{"id":3365,"date":"2015-05-03T20:19:09","date_gmt":"2015-05-03T20:19:09","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=3365"},"modified":"2020-06-15T10:39:17","modified_gmt":"2020-06-15T10:39:17","slug":"tahar-djaout-manieres-de-tuer-le-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/tahar-djaout-manieres-de-tuer-le-temps\/","title":{"rendered":"Tahar Djaout, mani\u00e8res de tuer le temps"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><strong>Par Ali Chibani&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ATTENDS JUSTE LE MOMENT PROPICE POUR FLINGUER LE DESTIN.&nbsp;\u00bb,<\/p>\n<p><strong>Tahar Djaout<\/strong>, <em>L\u2019Expropri\u00e9.<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00abLe silence c\u2019est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs\u00bb. &nbsp;<strong>Tahar Djaout<\/strong> est de ces \u00e9crivains qui savent que la litt\u00e9rature ne peut pas changer le monde, mais qui n\u2019ignorent pas la force de la parole. \u00ab&nbsp;La parole est comme une balle. Une fois sortie, elle ne revient plus&nbsp;\u00bb, dit le proverbe de Kabylie o\u00f9 <strong>Djaout<\/strong> a vu le jour, le 11 janvier 1954, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment au village Oulkhou de la ville maritime Azzefoun. Mais il a v\u00e9cu d\u00e8s son enfance \u00e0 la Casbah d\u2019Alger. Licenci\u00e9 en math\u00e9matiques \u00e0 la facult\u00e9 de la capitale alg\u00e9rienne, il obtient par la suite un DEA en Sciences de l\u2019information et de la communication pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris II.<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>Tahar Djaout<\/strong> a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus grands journalistes alg\u00e9riens. Il \u00e9crit pour <em>El-Moudjahid<\/em> avant d\u2019int\u00e9grer la rubrique culturelle de l\u2019hebdomadaire <em>Alg\u00e9rie-Actualit\u00e9.<\/em> Entre ces deux titres, il avait travaill\u00e9 pour <em>Actualit\u00e9 de l\u2019\u00e9migration<\/em> o\u00f9 il signait ses articles sous le pseudonyme de Tayeb S. Pour ce qui est de ses critiques litt\u00e9raires ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, artistiques, <strong>Djaout<\/strong> avouait qu\u2019elles \u00e9taient le druit d\u2019une lecture personnelle<\/p>\n<p align=\"justify\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Son parcours d\u2019\u00e9crivain, <strong>Djaout<\/strong> l\u2019a commenc\u00e9 par la publication de po\u00e9sies, d\u2019un recueil de nouvelles et, enfin, ce qui est commun\u00e9ment appel\u00e9 des romans[1] et qu\u2019il convient de consid\u00e9rer comme des fables.&nbsp;Farouchement oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat alg\u00e9rien et aux int\u00e9gristes islamistes, farouche d\u00e9fenseur de l\u2019identit\u00e9 amazighe, <strong>Tahar Djaout<\/strong> est vis\u00e9 dans un attentat le 28 mai 1993. Touch\u00e9 de trois balles \u00e0 la t\u00eate, il perd la vie le 03 juin 1993.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>L\u2019Iconoclaste.<\/strong> Les po\u00e9sies de <strong>Tahar Djaout<\/strong> sont le lieu o\u00f9 toute forme d\u2019autorit\u00e9 (divine, religieuse, politique ou sociale) est rejet\u00e9e. Le jeune po\u00e8te se choisit comme figure tut\u00e9laire Nabile Far\u00e8s et Mohamed Khe\u00efr-Eddine, notamment en ce qui a trait \u00e0 la qu\u00eate des origines et de l\u2019Histoire nord-africaine. <em>L\u2019Expropri\u00e9<\/em> est son premier roman. Il est question d\u2019un train-tribunal qui transporte des inculp\u00e9s devant descendre \u00e0 la gare que leur assigne le verdict des \u00ab&nbsp;Repr\u00e9sentants&nbsp;\u00bb de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le narrateur fouille dans sa m\u00e9moire. Il comprend rapidement qu\u2019il est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son espace natal, de son histoire et de sa m\u00e9moire. Il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;On m\u2019a truqu\u00e9 les yeux et la m\u00e9moire.