{"id":3341,"date":"2015-04-20T12:52:57","date_gmt":"2015-04-20T12:52:57","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=3341"},"modified":"2015-04-20T12:52:57","modified_gmt":"2015-04-20T12:52:57","slug":"massinissa-fondateur-du-premier-etat-numide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/massinissa-fondateur-du-premier-etat-numide\/","title":{"rendered":"Massinissa, fondateur du premier \u00e9tat Numide"},"content":{"rendered":"<p>MASSINISSA FONDATEUR DU PREMIER \u00c9TAT NUMIDE ((202 av. J.-C. \u2013 46 av. J.-C.)&#8230;&#8230;.. avec pour CAPITALE CIRTA<\/p>\n<p>\u00c0 sa fondation, Carthage \u00ab Qart Hadast \u00bb (ville nouvelle), n\u2019\u00e9tait qu\u2019une modeste escale, une colonie de Tyr(2). Elle fut fond\u00e9e par les Ph\u00e9niciens(3), peuple de la mer qui dominait l\u2019activit\u00e9 commerciale en M\u00e9diterran\u00e9e, au d\u00e9but du premier plus pr\u00e9cis\u00e9ment en 814 avant notre \u00e8re. Carthage prit de l\u2019ampleur et devint une puissante m\u00e9tropole m\u00e9diterran\u00e9enne vers le IVe si\u00e8cle a v. J-C. Pendant trois si\u00e8cles et demi, elle dut payer un tribut annuel aux autochtones, les amazighs qui leur conc\u00e9d\u00e8rent le territoire sur lequel la colonies\u2019\u00e9tait implant\u00e9e. Elle s\u2019en \u00e9mancipa par la suite.<\/p>\n<p>D\u2019abord influenc\u00e9s par la culture \u00e9gyptienne pharaonique, les Ph\u00e9niciens inconnus jusque-l\u00e0 s\u2019impr\u00e9gn\u00e8rent de la culture grecque d\u00e8s que celle-ci rayonna sur le monde m\u00e9diterran\u00e9en. Mais on n\u2019oubliera pas que ce sont les Ph\u00e9niciens qui ont offert les rudiments d\u2019un alphabet qui n\u2019\u00e9tait que commercial dont les Grecs vont faire, en y introduisant les voyelles, le support d\u2019une litt\u00e9rature exceptionnelle.<\/p>\n<p>Mais n\u2019anticipons pas, cette langue ph\u00e9nicienne Thafniqth (ou le Tifinagh ?) s\u2019implanta dans tous les territoires conquis sur les c\u00f4tes m\u00e9diterran\u00e9enne depuis pr\u00e8s de mille ans avant notre \u00e8re. H\u00e9rodote rapporte que \u00ab \u2026 des relations commerciales se d\u00e9velopp\u00e8rent tr\u00e8s t\u00f4t entre Ph\u00e9niciens et Numides, favorisant ainsi la p\u00e9n\u00e9tration de la langue et de la culture puniques assez profond\u00e9ment dans le pays\u2026 \u00bb.<\/p>\n<p>Voici ce qu\u2019\u00e9crit Justin sur la fondation de Carthage : \u00ab \u2026 Ainsi, \u00c9lissa, transport\u00e9e dans le golfe de l\u2019Afrique, sollicite l\u2019amiti\u00e9 des habitants de cet endroit, qui se r\u00e9jouissaient de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019\u00e9trangers et du commerce de biens d\u2019\u00e9change ; ensuite, ayant achet\u00e9 l\u2019emplacement qui pourrait \u00eatre couvert par une peau de boeuf, sur lequel elle pourrait refaire les forces de ses compagnons, \u00e9puis\u00e9s par une longue navigation, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle s\u2019en aille, elle ordonne de d\u00e9couper la peau en tr\u00e8s fines lani\u00e8res et, ainsi, elle s\u2019empare d\u2019un espace plus grand que celui qu\u2019elle avait demand\u00e9 ; de l\u00e0 vient que, par la suite, on donna \u00e0 ce lieu le nom de Byrsa\u2026<\/p>\n<p>Ensuite, les voisins de ces lieux, qui par espoir de gain apportaient beaucoup de marchandises aux h\u00f4tes, accourant en foule et s\u2019installant l\u00e0, il se fit par l\u2019affluence des hommes comme une esp\u00e8ce de cit\u00e9. Les ambassadeurs des gens d\u2019Utique (ville ancienne de nos jours El 3atique), pour leur part, apport\u00e8rent des pr\u00e9sents, comme \u00e0 des parents, et les engag\u00e8rent \u00e0 fonder une ville l\u00e0 o\u00f9 le sort avait fix\u00e9 leur r\u00e9sidence. \u00ab \u2026 Mais les Africains se prirent d\u2019un vif d\u00e9sir de retenir aussi les arrivants\u2026 \u00bb. (Traduction de Marie-Pierre Arnaud-Lindet).