{"id":3384,"date":"2015-05-06T12:41:11","date_gmt":"2015-05-06T12:41:11","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=3384"},"modified":"2020-06-06T12:16:43","modified_gmt":"2020-06-06T12:16:43","slug":"jean-gabriel-leturcq-la-question-des-restitutions-doeuvres-dart-differentiels-maghrebins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/jean-gabriel-leturcq-la-question-des-restitutions-doeuvres-dart-differentiels-maghrebins\/","title":{"rendered":"Jean-Gabriel Leturcq : La question des restitutions d\u2019\u0153uvres d\u2019art : diff\u00e9rentiels maghr\u00e9bins"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00ab Eh quoi ? Les indiens massacr\u00e9s, le monde musulman vid\u00e9 de lui-m\u00eame, le monde chinois pendant un bon si\u00e8cle, souill\u00e9 et d\u00e9natur\u00e9, le monde n\u00e8gre disqualifi\u00e9, d\u2019immenses voix \u00e0 jamais \u00e9teintes, des foyers dispers\u00e9s au vent, tout ce bousillage, tout ce gaspillage, l\u2019Humanit\u00e9 r\u00e9duite au monologue, et vous croyez que tout cela ne se paie pas ? \u00bb Aim\u00e9 C\u00e9saire, Discours sur le colonialisme, 1950<\/em><\/p>\n<p>1Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, les demandes de restitutions d\u2019objets pill\u00e9s par les puissances coloniales ne cessent d\u2019augmenter en nombre comme en m\u00e9diatisation. Parall\u00e8lement, la question des r\u00e9parations de la dette morale et physique du colonialisme s\u2019est engag\u00e9e entre anciens colonis\u00e9s et colonisateurs. Le d\u00e9bat sur les restitutions et les r\u00e9parations conditionne les rapports Nord-Sud ; comme si, pour faire mentir Aim\u00e9 C\u00e9saire, l\u2019Humanit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9duite au monologue et que le bousillage devait \u00eatre pay\u00e9. La restitution d\u2019\u0153uvres d\u2019art sert-elle la r\u00e9paration d\u2019un pass\u00e9 bafou\u00e9 ? Comment des objets de patrimoine sont-ils devenus des objets de conflits ?<\/p>\n<p>2Un point cependant para\u00eet intrigant : la question des restitutions, particuli\u00e8rement dynamiques en Afrique noire, ne semble pas en \u00eatre une au Maghreb. Le Maroc et la Tunisie n\u2019ont pas engag\u00e9 de proc\u00e9dures dans ce sens. Les quelques restitutions de la France \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie portent sur des \u0153uvres d\u00e9risoires. Est-ce admettre qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 restituer au Maghreb ? Et donc qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 r\u00e9parer ? Les d\u00e9clarations du pr\u00e9sident Bouteflika en 2005 et 2006 contre la barbarie coloniale fran\u00e7aise tendent pourtant \u00e0 montrer l\u2019insignifiance des gestes symboliques de la France au regard de la dette coloniale.<\/p>\n<p>1 Iversen, 1968.<br \/>\n3Traiter de la question des restitutions pour les pays du Maghreb peut donc para\u00eetre inappropri\u00e9. Et pourtant, l\u2019exemple maghr\u00e9bin met en valeur une question fondamentale \u00e0 la compr\u00e9hension de ce mouvement qui a pris un caract\u00e8re international : quel est le rapport de la partie manquante, \u2013 les objets en exil1 \u2013 \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019h\u00e9ritage culturel \u2013 le patrimoine in situ ? Car au-del\u00e0 des restitutions, l\u2019appropriation des objets aux niveaux national et local constitue un des enjeux primordiaux des politiques patrimoniales mises en \u0153uvre depuis les ann\u00e9es 1950. C\u2019est depuis cette \u00e9poque en effet qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 mis en place un certain nombre de textes, conventions, recommandations, proclamations \u00e9manant d\u2019organes transnationaux, en premier lieu par l\u2019UNESCO. Ces textes instituent des cat\u00e9gories juridiques qui encadrent le concept de patrimoine, comme la notion de \u00ab propri\u00e9t\u00e9 culturelle \u00bb, d\u00e9clin\u00e9 ensuite sous la notion de \u00ab patrimoine mondial de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb et de \u00ab patrimoine culturel immat\u00e9riel \u00bb.