mascara, le 17 janvier 1842 :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Nous poursuivons l&rsquo;ennemi, nous lui enlevons femmes, enfants, bestiaux, bl\u00e9, orge, etc. \u00bb<br \/>\nLe 11 f\u00e9vrier 1842 :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Pendant que nous rasons de ce c\u00f4t\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral Bedeau, autre perruquier de premi\u00e8re qualit\u00e9, ch\u00e2tie une tribu des bords du Ch\u00e9lif &#8230; leurs enl\u00e8ve force femmes, enfants et bestiaux &#8230; \u00bb<br \/>\nPlus tard, \u00e9tant cette fois en Petite-Kabylie, de Montagnac appliquera \u00e0 nouveau le syst\u00e8me Lamorici\u00e8re:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Nous nous sommes \u00e9tablis au centre du pays &#8230; br\u00fblant, tuant, saccageant tout &#8230; Quelques tribus pourtant r\u00e9sistent encore, mais nous les traquons de tous c\u00f4t\u00e9s, pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux. \u00bb (2 mai 1843).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Pourquoi prenait-on ces femmes? Qu&rsquo;en faisait-on?<\/strong><br \/>\n\u00ab Vous me demandez, dans un paragraphe de votre lettre, ce que nous faisons des femmes que nous prenons. On en garde quelques-unes comme otages, les autres sont \u00e9chang\u00e9es contre des chevaux, et le reste est vendu \u00e0 l&rsquo;ench\u00e8re comme b\u00eates de somme. \u00bb (Lettre dat\u00e9e de Mascara, 31 mars 1842.)<br \/>\n\u00ab Apportez des t\u00eates, des t\u00eates ! Bouchez les conduits crev\u00e9s avec la t\u00eate du premier B\u00e9douin que vous rencontrerez. \u00bb (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2. Harangue cit\u00e9e par le baron Pichon: Alger sous la domination fran\u00e7aise, p. 109.<br \/>\nVoici maintenant que le t\u00e9moignage d&rsquo;un quatri\u00e8me officier de l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;Afrique, parti en Alg\u00e9rie, tout frais \u00e9moulu de Saint-Cyr, le comte d&rsquo;H\u00e9risson; bien que tr\u00e8s patriote, celui-ci, \u00e0 la diff\u00e9rence des pr\u00e9c\u00e9dents, semble avoir \u00e9t\u00e9 quelque peu \u00e9coeur\u00e9 par ce qu&rsquo;il vit; son t\u00e9moignage est identique.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Voici comment il d\u00e9crit une colonne \u00e0 laquelle il participa (1) :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-D&rsquo;H\u00e9risson: La Chasse \u00e0 l&rsquo;Homme, p. 133 et suivantes<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Il est vrai que nous rapportons un plein baril d&rsquo;oreilles r\u00e9colt\u00e9es paires \u00e0 paires sur les prisonniers, amis ou ennemis. \u00bb c \u2022\u2022\u2022 Des cruaut\u00e9s inou\u00efes, des ex\u00e9cutions froidement ordonn\u00e9es, froidement ex\u00e9cut\u00e9es \u00e0 coups de fusil, \u00e0 coups de sabre, sur des malheureux dont le plus grand crime \u00e9tait quelquefois de nous avoir indiqu\u00e9 des silos vides. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Les villages que nous avons rencontr\u00e9s, abandonn\u00e9s par leurs habitants, ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s et saccag\u00e9s ; &#8230; on a coup\u00e9 leurs palmiers, leurs abricotiers parce que les propri\u00e9taires n&rsquo;avaient pas eu la force n\u00e9cessaire pour r\u00e9sister \u00e0 leurs \u00e9mirs et lui fermer un passage ouvert \u00e0 tout le monde chez ces tribus nomades. Toutes ces barbaries ont \u00e9t\u00e9 commises sans tirer un coup de fusil, car les populations s&rsquo;enfuyaient devant nous, chassant leurs troupeaux et leurs femmes, d\u00e9laissant leurs villages. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cette colonne \u00e9tait command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Yusuf. Sur ce m\u00eame g\u00e9n\u00e9ral, le m\u00eame auteur rappelle le fait suivant, si militaire (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-D&rsquo;H\u00e9risson: La Chasse \u00e0 l&rsquo;Homme, p. 349<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab En 1857, le mar\u00e9chal Randon, que les lauriers de Saint Arnaud emp\u00eachaient de dormir, monte \u00e0 l&rsquo;assaut de la Kabylie pour exercer ses 25 000 hommes et y recommencer les incendies de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. C&rsquo;est dans cette exp\u00e9dition qu&rsquo;on vient dire au g\u00e9n\u00e9ral Yussuf : \u00ab\u00a0Encore une tribu, mon g\u00e9n\u00e9ral, qui en a assez et qui demande l&rsquo;aman (le pardon}.\u00a0\u00bb &#8211; Non, r\u00e9pondit Yussuf, il y a l\u00e0, sur notre gauche, ce brave colonel qui n&rsquo;a encore rien eu. Laissons-lui cette tribu \u00e0 \u00e9reinter; cela lui fera un bulletin ; on donnera ensuite l&rsquo;aman (3) \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">3-Cela n&rsquo;a, il est vrai, rien de sp\u00e9cifiquement alg\u00e9rien. Voir dans \u00ab Comment j&rsquo;ai nomm\u00e9 Foch et P\u00e9tain\u00bb comment Painlev\u00e9 l&rsquo;\u00ab humanitaire\u00bb laissa se produire, quinze jours durant, apr\u00e8s le 17 avril 1917, des attaques terriblement meurtri\u00e8res et compl\u00e8tement inutiles, \u00e0 seule fin de sauver l&rsquo;amour propre\u00bb du g\u00e9n\u00e9ral Nivelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">A cette \u00e9poque, Napol\u00e9ons III avait eu beau venir en Alg\u00e9rie. Assurer les Arabes de sa sympathie : \u00ab les oreilles indig\u00e8nes valurent longtemps encore 10 francs la paire, et leurs femmes demeur\u00e8rent, comme aux, d&rsquo;ailleurs, un gibier parfait (4) \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">4-D&rsquo;H\u00e9risson: La Chasse \u00e0 l&rsquo;Homme, p. 349.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Si le g\u00e9n\u00e9ral, plus ou moins m\u00e9t\u00e8que, Yusuf, faisait couper les oreilles, le colonel de Montagnac, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, qui, lui, est un Fran\u00e7ais, fils, petit-fils, arri\u00e8re petit-fils de soldat, et qui devait devenir le \u00ab h\u00e9ros \u00bb de Sidi-Brahim, pr\u00e9f\u00e8re la m\u00e9thode qui consiste \u00e0 faire couper les t\u00eates (1) :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-De Montagnac: Lettres d&rsquo;un soldat, p. 297 et 299.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Je lui fis couper la t\u00eate et le poignet gauche (il s&rsquo;agit d&rsquo;un marabout de la province de Constantine) et j&rsquo;arrivai au camp avec sa t\u00eate piqu\u00e9e au bout d&rsquo;une ba\u00efonnette et son poignet accroch\u00e9 \u00e0 la baguette d&rsquo;un fusil. On les envoya au g\u00e9n\u00e9ral Baraguay d&rsquo;Hilliers qui campait pr\u00e8s de l\u00e0, et qui fut enchant\u00e9, comme tu le penses &#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab On ne se fait pas l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;effet que produit sur les Arabes une d\u00e9collation de la main des chr\u00e9tiens &#8230; Il y a d\u00e9j\u00e0 pas mal de temps que j&rsquo;ai compris cela, et je t&rsquo;assure qu&rsquo;il ne m&rsquo;en sort gu\u00e8re d&rsquo;entre les griffes qui n&rsquo;aient subi la douce op\u00e9ration. Qui veut la fin veut les moyens, quoiqu&rsquo;en disent nos philanthropes. Tous les bons militaires que j&rsquo;ai l&rsquo;honneur de commander sont pr\u00e9venus par moi-m\u00eame que s&rsquo;il leur arrive de m&rsquo;amener un Arabe vivant, ils recevront une vol\u00e9e de coups de plat de sabre &#8230; Quant \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration de la d\u00e9collation, cela se passe coram populo. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le massacre par \u00ab erreur \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Frappez, frappez toujours ! Dieu reconna\u00eetra les siens ! \u00bb Vieux pr\u00e9cepte que les repr\u00e9sentants de la bourgeoisie fran\u00e7aise en Alg\u00e9rie ne manqu\u00e8rent pas d&rsquo;appliquer. L&rsquo;important \u00e9tait de tuer; qu&rsquo;on tue amis ou ennemis, innocents ou coupables, cela n&rsquo;avait gu\u00e8re d&rsquo;importance. P\u00e9ra a d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9 aux lecteurs de la R\u00e9volution prol\u00e9tarienne (2) comment, en 1871, un d\u00e9tachement fran\u00e7ais rencontrant un groupe d&rsquo;indig\u00e8ne, s&rsquo;en empara et mit tout le monde \u00e0 mort sans autre forme de proc\u00e8s, sur la simple supposition que ces indig\u00e8nes avaient particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;affaire de Palestro, ce qui fut reconnu enti\u00e8rement faux, d\u00e8s qu&rsquo;on eut fait le moindre brin d&rsquo;enqu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-R.P. du 1er mars 1928: L&rsquo;insurrection alg\u00e9rienne de 1871.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Voici deux autres faits du m\u00eame ordre, mais d&rsquo;une envergure plus grande encore, et dont la responsabilit\u00e9 remonte beaucoup plus haut.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Au printemps de 1832, des envoy\u00e9s d&rsquo;une tribu du Sud avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9s par des maraudeurs, \u00e0 quelque distance d&rsquo;Alger; le fait s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 sur le territoire o\u00f9 \u00e9tait camp\u00e9e la tribu des El-Ouffia ; alors:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab En vertu des instructions du g\u00e9n\u00e9ral en chef de Rovigo, un corps de troupe sorti d&rsquo;Alger, pendant la nuit du 6 avril 1832, surprit au point du jour la tribu endormie sous ses tentes, et \u00e9gorgea tous les malheureux El-Ouffia sans qu&rsquo;un seul cherch\u00e2t m\u00eame \u00e0 se d\u00e9fendre. Tout ce qui vivait fut vou\u00e9 \u00e0 la mort; on ne fit aucune distinction d&rsquo;\u00e2ge ni de sexe.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Au retour de cette honteuse exp\u00e9dition, nos cavaliers portaient des t\u00eates au bout des lances. \u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-Christian: L&rsquo;Afrique fran\u00e7aise, p. 143.