<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, avec le consentement de tous, Carthage est fond\u00e9e, apr\u00e8s fixation d\u2019un tribut annuel en contrepartie du sol de la ville. Dans les premi\u00e8res fondations, on trouva une t\u00eate de b\u0153uf, ce qui \u00e9tait le pr\u00e9sage d\u2019une ville prosp\u00e8re, certes, mais laborieuse et pour toujours esclave. Pour cette raison, la ville fut transf\u00e9r\u00e9e sur un autre emplacement, o\u00f9 une t\u00eate de cheval d\u00e9couverte signifiant que le peuple serait guerrier et puissant, donna \u00e0 la ville une implantation de bon augure.<\/p>\n<p>Alors, les peuples affluant selon la r\u00e9putation de la nouvelle ville, en peu de temps il y eut des citoyens et une grande cit\u00e9\u2026 \u00bb.Justin poursuit : \u00ab \u2026 Cette ville fut fond\u00e9e soixante-douze ans avant Rome et, de m\u00eame que sa valeur s\u2019illustra \u00e0 la guerre, de m\u00eame son gouvernement fut agit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur par les atteintes vari\u00e9es des dissensions. Alors qu\u2019entre autres maux, ils \u00e9taient m\u00eame travaill\u00e9s par la peste, ils us\u00e8rent en guise de rem\u00e8de de c\u00e9r\u00e9monies religieuses sanglantes et de crimes, puisqu\u2019ils immolaient des hommes comme victimes et amenaient aux autels des enfants impub\u00e8res, d\u2019un \u00e2ge qui provoque la piti\u00e9, m\u00eame des ennemis, demandant la paix des dieux en versant le sang de ceux pour la vie desquels les dieux sont d\u2019habitude le plus suppli\u00e9s\u2026 \u00bb.Ce dernier passage est \u00e0 prendre avec des pincettes.En effet Rome avait besoin de d\u00e9nigrer ses adversaires pour donner pr\u00e9texte \u00e0 son agression qui avait en fait pour raison l&rsquo;expansion politique et \u00e9conomique de son territoire.<\/p>\n<p>Bien avant la fondation de Carthage, les Ph\u00e9niciens, en pionniers de Tyr et de Sidon(1), \u00e9tablirent des escales sur le littoral m\u00e9diterran\u00e9en pour les besoins de mouillage de leur flotte marchande \u00e0 partir de 1250 avant notre \u00e8re. \u00c0 compter<br \/>\ndu IXe et de fa\u00e7on plus certaine au VIIIe si\u00e8cle av. J.-C. l\u2019h\u00f4te devient le ma\u00eetre, c\u2019est le d\u00e9but de la colonisation. Carthage en sera t\u00e9moin puis ma\u00eetresse<br \/>\ndes lieux.<\/p>\n<p>Ce sont ces escales appel\u00e9es comptoirs qui deviendront plus tard des villes. L\u2019objectif de cette expansion est certes d\u2019acquitter un tribut \u00e0 Tyr (ou \u00e0 Sidon,devenu de nos jours Saida au Liban),) sans que celles-ci n\u2019exercent vraiment un contr\u00f4le v\u00e9ritable sur eux. La raison non avou\u00e9e \u00e9tait cependant de conserver un monopole sur les ressources naturelles des r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes, la recherche de mati\u00e8res premi\u00e8res, en particulier de minerai, en filigrane, d\u2019emp\u00eacher les Grecs d\u2019exercer une totale emprise sur la M\u00e9diterran\u00e9e qui signifierait la ruine de leur commerce.<\/p>\n<p>Les comptoirs furent fond\u00e9s avec l\u2019accord des populations amazighes, les relations commerciales \u00e9tant depuis fort longtemps \u00e9tablies avec ce peuple de la mer. Ces localit\u00e9s essaim\u00e8rent sur la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne depuis les villes de Tyr et de Sidon, capitales originelles des Ph\u00e9niciens. La distance qui les s\u00e9parait de trente \u00e0 quarante kilom\u00e8tres de la c\u00f4te alg\u00e9rienne, \u00e9quivalait \u00e0 une journ\u00e9e de navigation par la mer en fonction du relief et des caract\u00e9ristiques de chaque r\u00e9gion.