&nbsp;\u00bb (p. 21) La remont\u00e9e du cours du temps, qui devrait se faire parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e dans l\u2019espace-livre, aboutit \u00e0 un \u00e9chec. En effet, le personnage-narrateur ne retrouve pas le p\u00e8re fondateur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le vrai probl\u00e8me, c\u2019\u00e9tait avec le p\u00e8re. Aucune passerelle entre nous deux. Mon p\u00e8re est une impasse irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;; il ne conduit nulle part&nbsp;: ni vers lui-m\u00eame, ni vers les autres (\u2026). Sa vue pour moi \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 un spectacle de ruine.&nbsp;\u00bb (p. 101) \u00ab&nbsp;Spectacle de ruine&nbsp;\u00bb, le texte l\u2019est aussi. D\u00e9structur\u00e9, il se caract\u00e9rise par ses nombreuses analepses et prolepses qui \u00e9prouvent la m\u00e9moire du lecteur. D\u2019entr\u00e9e de jeu, il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma t\u00eate est plus attrayante (plus facile \u00e0 manier aussi) dans sa nouvelle gracilit\u00e9, sa nouvelle forme segmentaire. L\u2019impression d\u2019ench\u00e2sser quelques sensations et quelques souvenirs dans un coffret gigogne \u00e9tirable \u00e0 l\u2019infini.&nbsp;\u00bb Dans cet ouvrage, <strong>Djaout<\/strong> se pr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 comme un iconoclaste en se rapprochant de la Kah\u00e9na et <em>d\u2019Agadir<\/em> de Mohamed Khe\u00efr-Eddine&nbsp;:<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Ici,<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>\u00e0 l\u2019ombre de la&nbsp;<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Kah\u00e9na, seule iconoclaste de notre histoire&nbsp;<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>&nbsp;je dis mon anti-manifeste<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>et rends hommage \u00e0 M.K.E, qui, le premier,<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>d\u00e9cida de jeter son sang aux latrines<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>et de faire peau neuve.&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\">Si l\u2019Histoire est introuvable, le narrateur l\u2019invente. En effet, il se sert d\u2019Al-Moqrani, le dirigeant de la grande r\u00e9volte de 1871 en Kabylie contre le colonisateur fran\u00e7ais. Dans le roman, ce personnage historique devient une l\u00e9gende all\u00e9gorique \u00e0 double titre. Il est d\u2019abord celui dont le nom propre est transform\u00e9 de nom kabyle en nom arabe et, par la suite, le rebelle qui est sorti des m\u00e9moires&nbsp;: \u00ab Ne reste de (et sur) Ali Amoqrane (=? Mohand Ath Moqran&nbsp; \u00e8 El-Moqrani) qu\u2019un po\u00e8me \u00e9quivoque\u2026 \u00bb (p. 15) C\u2019est ce qui lui permet la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle histoire, en l\u2019occurrence celle qui fait du martyre un bandit de grand chemin.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00ab&nbsp;Le temps c\u2019est Dieu&nbsp;\u00bb.<\/strong> La qu\u00eate de l\u2019Histoire est le sujet de <em>L\u2019Invention du d\u00e9sert.<\/em> Dans ce r\u00e9cit, d\u2019une rare beaut\u00e9, deux d\u00e9serts se font \u00e9cho&nbsp;: le d\u00e9sert froid qu\u2019est la ville parisienne et le d\u00e9sert alg\u00e9rien puis d\u2019Arabie. Dans cette \u0153uvre, <strong>Djaout<\/strong> vise le meurtre du Temps, et par l\u00e0 le meurtre de Dieu. La parole se place ainsi en opposant fertile \u00e0 la Parole du Texte coranique contre toute autre forme de cr\u00e9ation&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ne bl\u00e2mez pas le temps, car le temps c\u2019est Dieu.