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Tout le b\u00e9tail fut vendu \u00e0 l&rsquo;agent consulaire du Danemark. Le reste du butin fut expos\u00e9 au march\u00e9 de la porte Bab-Azoun (\u00e0 Alger). On y voyait des bracelets de femme qui entouraient encore des poignets coup\u00e9s, et des boucles d&rsquo;oreilles pendant \u00e0 des lambeaux de chair. Le produit des ventes fut partag\u00e9 entre les \u00e9gorgeurs. Dans l&rsquo;ordre du jour du 8 avril, qui atteignit les derni\u00e8res limites de l&rsquo;infamie, le g\u00e9n\u00e9ral en chef eut l&rsquo;impudence de f\u00e9liciter les troupes de l\u2019ardeur et de l&rsquo;intelligence qu&rsquo;elles avaient d\u00e9ploy\u00e9es. Le soir de cette journ\u00e9e \u00e0 jamais n\u00e9faste, la police ordonna aux Maures d&rsquo;Alger d&rsquo;illuminer leurs boutiques, en signe de r\u00e9jouissance. \u00bb (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-Dieuzalde : Histoire de l&rsquo;Alg\u00e9rie, tome I, p. 289.<br \/>\nOr, quelques jours apr\u00e8s, ont sut que cette tribu n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 pour rien dans la m\u00e9saventure arriv\u00e9e aux envoy\u00e9s du Sud, ceux-ci ayant \u00e9t\u00e9 victimes d&rsquo;hommes appartenant \u00e0 la tribu toute diff\u00e9rente des Krechnas. Ce qui n&#8217;emp\u00eacha pas, bien que l&rsquo;innocence des El-Ouffia f\u00fbt d\u00e9j\u00e0 connue, de condamner \u00e0 mort le cheik des El-Ouffia, qu&rsquo;on avait soigneusement \u00e9pargn\u00e9 lors du massacre et de l&rsquo;ex\u00e9cuter, ainsi qu&rsquo;un autre notable aussi innocent que lui (3).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">3-Christian: L&rsquo;Afrique fran\u00e7aise, pp. 148 et 149.<br \/>\nL&rsquo;auteur de ces assassinats, le g\u00e9n\u00e9ral en chef duc de Rovigo, a maintenant son village, un village de colonisation portant son nom, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres du lieu o\u00f9 furent assassin\u00e9s les EI Ouffia ! A B\u00f4ne, le futur g\u00e9n\u00e9ral Yusuf, alors capitaine, op\u00e9rait pareillement. Voici ce qu&rsquo;en disent les notes du baron Pichon, alors intendant civil de l&rsquo;Alg\u00e9rie:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Le 7 mai 1832, des Arabes d&rsquo;une tribu inconnue vinrent, sous les murs de la ville, s&#8217;emparer de quelques boeufs. Le capitaine Yusuf d\u00e9cida que les maraudeurs appartenaient \u00e0 la tribu des Kharejas ; le m\u00eame soir il partit avec les Turcs, fut s&#8217;embusquer de nuit dans les environs, et lorsque le jour commen\u00e7ait \u00e0 para\u00eetre, il massacra femmes, enfants et vieillards. Une r\u00e9flexion bien triste suivit cette victoire, lorsqu&rsquo;on apprit que cette m\u00eame tribu \u00e9tait la seule qui, depuis notre occupation de B\u00f4ne, approvisionnait notre march\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Meurtre consomm\u00e9 avec pr\u00e9m\u00e9ditation sur un ennemi vaincu, sur un ennemi sans d\u00e9fense\u00bb<br \/>\nPrince de la Moskova. (Discours \u00e0 la Chambre des Pairs)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Le massacre est toujours le massacre, mais certaines circonstances ajoutent encore \u00e0 son horreur.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La r\u00e9gion du Dahra, \u00e0 mi-chemin entre Alger et Oran, pr\u00e9sente la particularit\u00e9 de poss\u00e9der, en plusieurs points, d&rsquo;immenses grottes pouvant contenir plusieurs centaines de personnes. De temps imm\u00e9moriaux, ces grottes servaient de refuge aux tribus de la contr\u00e9e, refuge qui avait toujours \u00e9t\u00e9 respect\u00e9; les hommes r\u00e9fugi\u00e9s l\u00e0 n&rsquo;\u00e9taient plus \u00e0 craindre; de ce fait l\u00e0 ils s&rsquo;avouaient vaincus; jamais tribu \u00ab barbare \u00bb, jamais \u00ab sectateurs de Mahomet\u00bb n&rsquo;avaient eu l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;y massacrer. L&rsquo;arm\u00e9e de la bourgeoisie fran\u00e7aise allait rompre avec cette tradition.<br \/>\nEn un an, sur trois points diff\u00e9rents, trois colonels fran\u00e7ais, Cavaignac, P\u00e9lissier, Saint-Arnaud, firent p\u00e9rir trois tribus r\u00e9fugi\u00e9es dans des grottes en les br\u00fblant et les asphyxiant vives. Trois tribus compl\u00e8tes: hommes, femmes, enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">De ces trois \u00ab enfumades \u00bb, la plus connue, longtemps la seule connue, est la seconde, celle commise par P\u00e9lissier, parce qu&rsquo;elle donna lieu \u00e0 une interpellation du prince de la Moskowa, le fils de Ney, \u00e0 la Chambre des Pairs.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le 19 juin 1845, la tribu des Oued-Riah, chass\u00e9e de ses villages par l&rsquo;une de ces colonnes incendiaires dont nous avons vu la description chez Saint-Arnaud, se r\u00e9fugie dans les grottes, toute la tribu, troupeaux compris. La colonne command\u00e9e par P\u00e9lissier l&rsquo;y poursuit et la somme de sortir. Celle-ci accepte: elle est m\u00eame pr\u00eate \u00e0 verser comme ran\u00e7on une importante somme d&rsquo;argent, mais elle ne veut pas, lorsqu&rsquo;elle sortira, \u00eatre massacr\u00e9e ; elle pose donc une seule condition : que les troupes fran\u00e7aises se retirent. P\u00e9lissier refuse. Puis, \u00e0 trois heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, il fait allumer, \u00e0 chaque entr\u00e9e des grottes, de vastes feux, qu&rsquo;on alimentera et attisera sans r\u00e9pit tout le restant de la journ\u00e9e et toute la nuit, jusqu&rsquo;\u00e0 une heure avant le lever du jour.<br \/>\nAu matin, on entre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Un soldat a donn\u00e9, dans une lettre, le r\u00e9cit de ce qu&rsquo;il vit la nuit et le matin.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir au milieu de la nuit, \u00e0 la faveur de la lune, un corps de troupes fran\u00e7ais occup\u00e9 \u00e0 entretenir un feu infernal ! Entendre les sourds g\u00e9missements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux; le craquement des rochers calcin\u00e9s s&rsquo;\u00e9croulant, et les continuelles d\u00e9tonations des armes!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans cette nuit, il y eut une terrible lutte d&rsquo;hommes et d&rsquo;animaux!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Le matin, quand on chercha \u00e0 d\u00e9gager l&rsquo;entr\u00e9e des cavernes, un hideux spectacle frappa des yeux les assaillants.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab J&rsquo;ai visit\u00e9 les trois grottes, voici ce que j&rsquo;y ai vu :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab A l&rsquo;entr\u00e9e, gisaient des boeufs, des \u00e2nes, des moutons; leur instinct les avait conduits \u00e0 l&rsquo;ouverture de la grotte pour respirer l&rsquo;air qui manquait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Parmi ces animaux, et entass\u00e9s sous eux, on trouvait des hommes, des femmes et des enfants. J&rsquo;ai vu un homme mort, le genou \u00e0 terre, la main crisp\u00e9e sur la corne d&rsquo;un boeuf Devant lui \u00e9tait une femme tenant son enfant dans ses bras. Cet homme, il \u00e9tait facile de la reconna\u00eetre, avait \u00e9t\u00e9 asphyxi\u00e9, ainsi que la femme, l&rsquo;enfant et le boeuf, au moment o\u00f9 il cherchait \u00e0 pr\u00e9server sa famille de la rage de cet animal.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Les grottes sont immenses; on a compt\u00e9 760 cadavres; une soixantaine d&rsquo;individus seulement sont sortis, aux trois quart morts; quarante n&rsquo;ont pu survivre; dix sont \u00e0 l&rsquo;ambulance, dangereusement malades; les dix derniers, qui peuvent se tra\u00eener encore, ont \u00e9t\u00e9 mis en libert\u00e9 pour retourner dans leurs tribus; ils n&rsquo;ont plus qu&rsquo;\u00e0 pleurer sur des ruines. \u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-Christian, L&rsquo;Afrique fran\u00e7aise, p. 142.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Crime de soudard subalterne?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Non ! P\u00e9lissier, qui en a port\u00e9 jusqu&rsquo;ici la responsabilit\u00e9 devant l&rsquo;histoire, n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un ex\u00e9cutant. La responsabilit\u00e9 remontait plus haut ; elle remonte directement au plus haut repr\u00e9sentant de la France en Alg\u00e9rie, \u00e0 celui qui, pendant sept ann\u00e9es) fut, au nom de \u00ab la France \u00bb, le ma\u00eetre \u00e0 peu pr\u00e8s absolu de l&rsquo;Alg\u00e9rie, le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Bugeaud, duc d&rsquo;Isly; celui-ci avait en effet envoy\u00e9 \u00e0 P\u00e9lissier l&rsquo;ordre suivant (2)<br \/>\n2-Revue hebdomadaire, juillet 1911, article du g\u00e9n\u00e9ral Derr\u00e9cagaix.<br \/>\n\u00ab Orl\u00e9ansville, 11 juin 1845 \u00ab Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sb\u00e9has ! Fumez-les \u00e0 outrance comme des renards. 15<br \/>\n\u00ab Duc d&rsquo;Isly\u00bb<br \/>\n\u00ab Imitez Cavaignac\u00bb ordonnait Bugeaud.<br \/>\nEn effet, l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, Cavaignac, futur gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9publique en Alg\u00e9rie, futur emprisonn\u00e9 du<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2 d\u00e9cembre, avait, lui aussi, le premier, enfum\u00e9 \u00ab comme des renards\u00bb des Sb\u00e9has r\u00e9fugi\u00e9s dans des grottes, \u00ab tribu vaincu \u00bb, \u00ab tribu sans d\u00e9fense \u00bb,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et deux mois apr\u00e8s P\u00e9lissier, le 12 ao\u00fbt 1845, Saint-Arnaud \u00e0 son tour, pr\u00e8s de T\u00e9n\u00e8s, transformait d&rsquo;autres grottes en \u00ab un vaste cimeti\u00e8re \u00bb ; \u00ab 500 brigands \u00bb y furent enterr\u00e9s. Le seul r\u00e9sultat de l&rsquo;interpellation \u00e0 la Chambre des Pairs fut que Saint-<br \/>\nArnaud tint, \u00e0 la diff\u00e9rence de P\u00e9lissier, soigneusement cach\u00e9 son exploit: \u00ab personne n&rsquo;est descendu dans les cavernes; personne &#8230; que moi &#8230; Un rapport confidentiel a tout dit au mar\u00e9chal (Bugeaud), simplement, sans po\u00e9sie terrible ni images. \u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-Lettres du Mar\u00e9chal Saint-Arnaud, tome II, p. 37.