{"id":3242,"date":"2016-01-07T10:51:34","date_gmt":"2016-01-07T10:51:34","guid":{"rendered":"http:\/\/telecineclub.com\/?p=3242"},"modified":"2016-01-07T10:51:34","modified_gmt":"2016-01-07T10:51:34","slug":"histoire-du-cinema-algerien-du-cinema-colonial-au-cinema-de-lindependance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/histoire-du-cinema-algerien-du-cinema-colonial-au-cinema-de-lindependance\/","title":{"rendered":"Histoire du cinema alg\u00e9rien: Du cin\u00e9ma colonial au cin\u00e9ma de l&rsquo;ind\u00e9pendance"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"color: #993300;\">Benjamin Stora<\/span><\/h3>\n<p>Commen\u00e7ons par le cin\u00e9ma alg\u00e9rien qui na\u00eet, essentiellement, apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance des ann\u00e9es 1960. Pendant la guerre, par l&rsquo;absence d&rsquo;image du c\u00f4t\u00e9 des Alg\u00e9riens, compar\u00e9e \u00e0 celle des images officielles de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, est significative du d\u00e9s\u00e9quilibre du conflit entre les arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res d&rsquo;un Etat puissant, et des maquisards. Les films militants, tourn\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 alg\u00e9rien, de Ren\u00e9 Vautier (L&rsquo;Alg\u00e9rie en flemme) ou Yann Le Masson (J&rsquo;ai 8 ans) sont soumis \u00e0 la censure officielle et ne sont pas distribu\u00e9s en salles. Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de 1962, se voulant en rupture avec le cin\u00e9ma colonial pour qui \u00ab l&rsquo;indig\u00e8ne \u00bb apparaissait comme un \u00eatre muet, \u00e9voluant dans des d\u00e9cors et des situations \u00ab exotiques \u00bb, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien t\u00e9moigne d&rsquo;abord d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;existence de l&rsquo;Etat\u00adnation. Les nouvelles images correspondent au d\u00e9sir d&rsquo;affirmation d&rsquo;une identit\u00e9 nouvelle. Elles se d\u00e9ploient d&rsquo;abord dans le registre de la propagande, puis, progressivement, d\u00e9voilent des \u00ab sujets \u00bb de soci\u00e9t\u00e9.Histoire du cinema alg\u00e9rien: Du cin\u00e9ma colonial au cim\u00e9ma de l&rsquo;ind\u00e9pendance par Benjamin Stora .<\/p>\n<p>A l&rsquo;origine du cin\u00e9ma alg\u00e9rien, il y a cette question des films \u00ab vrais \u00bb, \u00ab authentiques \u00bb, celle de l&rsquo;\u00e9quilibre fragile entre la n\u00e9cessit\u00e9 de raconter la vraie vie du colonis\u00e9 et le besoin de s&rsquo;\u00e9chapper du ghetto identitaire construit par l&rsquo;histoire coloniale. Entre sentimentalisme exacerb\u00e9 et discours politiques, les premi\u00e8res histoires ont le m\u00e9rite de rendre compte que les gens ne sont pas seulement en guerre contre un ordre ou soumis \u00e0 lui, mais aussi se parlent et m\u00eame se racontent des histoires personnelles. Dans les ann\u00e9es 1970, Mohamed Lakhdar Hamina s&#8217;empare du th\u00e8me avec Le Vent des Aur\u00e8s, tourn\u00e9 en 1965, l&rsquo;histoire d&rsquo;un jeune qui ravitaille des maquisards, se fait arr\u00eater, et que sa m\u00e8re recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment dans les casernes, les bureaux, les camps d&rsquo;inter\u00adnement. D\u00e9cembre, sorti en salles en 1972, montre la capture de Si Ahmed et \u00ab interrog\u00e9 \u00bb par les parachutistes fran\u00e7ais. Chronique des ann\u00e9es de braise (palme d&rsquo;or au festival de Cannes 1975) qui ne traite pas directement de