&nbsp;\u00bb,<\/em> dit le hadith (la parole du proph\u00e8te Mohamed). Or l\u2019objectif du po\u00e8te est d\u2019\u00e9vincer le temps, donc Dieu, qui est l\u2019Image, l\u2019Etre r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans le d\u00e9sert et le Signe qui se veut unique. Pourquoi ne pas l\u2019y tuer&nbsp;? Mais dans ce cas pr\u00e9cis, ce qui tue Dieu, c\u2019est un autre temps, celui de l\u2019Imp\u00e9rialisme capitaliste, qui s\u2019impose en nouveau dieu mondial. Il a fait du d\u00e9sert l\u2019\u00eatre vide, combl\u00e9 par des signes \u00e9trangers. Le signe de la Foi est vid\u00e9 de sa substance&nbsp;\u00e0 l\u2019image des paradigmes souvent sans verbes, sans colonnes vert\u00e9brales, qui pars\u00e8ment le parcours de lecture. Le verbe, comme le Verbe, s\u2019est fourvoy\u00e9&nbsp;<em>:<\/em> \u00ab&nbsp;Sanyo. Mercedes. Parasols multicolores des p\u00e8lerins. Sermon abrupt de Arafat. Miracle contre microprocesseurs&nbsp;: combat perdu d\u2019avance par Dieu qui doit errer [\u00e0 l\u2019image du narrateur] quelque part, dans l\u2019informul\u00e9 du d\u00e9sert.&nbsp;\u00bb (pp. 61-62)<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>L\u2019Invention,<\/em> comme l\u2019ensemble des \u00e9crits de <strong>Djaout<\/strong>, se distingue par le proc\u00e9d\u00e9 du t\u00e9lescopage qui permet de cr\u00e9er un semblant d\u2019unit\u00e9 dans une \u0153uvre morcel\u00e9e, fruit du d\u00e9lire de l\u2019auteur-narrateur. <em>L\u2019Invention<\/em> est le r\u00e9cit des espaces. L\u2019espace-texte correspond \u00e0 des espaces ext\u00e9rieurs. Il y a dans ce roman quatre parties. Chacune d\u2019elles se d\u00e9roule dans un espace pr\u00e9cis, et toutes racontent une histoire unique&nbsp;: la violence de l\u2019Histoire. La premi\u00e8re partie se d\u00e9roule \u00e0 Paris, la seconde dans le d\u00e9sert maghr\u00e9bin, la troisi\u00e8me en Arabie et la derni\u00e8re en Kabylie&nbsp;; bien que ces quatre espaces se t\u00e9lescopent dans la totalit\u00e9 du texte. Le lien m\u00e9tonymique c\u2019est l\u2019Histoire et l\u2019\u00e9chec de sa qu\u00eate, le d\u00e9sert aride. La derni\u00e8re partie cherche un moyen de dire ce d\u00e9sert sans d\u00e9valoriser la vie. D\u2019o\u00f9 l\u2019humour d\u00e9ploy\u00e9&nbsp;<em>:<\/em> \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est que lorsque la nuit devenait enti\u00e8re, que lorsque le mouvement risquait de provoquer une catastrophe d\u2019ustensiles que ma m\u00e8re tendait le bras vers le quinquet.&nbsp;\u00bb (p. 155)<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est un \u00e9diteur parisien qui commande de ce dernier une histoire de la dynastie des Al-Moravides. L\u2019auteur-narrateur va finalement \u00e9crire sur Ibn Toumert, le fondateur \u00e0 titre posthume de la dynastie des Al-Mohades et l\u2019un des rares \u00e0 avoir pu unifier l\u2019ensemble du Maghreb. Ce sera, comme dans <em>L\u2019Expropri\u00e9,<\/em> une course derri\u00e8re l\u2019impossible. Le vide qui s\u2019en produira, l\u2019auteur-personnage-narrateur t\u00e2chera de le combler gr\u00e2ce \u00e0 son histoire personnelle. C\u2019est le sens \u00e0 donner au r\u00e9cit autobiographique qui occupe une partie importante du r\u00e9cit.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Tahar Djaout<\/strong> d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab \u2026je donne une vision de l\u2019histoire qui privil\u00e9gie l\u2019histoire individuelle au d\u00e9triment de l\u2019histoire collective, cette derni\u00e8re \u00e9tant souvent oppressive et falsifi\u00e9e<strong><em>[2]<\/em><\/strong>.\u00bb Nous rel\u00e8verons d\u2019ailleurs la lutte ouverte entre deux temps imposant leurs sceaux au style de l\u2019auteur&nbsp;: l\u2019\u00e9criture-atelier, reflet d\u2019un temps individuel et dont la chambre en forme de parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de et les feuilles amalgam\u00e9es sont la m\u00e9taphore principale, et l\u2019\u00e9criture-chantier, incarn\u00e9e par des dunes qui s\u2019enjambent et s\u2019avalent. Les deux \u00e9critures m\u00e8nent vers le non-temps&nbsp;; on est sur le seuil de l\u2019\u00eatre et du non-\u00eatre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand la voiture est lanc\u00e9e \u00e0 130km\/h sans pour autant parvenir \u00e0 vaincre la distension des dunes, on sent se r\u00e9duire la distance entre vivre et mourir, entre la pl\u00e9nitude et le vide\u2026&nbsp;\u00bb (p. 28)<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>L\u2019asc\u00e8te.