{"id":3205,"date":"2015-03-17T11:03:38","date_gmt":"2015-03-17T11:03:38","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=3205"},"modified":"2015-03-17T11:03:38","modified_gmt":"2015-03-17T11:03:38","slug":"mohamed-garne-francais-par-le-crime-jaccuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/mohamed-garne-francais-par-le-crime-jaccuse\/","title":{"rendered":"Mohamed GARNE ; Fran\u00e7ais par le crime, j\u2019accuse !"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\">Mohamed GARNE<br \/>\nFRANCAIS PAR LE CRIME. J\u2019ACCUSE\u00a0! ALG\u00c9RIE 1954 \u2013 1962<br \/>\nL\u2019harmattan, mars 2011, 162 p.<\/h3>\n<p align=\"right\">par <span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"http:\/\/clio-cr.clionautes.org\/_bertrand-lamon_.html\">Bertrand Lamon<\/a><\/span><\/p>\n<div>\n<p>Sur fonds de guerre d\u2019Alg\u00e9rie comme trame historique, l\u2019auteur nous livre sa propre autobiographie et tente de conna\u00eetre, plus de quarante ans apr\u00e8s les faits, la v\u00e9rit\u00e9 sur sa naissance. Son enqu\u00eate le m\u00e8ne tout d\u2019abord en Alg\u00e9rie o\u00f9 il retrouve, apr\u00e8s bien des vicissitudes, sa m\u00e8re. Elle lui avoue qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9, durant le conflit, viol\u00e9e par des militaires fran\u00e7ais lors de plusieurs s\u00e9ances de torture.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>C\u2019est le r\u00e9cit d\u2019un pass\u00e9 douloureux, d\u2019un viol commis en 1959. Cette ann\u00e9e l\u00e0, les \u00e9v\u00e9nements d\u2019Alg\u00e9rie, une guerre qui ne dit pas son nom, fait rage. Les soul\u00e8vements de ce d\u00e9partement fran\u00e7ais ont pourtant \u00e9t\u00e9 nombreux. Surtout celui de mai 1945, particuli\u00e8rement violent et dont toutes les m\u00e9moires, qu\u2019elles soient europ\u00e9ennes ou autochtones gardent \u00e0 l\u2019esprit. Ce t\u00e9moignage dont nous prenons connaissance n\u2019est donc que la suite terrible d\u2019un conflit larv\u00e9. N\u00e9 d\u2019une m\u00e8re alg\u00e9rienne viol\u00e9e par des militaires fran\u00e7ais en 1959, Mohamed GARNE ouvre son r\u00e9cit sur la p\u00e9nombre la plus totale d\u2019un cagibis de cage d\u2019escalier lui faisant office d\u2019abris.<\/p>\n<p>S\u00e9par\u00e9 de sa m\u00e8re \u00e0 sa naissance, l\u2019enfant se retrouve transbahut\u00e9 chez une nourrice, \u00e0 Alger et y passe ses premi\u00e8res ann\u00e9es dans des conditions d\u2019hygi\u00e8ne et psychologique d\u00e9plorables. Atteint de rachitisme, enferm\u00e9 \u00e0 double tour nuit et jour dans sa ge\u00f4le, l\u2019enfant devient vite un rebut que l\u2019on nourrit parce l\u2019on est pay\u00e9 pour \u00e7\u00e0. C\u2019est un v\u00e9ritable enfer. Coups, privations, vexations en tout genre scandent ses quatre premi\u00e8re ann\u00e9es. A cet \u00e2ge, l\u2019enfant ne sait toujours pas se tenir debout et n\u2019a jamais vu la lumi\u00e8re du jour. Un v\u00e9ritable calvaire. Retour sur deux vies bris\u00e9es. Celle de sa m\u00e8re et la sienne.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la bataille d\u2019Alger men\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral MASSU, son successeur, le g\u00e9n\u00e9ral CHALLE est nomm\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du commandement militaire en Alg\u00e9rie. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise met alors au point le plan \u00ab\u00a0Challe\u00a0\u00bb combinant deux phases distinctes\u00a0: d\u2019une part, asphyxier les maquis du FLN qui r\u00e9sident dans les massifs montagneux et, d\u2019autre part, entamer une politique de pacification en cr\u00e9ant des centres de regroupement \u00e0 destination des populations situ\u00e9es dans les zones rurales les plus \u00e9loign\u00e9es. Ces op\u00e9rations devraient ainsi isoler et priver les unit\u00e9s du FLN de leur principale source d\u2019approvisionnement et de soutien.