{"id":3212,"date":"2015-12-14T17:07:42","date_gmt":"2015-12-14T17:07:42","guid":{"rendered":"http:\/\/telecineclub.com\/?p=3212"},"modified":"2015-12-14T17:07:42","modified_gmt":"2015-12-14T17:07:42","slug":"le-cinema-algerien-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/le-cinema-algerien-aujourdhui\/","title":{"rendered":"Le cin\u00e9ma alg\u00e9rien aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"<p>Le cin\u00e9ma alg\u00e9rien aujourd&rsquo;hui : Table ronde au 10e festival des cin\u00e9mas d&rsquo;Afrique<\/p>\n<p><span class=\"chapo\">Lors de la 10e \u00e9dition du festival des cin\u00e9mas d&rsquo;Afrique en pays d&rsquo;Apt (novembre 2012), la traditionnelle table ronde du dimanche matin a port\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tat du cin\u00e9ma alg\u00e9rien. Elle regroupait la r\u00e9alisatrice et actrice Amal Kateb, le distributeur Jacques Choukroun, le distributeur et producteur Hachemi Zertal, les r\u00e9alisateurs Merzak Allouache et Djamil Beloucif, La\u00efla Choulak, vice-pr\u00e9sidente de l&rsquo;association Projecteurs qui organise les Rencontres cin\u00e9matographiques de Beja\u00efa et leur directeur artistique, le critique Samir Ardjoum, ainsi que le critique et universitaire tunisien Tahar Chikhaoui. Un d\u00e9bat passionnant aux voix discordantes et engag\u00e9es !<\/span><\/p>\n<p><span class=\"corps\"> <b>Olivier Barlet\u00a0:<\/b> Pour des raisons historiques \u00e9videntes, l&rsquo;Alg\u00e9rie est un pays qui nous importe et le cin\u00e9ma est pour les Alg\u00e9riens une fa\u00e7on de se dire au monde. Sans tomber dans le proc\u00e8s, il s&rsquo;agira d&rsquo;aborder les obstacles et les difficult\u00e9s rencontr\u00e9s autant que les chances et les gr\u00e2ces. M\u00eame si les choses doivent \u00eatre dites, il s&rsquo;agira donc de d\u00e9gager les forces et les possibles pour envisager les enjeux.<\/span><\/p>\n<p><b>Merzak Allouache\u00a0:<\/b> La difficult\u00e9 en Alg\u00e9rie est moins de tourner des films que de les montrer. Dans ce pays o\u00f9 il y avait plus de trois cents cin\u00e9mas, un r\u00e9seau de cin\u00e9math\u00e8ques, on pouvait accompagner nos films et discuter avec le public. Aujourd&rsquo;hui, on les montre \u00e0 tr\u00e8s peu de gens dans des conditions d\u00e9plorables, alors que la propagande officielle fait croire qu&rsquo;il y a des salles et des avant-premi\u00e8res, avec des manifestations officielles o\u00f9 on nettoie tout pour l&rsquo;espace d&rsquo;une soir\u00e9e\u00a0! Ensuite, le film dispara\u00eet. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration arrive \u00e0 faire des films en dehors des circuits de subventions mais c&rsquo;est les montrer qui est dramatique. Dans les salles, le son et l&rsquo;image sont tr\u00e8s mauvais. Le public a perdu l&rsquo;habitude d&rsquo;aller au cin\u00e9ma et demande que toute l&rsquo;Alg\u00e9rie soit pr\u00e9sent\u00e9e en un seul film. Je voudrais que mes films rencontrent les lyc\u00e9ens, les \u00e9tudiants, le public\u00a0: cela a exist\u00e9 dans les quartiers, les gens allaient au cin\u00e9ma. Quand je montre un film en Alg\u00e9rie, on me demande quand va sortir le DVD, sachant qu&rsquo;ils sont tous pirat\u00e9s. Le cin\u00e9ma alg\u00e9rien est une excuse pour parler politique, pas pour montrer un film. On a un mur officiel de gens tr\u00e8s m\u00e9diocres de gens qui sont au minist\u00e8re de la Culture, qui ont une vision absurde du cin\u00e9ma et qui semblent contents d&rsquo;\u00eatre l\u00e0\u00a0!<\/p>\n<p><b>Djamil Beloucif\u00a0:<\/b> Aujourd&rsquo;hui, on peut voir les films sur internet. La technique rend cela possible. Il y a \u00e0 boire et \u00e0 manger, il faut faire le tri, mais c&rsquo;est une fa\u00e7on de montrer et voir les films.<\/p>\n<p><b>Merzak Allouache\u00a0:<\/b> Je ne suis pas de la g\u00e9n\u00e9ration internet. L&rsquo;humour alg\u00e9rien se retrouve sur internet. Les images les plus int\u00e9ressantes sur les \u00e9meutes, les manifestations, les stades, sont sur internet, mais \u00e7a ne me suffit pas\u00a0: je reste frustr\u00e9 de ne pas pouvoir discuter des films. Il y a une nouvelle loi qui condamne celui qui filme sans autorisation\u00a0: c&rsquo;est nouveau. On essaye de contr\u00f4ler toutes ces petites cam\u00e9ras qui circulent.