<br \/>\nAinsi, depuis le r\u00e9publicain Cavaignac) jusqu&rsquo;aux futurs bonapartistes P\u00e9lissier et Saint-Arnaud, en passant par le monarchiste Bugeaud, les hommes les plus repr\u00e9sentatifs de tous les clans de la bourgeoisie fran\u00e7aise ont tremp\u00e9 directement dans ces actes o\u00f9 culminent les deux caract\u00e8res dominants de la conqu\u00eate de l&rsquo;Alg\u00e9rie: la l\u00e2chet\u00e9 et la f\u00e9rocit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Aucune des cat\u00e9gories de la bourgeoisie ne peut en rejeter la responsabilit\u00e9 sur les autres. Le colonialisme \u00e9tant un produit sp\u00e9cifique du capitalisme, tout le capitalisme avait \u00e0 se vautrer dans ses horreurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>L&rsquo;Honneur kabyle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Devant cette barbarie, on se sent pouss\u00e9 \u00e0 rechercher quelques gestes qui fassent exception, quelques gestes de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, quelques gestes d&rsquo;honneur.<br \/>\nOn les trouve.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Mais on les trouve de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade; on les trouve chez les \u00ab barbares \u00bb, chez ceux qui \u00e9taient en \u00e9tat de l\u00e9gitime d\u00e9fense, chez ceux qui \u00e9taient \u00e0 la fois les plus faibles et les moins \u00ab civilis\u00e9s \u00bb.<br \/>\nUn seul acte de cruaut\u00e9 a pu \u00eatre reproch\u00e9 \u00e0 Abd el Kader, commis non pas par lui, mais par un de ses lieutenants.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le 24 avril 1846, un an \u00e0 peine avant la reddition d&rsquo;Abd el Kader, alors que celui-ci \u00e9tait aux abois, qu&rsquo;il n&rsquo;avait plus rien \u00e0 donner \u00e0 manger aux prisonniers, ni m\u00eame suffisamment d&rsquo;hommes pour les garder, alors qu&rsquo;Abd el Kader avait \u00e9crit lettres sur lettres pour n\u00e9gocier l&rsquo;\u00e9change des prisonniers et qu&rsquo;on ne lui avait r\u00e9pondu qu&rsquo;en jetant en prison celui qu&rsquo;il avait envoy\u00e9 pour traiter de cet \u00e9change, et alors qu&rsquo;il \u00e9tait personnellement \u00e0 plusieurs centaines de kilom\u00e8tres du lieu o\u00f9 \u00e9taient gard\u00e9s les prisonniers, l&rsquo;un des deux khalifas charg\u00e9 de leur garde, Mustapha ben Thamin, ne pouvant plus nourrir les prisonniers (l&rsquo;autre voulant, au contraire, les rel\u00e2cher), les fit tuer (2).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-Colonel Paul Azan : L&rsquo;Emir Abd el Kader, p. 221 et suivantes, et aussi p.295.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait la r\u00e9plique aux enfumades du Dahra. Mais, jusque-l\u00e0, durant quinze ann\u00e9es pendant lesquelles il s&rsquo;opposa \u00e0 la France, la mani\u00e8re dont Abd el Kader avait trait\u00e9 les prisonniers avait toujours \u00e9t\u00e9 empreinte de la plus grande g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ; il les \u00e9changeait quand il le pouvait; sinon, il les lib\u00e9rait sans conditions le jour o\u00f9 il ne pouvait plus les nourrir. Nos soudards en \u00e9taient tout \u00e9berlu\u00e9s:<br \/>\n\u00ab Abd el Kader, \u00e9crit Saint-Arnaud, le 14 mai 1842, nous a renvoy\u00e9 sans condition, sans \u00e9change, tous nos prisonniers. Il leur a dit: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai plus de quoi vous nourrir, je ne veux pas vous tuer, je vous renvoie\u00a0\u00bb. Le trait est beau pour un barbare\u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-Lettres du Mar\u00e9chal Saint-Arnaud, tome l, p. 385.<br \/>\nSaint-Arnaud, \u00e9videmment, n&rsquo;en aurait point fait autant. La \u00ab civilisation\u00bb bourgeoise est, par d\u00e9finition, exclusive de toute g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Quant \u00e0 la mani\u00e8re dont les prisonniers \u00e9taient trait\u00e9s pendant leur d\u00e9tention, rien n&rsquo;en t\u00e9moigne mieux que ce trait de l&rsquo;un des prisonniers faits \u00e0 Sidi-Brahim. Celui-ci termine ses m\u00e9moires en rappelant que lorsqu&rsquo;Abd el, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s sa reddition, vint \u00e0 Paris, il offrit, lui, pendant trois jours, dans sa propre famille, l&rsquo;hospitalit\u00e9 \u00e0 trois domestiques d&rsquo;Abd el, qui avaient \u00e9t\u00e9 ses ge\u00f4liers, puis, ses fonctions de surveillant aux Tuileries l&rsquo;ayant mis, quelque temps plus tard, en pr\u00e9sence d&rsquo;Abd el et de deux de ses principaux lieutenants, le khalifa Sidi Kadour ben Allel et l&rsquo;intendant Kara Mohammed, ces deux hommes et leur ancien prisonnier se serr\u00e8rent affectueusement les mains, car, dit Testard, \u00ab l&rsquo;un et l&rsquo;autre avaient \u00e9t\u00e9 bons pour moi et j&rsquo;eus du plaisir \u00e0 les revoir. \u00bb (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-Hippolyte Langlois: Souvenirs d&rsquo;un prisonnier d&rsquo;Abd el Kader, p. 350.<br \/>\nCombien d&rsquo;Arabes prisonniers des Fran\u00e7ais en auraient pu dire autant?<br \/>\nMais ceux dont l&rsquo;attitude marqua l&rsquo;antith\u00e8se la plus frappante avec la mani\u00e8re dont la bourgeoisie comprend la guerre, furent les Kabyles.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les Kabyles sont des guerriers. Ils sont traditionnellement \u2022 habitu\u00e9s \u00e0 se battre pour l&rsquo;honneur, non pour le butin ou la conqu\u00eate. Lorsqu&rsquo;un dommage avait \u00e9t\u00e9 caus\u00e9 \u00e0 un habitant d&rsquo;un village par un habitant d&rsquo;un autre village, on vengeait l&rsquo;honneur par un combat, mais combat qui ne se terminait jamais par l&rsquo;expropriation des vaincus. De telles guerres \u00e9taient donc aussi diff\u00e9rentes d&rsquo;une exp\u00e9dition coloniale que d&rsquo;un duel l&rsquo;est d&rsquo;un assassinat.<br \/>\nCes guerres, d\u00e8s lors, \u00e9taient soumises, tout comme l&rsquo;est le duel, \u00e0 des r\u00e8gles, \u00e0 un v\u00e9ritable Code d&rsquo;honneur. Ce code, les Kabyles continu\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;appliquer, m\u00eame contre leurs envahisseurs. C&rsquo;est ainsi que lors du soul\u00e8vement de 1871, les Kabyles pr\u00e9vinrent les colons avant de les attaquer . Et ceux des colons qui, au lieu de partir ou de r\u00e9sister, se mirent sous la protection d&rsquo;un kabyle, sous son \u00ab anaia \u00bb, purent vivre en pleine s\u00e9curit\u00e9 durant toute l&rsquo;insurrection, en plein pays insurg\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ce fut notamment le cas de 39 habitants de Bordj Mena\u00efel, auxquels le marabout Si Moussa ben Ahmed avait propos\u00e9 lui-m\u00eame de se mettre sous son \u00ab anaia \u00bb ; ce fut \u00e9galement le cas du maire de Bordj Mena\u00efel qui alla se mettre sous la protection des habitants du douar Rouaffa ; et aussi le cas de 30 voyageurs de la diligence de Dellys qui, sur le conseil de l&rsquo;amine Omar Benzaman all\u00e8rent se r\u00e9fugier dans le caravans\u00e9rail, et sous la protection d&rsquo;Azib Zamoun (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">2-Rinn : L&rsquo;insurrection de 1871 en Alg\u00e9rie, pp. 243 et 245.<br \/>\nOr, ce qui est remarquable, c&rsquo;est que ces Kabyles, sous la protection desquels v\u00e9curent les Fran\u00e7ais, n&rsquo;\u00e9taient nullement tra\u00eetres \u00e0 leurs compatriotes, ni m\u00eame des partisans ti\u00e8des de la cause kabyle, ils \u00e9taient au contraire au premier rang des combattants, s&rsquo;opposant avec l&rsquo;extraordinaire courage de leur race, \u00e0 l&rsquo;avance des troupes fran\u00e7aises.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ce qui n&#8217;emp\u00eacha pas le gouvernement de la R\u00e9publique de commettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des insurg\u00e9s kabyles la m\u00eame monstruosit\u00e9 que celle qu&rsquo;il commettait, au m\u00eame moment, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des insurg\u00e9s parisiens: faire poursuivre, condamner et ex\u00e9cuter les chefs de l&rsquo;insurrection comme coupables de crimes de droit commun ! Comme Ferr\u00e9, Boumezrag, fr\u00e8re de Mokrani et successeur de celui-ci \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;insurrection, fut condamn\u00e9 \u00e0 mort pour pillage et assassinat ! Thiers ne se contentait pas de tuer ; en Afrique comme \u00e0 Paris, il lui fallait d\u00e9shonorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>L&rsquo;EXPROPRIATION<\/strong><br \/>\nLa libert\u00e9 des habitants de toutes les classes, leur religion, leurs propri\u00e9t\u00e9s, leur industrie ne recevront aucune atteinte &#8230; Le g\u00e9n\u00e9ral en chef en prend l&rsquo;engagement sur l&rsquo;honneur.<br \/>\nG\u00e9n\u00e9ral de Bourmont (5 juillet 1830)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La bourgeoisie tue, mais il faut lui rendre cette justice qu&rsquo;elle ne tue pas pour le plaisir; elle tue pour que \u00e7a lui rapporte.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le fer de Lorraine et le coke de la Ruhr furent l&rsquo;enjeu de la guerre aux millions de cadavres; l&rsquo;expropriation des indig\u00e8nes, la r\u00e9duction des indig\u00e8nes \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de prol\u00e9taires, de producteurs travaillant pour la plus-value sur les terres que jusque-l\u00e0 ils cultivaient librement, tel est le but de toute conqu\u00eate coloniale; tel fut le but de la conqu\u00eate de l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Les propri\u00e9t\u00e9s des habitants ne recevront aucune atteinte &#8230; \u00bb Tel \u00e9tait l&rsquo;engagement solennel qu&rsquo;avait pris la France, le 5 juillet 1830, en entrant \u00e0 Alger.<br \/>\nVoyons comment cette promesse fut respect\u00e9e.<br \/>\nTerres personnelles et terres de tribus<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il y avait en Alg\u00e9rie, comme ce fut le cas aussi \u00e0 certaines \u00e9poques, dans bien d&rsquo;autres pays, en Europe par exemple, avant la R\u00e9volution, deux grandes sortes de propri\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L&rsquo;une dominait dans les montagnes et les oasis, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 la culture, rev\u00eatant plus ou moins un caract\u00e8re de jardin, n\u00e9cessite un am\u00e9nagement permanent: terrasses en montagne, irrigation en oasis, plantation d&rsquo;arbres dans les deux cas. L&rsquo;autre mode de propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait celui qui pr\u00e9dominait en plaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 il suffit de semer dans le grand espace nu.