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que les comptoirs ph\u00e9niciens devenus aujourd\u2019hui de grandes agglom\u00e9rations Annaba, Skikda, Collo, Jijel, B\u00e9ja\u00efa, Dellys, Alger, Tipaza, Cherchell, T\u00e9n\u00e8s, B\u00e9thioua, Ghazaouat sont \u00e9tablis. Sarim Batim (Cirta), Tiddis \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres plus loin seront \u00e0 leur tour sollicit\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Numides constitueront peu \u00e0 peu l\u2019essentiel des populations de ces villes, Tyr restant le centre \u00e9conomique et politique du monde jusqu\u2019\u00e0 sa destruction par Alexandre le Grand en 333 avant notre \u00e8re.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes entre ce peuple de la mer venu du lointain \u00ab Proche-Orient\u00bb et cette portion du continent africain habit\u00e9e par des populations amazighes appel\u00e9es numides par les Grecs, ont \u00e9volu\u00e9 par la force des choses. Les \u00e9changes furent culturels et linguistiques, mais ils affect\u00e8rent aussi les us et coutumes, les arts culinaires, les tenues vestimentaires.<\/p>\n<p>Les mariages rapproch\u00e8rent les gens au fil du temps, des amiti\u00e9s se nou\u00e8rent, des alliances motiv\u00e9es par l\u2019int\u00e9r\u00eat se conclurent. Le sang se m\u00eala, les parlers s\u2019entrecrois\u00e8rent. Il se cr\u00e9a une communaut\u00e9 ethnique, culturelle et linguistique.<\/p>\n<p>Naquit alors une nouvelle civilisation \u00e0 laquelle nos anc\u00eatres ont largement contribu\u00e9, la civilisation punique ou encore carthaginoise dont nous devons revendiquer fi\u00e8rement et en toute l\u00e9gitimit\u00e9, le patrimoine.<\/p>\n<p>Revenons-en maintenant aux guerres de la M\u00e9diterran\u00e9e qui au IIIe si\u00e8cle avant notre \u00e8re, ont oppos\u00e9 Rome \u00e0 Carthage. La Numidie y fut \u00e0 la fois acteur et arbitre. Il est int\u00e9ressant de relire les \u00e9crits de l\u2019\u00e9poque avec la prudence n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Comme ce sont les vainqueurs qui \u00e9crivent l\u2019histoire, on se gardera d\u2019imputer tous les maux aux vaincus et de ceindre le front des vainqueurs de tous les lauriers.<\/p>\n<p>Le Grec Polybe et le Romain Tite-live ont consign\u00e9 pour l\u2019histoire les \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s. Ils nous ont livr\u00e9 leurs analyses et leurs r\u00e9flexions sur les enjeux politiques, les forces et les faiblesses de l\u2019organisation militaire des \u00c9tats en conflit \u00e0 travers ce qui est commun\u00e9ment appel\u00e9 les guerres puniques (264-241), (218-202),et(148-146). Ils n\u2019ont pas omis de mentionner les diff\u00e9rents alli\u00e9s et adversaires.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 eux, l\u2019histoire de la Numidie est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Il en va de la Numidie comme de la Gaule (La France actuelle, la Belgique, le Luxembourg, l\u2019Italie du nord, et une partie des Pays-Bas et de l\u2019Allemagne) Leur histoire n\u2019appara\u00eet, leur pass\u00e9 n\u2019est d\u00e9voil\u00e9, leur existence m\u00eame ne se r\u00e9v\u00e8le qu\u2019au moment o\u00f9 elles comptent aux yeux de Rome.<\/p>\n<p>Contenons notre frustration et une col\u00e8re r\u00e9trospective et, sagement, contentons-nous de cette conjoncture ou de ce concours de circonstances qui a pu \u00e9pargner de l\u2019oubli les royaumes de cette partie du monde qu\u2019est la Numidie, de ses peuples les<br \/>\nMassyles et les Massaesyles, de ses dirigeants, Aguelids et rois Syphax, Gaia, Massinissa, etc&#8230;<\/p>\n<p>On ne sait pas grand-chose sur le pass\u00e9 humain de notre espace g\u00e9ographique avant cette \u00e9mergence historique de nos anc\u00eatres. On peut tout de m\u00eame et d\u2019apr\u00e8s des \u00e9crits de cette \u00e9poque affirmer que la Numidie est d\u00e9j\u00e0 largement int\u00e9gr\u00e9e \u00e9conomiquement, culturellement et politiquement au monde m\u00e9diterran\u00e9en vers la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du IIIe si\u00e8cle av. J.