<\/p>\n<p><b>Djamil Beloucif\u00a0:<\/b> C&rsquo;est une aberration de vouloir contr\u00f4le \u00e7a. Un harraga est passible d&rsquo;amende\u00a0! Il est impossible de contr\u00f4ler tout \u00e7a\u00a0!<\/p>\n<p><b>Olivier Barlet\u00a0:<\/b> Cela nous ram\u00e8ne au d\u00e9cret Laval de 1934 qui imposait une autorisation pour faire des images dans les colonies\u2026 On parle l\u00e0 rapidement sur la question des contr\u00f4les, mais au niveau des tripes, des th\u00e9matiques, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on a envie de faire entendre au cin\u00e9ma en Alg\u00e9rie aujourd&rsquo;hui\u00a0?<\/p>\n<p><b>Djamil Beloucif\u00a0:<\/b> Une bouteille d&rsquo;eau, un paquet de clopes, des objets, voil\u00e0 des bons sujets. Je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ce qui est banal. Le cin\u00e9ma a des formes, pas de sujets. Arriver \u00e0 tordre l&rsquo;\u0153il du spectateur pour lui faire rendre quelque chose d&rsquo;anal. Je rejoins Merzak pour dire que le cin\u00e9ma, c&rsquo;est un groupe qui regarde quelque chose ensemble. Le point du vue du th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait unique, au cin\u00e9ma on a r\u00e9ussi \u00e0 le faire bouger, avec des angles, des plans, des coupes, etc. Internet, on n&rsquo;arrive pas \u00e0 le faire avec du groupe. Peut-\u00eatre de nouvelles formes sont-elles en train de na\u00eetre, mais cela d\u00e9passe le probl\u00e8me de l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p><b>Amal Kateb\u00a0:<\/b> Les Rencontres cin\u00e9matographiques de Beja\u00efa est le seul festival o\u00f9 mes courts m\u00e9trages ont pu rencontrer un public. Ce qui et complexe, c&rsquo;est d&rsquo;arriver \u00e0 parler avec le ton juste, propre \u00e0 soi. On a envie de contredire, de provoquer, de se conformer \u00e0 des attentes, de l&rsquo;\u00c9tat pour ne pas \u00eatre censur\u00e9, d&rsquo;un public \u00e9tranger. La difficult\u00e9 est de trouver sa juste place. Le probl\u00e8me est de prot\u00e9ger sa voix int\u00e9rieure, sans tenir compte des attentes des uns et des autres.<\/p>\n<p><b>Olivier Barlet\u00a0:<\/b> Les Rencontres de Beja\u00efa sont un lieu o\u00f9 le collectif se remet en place. Qu&rsquo;est-ce qui est en jeu dans ces Rencontres\u00a0?<\/p>\n<p><b>La\u00efla Choulak\u00a0:<\/b> Les Rencontres sont port\u00e9es par l&rsquo;association Projecteur. Elles ont d\u00e9marr\u00e9 avec la collaboration de deux associations\u00a0: Ka\u00efna cin\u00e9ma et Cin\u00e9ma et m\u00e9moire. Et cela, il y a dix ans dans le but de rouvrir la salle de cin\u00e9ma, ferm\u00e9e depuis longtemps. Dans Projecteur il y a aussi heurter, faire choc. La diffusion est le premier objectif\u00a0: remettre le cin\u00e9ma dans la soci\u00e9t\u00e9. Reprendre le cin\u00e9-club longtemps arr\u00eat\u00e9. Il nous fallait rendre compte des images qui se font en Alg\u00e9rie et ailleurs.<\/p>\n<p><b>Olivier Barlet\u00a0:<\/b> Projection est donc bien vu comme la possibilit\u00e9 de voir ensemble.<\/p>\n<p><b>La\u00efla Choulak\u00a0:<\/b> Exactement. Cela nous aide \u00e0 changer le regard, savoir prendre la parole, s&rsquo;impliquer. On a un retour, des r\u00e9ponses, et cela nous permet de mesurer la valeur du travail accompli. On a la chance \u00e0 Beja\u00efa de pouvoir agir en tant que femme\u00a0: les portes sont ouvertes. L&rsquo;enjeu est d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 des mouvements qui font bouger les choses.<\/p>\n<p><b>Amal Kateb\u00a0:<\/b> Cette question de la femme, cela fait partie des attentes dont je parlais\u00a0: on attend de nous qu&rsquo;on parle de la femme alg\u00e9rienne. Un de mes films s&rsquo;appelle Allez les filles\u00a0! et non Allez les femmes\u00a0!<\/p>\n<p><b>Samir Ardjoum\u00a0:<\/b> J&rsquo;allais \u00e0 Beja\u00efa en tant que journalistes et j&rsquo;y ai vu un public qui s&rsquo;impliquait vraiment. C&rsquo;est vrai que, comme le disait Merzak, le cin\u00e9ma n&rsquo;arrive au public que comme \u00e9v\u00e9nement, et entre les \u00e9v\u00e9nements il n&rsquo;y a rien ou pas grand-chose. Quand on lui propose de r\u00e9agir \u00e0 un film, il n&rsquo;a pas l&rsquo;habitude. Dans certains festivals, on voit le public r\u00e9agir comme s&rsquo;il \u00e9tait chez lui dans son salon\u00a0: on discute et on est sur son portable. Il n&rsquo;est pas \u00e0 bl\u00e2mer, c&rsquo;est normal, mais la t\u00e9l\u00e9vision gagne du terrain, et du