<\/strong> Pour <strong>Djaout<\/strong>, il n\u2019y a pas de rupture entre ses \u0153uvres. Il est vrai que les m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s sont reproduits, et d\u00e9velopp\u00e9s, dans tous ses \u00e9crits. De mani\u00e8re compl\u00e8tement arbitraire, nous r\u00e9f\u00e8rerons au travaille sur le signe et sur le personnage. Le signe se divise en signifiant et en signifi\u00e9. Or <strong>&nbsp;Djaout<\/strong>, en qu\u00eate de puret\u00e9 et d\u2019asc\u00e8se[3], ce qui explique la pr\u00e9sence d\u2019un espace d\u00e9charn\u00e9 et abrupte (d\u00e9sert, pierres\u2026), construit des \u0153uvres autour d\u2019un signifi\u00e9 mais avec des signifiants diversifi\u00e9s. La mobilit\u00e9 du texte et le sens ne sont que des mirages comme l\u2019eau dans le d\u00e9sert.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le h\u00e9ros, lui, n\u2019est ni parfaitement bon, ni parfaitement mauvais. Disons qu\u2019il est humain. C\u2019est le cas des deux personnages centraux dans <em>Les Vigiles.<\/em> Cette fable politique relate les m\u00e9saventures d\u2019un jeune inventeur qui vient d\u2019am\u00e9liorer un m\u00e9tier \u00e0 tisser ancestral pour l\u2019adapter aux exigences des temps pr\u00e9sents. Il est d\u2019abord suspect\u00e9 d\u2019\u00eatre un terroriste, avant de subir la r\u00e9tension de son passeport pour l\u2019emp\u00eacher de se rendre \u00e0 la foire des inventeurs \u00e0 Heidelberg&nbsp;(ce dernier fait est \u00e9galement autobiographique). N\u00e9anmoins, Mahfoud Lemdjad r\u00e9ussit \u00e0 pr\u00e9senter son invention et gagne le prix des inventeurs.<\/p>\n<p align=\"justify\">A son retour en Alg\u00e9rie, les autorit\u00e9s locales, qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine de toutes les emb\u00fbches qu\u2019il a rencontr\u00e9es, lui offrent un terrain qu\u2019il accepte. Ce cadeau est signal\u00e9 dans un court chapitre d\u2019un paragraphe. Parall\u00e8lement au parcours de l\u2019inventeur, Menouar Ziada, un combattant ayant rejoint l\u2019arm\u00e9e de lib\u00e9ration par l\u00e2chet\u00e9 et parce qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 perdre, est&nbsp;le premier \u00e0 remarquer la pr\u00e9sence suspecte de Mahfoud Lemdjad. Il trouve l\u00e0 l\u2019occasion de se rattraper de son pass\u00e9 peu glorieux et le d\u00e9nonce \u00e0 son ami Messaoud Mezayer. Apr\u00e8s la victoire de Mahfoud Lemdjad, \u00ab&nbsp;ceux qui font l\u2019histoire de Sidi-Mebouk&nbsp;\u00bb, ville-microcosme o\u00f9 se passe l\u2019histoire, le contraignent \u00e0 se suicider sous peine de d\u00e9voiler son pass\u00e9 au grand public. Nous comprenons ici que l\u2019\u0153uvre est construite en forme de delta.<\/p>\n<p align=\"justify\">Partant de deux points s\u00e9par\u00e9s, le sens culmine dans la mort symbolique de l\u2019inventeur et dans le suicide de Menouar Ziada. Accepter un terrain offert par des dirigeants corrompus prouve que la lucidit\u00e9 des d\u00e9mocrates et des intellectuels n\u2019est pas un paravent \u00e0 leur corruption. Accepter de se suicider pour prot\u00e9ger sa dignit\u00e9 et par amour de sa patrie prouve que la l\u00e2chet\u00e9 de Menouar Ziada ne signifie nullement sa malhonn\u00eatet\u00e9. Enfin, remarquons que la po\u00e9sie s\u2019impose comme hiatus, offrant une courte halte, apr\u00e8s l\u2019essoufflement de la prose engag\u00e9e dans une description fid\u00e8le de la r\u00e9alit\u00e9 et du quotidien des Alg\u00e9riens. Ne confondons pas ces passages avec le second chapitre des <em>Chercheurs d\u2019os.<\/em> Bien que dans cette derni\u00e8re fable, le hiatus revienne sur la premi\u00e8re enfance du narrateur et sur la vie du fr\u00e8re mort pendant la guerre, il n\u2019est nulle question de repos. Il s\u2019agit, au contraire, d\u2019une r\u00e9-\u00e9criture de l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de l\u2019\u0153uvre mais en portant son regard sur la p\u00e9riode coloniale, afin de d\u00e9montrer l\u2019inscription de l\u2019Histoire alg\u00e9rienne dans un temps cyclique ayant pour point de d\u00e9part et pour point d\u2019arriv\u00e9e&nbsp;la violence.