-C.<\/p>\n<p>Des monuments l\u2019attestent, dat\u00e9s du IIIe si\u00e8cle avant notre \u00e8re : le Medracen (Medghasen ou Imedghassen, de Madghis ? le roi Madghis ?) pr\u00e8s de Batna, le Mausol\u00e9e royal de Maur\u00e9tanie, dit improprement Tombeau de la Chr\u00e9tienne, le tombeau de Massinissa \u00e0 Constantine (El Khroub), le monument de Sig dans la ville antique \u00e0 Siga, capitale du roi numide Syphax, etc&#8230;<\/p>\n<p>De plus un peuple qui a ouvert son commerce aux autres peuples de la M\u00e9diterran\u00e9e devait avoir \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 une civilisation assez \u00e9volu\u00e9e.<\/p>\n<p>Les Romains vont d\u00e9clencher la premi\u00e8re explication avec le peuple punique, orgueilleux mais pacifique. Il suffira d\u2019un pr\u00e9texte vite trouv\u00e9 : le contr\u00f4le de la Sicile.Ce sera la premi\u00e8re guerre punique (264-241 av. J.-C.) dite \u00ab guerre de Sicile \u00bb.<\/p>\n<p>Carthage perd ses possessions siciliennes, sardes et corses. Rome y laisse un peu de son prestige. Le jeu des Romains \u00e9tait subtil. Scipion en \u00e9tait le strat\u00e8ge. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il reconna\u00eet \u00e0 Carthage la possession des territoires situ\u00e9s \u00e0 l\u2019est des \u00ab Fossa Reggia \u00bb de l\u2019autre, il autorisait Massinissa \u00e0 revendiquer,\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces limites, les terres qui avaient appartenu \u00e0 ses anc\u00eatres. C\u2019est la v\u00e9ritable origine de la troisi\u00e8me guerre punique.<\/p>\n<p>Carthage succomba devant la cavalerie numide et les l\u00e9gionnaires de Scipion Emilien ; \u00ab \u2026 elle fut incendi\u00e9, ras\u00e9e, le sel de la mal\u00e9diction sem\u00e9 sur ses ruines\u2026 \u00bb). Syphax conna\u00eetra les dures lois de la captivit\u00e9, puis une mort atroce.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e de Massinissa a \u00e9t\u00e9 un facteur d\u00e9terminant dans la chute de Carthage et de son alli\u00e9 Syphax. Sans Massinissa, Rome n\u2019aurait pas pu vaincre Carthage. Par cette victoire, Rome devient seule ma\u00eetresse de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale,<\/p>\n<p>Massinissa peut enfin r\u00e9unifier le royaume de ses anc\u00eatres en accaparant tous les territoires de Syphax, y compris la capitale Cirta. \u00ab \u2026 Apr\u00e8s la d\u00e9faite de Carthage et la capture de Syphax, qui, poss\u00e9dait en Afrique un vaste et puissant royaume,<br \/>\nle peuple romain fit don au Roi Massinissa de toutes les villes et de tous les territoires que son bras avait conquis\u2026 \u00bb, \u00e9crit Salluste.<\/p>\n<p>Mais pourquoi donc Massinissa provoqua-t-il cette guerre dont on pouvait se douter qu\u2019elle accommodait le d\u00e9sir de Rome d\u2019en finir avec cet ennemi qui demeurait une menace pour son h\u00e9g\u00e9monie en M\u00e9diterran\u00e9e ?<\/p>\n<p>Mais revenons quelques ann\u00e9es auparavant.<\/p>\n<p>Au cours de la seconde guerre punique, (218-202), Carthage, ne se sentant plus en position de force face \u00e0 Rome, fait appel aux deux royaumes numides : les Massaesyles conduits par Syphax puis par son fils h\u00e9ritier Vermina et les Massyles par Gaia (jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 206) puis par son fils Massinissa. Les deux royaumes sont en fait deux grands ensembles de tribus. L\u2019ambition de les unifier n\u2019est absente ni chez les uns ni chez les autres, mais elle est parasit\u00e9e tant\u00f4t par Carthage, tant\u00f4t par Rome. Ces deux puissances ne cessent d\u2019exacerber leur rivalit\u00e9. Carthage n\u2019a pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 avoir un voisin puissant et Rome \u00e0 perdre ses r\u00e9serves dans les forces militaires numides.