coup, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;\u00e9changes. \u00c0 Beja\u00efa, le public brisait la barri\u00e8re entre lui et le cin\u00e9ma en discutant avec le r\u00e9alisateur. J&rsquo;y \u00e9tais pour la premi\u00e8re fois en 2009 o\u00f9 Tariq Teguia pr\u00e9sentait Inland. Un spectateur lui a propos\u00e9 de venir chez lui pour remonter le film\u00a0! Teguia l&rsquo;avait pris ensuite en apart\u00e9 et avait pris le temps de discuter avec lui. Les deux objectifs de la programmation sont d&rsquo;une part, de ne pas tomber dans le mis\u00e9rabilisme\u00a0: on ne s\u00e9lectionne pas un film parce qu&rsquo;il est alg\u00e9rien. Ce n&rsquo;est pas le contenu qui nous interpelle mais la forme. Les Rencontres ne donnent pas lieu \u00e0 une comp\u00e9tition. D&rsquo;autre part, le deuxi\u00e8me aspect est de montrer autre chose, d&rsquo;autres g\u00e9ographies, comme autrefois \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que. Que le cin\u00e9ma ne soit pas un enfermement communautariste\u00a0!<\/p>\n<p><b>Tahar Chikhaoui\u00a0:<\/b> Je suis issu d&rsquo;une tribu nomade, puis il y a eu s\u00e9dentarisation et je suis n\u00e9 dans une maison en terre. Puis nous nous sommes install\u00e9s dans une maison en dur, puis avons construit des ailes en briques. Mais depuis quelques ann\u00e9es, j&rsquo;ai l&rsquo;impression de n&rsquo;habiter nulle part. Peut-\u00eatre me faudrait-il une maison portable\u00a0? J&rsquo;entends bien ce qui se dit ici mais quelque chose est en train de changer et on ne s&rsquo;en rend pas compte. Le film Babylone le dit tr\u00e8s bien\u00a0: le cin\u00e9ma a eu sa maison, la salle de cin\u00e9ma, et c&rsquo;est en train de changer. Bien s\u00fbr, elle ne va pas dispara\u00eetre. Mais on s&rsquo;\u00e9loigne du pass\u00e9\u00a0: elle est devenue un ancien lieu, comme la maison de mon grand-p\u00e8re. D&rsquo;autres lieux se construisent, une mutation est \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, mais on n&rsquo;a pas prise dessus. Je suis s\u00fbr que notre mode de percevoir les films va changer de m\u00eame que notre mode de faire change. On fait maintenant des films avec des cam\u00e9ras accroch\u00e9es au front, comme la lampe des mineurs, que personne ne peut contr\u00f4ler. Si on fait des films ainsi, il est normal qu&rsquo;en aval \u00e7a change aussi. On est facilement nostalgique mais les choses changent\u00a0: internet, DVD, transfert de fichiers d&rsquo;un continent \u00e0 l&rsquo;autre ou vision globale. La cam\u00e9ra-stylo \u00e9tait une m\u00e9taphore mais aujourd&rsquo;hui elle est vraiment un stylo. Il faut bien s\u00fbr voir ce qu&rsquo;on fait avec. Merzak Allouache est connu de ma g\u00e9n\u00e9ration car on a vu ses films dans des salles de cin\u00e9ma. Mais je pense qu&rsquo;il sera encore plus vu qu&rsquo;il ne se rend compte dans ces changements en cours. Quand je vois les films \u00e0 Beja\u00efa, je suis frapp\u00e9 par la cr\u00e9ativit\u00e9 et l&rsquo;effervescence des jeunes cin\u00e9astes alg\u00e9riens. Pas tout, pas tous, il y a du m\u00e9diocre, certes. Mais il y a aussi du beau. Cela se r\u00e9percute sur les contenus\u00a0: quand on a une arm\u00e9e de techniciens avec une cam\u00e9ra 35\u00a0mm, on ne prend pas les m\u00eames risques et on s&rsquo;int\u00e9resse moins \u00e0 la banalit\u00e9. Je pense qu&rsquo;on est en train de vivre un changement mondial du statut de l&rsquo;image et du rapport au spectacle. On donne un sens \u00e0 ce qui n&rsquo;a pas de sens, ce qui peut \u00eatre une d\u00e9finition de l&rsquo;art. On va participer \u00e0 la fabrication des films. Le mode fondamental de faire des films ne va pas forc\u00e9ment dispara\u00eetre mais c&rsquo;est une nouvelle stratification.<\/p>\n<p><b>Merzak Allouache<\/b>\u00a0: Je ne suis pas d&rsquo;accord. On va nous envoyer les films d&rsquo;Hollywood et nous, on devra se contenter de petites cam\u00e9ras pour internet\u00a0: je ne suis pas d&rsquo;accord\u00a0! Celui qui veut tourner avec une petite cam\u00e9ra doit tourner avec une petite cam\u00e9ra et celui qui veut tourner en 35 avec du 35. Il ne faut pas croire que le cin\u00e9ma est d\u00e9mocratis\u00e9. Tu parlais de la maison\u00a0: en Alg\u00e9rie, depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance, une majorit\u00e9 des immeubles ont un ascenseur qui ne marche pas, bloqu\u00e9 depuis trente ou quarante ans. Est-ce