<\/p>\n<p><strong>Litt\u00e9rature et engagement.<\/strong> L\u2019engagement de <strong>Djaout<\/strong> dans l\u2019Histoire socio-politique alg\u00e9rienne \u00e0 travers ses \u0153uvres est rapidement suivi d\u2019un d\u00e9sengagement en limitant son objectif \u00e0 vouloir susciter l\u2019interrogation, qui est au centre de ses pr\u00e9occupations dans <em>Le Dernier \u00e9t\u00e9 de la raison.<\/em> Aux certitudes fich\u00e9es des islamistes, il oppose la question.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Roland Barthes, cit\u00e9 par Beno\u00eet Denis, \u00ab&nbsp;\u2026la litt\u00e9rature&nbsp; parle obliquement, dit les choses \u00e0 demi-mots, maintenant une ambigu\u00eft\u00e9 ou un flottement du sens qui en fait une machine \u00e0 interroger ind\u00e9finiment le monde et les signes, ce questionnement incessant constituant la seule prise que l\u2019\u00e9crivain poss\u00e8de sur le donn\u00e9.[4]&nbsp;\u00bb Le travail stylistique et esth\u00e9tique participe \u00e9galement \u00e0 l\u2019att\u00e9nuation de cet engagement que l\u2019\u00e9crivain exprime pleinement dans ses chroniques. Il faut dire que <strong>Djaout<\/strong> partage la conception qu\u2019a le chanteur-po\u00e8te kabyle Lounis A\u00eft Menguellet de l\u2019engagement&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est d\u2019\u00eatre efficace \u00e0 son poste. <strong>[5]<\/strong><\/em><em>&nbsp;\u00bb<\/em> Cela implique que chaque citoyen est engag\u00e9 dans l\u2019am\u00e9lioration de son quotidien. C\u2019est ce qui ressort de cette d\u00e9claration de l\u2019\u00e9crivain&nbsp;:<\/p>\n<p align=\"justify\">Je pense que les livres de Boudjedra et de Mimouni [<em>Fis de la haine<\/em> et <em>De la barbarie en g\u00e9n\u00e9rale et de l\u2019int\u00e9grisme en particulier<\/em>] sont tout \u00e0 fait les bienvenues <em>(sic)<\/em>, quelle qu\u2019en soit la teneur. Ce sont deux actes militants courageux. (\u2026) Ce qui me para\u00eet par contre, un peu injuste, c\u2019est de faire de ces \u00e9crivains, parce qu\u2019ils sont tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9s, les initiateurs de ce genres (sic) de combat, alors que des citoyens (journalistes, universitaires, artistes, hommes de la rue\u2026) ont men\u00e9, d\u00e8s l\u2019apparition de l\u2019int\u00e9grisme, une lutte au prix de leur vie[6].&nbsp;<em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\">En parlant, dans <em>Les Vigiles,<\/em> de \u00ab&nbsp;d\u00e9bat esth\u00e9tico-politique&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9crivain francophone alg\u00e9rien met en relief son souci de l\u2019intransitivit\u00e9 de son \u00e9criture&nbsp;; intransitivit\u00e9 ind\u00e9niablement assur\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">En guise de conclusion, nous \u00e9voquerons quelques th\u00e8mes int\u00e9ressants pour la recherche sur les \u0153uvres de <strong>Tahar Djaout<\/strong>. Nous commencerons par la langue kabyle qui est au centre de son \u00e9criture. En fait, <strong>Djaout<\/strong> traduit souvent du kabyle au fran\u00e7ais. C\u2019est le cas pour \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9toile dans l\u2019\u0153il&nbsp;\u00bb, chapitre po\u00e9tique dans <em>Les Vigiles,<\/em> qui est une reprise litt\u00e9rale de l\u2019expression kabyle d\u00e9signant \u00ab&nbsp;les taies&nbsp;\u00bb. Il est aussi important de remarquer l\u2019engagement de <strong>Djaout<\/strong> \u00e0 proposer un monde o\u00f9 les relations entre hommes soient d\u2019ordre horizontal et non vertical, abolissant ainsi toute conversation fond\u00e9e sur la domination. Autre th\u00e8me de recherche, les rencontres \u00ab&nbsp;bizarres&nbsp;\u00bb entre les s\u00e8mes auxquels <strong>Djaout<\/strong> fait des rencontres inhabituelles. Enfin il ne serait pas vain de d\u00e9gager les indices autobiographiques pour constater leur poids dans le travail effectu\u00e9 par l\u2019auteur sur l\u2019Histoire collective.