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans les montagnes et les oasis, la propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait personnelle, elle \u00e9tait identique \u00e0 notre propri\u00e9t\u00e9 paysanne ; chaque lopin de terre, chaque \u00ab jardin\u00a0\u00bb avait son propri\u00e9taire particulier, bien d\u00e9termin\u00e9, jouissant seul du droit de cultiver sa terre, d&rsquo;en r\u00e9colter les fruits, et de disposer de la terre comme il l&rsquo;entendait, par vente, donation, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans la plaine au contraire, c&rsquo;\u00e9tait la tribu qui \u00e9tait propri\u00e9taire; chaque membre de la tribu avait le droit de cultiver sur le territoire de la tribu toute la portion de terres qu&rsquo;il pouvait cultiver ; sur les terres qu&rsquo;il cultivait ainsi, il acqu\u00e9rait une sorte de droit de jouissance qui passait \u00e0 ses h\u00e9ritiers, mais ce droit disparaissait d\u00e8s que lui ou ses h\u00e9ritiers cessaient de cultiver. Le droit de propri\u00e9t\u00e9 individuelle se trouvait ainsi limit\u00e9 au droit au travail, au droit \u00e0 travailler la terre et \u00e0 disposer des fruits de la terre qu&rsquo;on avait travaill\u00e9e; il ne comprenait pas le droit de disposer de la terre: la terre \u00e9tait \u00e0 la tribu et ne pouvait en sortir sans la volont\u00e9 de la tribu.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Puisque le membre de la tribu n&rsquo;\u00e9tait pas propri\u00e9taire, lorsqu&rsquo;il avait \u00e0 se plaindre de ne pas jouir de ce \u00e0 quoi il avait droit comme membre de la tribu, il avait \u00e0 se plaindre non pas d&rsquo;un empi\u00e9tement sur son bien de la part d&rsquo;un particulier, mais d&rsquo;un abus de pouvoir des chefs de la tribu. La contestation rev\u00eatait donc le caract\u00e8re d&rsquo;une question administrative, et non d&rsquo;une question de droit priv\u00e9; il s&rsquo;ensuivait que celle-ci \u00e9tait port\u00e9e, non devant les tribunaux, mais devant l&rsquo;autorit\u00e9 administrative sup\u00e9rieure, c&rsquo;est-\u00e0-dire devant le dey.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Les \u00ab juristes \u00e0 l&rsquo;oeuvre\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">De ces deux cat\u00e9gories de terres, ce fut la seconde, celles des terres de la tribu, qui furent la premi\u00e8re \u00e0 susciter les plus grandes convoitises.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Terres de plaine, elles \u00e9taient beaucoup plus int\u00e9ressantes pour la culture europ\u00e9enne; d&rsquo;autre part, le fait que leur mode particulier de propri\u00e9t\u00e9 n&rsquo;avait pas d&rsquo;\u00e9quivalent dans l&rsquo;Europe bourgeoise permettait \u00e0 la qualit\u00e9 fondamentale de la bourgeoisie, l&rsquo;hypocrisie, de s&rsquo;exercer pleinement.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les juristes ont \u00e9t\u00e9 les pionniers de l&rsquo;\u00e9mancipation bourgeoise ; ce furent eux qui, durant les si\u00e8cles qui s\u00e9parent le Moyen Age de la R\u00e9volution, mirent debout ces chefs-d&rsquo;oeuvre de casuistique, qui transform\u00e8rent progressivement, sans presque qu&rsquo;on ne s&rsquo;en aper\u00e7oive, le droit f\u00e9odal en droit bourgeois, le pouvoir du grand seigneur en pouvoir de la \u00ab nation \u00bb, Il \u00e9tait tout indiqu\u00e9 que pour conqu\u00e9rir l&rsquo;Alg\u00e9rie, pour faire passer les terres d&rsquo;Alg\u00e9rie des mains des cultivateurs arabes dans celles des capitalistes fran\u00e7ais, tout en ne portant \u00ab aucune atteinte aux propri\u00e9t\u00e9s des habitants \u00ab\u00a0, on les appel\u00e2t \u00e0 la rescousse. Ils accoururent : leur travail d&rsquo;expropriation fut le digne compl\u00e9ment du travail des massacreurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">On commen\u00e7a par d\u00e9clarer (ordonnance du 1er octobre 1844) que toute terre non cultiv\u00e9e sur laquelle un droit de propri\u00e9t\u00e9 n&rsquo;aurait pu \u00eatre prouv\u00e9 avant une certaine date ferait partie du domaine public. Comme les tribus n&rsquo;ont g\u00e9n\u00e9ralement pas de titres de propri\u00e9t\u00e9 et que la plus grande partie de leurs terres sert uniquement de parcours pour l&rsquo;\u00e9levage, il s&rsquo;ensuivait que les tribus allaient se trouver expropri\u00e9es sans indemnit\u00e9s de toutes leurs terres de parcours, priv\u00e9es ainsi de ce qui dans ces pays secs constituait la plus grande richesse: les troupeaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Comme on n&rsquo;\u00e9tait encore qu&rsquo;en 1844, c&rsquo;est surtout \u00e0 proximit\u00e9 des grands ports que cette ordonnance fut appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C&rsquo;est en vertu d&rsquo;elle que furent expropri\u00e9es les trois plaines de la Mitidja (\u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Alger), d&rsquo;Oran et de B\u00f4ne, qui, aujourd&rsquo;hui, constituent la base essentielle du capitalisme alg\u00e9rien, car ce sont les trois grandes plaines \u00e0 vin.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En ce qui concerne la r\u00e9gion d&rsquo;Alger seulement, sur 111 000 hectares seulement qui furent soumis \u00e0 la v\u00e9rification, 78 000, soit pr\u00e8s des trois quarts, furent, en vertu de l&rsquo;ordonnance de 1844, d\u00e9clar\u00e9s appartenir au domaine public.<br \/>\nL&rsquo;ann\u00e9e qui suivit cette ordonnance, tout le Dahra, c&rsquo;est-\u00e0-dire toute la r\u00e9gion montagneuse du littoral, entre Alger et Oran, \u00e9tait soulev\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Il \u00e9tait prudent de revenir en arri\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En cons\u00e9quence, une loi de 1851 d\u00e9clara solennellement, non moins solennellement que ne l&rsquo;avait fait le g\u00e9n\u00e9ral de Bourmont en 1830, que la propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait \u00ab inviolable \u00bb, \u00ab sans distinction entre les indig\u00e8nes et les Fran\u00e7ais \u00bb.<br \/>\nMais, entre ceux qui font les lois et ceux qui sont charg\u00e9s de les appliquer, on sait se comprendre. Ceux qui sont charg\u00e9s d&rsquo;appliquer les lois savent qu&rsquo;il est parfois n\u00e9cessaire de faire une loi qui pose \u00e0 grand tralala un grand principe, mais que, dans ce cas, si ce principe est contraire aux int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie, leur devoir strict est &#8230; de tourner le principe.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C&rsquo;est ce que s&#8217;empressa de faire l&rsquo;Administration alg\u00e9rienne: pour cela ses juristes invent\u00e8rent la th\u00e9orie du \u00ab cantonnement\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">S&rsquo;il y avait contestation entre membres d&rsquo;une tribu sur leur droit \u00e0 la jouissance, de telle ou telle terre, c&rsquo;\u00e9tait, avons-nous dit, l&rsquo;autorit\u00e9 administrative, le dey, qui statuait. Puisque le dey \u00e9tait juge, c&rsquo;\u00e9tait donc qu&rsquo;il \u00e9tait propri\u00e9taire ! Et donc, l&rsquo;Etat fran\u00e7ais \u00e9tant successeur du dey, c&rsquo;est maintenant lui qui est propri\u00e9taire des terres de tribus; la tribu n&rsquo;est que le locataire de l&rsquo;Etat! Par suite, sans violer le droit d\u00e9clar\u00e9 \u00ab inviolable\u00bb de la propri\u00e9t\u00e9, en vertu simplement du droit qu&rsquo;a tout propri\u00e9taire de rentrer, quand bon lui semble, en possession de tout ou partie de sa propri\u00e9t\u00e9, l&rsquo;Etat a le droit de r\u00e9duire les terres de la tribu. Celle-ci ne pourra plus jouir des terres qu&rsquo;elle faisait parcourir \u00e0 son b\u00e9tail, ou qu&rsquo;elle ensemen\u00e7ait, depuis des temps imm\u00e9moriaux ; elle sera d\u00e9sormais \u00ab cantonn\u00e9e \u00bb sur une fraction seulement de ces terres; le reste sera repris par le domaine public qui le livrera aux colons europ\u00e9ens (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(1)C&rsquo;est aussi la th\u00e9orie du \u00ab cantonnement\u00bb qui est actuellement appliqu\u00e9e au Maroc, du moins depuis le d\u00e9part de Lyautey, car celui-ci, rendons-lui cette justice, n&rsquo;avait jamais voulu en entendre parler, malgr\u00e9 toutes les pressions des colons fran\u00e7ais au Maroc.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En vertu de la loi de 1851, compl\u00e9t\u00e9e par le \u00ab cantonnement \u00bb, plus de 60 000 hectares pass\u00e8rent des mains des tribus arabes entre celles de l&rsquo;Etat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cependant, le cantonnement ne persista pas. Napol\u00e9on III, qui \u00e9tait assez froussard, avait \u00e9t\u00e9 effray\u00e9, lors de son voyage en Alg\u00e9rie, des cons\u00e9quences du cantonnement. En cons\u00e9quence, il fit proclamer &#8230; un nouveau principe : non, l&rsquo;Etat n&rsquo;avait pas le droit de propri\u00e9t\u00e9 sur les terres de tribus, les tribus \u00e9taient bien, elles-m\u00eames, propri\u00e9taires, propri\u00e9taires collectifs de leurs terres. Mais ces terres, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des tribus elles-m\u00eames, il faut s&rsquo;assurer de leurs limites; on va donc, apr\u00e8s \u00ab enqu\u00eate \u00bb, d\u00e9limiter le territoire de chaque tribu, et d\u00e9limiter \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ce territoire, le territoire de chaque douar ; ainsi toutes les tribus et les fractions de tribu auront une propri\u00e9t\u00e9 bien pr\u00e9cise, bien d\u00e9termin\u00e9e, bien assur\u00e9e: ce sera parfait. Tel fut l&rsquo;objet du s\u00e9natus-consulte de 1863, qui, malgr\u00e9 quelques modifications de d\u00e9tails est actuellement la base de la l\u00e9gislation alg\u00e9rienne en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Seulement &#8230; il y a un seulement. En m\u00eame temps qu&rsquo;on d\u00e9limitera les terres des tribus et qu&rsquo;on les r\u00e9partira entre les douars, on d\u00e9limitera aussi, dit le s\u00e9natus-consulte, quelles sont celles qui appartiennent au domaine public.