qu&rsquo;il faut r\u00e9parer ces ascenseurs ou bien d\u00e9velopper de nouvelles godasses qui permettent de monter all\u00e8grement les escaliers\u00a0? Dans notre pays du Tiers-monde qui a beaucoup d&rsquo;argent, apprenons aux gens \u00e0 monter plus vite les escaliers\u00a0? Non\u00a0! Il faut partout exiger des subventions et pouvoir tourner avec des \u00e9quipes de soixante ou quatre-vingt personnes comme \u00e7a se fait partout quand on le veut\u00a0! L&rsquo;internet ne d\u00e9mocratise pas le cin\u00e9ma. Samir insistait sur le public qui n&rsquo;a plus de notion du cin\u00e9ma. Nous sommes dans un pays o\u00f9 les festivals doivent \u00eatre officiels et on ne peut plus appeler les autres que rencontres\u00a0: l\u00e0 aussi, c&rsquo;est une bataille \u00e0 mener.<\/p>\n<p><b>Olivier Barlet\u00a0:<\/b> quand Godard est all\u00e9 en soixante-quinze au Mozambique, invit\u00e9 par les cin\u00e9astes, il s&rsquo;est fait sortir du pays \u00e9galement par les cin\u00e9astes car il avait pr\u00e9conis\u00e9 la cam\u00e9ra dv de l&rsquo;\u00e9poque alors qu&rsquo;ils voulaient tourner en 35\u00a0!<\/p>\n<p><b>Merzak Allouache\u00a0:<\/b> les Mozambicains n&rsquo;ont pas eu droit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision qui a \u00e9t\u00e9 interdite durant des ann\u00e9es, sur le conseil de ces cin\u00e9astes qui venaient d&rsquo;ailleurs, parce que les Mozambicains allaient regarder la t\u00e9l\u00e9vision sud-africaine.<\/p>\n<p><b>Olivier Barlet\u00a0:<\/b> L&rsquo;histoire des trois petits cochons que nous racontait Tahar (les maisons de paille, de briques et de pierres) va donc diviser cette table\u00a0! Continuons sur les questions de la production et de la distribution.<\/p>\n<p><b>Hachemi Zertal\u00a0:<\/b> la distribution c&rsquo;est l&rsquo;acc\u00e8s aux images. Nous avions plus de quatre cents salles et les gens allaient au cin\u00e9ma. Les films \u00e9taient soumis \u00e0 la censure et avaient un visa d&rsquo;exploitation. Mais il y avait aussi un r\u00e9seau de salles de la cin\u00e9math\u00e8que alg\u00e9rienne qui passait des films non-commerciaux appartenant au r\u00e9pertoire du cin\u00e9ma mondial. C&rsquo;est ainsi que toute une g\u00e9n\u00e9ration de cin\u00e9astes a vu ces films et a pu en d\u00e9battre dans les cin\u00e9-clubs. La cin\u00e9math\u00e8que n&rsquo;\u00e9tait pas assujettie \u00e0 la censure\u00a0: le public pouvait ainsi voir le dernier film de Chahine ou de Fassbinder et souvent en discuter avec le r\u00e9alisateur. J&rsquo;ai v\u00e9cu \u00e7a \u00e0 Constantine\u00a0: les gens venaient \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que pour voir un cin\u00e9ma autre, non censur\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, o\u00f9 il y a une centaine de partis, on ne peut pas voir un film alg\u00e9rien s&rsquo;il n&rsquo;a pas de visa d&rsquo;exploitation qu&rsquo;il lui aura fallu demander un \u00e0 trois mois \u00e0 l&rsquo;avance. Et ces films ne passent pas \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que. Les ministres de la Culture ont remis en cause ce principe et les cin\u00e9math\u00e8ques sont \u00e9galement soumises \u00e0 la censure. On fait tout pour que les films ne passent pas. Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 avoir le visa d&rsquo;exploitation de deux films d&rsquo;animation depuis deux ann\u00e9es\u00a0! On veut laminer les \u00e9nergies. On repl\u00e2tre les salles de cin\u00e9ma (ce n&rsquo;est pas une restauration). Cela co\u00fbterait moins cher de reconstruire mais on fait tout pour ne pas construire. \u00c0 Constantine, cela fait dix-sept ans que la salle de la Cin\u00e9math\u00e8que est ferm\u00e9e, les travailleurs sont pay\u00e9s. L&rsquo;autre salle, on la retape depuis six ans et on acc\u00e9l\u00e8re \u00e0 cause du cinquantenaire de l&rsquo;ind\u00e9pendance. Il faut justifier des budgets et on avance des chiffres\u2026 M\u00eame dans les salles retap\u00e9es \u00e0 Alger ou ailleurs, il y a une moyenne de quinze spectateurs\/jour\u00a0! Autrefois, les salles faisaient 80\u00a0% de remplissage. On ne se pose pas la question du pourquoi de cette d\u00e9bandade. Il y a le DVD et la parabole et les gens sont au courant des sorties de film. Un an plus tard, personne ne va le voir. Le catalogue de la cin\u00e9math\u00e8que alg\u00e9rienne est \u00e9puis\u00e9 car on a tout