<\/p>\n<p>2 Pour une bibliographie fran\u00e7aise, voir par exemple : de L\u2019Estoile, 2007 ; M\u00fcller, 2007 ; de Roux, (&#8230;)<br \/>\n4Il convient de replacer ces formules faussement \u00e9videntes dans les contextes historique et culturel o\u00f9 elles s\u2019inscrivent, ceux de l\u2019Apr\u00e8s-guerre, de la d\u00e9colonisation, puis de la mondialisation. C\u2019est la perspective historique qui nous permettra d\u2019aborder la question des restitutions d\u2019\u0153uvres d\u2019art : on montrera que les textes normatifs qui encadrent aujourd\u2019hui les demandes de restitutions sont n\u00e9s d\u2019une r\u00e9flexion sur la fonction de la culture caract\u00e9risant les soci\u00e9t\u00e9s post-coloniales. On ne reposera donc pas ici la question ontologique soulev\u00e9e \u00e0 propos des restitutions (faut-il restituer ? \u00c0 qui ? Pourquoi ? De quel droit ?2). Mais \u00e0 partir de l\u2019exemple des trois pays d\u2019Afrique du Nord, on cherchera \u00e0 d\u00e9placer le probl\u00e8me en montrant comment la question des restitutions, cas particulier et nettement identifiable des politiques patrimoniales, permet de mettre en lumi\u00e8re les paradoxes li\u00e9s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, valeur qui domine les questions de patrimoine.<\/p>\n<p>Questions de propri\u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>3 Pomian 2005, p. 78.<br \/>\n4 Le 14\/12\/1960, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies adopte la D\u00e9claration de l\u2019octroi des ind\u00e9pe (&#8230;)<br \/>\n5\u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1962, quelques semaines apr\u00e8s avoir acquis son ind\u00e9pendance, l\u2019Alg\u00e9rie demande \u00e0 la France la restitution d\u2019environ 300 \u0153uvres appartenant au Mus\u00e9e des Beaux-Arts d\u2019Alger au titre de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de son patrimoine culturel. En cela, elle ne se diff\u00e9rencie pas du Congo qui demande la restitution d\u2019\u0153uvres \u00e0 la Belgique, du Nigeria au Royaume-Uni, etc. C\u2019est dans un mouvement global en effet que les anciennes colonies vont imposer aux anciennes puissances de revoir leurs politiques patrimoniales. Elles utilisent pour cela un des principes \u00e9nonc\u00e9s par l\u2019UNESCO au sortir de la guerre, et applicable aux spoliations d\u2019\u0153uvres pratiqu\u00e9es \u00e0 grande \u00e9chelle par l\u2019Allemagne nazie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de propri\u00e9taires juifs \u00e9migr\u00e9s ou d\u00e9port\u00e9s : la garantie du retour ou de la restitution des \u0153uvres d\u00e9plac\u00e9es durant la p\u00e9riode de conflit, une guerre ou une occupation militaires3. Conform\u00e9ment au principe de souverainet\u00e9 nationale4, la notion de conflit justifiant le retour des \u0153uvres s\u2019\u00e9tend alors aux occupations coloniales. Pourtant, la question du d\u00e9placement n\u2019est pas nouvelle. La pratique du pillage de guerre remonte \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9. Elle accompagne et m\u00eame symbolise toute mise en place d\u2019empire. Ce qui est nouveau, c\u2019est la syst\u00e9matisation du principe de restitution entre \u00c9tats-nations.