<br \/>\nL&rsquo;administration compris aussit\u00f4t: on \u00ab enqu\u00eata\u00bb et on d\u00e9limita \u00e0 tour de bras et dans les terres ainsi d\u00e9limit\u00e9es, les meilleures, sous pr\u00e9texte que la tribu ne pouvait pas produire de titres de propri\u00e9t\u00e9 suffisants, furent class\u00e9es &#8230; dans le domaine public. Ces op\u00e9rations, qui devaient renforcer le droit de propri\u00e9t\u00e9 des indig\u00e8nes, devinrent ainsi \u00ab un des moyens les plus actifs de leur spoliation\u00bb ; &#8211; ce n&rsquo;est pas moi qui le dit, c&rsquo;est le professeur Larcher, la plus haute autorit\u00e9 en mati\u00e8re de droit alg\u00e9rien (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(1)Larcher: Trait\u00e9 de L\u00e9gislation alg\u00e9rienne, t. III, p. 95.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ainsi, d\u00e8s 1900, en vertu du s\u00e9natus-consulte de 1863 et des lois suivantes, 2 250 560 hectares avaient \u00e9t\u00e9 class\u00e9s comme domaines de l&rsquo;Etat, cela rien que dans le Tell (c&rsquo;est-\u00e0-dire: non compris hauts-plateaux et r\u00e9gion saharienne).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Chaque nouvelle et plus pr\u00e9cise affirmation de l&rsquo;inviolabilit\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 arabe entra\u00eenait donc une nouvelle et plus \u00e9tendue spoliation. Farce sinistre dont le grotesque ne fait que souligner le tragique.<br \/>\nExpropriation \u00ab \u00e0 la turque\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tout ce que nous venons de dire ne s&rsquo;applique qu&rsquo;aux terres de tribus. L\u00e0 o\u00f9 la terre est propri\u00e9t\u00e9 individuelle, dans la montagne, dans l&rsquo;oasis, ou \u00e0 la ville, l\u00e0 o\u00f9 la propri\u00e9t\u00e9 de chacun se trouve d\u00e9termin\u00e9e par des titres pr\u00e9cis, il fallait autre chose, car, bien entendu, il fallait aussi pouvoir s&rsquo;en emparer, chaque fois qu&rsquo;on le jugeait bon. Dans les d\u00e9buts, pendant une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, on ne s&#8217;embarrassa point, \u00e0 vrai dire, de th\u00e9orie juridique; on prenait ce dont on avait besoin; l&rsquo;expropriation des indig\u00e8nes se trouvait \u00ab le plus souvent le r\u00e9sultat d&rsquo;une v\u00e9ritable voie de fait\u00bb (2).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(2)Larcher: Trait\u00e9 de L\u00e9gislation alg\u00e9rienne, t. III, p. 428.<br \/>\nCe fut le cas notamment pour presque toute la propri\u00e9t\u00e9 urbaine d&rsquo;Alger.<br \/>\nLes biens des Turcs, les biens des fondations pieuses, etc., furent incorpor\u00e9s au domaine de l&rsquo;Etat, puis revendus aux particuliers.<br \/>\n\u00ab Toute la nuit, le temple fut occup\u00e9 par une compagnie d&rsquo;infanterie.<br \/>\n\u00ab Ainsi s&rsquo;accomplit la prise de possession de Katchoug.<br \/>\n\u00ab Les membres de la commission furent port\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. MM. Berbrugger, Bou Derba, Balensi furent propos\u00e9s pour la croix\u00a0\u00bb (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(1)La D\u00e9p\u00eache Alg\u00e9rienne, 16 octobre 1928.<br \/>\nL&rsquo;\u00ab engagement sur l&rsquo;honneur\u00bb du g\u00e9n\u00e9ral en chef de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise avait eu juste autant de valeur pour la religion que pour la propri\u00e9t\u00e9.<br \/>\nTout ce qui se passa, d&rsquo;ailleurs, durant cette p\u00e9riode fut \u00ab r\u00e9gularis\u00e9\u00bb par un arr\u00eat\u00e9 du ministre de la guerre du 1er juillet 1848 (Vive la R\u00e9publique !) en vertu duquel toutes les victimes des voies de fait se trouv\u00e8rent \u00ab irr\u00e9vocablement d\u00e9pouill\u00e9es \u00bb (2).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(2)Larcher: Trait\u00e9 de L\u00e9gislation alg\u00e9rienne, t. III, p. 428.<br \/>\nPar la suite on se couvrit d&rsquo;un manteau de l\u00e9galit\u00e9. Les deux grands proc\u00e9d\u00e9s qui furent alors employ\u00e9s pour s&#8217;emparer des propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es des indig\u00e8nes, furent : l&rsquo;expropriation et le s\u00e9questre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le respect de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est le fondement m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. C&rsquo;est si fondamental pour elle qu&rsquo;elle a couronn\u00e9 sa d\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme, c&rsquo;est-\u00e0-dire des droits du bourgeois, par la proclamation du caract\u00e8re \u00ab inviolable et sacr\u00e9e \u00bb de la propri\u00e9t\u00e9; nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9, sauf dans un cas, tr\u00e8s pr\u00e9cis : lorsque la \u00ab n\u00e9cessit\u00e9 publique \u00bb l&rsquo;exige.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ainsi il n&rsquo;existe pour la France qu&rsquo;un seul cas d&rsquo;expropriation : l&rsquo;expropriation pour cause d&rsquo;utilit\u00e9 publique; c&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;Etat peut exproprier seulement dans le cas o\u00f9 il s&rsquo;agit d&rsquo;incorporer l&rsquo;immeuble expropri\u00e9 au domaine public pour un ouvrage public. Mais l&rsquo;indig\u00e8ne n&rsquo;est pas un bourgeois, donc il n&rsquo;est pas un homme, et la d\u00e9claration des Droits ne saurait lui \u00eatre appliqu\u00e9e. En cons\u00e9quence, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;expropriation pour cause d&rsquo;utilit\u00e9 publique, on a institu\u00e9 en Alg\u00e9rie l&rsquo;expropriation pour cause d&rsquo;int\u00e9r\u00eat priv\u00e9: l&rsquo;Etat peut, en Alg\u00e9rie, enlever \u00e0 un particulier sa propri\u00e9t\u00e9, pour la donner \u00e0 un autre particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En vertu de l&rsquo;ordonnance de 1844 et de son compl\u00e9ment, la loi de 1851, on peut en effet exproprier pour toute fondation ou agrandissement d&rsquo;un centre de population ou de son territoire. Il s&rsquo;ensuit que, pour faire passer des propri\u00e9t\u00e9s appartenant \u00e0 des indig\u00e8nes entre les mains de Fran\u00e7ais, il suffit de d\u00e9cider la fondation ou l&rsquo;extension d&rsquo;un village; on peut alors exproprier non seulement les terrains n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution des rues, des places et de tous les ouvrages publics du village, ce qui est naturel. De m\u00eame des mosqu\u00e9es, celle par exemple de Ketchaoua qui est maintenant la cath\u00e9drale d&rsquo;Alger, furent d\u00e9molies ou transform\u00e9es en \u00e9glises, malgr\u00e9 l&rsquo;article de la convention du 5 juillet qui proclamait pour la religion comme pour la propri\u00e9t\u00e9, que ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre ne recevrait aucune atteinte, le g\u00e9n\u00e9ral en chef en prenant \u00ab l&rsquo;engagement sur l&rsquo;honneur \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Voici comment un sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire du vieil Alger, H. Klein, d\u00e9crit la prise de la Ketchaoua, en 1832 :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Malgr\u00e9 le baron Pichon qui ne voulait pas que les choses fussent brusqu\u00e9es, le g\u00e9n\u00e9ral en chef fit se r\u00e9unir les commissaires fran\u00e7ais, leur enjoignant de demander au clerg\u00e9 musulman la mosqu\u00e9e de la rue du Divan.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Nouvel \u00e9moi des indig\u00e8nes parmi lesquels s&rsquo;ourdissent des conspirations. Mais le 23 mai, les Ul\u00e9mas consentent \u00e0 la cession de la mosqu\u00e9e exig\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Le mois suivant, le baron Pichon, dont les vues se trouvaient trop divergentes de celles du duc de Rovigo, \u00e9tait rappel\u00e9 en France et remplac\u00e9 par M. Gent y de Bussy, \u00e0 qui des pouvoirs moindres \u00e9taient d\u00e9volus.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab L&rsquo;agitation augmentait, les Maures Bou Derba et Ben Ouizzan viennent, le soir du 8 d\u00e9cembre, avertir l&rsquo;un des interpr\u00e8tes que dix mille Arabes ont jur\u00e9 de mourir sous la coupole de Ketchaoua, plut\u00f4t que de consentir \u00e0 sa prise par les chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Avis\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral en chef fait, le 17, doubler les postes et inviter les deux muphtis \u00e0 remettre \u00e0 la commission les cl\u00e9s de la mosqu\u00e9e. Il fait publier un ordre relatif \u00e0 l&rsquo;occupation du temple et se terminant ainsi : \u00ab\u00a0La croix et l&rsquo;\u00e9tendard de France seront fix\u00e9s au minaret et salu\u00e9es par les batteries de terre et de mer,\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Le 18 d\u00e9cembre, \u00e0 midi, les ul\u00e9mas, les muphtis, les cadis et la commission en grande tenue se r\u00e9unissent dans la rue du Divan.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab Une compagnie du 4e de ligne s&rsquo;installe rue du Vinaigre (actuellement rue Salluste). Une demi-batterie de campagne prend position sur la place du Soudan. Il y a 4 000 musulmans barricad\u00e9s dans l&rsquo;int\u00e9rieur de la mosqu\u00e9e. Les sommations l\u00e9gales ayant \u00e9t\u00e9 faites et \u00e9tant demeur\u00e9es sans r\u00e9ponse, une escouade de sapeurs du g\u00e9nie s&rsquo;approche pour attaquer la porte \u00e0 coups de hache. Les rebelles ouvrent alors.<br \/>\n\u00ab Bou Derba et l&rsquo;interpr\u00e8te Balensi gravissent les degr\u00e9s. Des coups de feu sont tir\u00e9s, une bousculade se produit. Les ul\u00e9mas et les membres de la commission sont renvers\u00e9s les uns sur les autres.<br \/>\n\u00ab La troupe refoule \u00e0 la ba\u00efonnette les indig\u00e8nes dans l&rsquo;int\u00e9rieur de la mosqu\u00e9e. Ceux-ci fuient par une issue donnant sur la rue du Vinaigre. Plusieurs Arabes gisent sur les tapis, \u00e9touff\u00e9s ou bless\u00e9s. \u00ab Toute la nuit, le temple fut occup\u00e9 par une compagnie d&rsquo;infanterie.<br \/>\n\u00ab Ainsi s&rsquo;accomplit la prise de possession de Katchaoua.