<\/p>\n<p>Le choix des alliances crois\u00e9es lors de la seconde guerre punique divise davantage les rangs des Amazighs.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment la lutte pour la supr\u00e9matie en Afrique du Nord rappelle, toute proportion gard\u00e9e, celle qui a oppos\u00e9 Rome \u00e0 Carthage dans un espace beaucoup plus grand, le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, autour d\u2019enjeux beaucoup plus consistants : la domination commerciale et politique.<\/p>\n<p>Ici, il s\u2019agit d\u2019une lutte de pouvoir dans un espace beaucoup plus modeste. L\u2019union entre les deux ensembles africains aurait pu \u00eatre le noyau d\u2019une grande nation, pr\u00e9lude \u00e0 une grande civilisation qui construirait son devenir sans la menace de l\u2019un ou de l\u2019autre des bellig\u00e9rants. L\u2019Histoire en d\u00e9cid\u00e9 autrement, puisque la division a men\u00e9 \u00e0 la ruine : Massinissa disparu, la Numidie dispara\u00eetra, pour suivre un autre cours, pour suivre une autre voie vers un autre destin.<\/p>\n<p>Carthage aussi bien que Rome a exploit\u00e9 \u00e0 son profit la rivalit\u00e9 entre les clans numides. Les Carthaginois m\u00ealeront m\u00eame une femme \u00e0 leur diplomatie<br \/>\npour s\u2019arracher les faveurs de Syphax qui disposait d\u2019une arm\u00e9e puissante, la princesse Sophonisbe, en ph\u00e9nicien : \u00c7afonba\u2019al, \u00ab Celle que Baal prot\u00e8ge \u00bb.<\/p>\n<p>Humili\u00e9e puis battue, Carthage dispara\u00eet de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Massinissa h\u00e9rite du royaume des Massyles et maintenant de celui des Massaesyles. Couronn\u00e9 \u00e0 36 ans, en 203 av. J-C, il r\u00e8gnera pendant cinquante-quatre ans, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 148 av. J.-C. Il nourrissait l\u2019ambition de fonder un grand \u00c9tat, celui des Numides rassembl\u00e9s autour de son \u00e9tendard. Il avait h\u00e9rit\u00e9 \u00e9galement d\u2019une culture que ses anc\u00eatres avaient adopt\u00e9e en l\u2019enrichissant, culture des Ph\u00e9niciens. Tout \u00e9tait pr\u00eat pour que se d\u00e9veloppe une civilisation forg\u00e9e dans un m\u00e9tissage culturel qui avait r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019un mill\u00e9naire d\u2019\u00e9changes culturels, linguistiques, vestimentaires, alimentaires et autres. Le peuple amazigh, autrement dit les Numides, \u00e9tait pr\u00eat et la civilisation punique tenait son aire de dispersion.<\/p>\n<p>Massinissa, Syphax en son temps ou leurs successeurs prirent comme mod\u00e8les les rois grecs ou les Consuls romains dans tout ce qui a trait aux \u00ab attributs \u00bb de l\u2019autorit\u00e9 : tr\u00f4ne, sceptre et tout autre signe ext\u00e9rieur distinctif.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de langue, le Punique fut d\u2019usage quotidien dans la capitale o\u00f9 on parlait \u00e9galement, en plus du Berb\u00e8re , les langues grecque et latine sans sectarisme.<\/p>\n<p>Massinissa h\u00e9rita \u00e9galement d\u2019une identit\u00e9 propre, celle des amazighs, ces hommes libres qui avaient su pr\u00e9server leur identit\u00e9 tout en s\u2019ouvrant sur les civilisations de l\u2019\u00e9poque : m\u00e9sopotamienne, \u00e9gyptienne, hell\u00e9nique, \u00e9g\u00e9enne, ph\u00e9nicienne et maintenant latine.<\/p>\n<p>\u00c9valu\u00e9e avec le recul de l\u2019Histoire, la vision de Massinissa fut de ne pas \u00e9garer l\u2019h\u00e9ritage scientifique et culturel de Carthage, dont la matrice est m\u00e9sopotamienne, de sauvegarder l\u2019une des premi\u00e8res civilisations humaines les plus \u00e9volu\u00e9es, d\u2019y ajouter la richesse des civilisations grecque et romaine, de d\u00e9velopper son pays, de construire un \u00c9tat moderne pour l\u2019\u00e9poque, de proscrire toute forme de sectarisme.