<\/p>\n<p align=\"justify\">[1] <em>Solstice Barbel\u00e9<\/em> (po\u00e9sie), Sherbrouk, Canada, \u00e9d. Naaman, 1975.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>L\u2019Expropri\u00e9<\/em> (roman), (\u00e9dition revue et corrig\u00e9e), Paris, Fran\u00e7ois Marjault, 1991.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Les Chercheurs d\u2019os<\/em> (roman), Paris, \u00c9dition du Seuil, 1984.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>L\u2019Invention du D\u00e9sert<\/em> (roman), Paris, \u00c9dition du Seuil, 1987.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Mouloud Mammeri<\/em>, <em>\u00ab&nbsp;Entretien avec <strong>Tahar Djaout<\/strong>&nbsp;\u00bb<\/em>, Alger, \u00e9d La Phomic, 1987.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Les Vigiles<\/em> (roman),&nbsp;Paris, \u00c9ditions du Seuil, 1991.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>P\u00e9rennes<\/em> (po\u00e9sie), Paris, \u00e9d Europe\/Po\u00e9sie, Le Temps des cerises, 1996.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>Le Dernier \u00e9t\u00e9 de la raison<\/em> (roman), \u00c9ditions du Seuil, Paris, 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\">[2] Entretien paru dans le quotidien <em>Horizons,<\/em> 07 mars 1988.<\/p>\n<p align=\"justify\">[3] La qu\u00eate de la puret\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une qu\u00eate de soi, \u00ab&nbsp;Tahar&nbsp;\u00bb, en arabe, voulant dire \u00ab&nbsp;le pur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"http:\/\/admin.over-blog.com\/FCKeditor\/editor\/fckeditor.html?InstanceName=Texte&amp;Toolbar=Advance#_ftnref4\">[<\/a>4<a href=\"http:\/\/admin.over-blog.com\/FCKeditor\/editor\/fckeditor.html?InstanceName=Texte&amp;Toolbar=Advance#_ftnref4\">]<\/a> <em>Litt\u00e9rature et engagement, \u00ab&nbsp;de Pascal \u00e0 Sartre&nbsp;\u00bb,<\/em> Paris, \u00e9d. du Seuil, coll. Points, 2000, p. 67.<\/p>\n<p align=\"justify\">[<strong>5]<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.i.france.com\/\">www.i.france.com<\/a> \/menguellet\/interview%201.htm, \u00ab&nbsp;Lounis A\u00eft Menguellet, \u201cJe n\u2019ai jamais voulu \u00eatre un symbole de quoi que ce soit\u201d&nbsp;\u00bb, <em>Alger-R\u00e9publicain,<\/em> entretien r\u00e9alis\u00e9 par Zahir Mahdaoui.<\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"http:\/\/admin.over-blog.com\/FCKeditor\/editor\/fckeditor.html?InstanceName=Texte&amp;Toolbar=Advance#_ftnref6\"><strong><em>[<\/em><\/strong><\/a><strong><em>6<\/em><\/strong><a href=\"http:\/\/admin.over-blog.com\/FCKeditor\/editor\/fckeditor.html?InstanceName=Texte&amp;Toolbar=Advance#_ftnref6\"><strong><em>]<\/em><\/strong><\/a> Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Ratiba Benbouzid, <em>El Watan,<\/em> le 15\/10\/92.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Par Ali Chibani<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"http:\/\/la-plume-francophone.over-blog.com\/article-4910951.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ali Chibani&nbsp; \u00ab&nbsp;J\u2019ATTENDS JUSTE LE MOMENT PROPICE POUR FLINGUER LE DESTIN.&nbsp;\u00bb, Tahar Djaout, L\u2019Expropri\u00e9. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00abLe silence c\u2019est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs\u00bb. &nbsp;Tahar Djaout est de ces \u00e9crivains qui savent que la litt\u00e9rature ne peut pas changer le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":15926,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[266,28],"tags":[],"class_list":{"0":"post-3365","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-classiques","8":"category-livre"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3365","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3365"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3365\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15926"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3365"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3365"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3365"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}