<\/p>\n<p>5 Jean-Luc Barbier, peintre et hussard, \u00e0 la Convention en 1794.<br \/>\n6 Pomian, 2005, p. 87. Quelques oublis cependant comme ces Mantegna du mus\u00e9e de Tours\u2026 mais qui se p(&#8230;)<br \/>\n6En fait de restitution d\u2019\u0153uvres d\u2019art, la doctrine et la jurisprudence distinguent trois cat\u00e9gories de moyens : le rapatriement, le retour et la restitution. Il s\u2019agit de les diff\u00e9rencier formellement, car ces cat\u00e9gories permettent d\u2019identifier des situations factuelles et les registres juridiques ou culturels employ\u00e9s \u00e0 cette fin. La notion de rapatriement des biens culturels appara\u00eet d\u00e8s 1794 avec les conqu\u00eates entreprises sous la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Dans la ligne des Lumi\u00e8res, l\u2019id\u00e9e d\u2019une raison universelle, la chose du monde la mieux partag\u00e9e se met en place comme une sorte d\u2019\u00e9vidence. Il s\u2019ensuit l\u2019argument que \u00ab les fruits du g\u00e9nie sont le patrimoine de la libert\u00e9 \u00bb5. L\u2019Empire d\u00e9veloppe cette id\u00e9e \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle, drainant vers Paris et le Louvre les chefs-d\u2019\u0153uvre de toute l\u2019Europe, ceux des principaut\u00e9s italiennes ou nord europ\u00e9ennes, comme ceux des grandes formations germaniques. En 1815, cependant, apr\u00e8s Waterloo, les \u0153uvres sont rapatri\u00e9es vers les pays d\u2019o\u00f9 elles avaient \u00e9t\u00e9 saisies6. L\u2019exemple permet de d\u00e9gager la signification de la notion de rapatriement et ses ambigu\u00eft\u00e9s : s\u2019agissant de retour des \u0153uvres dans leur contexte d\u2019origine, la dimension culturelle y est dominante. Mais cet espace de r\u00e9f\u00e9rence n\u2019est pas fix\u00e9 une fois pour toute et le probl\u00e8me est de d\u00e9terminer la \u00ab culture \u00bb qui a produit l\u2019\u0153uvre et vers laquelle celle-ci doit retourner.<\/p>\n<p>7 Boular\u00e8s, 2000 ; voir l\u2019\u00e9pilogue.<br \/>\n7C\u2019est dans cette ambigu\u00eft\u00e9 id\u00e9ologique que se situe la demande lanc\u00e9e par la Tunisie ind\u00e9pendante sur les cendres d\u2019Hannibal, mort durant son exil en Anatolie7. Lors d\u2019un voyage en Turquie en 1968, le pr\u00e9sident Bourguiba demande officiellement \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer les restes du souverain pour les inhumer vers sa \u00ab patrie natale \u00bb. Ses interlocuteurs turcs refusent fermement. Mais ils lui proposent de visiter le mausol\u00e9e construit pour recevoir la d\u00e9pouille du roi et depuis, tomb\u00e9 en ruines :<\/p>\n<p>8 Belkhodja, 1999, p. 23. L\u2019auteur pr\u00e9cise : \u00ab Bourguiba eut du mal \u00e0 cacher sa d\u00e9ception. N\u00e9anmoins (&#8230;)<br \/>\n\u00ab Aussi boulevers\u00e9 par la proximit\u00e9 suppos\u00e9e de son h\u00e9ros que par l\u2019\u00e9tat d\u2019abandon de sa s\u00e9pulture, le Combattant supr\u00eame g\u00e9mit et fondit en larmes. [\u2026] \u00c0 tous les officiels, Bourguiba ne parla que de son d\u00e9sir de ramener en Tunisie les restes d\u2019Hannibal avec lui, dans son avion. Pour essayer d\u2019att\u00e9nuer sa d\u00e9ception, les Turcs firent leur autocritique : oui, ils avaient failli \u00e0 l\u2019histoire en n\u2019honorant pas comme il convenait ce h\u00e9ros de la lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme romain, mais ils lui construiraient un grand mausol\u00e9e qui