la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance, son r\u00e9cit s&rsquo;arr\u00eatant \u00e0 novembre 1954, alternent les sc\u00e8nes de genre (la mis\u00e8re de la vie paysanne) et recherche d&rsquo;\u00e9motion port\u00e9es par des personnages fragilis\u00e9s (une famille emport\u00e9e dans la tourmente de la vie coloniale). Patrouille \u00e0 l&rsquo;Est d&rsquo;Amar Laskri, (1972), Zone interdite d&rsquo;Ahmed Lallem, (1972) ou L&rsquo;Opium et le b\u00e2ton, d&rsquo;Ahmed Rachedi, sont autant de titres programmes qui, sur le front des images, dessinent le rapport que les autorit\u00e9s alg\u00e9rien\u00adnes veulent entretenir avec le \u00ab peuple en marche \u00bb. Le cin\u00e9ma alg\u00e9rien examine, fouille alors dans le pass\u00e9 proche, mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;image premi\u00e8re de r\u00e9f\u00e9rence. Tout est \u00e0 reconstruire \u00e0 partir de rien. Quelque chose rel\u00e8ve ici de l&rsquo;insolence des pionniers, ceux pour qui tout n&rsquo;est que (re)commencement. Cette image sans pass\u00e9 (il n&rsquo;y a rien sur les figures anciennes du nationalisme alg\u00e9rien, de Messali Hadj \u00e0 Ferhat Abbas, ou de Abane Ramdane \u00e0 Amirouche) cache peut \u00eatre aussi la hantise de se voir d\u00e9vor\u00e9 par des anc\u00eatres jug\u00e9s archa\u00efques. Ce cin\u00e9ma d\u00e9complex\u00e9 vis-\u00e0-vis d&rsquo;a\u00een\u00e9s peut donc avancer rapidement, et la production premi\u00e8re de films sur la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance est importante. L&rsquo;absence de m\u00e9lancolie appara\u00eet comme une diff\u00e9rence centrale avec les films fran\u00e7ais sur l&rsquo;Alg\u00e9rie et la guerre, travaill\u00e9s quelquefois par les remords, et la sensation permanente d&rsquo;oubli&#8230;. Car il existe une perp\u00e9tuelle sensation d&rsquo;absence de films fran\u00e7ais de cin\u00e9ma de fiction sur la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie.Histoire du cinema alg\u00e9rien: Du cin\u00e9ma colonial au cim\u00e9ma de l&rsquo;ind\u00e9pendance par Benjamin Stora .<\/p>\n<p>Pendant longtemps, chaque sortie en France d&rsquo;un film sur la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e9tait l&rsquo;occasion d&rsquo;un clich\u00e9 journalistique obs\u00e9dant, faisant retour de mani\u00e8re obs\u00e9dante, perp\u00e9tuelle : la non-existence de films de fiction traitant de cette s\u00e9quence. Pourtant, pendant la p\u00e9riode de la guerre elle-m\u00eame, des cin\u00e9astes, et pas n&rsquo;importe lesquels, ont essay\u00e9 de fabriquer des films sur la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne. Citons Alain Resnais, Alain Cavalier, Jacques Rozier et Jean-Luc Godard (Le Petit Soldat). Apr\u00e8s les \u00ab \u00e9v\u00e9nements \u00bb de mai juin 1968, d&rsquo;autres cin\u00e9astes se sont lanc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;assaut de ce morceau d&rsquo;histoire tr\u00e8s proche (cinq ans seulement s\u00e9parent la fin de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie de 1968&#8230;) en essayant de montrer quelque chose. On citera Ren\u00e9 Vautier (Avoir 20 ans dons les Aur\u00e8s), Yves Boisset (RAS), ou Laurent Heynemann (Le Question, une adaptation du c\u00e9l\u00e8bre livre d&rsquo;Henri Alleg). M\u00eame Claude Berri s&rsquo;est essay\u00e9 \u00e0 cette histoire avec Le Pistonn\u00e9. Les ann\u00e9es 80 et 90 sont \u00e9galement l&rsquo;occasion d&rsquo;une tentative de d\u00e9ploiement m\u00e9moriel par l&rsquo;image avec les films de Philippe Garel, Pierre Schoendorffer, Alexandre Arcady, G\u00e9rard Mordillat, Gilles B\u00e9hat, Serge Moati et Pierre Delerive. Emerge \u00e0 ce moment-l\u00e0 de fa\u00e7on remarquable un cin\u00e9ma de femmes sur cette guerre avec les films de Brigitte Rouen (Outre-mer), de Dominique Cabr\u00e9ra (De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la mer) et de Rachida Krim (Sous les pieds des femmes).Histoire du cinema alg\u00e9rien: Du cin\u00e9ma colonial au cim\u00e9ma de l&rsquo;ind\u00e9pendance par Benjamin Stora .