fait pour \u00e9puiser cet espace de libert\u00e9\u00a0: les films sont en lambeaux et il est frustrant de ne pouvoir le film dans son entier\u00a0! Si on cherche une copie d&rsquo;Omar Gatlato, on ne la trouve pas\u00a0! Un multiplexe num\u00e9rique s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Alger dans un multiplexe mais le minist\u00e8re fait tout pour qu&rsquo;il n&rsquo;ouvre pas\u00a0: on ne veut pas du num\u00e9rique et on veut poursuivre le 35. On retape les salles de la cin\u00e9math\u00e8que en lan\u00e7ant des appels d&rsquo;offres pour acheter deux appareils 35 dans une seule cabine alors qu&rsquo;on sait tr\u00e8s bien qu&rsquo;on fonctionne avec un seul appareil et que le num\u00e9rique est en train de s&rsquo;imposer. Je ne suis pas contre le fait de maintenir le 35 dans les cin\u00e9math\u00e8ques pour les films du r\u00e9pertoire, mais \u00eatre contre le num\u00e9rique en parall\u00e8le est une question de censure car on n&rsquo;a plus le pouvoir\u00a0! Tout est fait dans cette politique de restauration de salles de cin\u00e9ma pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas acc\u00e8s au num\u00e9rique. Le minist\u00e8re de la Culture ne veut pas c\u00e9der les salles au minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur. C&rsquo;est tr\u00e8s bien mais en faisant tout pour qu&rsquo;elles ne fonctionnent pas, \u00e7a n&rsquo;a pas de sens. Les travailleurs sont sans motivation car fonctionnaris\u00e9s. Les municipalit\u00e9s font des salles pour montrer qu&rsquo;il y a des activit\u00e9s mais apr\u00e8s l&rsquo;inauguration la salle ne fonctionne pas et \u00e7a ne les d\u00e9range pas\u00a0! Et quand un distributeur comme moi propose une cogestion pour que le film puisse passer en faisant un travail ensemble pour que le public vienne, on m&rsquo;oppose la r\u00e9glementation qui ne permet \u00e0 un agent ext\u00e9rieur \u00e0 la commune de faire fonctionner la salle. C&rsquo;est le statut quo. L&rsquo;Afrique, une salle de 1\u00a0200 places, a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e puis est rest\u00e9e ferm\u00e9e. Idem pour le Casino (Alger)\u00a0: inaugur\u00e9e \u00e0 8\u00a0heures du matin avec un film emprunt\u00e9 \u00e0 une salle proche le temps que le pr\u00e9fet passe et ferm\u00e9e aussit\u00f4t apr\u00e8s\u2026 C&rsquo;est vraiment la gal\u00e8re d&rsquo;amener les films qui puissent plaire au public. J&rsquo;ai sorti Les Seigneurs d&rsquo;Olivier Dahan pour un public jeune, amenant l&rsquo;acteur Ramzi pour la promotion. On a atteint 1\u00a0193 spectateurs\u00a0: je n&rsquo;ai pas r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le dixi\u00e8me de ce que j&rsquo;ai pay\u00e9. Le chef du cabinet du ministre de la Culture est venu en personne voir le film pour attribuer le visa d&rsquo;exploitation. Et si nous sortions dix ou quinze films par semaine comme en France, comment ferait ce pauvre chef de cabinet pour faire aussi son travail\u00a0? Il y a aujourd&rsquo;hui \u00e0 Alger deux salles commerciales g\u00e9r\u00e9es par des priv\u00e9s qui fonctionnent, avec trois s\u00e9ances par jour et une promotion notamment sur internet, malgr\u00e9 les affirmations comme quoi il y en aurait une vingtaine\u00a0! J&rsquo;avais deux copies pour Les Seigneurs, je ne savais o\u00f9 mettre la deuxi\u00e8me.<\/p>\n<p><b>Jacques Choukroun\u00a0:<\/b> Je suis tr\u00e8s content de ce que dit mon ami Merzak car je ne suis pas du tout d&rsquo;accord avec la vision de la salle comme nostalgie. Les grands pays producteurs de films sont ceux o\u00f9 les salles sont tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es\u00a0: les \u00c9tats-Unis, l&rsquo;Inde, l&rsquo;Iran\u2026 Je ne crois pas qu&rsquo;il y ait aujourd&rsquo;hui un cin\u00e9ma alg\u00e9rien\u00a0: il y a des films, un bouillonnement, mais pas une cin\u00e9matographie. Je voulais monter un master pro \u00e0 Alger pour former des gens pour diriger une salle. Il a fallu que j&rsquo;explique en long et en large sa n\u00e9cessit\u00e9. Personne ne s&rsquo;est pos\u00e9 la question de diviser les grandes salles lors de leur r\u00e9novation pour en faire des petits complexes de cin\u00e9ma\u00a0: on ne se demande pas le rapport du public au cin\u00e9ma. Ce master a eu lieu\u00a0: il y a maintenant \u00e0 Alger douze \u00e9tudiants dot\u00e9s d&rsquo;un vrai dipl\u00f4me, mais aucun n&rsquo;a trouv\u00e9 de boulot dans la fili\u00e8re. Les gens motiv\u00e9s existent mais on tarde \u00e0 leur donner ces responsabilit\u00e9s. Il n&rsquo;y aura pas de renouveau du cin\u00e9ma en Alg\u00e9rie si on n&rsquo;a pas quatre-vingt salles anim\u00e9es de fa\u00e7on moderne.