<\/p>\n<p>Les op\u00e9rations d\u00e9butent en ao\u00fbt 1959. Les massifs montagneux, dont l\u2019Ouarsenis, sont syst\u00e9matiquement bombard\u00e9s et investis par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. C\u2019est dans ces conditions que Khe\u00efra, m\u00e8re de Mohamed GARNE, trouve refuge sur un arbre calcin\u00e9 mais devient captive de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Elle se retrouve au camp de regroupement de Theniet el-Haad, situ\u00e9 \u00e0 70 km au sud-ouest d\u2019Alger. Elle rejoint le million de paysans regroup\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Au m\u00eame moment, un jeune inspecteur des finances dresse un constat accablant de la situation sanitaire de ces camps. Il se nommait Michel ROCARD.<\/p>\n<p>La jeune femme devient vite la proie de quelques militaires qui la soumettent \u00e0 la torture. Elle a \u00e9t\u00e9 en effet faite prisonni\u00e8re pr\u00e8s d\u2019un maquis et ses ge\u00f4liers la soup\u00e7onnent de conna\u00eetre le nom du chef de la wilaya. Les interrogatoires s\u2019encha\u00eenent donc avec violence. Coups, supplice de l\u2019eau, \u00ab\u00a0g\u00e9g\u00e8ne\u00a0\u00bb et, pour finir, viol. A plusieurs reprises.<\/p>\n<p>Une histoire tragique dont l\u2019historienne Rapha\u00eblle BRANCHE a exhum\u00e9, par le biais de ses travaux, notamment lors de la parution de son livre, en 2001, la pratique de la torture par une partie de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Pourtant, cette tr\u00e8s jeune femme va n\u00e9anmoins donner naissance, en avril 1960, \u00e0 un gar\u00e7on d\u00e9nomm\u00e9 Mohamed. Le nourrisson devient rapidement rachitique et ses chances de survie son maigres. Il est aussit\u00f4t s\u00e9par\u00e9 de sa m\u00e8re par les autorit\u00e9s militaires et confi\u00e9 \u00e0 une nourrice dont nous avons vu, pr\u00e9c\u00e9demment, ce qu\u2019il advint. Apr\u00e8s un an de s\u00e9vices, Mohamed trouve le chemin de l\u2019h\u00f4pital Saint-Cyprien des Attafs, pr\u00e8s d\u2019Alger.<\/p>\n<p>Le diagnostic tombe, implacable\u00a0: fracture du cr\u00e2ne, somnolence. Il est ensuite plac\u00e9 dans une famille d\u2019accueil jusqu\u2019en 1965. Puis, il est adopt\u00e9 par un couple d\u2019intellectuels alg\u00e9riens. La femme, dont l\u2019identit\u00e9 est tenue secr\u00e8te, est un \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre\u00a0; Le mari, \u00e0 la stature d\u2019un lutteur, est metteur en sc\u00e8ne. La famille r\u00e9side en r\u00e9gion parisienne jusqu\u2019en 1975 o\u00f9 le mari, devenu alcoolique, livre sans ambages \u00e0 l\u2019enfant qu\u2019il n\u2019est pas son p\u00e8re. Le choc. En 1985, ses parents adoptifs divorcent et Mohamed, livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, retourne \u00e0 l\u2019orphelinat Saint-Vincent-de-Paul, \u00e0 Alger, durant dix longues ann\u00e9es ponctu\u00e9es de fugues.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit nous emm\u00e8ne peu \u00e0 peu dans les ruelles tortueuses d\u2019Alger. Avec ent\u00eatement, il part \u00e0 la recherche de celle qui lui a donn\u00e9 vie. Mohamed GARNE \u00e9cume les archives de la ville, sans succ\u00e8s. Ce sont finalement des voisins qui vont le mettre sur la piste tant recherch\u00e9e. Sa m\u00e8re se ferait surnomm\u00e9e la \u00ab\u00a0louve\u00a0\u00bb et vivrait compl\u00e8tement recluse\u2026entre les tombes du cimeti\u00e8re de Sidi Yahia. Le choc des retrouvailles est hom\u00e9rique. Apr\u00e8s de longues palabres et plusieurs visites, l\u2019auteur apprend que son p\u00e8re serait en r\u00e9alit\u00e9 un certain Abdelkader BENGOUCHA, h\u00e9ros de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Ce chef de maquis avait b\u00e2ti un v\u00e9ritable village retranch\u00e9, \u00e0 moiti\u00e9 souterrain dans une for\u00eat situ\u00e9e \u00e0 plusieurs jours de marche de la premi\u00e8re pr\u00e9sence humaine. Tout \u00e9tait organis\u00e9 afin d\u2019y faire vivre plusieurs dizaines de personnes, familles comprises. Ancien soldat ayant \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 en France en 1939, il y avait appris les rudiments militaires de survie. Et les avait appliqu\u00e9 dans sa wilaya.