<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le cin\u00e9ma alg\u00e9rien s&rsquo;avance vers plus de complexit\u00e9. Dans Les Sacrifi\u00e9s, d&rsquo;Okacha Touita, (1982), on voit la condition mis\u00e9rable des immigr\u00e9s alg\u00e9riens en France, et, surtout, les terribles r\u00e8glements de compte entre militants du FLN et du MNA. Avec Les Folles ann\u00e9es du twist, de Mahmoud Zemmouri, (1985), le spectateur d\u00e9couvre l&rsquo;insou\u00adciance d&rsquo;une jeunesse alg\u00e9rienne dans la fin de guerre (le film se passe au moment de la signature des accords d&rsquo;Evian de mars 1962), et les combattants de la \u00ab vingt-cinqui\u00e8me heure \u00bb qui s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 rejoindre le camp des vainqueurs. Ces deux films, dans des registres tr\u00e8s diff\u00e9rents, adoptent un comportement de rupture avec l&rsquo;unanimisme nationaliste qui r\u00e9gnait jusque l\u00e0. Ils annoncent, sur le mode tragique ou humoristique, les \u00ab \u00e9v\u00e9nements \u00bb d&rsquo;octobre 1988, qui voient la jeunesse alg\u00e9rienne \u00e9branler le syst\u00e8me du parti unique. Ahmed Rachedi, dans C&rsquo;\u00e9tait la guerre en 1993, n&rsquo;h\u00e9sitera plus \u00e0 \u00e9voquer la violence interne du mouvement nationaliste (liquidations physiques dans les maquis). Mais la terrible trag\u00e9die qui secoue l&rsquo;Alg\u00e9rie dans ces ann\u00e9es 1990 va interrompre le tournage de films en Alg\u00e9rie. Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, \u00e0 ce moment, se \u00ab r\u00e9veille \u00bb sur des questions touchant \u00e0 l&rsquo;histoire tragique v\u00e9cue par les Alg\u00e9riens, avec deux films : Nuit noire, d&rsquo;Alain Tasma, (2005) qui montre les massacres d&rsquo;immigr\u00e9s \u00e0 Paris dans la nuit du 17 octobre 1961 ; et La Trahison, de Philippe Faucon, (2006), plong\u00e9e dans les profondeurs de l&rsquo;Alg\u00e9rie rurale. Avec la vie quotidienne de soldats sous l&rsquo;autorit\u00e9 de jeunes officiers fran\u00e7ais, apparaissent des villageois alg\u00e9riens d\u00e9plac\u00e9s brutalement, \u00e9clatent les accrochages et les \u00ab interrogatoires \u00bb, et circulent les sentiments de quatre \u00ab Fran\u00e7ais de souche nord-africaine \u00bb, selon l&rsquo;expression de l&rsquo;\u00e9poque. Ce beau film montre des soldats trop jeunes confront\u00e9s \u00e0 choix difficiles, tragiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Benjamin Stora Commen\u00e7ons par le cin\u00e9ma alg\u00e9rien qui na\u00eet, essentiellement, apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance des ann\u00e9es 1960. Pendant la guerre, par l&rsquo;absence d&rsquo;image du c\u00f4t\u00e9 des Alg\u00e9riens, compar\u00e9e \u00e0 celle des images officielles de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, est significative du d\u00e9s\u00e9quilibre du conflit entre les arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res d&rsquo;un Etat puissant, et des maquisards. 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