<br \/>\n\u00ab Les membres de la commission furent port\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. MM. Berbrugger, Bou Derba, Balensi furent propos\u00e9s pour la croix\u00a0\u00bb (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1. Larcher: Trait\u00e9 de L\u00e9gislation alg\u00e9rienne, t. III, p. 441.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L&rsquo;\u00ab engagement sur l&rsquo;honneur\u00bb du g\u00e9n\u00e9ral en chef de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise avait eu juste autant de valeur pour la religion que pour la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tout ce qui se passa, d&rsquo;ailleurs, durant cette p\u00e9riode fut \u00ab r\u00e9gularis\u00e9\u00bb par un arr\u00eat\u00e9 du ministre de la guerre du 1er juillet 1848 (Vive la R\u00e9publique !) en vertu duquel toutes les victimes des voies de fait se trouv\u00e8rent \u00ab irr\u00e9vocablement d\u00e9pouill\u00e9es \u00bb .<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Par la suite on se couvrit d&rsquo;un manteau de l\u00e9galit\u00e9. Les deux grands proc\u00e9d\u00e9s qui furent alors employ\u00e9s pour s&#8217;emparer des propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es des indig\u00e8nes, furent : l&rsquo;expropriation et le s\u00e9questre.<br \/>\nLe respect de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est le fondement m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. C&rsquo;est si fondamental pour elle qu&rsquo;elle a couronn\u00e9 sa d\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme, c&rsquo;est-\u00e0-dire des droits du bourgeois, par la proclamation du caract\u00e8re \u00ab inviolable et sacr\u00e9e \u00bb de la propri\u00e9t\u00e9; nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9, sauf dans un cas, tr\u00e8s pr\u00e9cis : lorsque la \u00ab n\u00e9cessit\u00e9 publique \u00bb l&rsquo;exige.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ainsi il n&rsquo;existe pour la France qu&rsquo;un seul cas d&rsquo;expropriation : l&rsquo;expropriation pour cause d&rsquo;utilit\u00e9 publique; c&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;Etat peut exproprier seulement dans le cas o\u00f9 il s&rsquo;agit d&rsquo;incorporer l&rsquo;immeuble expropri\u00e9 au domaine public pour un ouvrage public. Mais l&rsquo;indig\u00e8ne n&rsquo;est pas un bourgeois, donc il n&rsquo;est pas un homme, et la d\u00e9claration des Droits ne saurait lui \u00eatre appliqu\u00e9e. En cons\u00e9quence, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;expropriation pour cause d&rsquo;utilit\u00e9 publique, on a institu\u00e9 en Alg\u00e9rie l&rsquo;expropriation pour cause d&rsquo;int\u00e9r\u00eat priv\u00e9: l&rsquo;Etat peut, en Alg\u00e9rie, enlever \u00e0 un particulier sa propri\u00e9t\u00e9, pour la donner \u00e0 un autre particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En vertu de l&rsquo;ordonnance de 1844 et de son compl\u00e9ment, la loi de 1851, on peut en effet exproprier pour toute fondation ou agrandissement d&rsquo;un centre de population ou de son territoire. Il s&rsquo;ensuit que, pour faire passer des propri\u00e9t\u00e9s appartenant \u00e0 des indig\u00e8nes entre les mains de Fran\u00e7ais, il suffit de d\u00e9cider la fondation ou l&rsquo;extension d&rsquo;un village; on peut alors exproprier non seulement les terrains n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution des rues, des places et de tous les ouvrages publics du village, ce qui est naturel, mais aussi ceux sur lesquels seront \u00e9difi\u00e9s les maisons des habitants du village, leurs jardins, et toutes les terres qu&rsquo;on d\u00e9cidera de leur attribuer &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Si on ajoute \u00e0 cela que, contrairement \u00e0 la loi de France, l&rsquo;expropriation en Alg\u00e9rie, n&rsquo;est pas prononc\u00e9e par le jugement d&rsquo;un tribunal, mais par une simple d\u00e9cision administrative, qu&rsquo;on n&rsquo;a donc m\u00eame pas la garantie que le cas pour lequel on vous exproprie rentre bien dans ceux pr\u00e9vus par la loi, &#8211; que, d&rsquo;autre part, l&rsquo;indemnit\u00e9 qui vous est allou\u00e9e n&rsquo;est pas prononc\u00e9e, comme en France, par un jury d&rsquo;expropriation compos\u00e9 de propri\u00e9taires, mais par le tribunal civil, on comprendra que personne, en Alg\u00e9rie, n&rsquo;est s\u00fbr de sa propri\u00e9t\u00e9, que l&rsquo;Administration peut, \u00e0 tout moment, vous l&rsquo;enlever pour un morceau de pain, afin simplement de la donner \u00e0 un autre; cette expropriation n&rsquo;a rien de commun avec celle utilis\u00e9e dans les pays bourgeois, ce n&rsquo;est plus une proc\u00e9dure fran\u00e7aise, mais une proc\u00e9dure \u00e0 la turque\u00bb (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(1)Proc\u00e9dure \u00e0 la turque qui a permis au conqu\u00e9rant d&rsquo;exproprier, presque sans bourse d\u00e9lier, une multitude de vaincus, r\u00e9duits d\u00e9sormais \u00e0 servir comme salari\u00e9s chez leur expropriateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Deux millions et demi d&rsquo;hectare \u00ab s\u00e9questr\u00e9s\u00bb d&rsquo;un seul coup!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les sommes qui furent donn\u00e9es aux expropri\u00e9s, si faibles qu&rsquo;elles aient \u00e9t\u00e9, ne provenaient d&rsquo;ailleurs g\u00e9n\u00e9ralement pas des caisses de l&rsquo;Etat, mais de la poche des indig\u00e8nes, et voici comment:<br \/>\nL&rsquo;expropriation a son compl\u00e9ment dans le s\u00e9questre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Toute tribu qui s&rsquo;est r\u00e9volt\u00e9e peut avoir ses terres s\u00e9questr\u00e9es. Or comme, jusqu&rsquo;en 1871, les r\u00e9voltes furent \u00e0 peu pr\u00e8s continuelles en Alg\u00e9rie, on voit de quelle ressource fut le s\u00e9questre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le plus important fut op\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s la grande insurrection kabyle de 1871. Le s\u00e9questre \u00e9tait l\u00e0 d&rsquo;autant plus n\u00e9cessaire qu&rsquo;on se trouvait en plein pays de propri\u00e9t\u00e9 individuelle, en pays o\u00f9 il \u00e9tait donc impossible de s&rsquo;approprier des terres par les proc\u00e9d\u00e9s de \u00ab cantonnement \u00bb, de \u00ab d\u00e9limitation \u00bb, etc. pratiqu\u00e9s dans les r\u00e9gions \u00e0 terres de tribus. 2 639 000 hectares furent ainsi, d&rsquo;un seul coup, s\u00e9questr\u00e9s en Kabylie, soit plus de quatre fois la surface des d\u00e9partements de Seine et Seine-et-Oise r\u00e9unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Comme il \u00e9tait cependant impossible de trouver du jour au lendemain suffisamment de colons europ\u00e9ens pour occuper toutes ces terres, on ne garda que les meilleures; les autres, les kabyles furent autoris\u00e9s \u00e0 les racheter moyennant le paiement du cinqui\u00e8me de leur valeur, et avec l&rsquo;argent ainsi per\u00e7u, l&rsquo;Etat fran\u00e7ais paya les indemnit\u00e9s pour les terres qu\u2019il expropria dans les r\u00e9gions qui ne s&rsquo;\u00e9taient pas insurg\u00e9es &#8230;<br \/>\nLe bilan<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Au total, si l&rsquo;on consid\u00e8re par exemple la p\u00e9riode allant de 1871 \u00e0 1895, l&rsquo;une de celles o\u00f9 la \u00ab colonisation\u00bb fut la plus active, on arrive \u00e0 ces r\u00e9sultats: Au cours de ces 24 ann\u00e9es, 629 428 hectares furent livr\u00e9s par l&rsquo;Etat aux colons europ\u00e9ens. Sur ces 629 428 hectares, 43 943 seulement provenaient d&rsquo;achats op\u00e9r\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 par l&rsquo;Etat, soit moins de 7 % (1) ; en revanche, 495 832 hectares, soit 78 % , provenaient des diff\u00e9rents modes de spoliation que nous avons dits: 176 166 hectares provenaient du domaine de l&rsquo;Etat, lui-m\u00eame constitu\u00e9 par \u00ab cantonnement \u00ab\u00a0, \u00ab d\u00e9limitation \u00bb, etc. 85 291 hectares provenaient de l&rsquo;expropriation, et 234 375 du s\u00e9questre .<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les grands \u00e9crivains sentent parfois remarquablement bien les grands ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux ; ils laissent alors des descriptions qui sont des chefs-d&rsquo;oeuvre d&rsquo;histoire. Isabelle Eberhardt, le grand \u00e9crivain du d\u00e9sert, a donn\u00e9, dans une nouvelle, parue dans l&rsquo;Akhbar, le r\u00e9cit exact et complet de l&rsquo;expropriation de l&rsquo;indig\u00e8ne alg\u00e9rien, le r\u00e9cit de tout ce que ces \u00ab cantonnements \u00bb, ces expropriations ont signifi\u00e9 r\u00e9ellement pour ceux qui en furent victimes, quelles douleurs elles entra\u00een\u00e8rent, et quelles haines elles accumul\u00e8rent au cour des expropri\u00e9s. Nous croyons devoir reproduire int\u00e9gralement ce document qui condense sous la forme humaine les s\u00e8ches analyses qui pr\u00e9c\u00e8dent .<br \/>\nCriminel<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans le bas-fond humide, entour\u00e9 de hautes montagnes nues et de falaises rouges, on venait de cr\u00e9er le \u00ab centre\u00a0\u00bb de Robespierre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les terrains de colonisation avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9s sur le territoire des Ouled-Bou-Nage, des champs pierreux et roux, pauvres d&rsquo;ailleurs &#8230; Mais les \u00ab directeurs \u00ab\u00a0, les \u00ab inspecteurs\u00a0\u00bb et d&rsquo;autres fonctionnaires d&rsquo;Alger, charg\u00e9s de \u00ab peupler\u00a0\u00bb l&rsquo;Alg\u00e9rie et de toucher des appointements proconsulaires n\u2019y \u00e9taient jamais venus_<br \/>\nPendant un mois, les paperasses s&rsquo;\u00e9taient accumul\u00e9es, co\u00fbteuses et inutiles, pour donner un semblant de l\u00e9galit\u00e9 \u00e0 ce qui, en fait, n&rsquo;\u00e9tait que la ruine d&rsquo;une grande tribu et une entreprise al\u00e9atoire pour les futurs colons.<br \/>\nQu&rsquo;importait? Ni de la tribu, ni des colons, personne ne se souciait dans les bureaux d&rsquo;Alger &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Sur le versant ouest de la montagne, la fraction des Bou-Achour occupait depuis un temps imm\u00e9morial les meilleures terres de la r\u00e9gion. Unis par une \u00e9troite consanguinit\u00e9, ils vivaient sur leurs terrains sans proc\u00e9der \u00e0 aucun partage.