<\/p>\n<p><b>Tahar Chikhaoui\u00a0:<\/b> Je me suis fait mal comprendre. J&rsquo;ai parl\u00e9 de lieu\u00a0: je ne suis pas un SDF. Je suis log\u00e9. Je dis que les choses ont d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9. Je serais le dernier \u00e0 penser qu&rsquo;il ne faut pas des dispositifs pour soutenir les salles. Mais la situation est sinistr\u00e9e. Il faut regarder devant\u00a0: r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des modes de visionnement adapt\u00e9s \u00e0 ce qui se fait maintenant. Vous venez de dire que l&rsquo;\u00c9tat alg\u00e9rien met de l&rsquo;argent sur des solutions anciennes. Je suis contre le piratage mais en m\u00eame temps, il y a de plus en plus de jeunes qui voient des films, et de plus des films qu&rsquo;on ne pourrait pas voir s&rsquo;il y avait des salles\u00a0! Quelque chose est en train de bouger\u00a0: la censure en tous sens, c&rsquo;est termin\u00e9, \u00e7a ne tiendra plus. Se mettre au diapason des gens du Moyen \u00c2ge, c&rsquo;est rester dans le pass\u00e9. La maison change comme la cam\u00e9ra change, comme le r\u00e9cit, les personnages, les mouvements de cam\u00e9ra. Je vois ce changement \u00e0 travers des films qui cherchent la nouveaut\u00e9.<\/p>\n<p><b>Djamil Beloucif\u00a0:<\/b> Quand vous me parlez de r\u00e9novation du cin\u00e9ma alg\u00e9rien sous condition que les salles soient r\u00e9nov\u00e9es, je r\u00e9ponds que je n&rsquo;ai pas le temps\u00a0: ma g\u00e9n\u00e9ration ne croit plus aux promesses. Confucius disait\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0M\u00eame l&rsquo;eau stagnante creuse la roche\u00a0\u00ab\u00a0. On a stagn\u00e9. Il y a comme une opposition mais je crois \u00e0 la coexistence des deux solutions.<\/p>\n<p><b>Merzak Allouache\u00a0:<\/b> il ne faut pas avoir comme \u00e7a des formules lapidaires. On discute mais on ne r\u00e9soudra rien. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;opposition\u00a0: chacun est libre de faire ce qu&rsquo;il veut, sauf qu&rsquo;il ne faut pas mentir sur une situation. Il y a dans ces pays des gens et une id\u00e9ologie qui refuse l&rsquo;image. Les antid\u00e9mocrates se sont enfonc\u00e9s dans ce combat. L&rsquo;islamisme dit aux enfants d\u00e8s l&rsquo;\u00e9cole primaire qu&rsquo;il ne faut pas d&rsquo;image. Mon film Normal est qualifi\u00e9 de film porno. Une actrice du film se fait insulter tous les jours dans son quartier. Le cin\u00e9ma comme partout dans le monde doit \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9. Il peut y avoir un cin\u00e9ma de recherche mais je connais aussi des jeunes qui ont envie de travailler avec des travellings et des grues\u00a0: c&rsquo;est une question de financement. Les salles vides arrangent les islamistes. Il faut se battre contre ceux qui veulent emp\u00eacher une cin\u00e9matographie nationale m\u00eame si on est vieux jeu de parler de cin\u00e9ma national\u00a0!<\/p>\n<p><b>Jacques Choukroun\u00a0:<\/b> Le cin\u00e9ma alg\u00e9rien va de plus vers la diversit\u00e9. Il est difficile de trouver une th\u00e9matique globale. Je m&rsquo;en f\u00e9licite. Il ne faut pas opposer la n\u00e9cessit\u00e9 absolue qu&rsquo;on les artistes de s&rsquo;exprimer \u00e0 la question \u00e9minemment politique de comment le peuple peut s&#8217;emparer de cet art. L&rsquo;aberration de la politique montre que ce n&rsquo;est pas du hasard. Il faut des salles de cin\u00e9ma, mais pas de 1\u00a0000 places o\u00f9 l&rsquo;on ne peut se rencontrer. Les Rencontres sont \u00e0 cet \u00e9gard bienvenues\u00a0! Les lieux o\u00f9 l&rsquo;on est ensemble posent probl\u00e8mes. Quand on a tu\u00e9 des gens il y a une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, on a tu\u00e9 des directeurs de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p><b>Question de la salle\u00a0:<\/b> les financements de r\u00e9novation de salles sont-ils nationaux ou internationaux\u00a0?<\/p>\n<p><b>Hachemi Zertal\u00a0:<\/b> en tant que producteur de p\u00e9trole, l&rsquo;Alg\u00e9rie dispose d&rsquo;une manne financi\u00e8re. Le financement est alg\u00e9rien et national. Et on fait tout pour ne pas construire des multiplexes.