<\/p>\n<p>LA JUSTICE A PARIS<\/p>\n<p>Mars 1991, Mohamed GARNE, apr\u00e8s bien des vicissitudes professionnelles et familiales \u2013 on assiste \u00e0 quelques digressions int\u00e9ressantes sur l\u2019Alg\u00e9rie du d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt dix \u2013 engage une proc\u00e9dure pour conna\u00eetre enfin la v\u00e9rit\u00e9 sur son p\u00e8re devant le tribunal de Theniet el-Haad \u00e0 Alger. Au cours de l\u2019audience, sa m\u00e8re Khe\u00efra avoue qu\u2019Abdelkader Bengoucha, avec qui elle avait \u00e9t\u00e9 bien mari\u00e9e, n\u2019est pas le p\u00e8re de Mohamed. Coup de massue suppl\u00e9mentaire car sa m\u00e8re avoue avoir \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e par des soldats fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>M\u00eame apr\u00e8s des ann\u00e9es le conflit, la m\u00e8re de Mohamed GARNE reste toujours suspecte au yeux du public qui assiste, incr\u00e9dule, \u00e0 ces histoires d\u2019un \u00ab\u00a0autre temps\u00a0\u00bb. Sa disparition du village a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme une trahison. Le combat ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Cette fois-ci, il porte son combat devant la cour d\u2019appel d\u2019Alger et la Cour supr\u00eame. Mais c\u2019est en France que Mohamed GARNE tente son va-tout pour faire \u00e9clater la v\u00e9rit\u00e9. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre install\u00e9 \u00e0 Paris (dans des conditions ubuesques avec femme et enfants), il d\u00e9cide de contacter un avocat et lui raconte son histoire. Mais la justice, entre temps, est pass\u00e9e par l\u00e0.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements qui ont eu court durant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie sont d\u00e9sormais prescrits dans le meilleurs des cas. Amnisti\u00e9s bien souvent. L\u2019avocat d\u00e9cide cependant d\u2019abattre une derni\u00e8re carte et saisi le tribunal des pensions. Mais c\u2019est l\u2019\u00e9chec. Mohamed GARNE est d\u00e9bout\u00e9. Nous sommes en mars 2000. L\u2019homme n\u2019en reste pas l\u00e0 et fait appel devant la cour r\u00e9gionale des pensions. L\u2019atmosph\u00e8re est pesante, le d\u00e9corum spartiate. Cependant, la cour d\u00e9signe un expert psychiatre ayant mission de d\u00e9terminer ou pas un quelconque trouble psychique qu\u2019a d\u00e9velopp\u00e9 Mohammed GARNE suite au viol de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>C\u2019est chose faite quelques jours plus tard. L\u2019expert estime qu\u2019il y a bien une relation de cause \u00e0 effet et impute cette responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat fran\u00e7ais. Le 22 novembre 2001, soit plus de quarante an apr\u00e8s les faits, la cour accorde \u00e0 Mohamed GARNE, \u00e0 titre de r\u00e9paration, une pension de 945 francs par mois. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser, \u00e0 la lecture de cet ouvrage, \u00e0 la th\u00e8se de \u00ab\u00a0brutalisation\u00a0\u00bb de la guerre d\u00e9montr\u00e9e par George MOSS voici quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p>On se r\u00e9f\u00e9rera \u00e9galement aux \u00e9tudes et travaux de Rapha\u00eblle BRANCHE ayant d\u00e9montr\u00e9 que les pratiques de la torture et des viols parvenus \u00e0 la hi\u00e9rarchie militaire furent fermement sanctionn\u00e9s. Cependant, bien des ann\u00e9es apr\u00e8s cette guerre, le silence des victimes reste le t\u00e9moignage le plus \u00e2pre de cette guerre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/clio-cr.clionautes.org\/francais-par-le-crime-j-accuse-algerie-1954-1962.html#.VEolEPmG8Wk\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohamed GARNE FRANCAIS PAR LE CRIME. J\u2019ACCUSE\u00a0! 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