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Mais l&rsquo;expropriation \u00e9tait venue, et on avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une enqu\u00eate longue et embrouill\u00e9e sur les droits l\u00e9gaux de chacun des fellahs au terrain occup\u00e9. Pour cela on avait fouill\u00e9 dans les vieux actes jaunis et \u00e9corn\u00e9s des cadis de jadis, on avait \u00e9tabli le degr\u00e9 de parent\u00e9 des Bou-Achour entre eux.<br \/>\nEnsuite, se basant sur ces d\u00e9couvertes, on fit le partage des indemnit\u00e9s \u00e0 distribuer. L\u00e0 encore, la triste com\u00e9die bureaucratique porta ses fruits malsains &#8230;<br \/>\n\u2026\u2026\u2026<br \/>\nLe soleil de l&rsquo;automne, presque sans ardeur, patinait d&rsquo;or p\u00e2le les b\u00e2timents administratifs, laids et d\u00e9labr\u00e9s. Alentour, les maisons en pl\u00e2tras tombaient en ruine, et l&rsquo;herbe poussait sur les tuiles ternies, d\u00e9lav\u00e9es.<br \/>\nEn face des bureaux, la troupe grise des Ouled-Bou-Naga s&rsquo;entassait.<br \/>\nAccroupis \u00e0 terre, envelopp\u00e9s dans leurs burnous d&rsquo;une teinte uniform\u00e9ment terreuse, ils attendaient, r\u00e9sign\u00e9s, passifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il y avait l\u00e0 toutes les vari\u00e9t\u00e9s du type tellien ; profils berb\u00e8res aux traits minces, aux yeux roux d&rsquo;oiseaux de proie; face alourdies de sang noir, lippues, glabres; visages arabes, aquilins et s\u00e9v\u00e8res. Les voiles roul\u00e9es de cordelettes fauves et les v\u00eatements flottants, ondoyant au gr\u00e9 des attitudes et des gestes, donnaient aux Africains une nuance d&rsquo;archa\u00efsme, et sans les laides constructions \u00ab europ\u00e9ennes\u00a0\u00bb d&rsquo;en face, la vision eut \u00e9t\u00e9 sans \u00e2ge.<br \/>\nMohammed Achouri, un grand vieillard maigre au visage asc\u00e9tique, aux traits durs, \u00e0 l&rsquo;oeil soucieux, attendait un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, roulant entre ses doigts osseux les grains jaunes de son chapelet. Son regard se perdait dans les lointains o\u00f9 une poussi\u00e8re d&rsquo;or terne flottait.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les fellahs, soucieux sous leur apparence r\u00e9sign\u00e9e et ferm\u00e9e, parlaient peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">On allait leur payer leurs terres, justifier les avantages qu&rsquo;on avait, avant la possession d\u00e9finitive, fait miroiter \u00e0 leurs yeux avides, \u00e0 leurs yeux de pauvres et de simples.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et une angoisse leur venait d&rsquo;attendre aussi longtemps &#8230; On les avait convoqu\u00e9 pour le mardi, mais on \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au matin du vendredi et on ne leur avait encore rien donn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tous les matins, ils venaient l\u00e0, et, patiemment attendaient. Puis, ils se dispersaient par groupes dans les caf\u00e9s maures de C &#8230; , mangeaient un morceau de galette noire, apport\u00e9e du douar et durcie, et buvaient une tasse de caf\u00e9 d&rsquo;un sou &#8230; Puis, \u00e0 une heure, ils retournaient s&rsquo;asseoir l, long du mur et attendre &#8230; Au \u00ab Maghreb \u00a0\u00bb (Coucher du soleil.)<br \/>\n, ils s&rsquo;en allaient, tristes, d\u00e9courag\u00e9s, disant tout bas des paroles de r\u00e9signation &#8230; et la houle d&rsquo;OI rouge du soleil couchant magnifiait leurs loques, para\u00eet leur lente souffrance;<br \/>\nA la fin, beaucoup d&rsquo;entre eux n&rsquo;avaient plus ni pain ni argent pout rester \u00e0 la ville. Quelques-uns couchaient au pied d&rsquo;un mur, roul\u00e9s dans leurs haillons &#8230;<br \/>\nDevant les bureaux, un groupe d&rsquo;hommes discutaient et riaient : cavaliers et gardes champ\u00eatres se drapaient dans leur grand burnous bleu et parlaient de leurs aventures de femmes, voire m\u00eame de boisson.<br \/>\nParfois un fellah, timidement venait les consulter &#8230; Alors, avec le geste \u00e9vasif de la main, familier aux musulmans, les \u00ab mokhzenia \u00bb (Mokhazni, cavalier d&rsquo;administration.) et les \u00ab chen\u00e2beth \u00bb (3) (Chen\u00e2beth, pluriel, par formation arabe, du mot sabir Chambith, garde champ\u00eatre.) qui ne savaient pas, eux aussi, r\u00e9pondaient : \u00ab Osbor, &#8230; \u00ab\u00a0Patiente &#8230;<br \/>\nLe fellah courbait la t\u00eate, retournait \u00e0 sa place, murmurant: \u00ab Il n&rsquo;est d&rsquo;aide et de force qu&rsquo;en Dieu, le Tr\u00e8s Haut l \u00bb<br \/>\nMohammed Achouri r\u00e9fl\u00e9chissait et, maintenant, il doutait, il regrettait d&rsquo;avoir c\u00e9d\u00e9 ses terres. Son coeur de paysan saignait \u00e0 la pens\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;avait plus de terre &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>De l&rsquo;argent?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">D&rsquo;abord, combien lui en donnerait-on ? &#8230; puis qu&rsquo;en ferait-il ? O\u00f9 irait-il acheter un autre champ, \u00e0 pr\u00e9sent qu&rsquo;il avait vendu un lopin de terre nourrici\u00e8re ?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Enfin, vers neuf heures, le ca\u00efd des Ouled-Bou-Naga, un grand jeune homme bronz\u00e9, au regard dur et ferme, vint proc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;appel nominatif des gens de sa tribu &#8230; Un papier \u00e0 la main, il \u00e9tait debout sur le seuil des bureaux_ Les fellah s&rsquo;\u00e9taient lev\u00e9s avec une ondulation marine de leurs burnous d\u00e9ploy\u00e9s &#8230; Ils voulurent saluer leur ca\u00efd &#8230; Les uns bais\u00e8rent son turban, les autres son \u00e9paule. Mais il les \u00e9carta du geste et commen\u00e7a l&rsquo;appel. Son garde-champ\u00eatre, petit vieillard chenu et fureteur, poussait vers la droite ceux qui avaient r\u00e9pondu \u00e0 l&rsquo;appel de leur nom, soit par le \u00ab na\u00e2m \u00bb traditionnel, soit par: \u00ab C&rsquo;est moi&#8230; \u00bb Quelques-uns risqu\u00e8rent m\u00eame un militaire \u00ab br\u00e9sent \u00bb (pr\u00e9sent).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Apr\u00e8s, le ca\u00efd les conduisit devant les bureaux qu&rsquo;ils d\u00e9signent du nom de \u00ab Domaine\u00a0\u00bb (recette, contributions, domaines, etc.)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le ca\u00efd entra. On lui offrit une chaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Un cavalier, sur le seuil, appelait les Ouled-Bou-Naga et les introduisit un \u00e0 un.<br \/>\nParmi ces derniers, Mohammed Achouri fut introduit.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Devant un bureau noir, taillad\u00e9 au canif, un fonctionnaire europ\u00e9en, en complet r\u00e2p\u00e9, si\u00e9geait. Le khoja, jeune et myope, avec un pince-nez, traduisait debout.<br \/>\n\u00ab Achouri Mohammed ben Hamza&#8230; tu es l&rsquo;arri\u00e8re petit cousin d&rsquo;Ahmed Djilali ben Djilali, qui poss\u00e9dait les terrains au lieu dit \u00ab Oued Nouar \u00ab\u00a0, fraction des Bou-Achour. Th as donc des droits l\u00e9gaux de propri\u00e9t\u00e9 sur les champs dits Zebboudja et Nafra &#8230; Tous comptes faits, tous frais pay\u00e9s, tu as \u00e0 toucher, pour indemnit\u00e9 de vente, la somme de onze centimes et demi (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">1-Rigoureusement authentique. (Note d&rsquo;Isabelle Eberhardt).<br \/>\n&#8230; Comme il n&rsquo;y a pas de centimes, voil\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et le fonctionnaire posa deux sous dans la main tendue du fellah. Mohammed Achouri demeura immobile, attendant toujours.<br \/>\n&#8211; Allez \u00ab roh balek l \u00bb<br \/>\n&#8211; Mais j&rsquo;ai vendu ma terre, une charrue et demie de champs et plusieurs hectares de for\u00eat (broussailles) &#8230; Donne moi mon argent 1 (Une \u00ab charrue\u00bb de terre est la surface qui correspond \u00e0 ce qu&rsquo;un Arabe peut approximativement cultiver avec une charrue, environ 10 hectares. )<br \/>\n&#8211; Mais tu l&rsquo;as touch\u00e9 &#8230; C&rsquo;est tout , Allez, \u00e0 un autre , Abdallah ben Taib Djellouli<br \/>\n&#8211; Mais ce n&rsquo;est pas un paiement, deux sous &#8230; Dieu est t\u00e9moin &#8230;<br \/>\n&#8211; Nom de dieu d&rsquo;imb\u00e9cile \u00ab Balek fissa\u00e2 l \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le cavalier poussa dehors le fellah qui, aussit\u00f4t dans la rue, courba la t\u00eate, sachant combien il \u00e9tait inutile de discuter.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En un groupe compact, les Ouled-Bou-Naga restaient l\u00e0, comme si une lueur d&rsquo;espoir leur restait dans l&rsquo;incl\u00e9mence des choses. Ils avaient le regard effar\u00e9 et tristement stupide des moutons \u00e0 l&rsquo;abattoir.<br \/>\n\u00ab Il faut aller r\u00e9clamer \u00e0 l&rsquo;administrateur \u00a0\u00bb sugg\u00e9ra Mohammed Achouri.<br \/>\nEt ils se rendirent en petit nombre, au milieu de la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L&rsquo;administrateur, brave homme, eut un geste \u00e9vasif des mains &#8230; \u00ab Je n\u2019y peux rien &#8230; Je leur ai bien dit, \u00e0 Alger, que c&rsquo;\u00e9tait la ruine pour la tribu &#8230; Ils n&rsquo;ont rien voulu savoir, ils commandent, nous ob\u00e9issons &#8230; Il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire. \u00ab\u00a0Et il avait honte en disant cela, honte de l&rsquo;oeuvre mauvaise qu&rsquo;on l&rsquo;obligeait \u00e0 faire.<br \/>\nAlors, puisque le \u00ab hakem \u00ab\u00a0, qui ne leur avait personnellement jamais fait de mal, leur disait qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien \u00e0 faire, ils accept\u00e8rent en silence leur ruine et s&rsquo;en all\u00e8rent, vers la vall\u00e9e natale, o\u00f9 ils n&rsquo;\u00e9taient que des pauvres d\u00e9sormais.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ils ne parvenaient surtout pas \u00e0 comprendre et cela leur semblait injuste, que quelques-uns d&rsquo;entre eux avaient touch\u00e9 des sommes relativement fortes, quoique ayant toujours labour\u00e9 une \u00e9tendue bien inf\u00e9rieure \u00e0 celle qu&rsquo;occupaient d&rsquo;autres, qui n&rsquo;avaient touch\u00e9 que des centimes, comme Mohammed Achouri.