<\/p>\n<p><b>Samir Ardjoum\u00a0:<\/b> face \u00e0 la situation, on fait quelque chose. Il y a des groupes qui se cr\u00e9ent via facebook qui se rencontrent chez des particuliers pour se projeter des films et pour \u00e9crire dessus ensuite. L&rsquo;association s&rsquo;appelle oxymore, qui a cr\u00e9\u00e9 des revues sur diff\u00e9rents arts. Je suis un enfant de la t\u00e9l\u00e9vision mais on parlait de ce qu&rsquo;on y voyait. C&rsquo;est une mani\u00e8re de palier aux carences.<\/p>\n<p><b>Question de la salle\u00a0:<\/b> Boudjema Kar\u00e8che nous a indiqu\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucune \u00e9cole de cin\u00e9ma.<\/p>\n<p><b>Samir Ardjoum\u00a0:<\/b> La ministre de la Culture dit qu&rsquo;il y a une \u00e9cole de cin\u00e9ma mais ce n&rsquo;est pas le cas. Il existe \u00e0 l&rsquo;est d&rsquo;Alger depuis quatre ans un Institut Sup\u00e9rieur des m\u00e9tiers des Arts du Spectacle et de l&rsquo;Audiovisuel qui forme des assistants-r\u00e9alisateurs. Merzak en a deux qui travaillent avec lui. Quand on leur demande leur exp\u00e9rience de l&rsquo;ISMAS, ils pr\u00e9cisent que ce n&rsquo;est pas une v\u00e9ritable \u00e9cole de cin\u00e9ma, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;encadreurs et qu&rsquo;on y apprend tout sauf le cin\u00e9ma, voir et \u00e9changer.<\/p>\n<p><b>Intervention salle\u00a0:<\/b> J&rsquo;ai rencontr\u00e9 en Alg\u00e9rie un \u00e9norme d\u00e9sir de cin\u00e9ma lors d&rsquo;un atelier \u00e0 Beja\u00efa.<\/p>\n<p><b>Merzak Allouache\u00a0:<\/b> Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 \u00eatre optimiste comme vous qui venez \u00e0 Alger et rencontrez vingt personnes. Je sais qu&rsquo;il y a des \u00e9nergies. J&rsquo;aime bien que les gens viennent en Alg\u00e9rie et trouvent qu&rsquo;il y a des gens qui bougent mais ce n&rsquo;est vraiment pas la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;Alg\u00e9rie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En dehors de ces \u00eelots de couches moyennes qui ont eu la chance d&rsquo;aller en Europe et de revenir, les Alg\u00e9riens n&rsquo;ont pas vu d&rsquo;\u00e9trangers depuis vingt ans. Le cin\u00e9ma \u00e9tait populaire en Alg\u00e9rie\u00a0: Ren\u00e9 Vautier avait cr\u00e9\u00e9 les cin\u00e9pops. On trouvera \u00e0 Beja\u00efa des cin\u00e9philes qui se rencontrent mais ce n&rsquo;est rien du tout par rapport \u00e0 un pays comme l&rsquo;Alg\u00e9rie. On rencontre des jeunes de 20-25\u00a0ans qui n&rsquo;ont jamais vu un film dans une salle alors qu&rsquo;ils peuvent parler du foot pendant des heures. Il faut tirer la sonnette d&rsquo;alarme. Il y a eu r\u00e9cemment un salon du livre qu&rsquo;on consid\u00e8re comme le plus grand salon du livre au monde alors que les gens ne lisent pas. J&rsquo;ai discut\u00e9 avec Ma\u00efssa Bey\u00a0: elle me disait qu&rsquo;elle \u00e9tait contente de vendre 1\u00a0500\u00a0livres. La majorit\u00e9 des livres de ce salon sont islamistes. Les mus\u00e9es sont tr\u00e8s beaux mais restent vides. J&rsquo;ai tourn\u00e9 Le Repenti dans une ville o\u00f9 il y a un palais de la culture tout en marbre, avec une s\u00e9rie de sbires qui emp\u00eachent les jeunes de venir y faire des activit\u00e9s. Nous avons cherch\u00e9 en vain une librairie, une salle de cin\u00e9ma, des lieux pour sortir\u00a0! C&rsquo;est \u00e7a qui est d\u00e9sesp\u00e9rant. Il faut se plaindre de ce qui ne va pas dans ce grand pays aux potentialit\u00e9s \u00e9normes.<\/p>\n<p><b>R\u00e9ponse de l&rsquo;interlocutrice\u00a0:<\/b> l&rsquo;atelier \u00e0 Beja\u00efa auquel j&rsquo;ai particip\u00e9 regroupait des jeunes venant de toute l&rsquo;Alg\u00e9rie dont tous ne parlaient pas fran\u00e7ais. Tr\u00e8s peu avaient pu sortir d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p><b>Hachemi Zertal\u00a0:<\/b> il n&rsquo;y a pas de contradiction\u00a0: il y a un r\u00e9el d\u00e9sir des jeunes de faire quelque chose\u00a0! Certains groupes arrivent \u00e0 percer, mais pour qu&rsquo;une wilaya ait une salle de cin\u00e9ma et un th\u00e9\u00e2tre dans ce pays riche de p\u00e9trole, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a une d\u00e9marche politique qui l&#8217;emp\u00eache.