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 la langue numide se juxtaposaient le Punique, le Grec et le Latin. De tout cela Massinissa a su tirer une vision et une strat\u00e9gie pour atteindre ses objectifs : b\u00e2tir un pays unifi\u00e9 et puissant, capable de faire face aux pr\u00e9dateurs de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Dans le domaine des \u00e9changes, Massinissa d\u00e9veloppa d\u2019importantes relations commerciales, en particulier avec les Grecs. Aux IIe et Ier si\u00e8cles av. J.-C., la Numidie est devenue un partenaire actif de la r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne. Il faut rappeler ici que la civilisation grecque \u00e9tait appr\u00e9ci\u00e9e et son influence en M\u00e9diterran\u00e9e toujours une r\u00e9alit\u00e9, tant elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une civilisation dominant toutes les autres.<\/p>\n<p>Pour asseoir les bases d\u2019un v\u00e9ritable \u00c9tat, Massinissa imposa un pouvoir central qui n\u2019avait rien \u00e0 envier aux grandes puissances de l\u2019\u00e9poque, Rome, Carthage, Ath\u00e8nes, \u00c9gypte, aux plans social, \u00e9conomique et politique ; intelligemment, il mena une politique de s\u00e9dentarisation pour fixer les populations et d\u00e9velopper les villes.<\/p>\n<p>Il fit battre monnaie \u00e0 son effigie (\u00e0 la mani\u00e8re des rois grecs), signifiant ainsi que la juxtaposition des cultures, l\u2019alliance entre les peuples pour garantir des int\u00e9r\u00eats communs n\u2019est pas synonyme d\u2019assimilation ni d\u2019int\u00e9gration. Il institua le pr\u00e9l\u00e8vement des imp\u00f4ts pour financer le fonctionnement de l\u2019\u00c9tat et entretenir une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re terrestre et navale qu\u2019il pouvait opposer rapidement en n\u2019importe quelle circonstance \u00e0 l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Il mit en place une administration semblable \u00e0 celle des pays dont l\u2019influence en M\u00e9diterran\u00e9e \u00e9tait pr\u00e9pond\u00e9rante, d\u00e9veloppa l\u2019industrie et l\u2019agriculture, mena une politique d\u2019urbanisation qui s\u2019inspirait des villes carthaginoises elles-m\u00eames influenc\u00e9es par la civilisation hell\u00e9nique. Il r\u00e9ussit \u00e0 s\u00e9curiser les routes commerciales terrestres et maritimes, ce qui permit une expansion des \u00e9changes jamais \u00e9gal\u00e9e auparavant.<\/p>\n<p>Au sommet de sa puissance et \u00e0 l\u2019adresse des Romains et des Carthaginois en perp\u00e9tuelles guerres de positionnement g\u00e9opolitique, sentant la menace que les app\u00e9tits des bellig\u00e9rants faisaient peser sur son pays, la Numidie, il s\u2019exclama :<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Afrique aux Africains ! \u00bb.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"_s0 _5xib _5sq7 _rw img\" src=\"https:\/\/fbcdn-profile-a.akamaihd.net\/hprofile-ak-xfa1\/v\/t1.0-1\/c17.5.64.64\/p74x74\/998019_392674540843129_34988194_n.jpg?oh=c776779f014600561c30c646efc4612e&amp;oe=55A12524&amp;__gda__=1439846518_a92a8abd66b72ee671e63a7ff5f458f5\" alt=\"\" \/><\/p>\n<div class=\"_3dp _29k\"><strong>Karim Younes.<\/strong><\/div>\n<p>De la Numidie \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie,Grandeurs et Ruptures,Casbah Editions<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MASSINISSA FONDATEUR DU PREMIER \u00c9TAT NUMIDE ((202 av. J.-C. \u2013 46 av. J.-C.)&#8230;&#8230;.. avec pour CAPITALE CIRTA \u00c0 sa fondation, Carthage \u00ab Qart Hadast \u00bb (ville nouvelle), n\u2019\u00e9tait qu\u2019une modeste escale, une colonie de Tyr(2). 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