<br \/>\nUn cavalier, fils de fellah, voulut bien leur expliquer cette in\u00e9galit\u00e9 de traitement.<br \/>\n\u00ab Mais qu&rsquo;importe la parent\u00e9 avec des gens qui sont morts et que Dieu a en sa mis\u00e9ricorde? dit Achouri. Puisque nous vivons en commun, il fallait donner le plus d&rsquo;argent \u00e0 celui qui labourait le plus de terre 1 &#8230;<br \/>\n&#8211; Que veux-tu? Ce sont les \u00ab hokkam \u00bb &#8230; Ils savent mieux que nous &#8230;<br \/>\nDieu l&rsquo;a voulu ainsi &#8230;<br \/>\nMohammed Achouri, ne trouvant plus de quoi vivre, quand le produit de la vente de ses b\u00eates fut \u00e9puis\u00e9, s&rsquo;engagea comme valet de ferme chez M. Gaillard, le colon qui avait eu la plus grande partie des terres des Bou-Achour. M. Gaillard \u00e9tait un brave homme, un peu rude d&rsquo;ailleurs, \u00e9nergique et, au fond, bon et honn\u00eate. Il avait remarqu\u00e9 l&rsquo;attitude nettement ferm\u00e9e, sournoise, de son valet. Les autres domestiques issus de la tribu \u00e9taient, eux aussi, hostiles, mais Mohammed Achouri manifestait un \u00e9loignement plus r\u00e9solu, plus franc, pour le colon, aux rondeurs bon enfant duquel il ne r\u00e9pondait jamais. Au lendemain de la moisson, comme le coeur des fellahs saignait de voir s&rsquo;entasser toute cette belle richesse n\u00e9e de leur terre, les meules de M. Gaillard et sa grange \u00e0 peine termin\u00e9e, flamb\u00e8rent par une belle nuit obscure et chaude.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Des preuves \u00e9crasantes furent r\u00e9unies contre Achouri. Il nia, tranquillement, obstin\u00e9ment, comme dernier argument de d\u00e9fense. Et il fut condamn\u00e9. Son esprit obtus d&rsquo;homme simple, son coeur de pauvre d\u00e9pouill\u00e9 et tromp\u00e9 au nom de lois qu&rsquo;il ne pouvait comprendre, avaient, dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 o\u00f9 il \u00e9tait de se venger du Beylik (L&rsquo;Etat), dirig\u00e9 toute sa haine et sa rancune contre le colon, l&rsquo;usurpateur. C&rsquo;\u00e9tait celui-l\u00e0, probablement, qui s&rsquo;\u00e9tait moqu\u00e9 des fellahs et qui lui avait donn\u00e9 \u00e0 lui, Achouri, les d\u00e9risoires deux sous d&rsquo;indemnit\u00e9 pour toute cette terre qu&rsquo;il lui avait prise 1 Lui, au moins, il \u00e9tait \u00e0 port\u00e9e de la vengeance &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et, l&rsquo;attentat consomm\u00e9, cet attentat que Mohammed Achouri continuait \u00e0 consid\u00e9rer comme une oeuvre de justice, le colot! se demandait avec une stupeur douloureuse ce qu&rsquo;il avait fait \u00e0 cet Arabe, \u00e0 qui il donnait du travail, pour en \u00eatre ha\u00ef \u00e0 ce point &#8230; Ils ne se doutaient gu\u00e8re, l&rsquo;un et l&rsquo;autre, qu&rsquo;ils \u00e9taient maintenant les solidaires victimes d&rsquo;une m\u00eame iniquit\u00e9 grotesquement triste<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le colon, proche et accessible, avait pay\u00e9 pour les fonctionnaires lointains, bien tranquilles dans leurs palais d&rsquo;Alger &#8230; Et le fellah ruin\u00e9 avait frapp\u00e9, car le crime est souvent, surtout chez les humili\u00e9s, un dernier geste de libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>CRIME DE RACE ? NON, CRIME DE CLASSE<\/strong><br \/>\nIsabelle Eberhardt a raison: ce n\u2019est ni Gaillard, ni l&rsquo;administrateur qui sont individuellement coupables; et elle se trompe quand, dans sa haine de \u00ab bl\u00e9 darde \u00bb pour l&rsquo;homme de la ville, elle accuse les fonctionnaires lointains \u00ab bien tranquilles dans leurs palais d&rsquo;Alger \u00bb. Le crime est plus profond, et plus g\u00e9n\u00e9ral: ce n&rsquo;est pas le crime d&rsquo;individus ni de bureaucrates, c&rsquo;est le crime d&rsquo;une classe. C&rsquo;est le crime que commet la classe bourgeoise, en chaque pays, y compris le sien, lorsqu&rsquo;elle y commence son histoire. C&rsquo;est le crime de 1&rsquo;\u00ab accumulation primitive \u00bb,<br \/>\nPour que le capitalisme puisse s&rsquo;installer dans un pays, pour que l&rsquo;exploitation du prol\u00e9tariat par les d\u00e9tenteurs du capital puisse commencer, deux choses sont n\u00e9cessaires : il faut, d&rsquo;une part, qu&rsquo;il y ait des prol\u00e9taires, c&rsquo;est-\u00e0-dire des hommes priv\u00e9s de tout moyen de produire, et, d&rsquo;autre part, des capitalistes, c&rsquo;est-\u00e0-dire des hommes d\u00e9tenant les moyens de production dont les autres ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s. Autrement dit, il faut qu&rsquo;il y ait s\u00e9paration entre le moyen de production et le producteur, entre la terre ou l&rsquo;outil et le travailleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cette s\u00e9paration ne peut s&rsquo;obtenir que par la violence. L&rsquo;expropriation des travailleurs de leurs moyens de travail est l&rsquo;op\u00e9ration de force pr\u00e9liminaire, qui pr\u00e9lude \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement du capitalisme en tous pays ; les \u00e9conomistes d\u00e9signent cette op\u00e9ration sous l&rsquo;euph\u00e9misme d&rsquo;\u00ab accumulation primitive \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Celle-ci s&rsquo;op\u00e8re aussi bien au sein d&rsquo;un m\u00eame peuple par des expropriateurs appartenant \u00e0 la m\u00eame race que les expropri\u00e9s, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un peuple \u00e9tranger, par la bourgeoisie d&rsquo;un peuple conqu\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un peuple vaincu. .<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Avant de pratiquer la \u00ab colonisation \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;expropriation de peuples appartenant \u00e0 d&rsquo;autres pays que le sien, la bourgeoisie europ\u00e9enne a commenc\u00e9 par exproprier, dans son propre pays, ses fr\u00e8res de race, de religion et de langue. Et m\u00eame les proc\u00e9d\u00e9s qu&rsquo;elle emploie sont les m\u00eames dans les deux cas. Lisez le grand chapitre du<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Capital de Karl Marx sur l&rsquo;\u00ab accumulation primitive \u00bb, et vous serez frapp\u00e9 par la similitude des proc\u00e9d\u00e9s employ\u00e9s par la bourgeoisie britannique pour exproprier ses paysans, entre le XVIe et le XVIIe si\u00e8cle, et de ceux employ\u00e9s par la bourgeoisie fran\u00e7aise au XIXe pour exproprier le fellah alg\u00e9rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans les deux cas il s&rsquo;agit de paysans dont une grande partie de la propri\u00e9t\u00e9 est une propri\u00e9t\u00e9 collective, qui sert \u00e0 l&rsquo;\u00e9levage, \u00e9levage qui est \u00e0 leurs maigres cultures l&rsquo;appoint indispensable pour qu&rsquo;ils puissent vivre. Dans les deux cas, leur droit de propri\u00e9t\u00e9 sur ces terres est ind\u00e9niable. Dans les deux cas, le seigneur, ici le dey, l\u00e0 l&rsquo;ancien seigneur f\u00e9odal, n&rsquo;a aucun droit de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9 sur ces terres collectives, mais simplement un droit politique, le droit de les administrer, d&rsquo;en r\u00e9gler la jouissance entre les co-participants. Or dans les deux cas, on exproprie le paysan de ces terres, et dans les deux cas, on couvre l\u2019expropriation de la m\u00eame fiction juridique, \u00e0 savoir : que le droit d&rsquo;administrer entra\u00eene le droit de propri\u00e9t\u00e9, que le droit r\u00e9galien du seigneur f\u00e9odal, est la m\u00eame chose que le droit de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9, au sens bourgeois et moderne du mot!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La proc\u00e9dure des \u00ab enclosures \u00bb, de la cl\u00f4ture des terres communales en Angleterre, est l&rsquo;exact pendant de celle de l&rsquo;\u00ab enqu\u00eate \u00bb alg\u00e9rienne, de la d\u00e9limitation des terres de tribus en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La colonisation n&rsquo;est donc pas, en fait, ce qu&rsquo;elle para\u00eet \u00eatre \u00e0 premi\u00e8re vue ; elle n&rsquo;est pas affaire de race et elle est encore moins affaire de religion; elle n&rsquo;a pour raison ni d&rsquo;exterminer une race ennemie, ni de convertir des \u00ab infid\u00e8les \u00bb ; elle est simplement l&rsquo;extension \u00e0 d&rsquo;autres parties de la plan\u00e8te du syst\u00e8me \u00e0 fabriquer des prol\u00e9taires que la bourgeoisie a commenc\u00e9 \u00e0 appliquer chez elle d\u00e8s sa naissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il nous reste maintenant \u00e0 voir comment, apr\u00e8s l&rsquo;accumulation primitive, s&rsquo;est poursuivie en Alg\u00e9rie, l&rsquo;accumulation tout court ; quelle y est actuellement la situation respective des expropriateurs et des expropri\u00e9s, du capitalisme europ\u00e9en et de la population indig\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"http:\/\/comaguer.over-blog.com\/2014\/11\/cent-ans-de-capitalisme-en-algerie-1830-1930.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Cent ans de capitalisme en Alg\u00e9rie \u00bb Authentique militant anticolonialiste fran\u00e7ais de la premi\u00e8re heure, Robert Louzon m\u00e9rite d\u2019\u00eatre mieux connu en ces temps o\u00f9 la social-d\u00e9mocratie fran\u00e7aise retombe piteusement dans ses pires travers coloniaux, la p\u00e2leur m\u00e9diocre et pateline du discours masquant \u00e0 peine la persistance de la brutalit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats du grand [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3193,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44,25],"tags":[],"class_list":{"0":"post-3192","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-colonisation","8":"category-histoire"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3192","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3192"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3192\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3192"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3192"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3192"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}