<\/p>\n<p><b>Intervention de la salle\u00a0:<\/b> l&rsquo;absence de printemps arabe ne tient-elle pas \u00e0 une volont\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9gime qui craint le d\u00e9bat\u00a0?<\/p>\n<p><b>Tahar Chikhaoui\u00a0:<\/b> il n&rsquo;est pas vrai qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu de printemps en Alg\u00e9rie. La presse alg\u00e9rienne est libre. Que les politiques soient en retard ne veut pas dire que le pays le soit. Ne nous focalisons pas sur les politiques. C&rsquo;est vrai que tout est \u00e0 refaire mais les choses \u00e9mergeront \u00e9galement sur le plan institutionnel. Les cin\u00e9philes sont o\u00f9 en France\u00a0?<\/p>\n<p><b>Merzak Allouache\u00a0:<\/b> la ministre de la Culture n&rsquo;est pas une momie, c&rsquo;est une jeune r\u00e9actionnaire. Il faut arr\u00eater de comparer avec la France o\u00f9 il y a des occasions de sortir partout. Les Alg\u00e9riens s&#8217;emmerdent. Il n&rsquo;y a rien ni pour les jeunes ni pour les vieux. Cela va changer, ok, mais \u00e7a sera islamiste\u00a0! C&rsquo;est vrai, je suis pessimiste.<\/p>\n<p><b>Intervention de la salle\u00a0:<\/b> il y a eu en France des dispositifs d&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 l&rsquo;image lanc\u00e9s par Lang, avec \u00a0\u00bb\u00a0\u00e9cole au cin\u00e9ma\u00a0\u00ab\u00a0, des centaines de lyc\u00e9ens et coll\u00e9giens d&rsquo;Apt viennent voir des films au festival, etc. On ne peut pas tout mettre sur le m\u00eame plan.<\/p>\n<p><b>Question de la salle\u00a0:<\/b> Y a-t-il refus de l&rsquo;image ou bien la cr\u00e9ation d&rsquo;autres images qu&rsquo;un pouvoir en place ne voudrait pas voir\u00a0?<\/p>\n<p><b>Jacques Choukroun\u00a0:<\/b> Certaines parties extr\u00e9mistes des religions monoth\u00e9istes luttent contre l&rsquo;image et la repr\u00e9sentation en g\u00e9n\u00e9ral. Ce n&rsquo;est pas une sp\u00e9cificit\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p><b>Merzak Allouache\u00a0:<\/b> depuis quinze ans, mes films ne sont pas pass\u00e9s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision alg\u00e9rienne, pas plus que les films des jeunes. Par contre, ce n&rsquo;est pas un \u00e9cran noir. Ils diffusent leurs images. Ils nous reprochent d&rsquo;ailleurs de donner une fausse image de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Mais le probl\u00e8me des salles est de ne pas laisser les gens se rencontrer.<\/p>\n<p><b>Hachemi Zertal\u00a0:<\/b> La t\u00e9l\u00e9vision alg\u00e9rienne a investi dans des films, en participant \u00e0 la production, pour un montant \u00e9quivalent \u00e0 ce que peut mettre une cha\u00eene fran\u00e7aise. Pour La Chine est encore loin de Malik Bensma\u00efl, elle s&rsquo;est impliqu\u00e9e. Ils donnent 50\u00a0% avant et le reste une fois le film termin\u00e9. Le second versement ne venait pas\u00a0: on m&rsquo;a dit qu&rsquo;il y avait des gros mots dans le film. Effectivement, quand les gamins se disputent, ils disent des gros mots. Je ne pouvais charcuter l&rsquo;\u0153uvre du cin\u00e9aste\u00a0: c&rsquo;est \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision de savoir ce qu&rsquo;elle veut enlever. Je ne suis pas pr\u00eat de voir cette deuxi\u00e8me tranche et le film n&rsquo;est bien s\u00fbr pas pass\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, qui ne vend pas le film sur les territoires sur lesquels elle a les droits.<\/p>\n<p><b>Jacques Choukroun\u00a0:<\/b> El Manara de Belkacem Hadjadj, qui porte sur le terrorisme en Alg\u00e9rie, \u00e9tait produit par la t\u00e9l\u00e9vision alg\u00e9rienne mais n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 ni n&rsquo;est sorti en salles. Quand le film a \u00e9t\u00e9 fini, ce fut la loi de concorde nationale\u00a0! Le film ne donnait pas l&rsquo;image qu&rsquo;il fallait.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.africultures.com\/php\/?nav=article&amp;no=11245\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Transcription : Olivier Barlet<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cin\u00e9ma alg\u00e9rien aujourd&rsquo;hui : Table ronde au 10e festival des cin\u00e9mas d&rsquo;Afrique Lors de la 10e \u00e9dition du festival des cin\u00e9mas d&rsquo;Afrique en pays d&rsquo;Apt (novembre 2012), la traditionnelle table ronde du dimanche matin a port\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tat du cin\u00e9ma alg\u00e9rien. 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