symboliserait, en outre, la fraternit\u00e9 entre nos deux pays8. \u00bb<\/p>\n<p>9 Sur les liens entre arch\u00e9ologie et g\u00e9n\u00e9alogie nationale en Tunisie, voir la contribution de Cl\u00e9men(&#8230;)<br \/>\n8L\u2019identification de la Tunisie contemporaine \u00e0 la figure d\u2019Hannibal proc\u00e8de d\u2019une r\u00e9invention des marques du pass\u00e9 et du lieu vers lequel on exige de retourner l\u2019\u0153uvre9.Par sa demande de rapatriement des cendres, Bourguiba effectue une sorte de nationalisation du h\u00e9ros carthaginois inscrit d\u00e8s lors dans la cause nationale : Hannibal figure dans la cohorte des h\u00e9ros susceptibles de symboliser la lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme, et dont la liste se conclut avec Bourguiba lui-m\u00eame. La demande de rapatriement constitue une double invention d\u2019images de la Nation : celle de son pass\u00e9 glorieux, et celle de son pr\u00e9sent souverain. La r\u00e9ponse turque joue sur les m\u00eames dimensions : honorer la lutte historique contre l\u2019imp\u00e9rialisme par la restauration du mausol\u00e9e du h\u00e9ros carthaginois et tunisien \u00e9quivaut \u00e0 honorer les liens actuels entre les deux pays. Cette demande joue donc sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des registres historiques ; il s\u2019agit finalement d\u2019un rapatriement mais aussi d\u2019un retour.<\/p>\n<p>9C\u2019est la dimension juridique qui domine les notions de retour et de restitution.Comme pour le rapatriement, elles renvoient \u00e0 un acte juridique de changement de propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u0153uvres au profit d\u2019un propri\u00e9taire consid\u00e9r\u00e9 comme l\u00e9gitime. Les deux notions impliquent les relations entre \u00c9tats et constituent par elles-m\u00eames un acte de reconnaissance de la souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>10La restitution est le retour sans condition des \u0153uvres \u00e0 leur l\u00e9gitime propri\u00e9taire. Dans la Convention de 1954, les biens culturels d\u00e9plac\u00e9s par mesures de protection \u00e0 l\u2019occasion de d\u00e9sordres divers doivent \u00eatre restitu\u00e9s en l\u2019\u00e9tat \u00e0 leur propri\u00e9taire \u00e0 l\u2019issue du conflit (art. 18 b.) et, par extension, \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance des \u00c9tats. La notion de retour est \u00e9quivalente. Elle s\u2019en diff\u00e9rencie cependant avec le probl\u00e8me des nations apparues avec la d\u00e9colonisation : d\u2019un point de vue juridique, au temps o\u00f9 ces territoires \u00e9taient sous tutelle, les objets ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s en plein respect des r\u00e8gles de droit. Il a donc fallu inventer une jurisprudence pour imposer le retour les \u0153uvres \u00e0 leur pays d\u2019origine.<\/p>\n<p>Patrimoine et d\u00e9colonisation<\/p>\n<p>10 Le Monde, 4\/12\/1969, \u00ab Pr\u00e8s de trois cents \u0153uvres d\u2019art ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9es par la France \u00bb, cit\u00e9 i (&#8230;)<br \/>\n11C\u2019est le cas de la restitution de 300 \u0153uvres d\u2019art au Mus\u00e9e d\u2019Alger par la France en 1969. Officiellement, les collections du mus\u00e9e des Beaux-Arts d\u2019Alger avaient \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es en France en avril 1962, \u00ab par crainte des repr\u00e9sailles de l\u2019OAS \u00bb10. De fait, la p\u00e9riode avait en effet \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une s\u00e9rie spectaculaire d\u2019attentats de l\u2019OAS visant les infrastructures qui allaient \u00eatre appel\u00e9es \u00e0 demeurer sur le sol national alg\u00e9rien. Des b\u00e2timents de l\u2019universit\u00e9 sont incendi\u00e9s dans la nuit du 7 avril et, symboliquement, la sculpture de Bourdelle la France libre est plastiqu\u00e9e. Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 7 au 8 juin, la biblioth\u00e8que d\u2019Alger est incendi\u00e9e.<\/p>\n<p>12D\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 1962, l\u2019Alg\u00e9rie demande la restitution des \u0153uvres au titre de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du patrimoine artistique du pays. Il s\u2019agit en premier lieu d\u2019une question juridique. Th\u00e9oriquement, dans le cadre d\u2019un transfert de souverainet\u00e9, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais doit r\u00e9troc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00c9tat alg\u00e9rien tous les biens qui \u00e9taient class\u00e9s domaine public. C\u2019est la totalit\u00e9 des 300 pi\u00e8ces du mus\u00e9e qui doit donc revenir \u00e0 Alger, c\u2019est le principe sur lequel s\u2019appuie Jean de Maisonseul, artiste fran\u00e7ais ayant opt\u00e9 pour l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante et alors nomm\u00e9 conservateur du mus\u00e9e.<\/p>\n<p>11 Jean Alazard (1887-1960), historien de l\u2019art, sp\u00e9cialiste de la Renaissance italienne et conservat (&#8230;)<br \/>\n13Le statut l\u00e9gal des \u0153uvres du mus\u00e9e d\u2019Alger au moment de leur d\u00e9placement pose pourtant probl\u00e8me. Les collections ont \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9es entre 1930 et 1960 par le conservateur du mus\u00e9e, Jean Alazard11. Ce dernier, soucieux de doter la colonie d\u2019un v\u00e9ritable mus\u00e9e universaliste s\u2019\u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 composer une collection repr\u00e9sentative de tous les courants de l\u2019art. Il avait acquis sur les fonds propres du mus\u00e9e des \u0153uvres bien au-del\u00e0 d\u2019une peinture r\u00e9gionale \u00ab orientaliste \u00bb ou celle des peintres travaillant en Alg\u00e9rie. Sont ainsi candidats \u00e0 la restitution, des retables du XVe si\u00e8cle de l\u2019\u00c9cole d\u2019Amiens, des classiques de l\u2019Acad\u00e9mie, des impressionnistes, etc. Mais il avait aussi obtenu, selon la m\u00eame logique d\u2019assortiment repr\u00e9sentatif, nombre de \u00ab mises en d\u00e9p\u00f4t \u00bb des mus\u00e9es nationaux fran\u00e7ais, et qui appartenaient toujours aux fonds m\u00e9tropolitains. Ce sont ces \u0153uvres qui vont susciter le d\u00e9bat lors de la n\u00e9gociation.<\/p>\n<p>12 Pouillon, 1992.<br \/>\n13 Lettre de l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Alger adress\u00e9e au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res alg\u00e9rien, d(&#8230;)<br \/>\n14 Le sujet \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme source de contentieux, le protocole n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 revu par les deu (&#8230;)<br \/>\n14La logique juridique du retour est alors en d\u00e9calage avec la logique culturelle des rapatriements. L\u2019Alg\u00e9rie peut-elle en \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le pays d\u2019origine des \u0153uvres fran\u00e7aises ? Dans la logique de Maisonseul, il s\u2019agissait surtout de faire venir en Alg\u00e9rie un capital culturel incontestable12, et de disposer, avec les 300 \u0153uvres fran\u00e7aises \u00e0 restituer, d\u2019un mus\u00e9e exhaustif. Les termes de la n\u00e9gociation s\u2019orientent alors sur la propri\u00e9t\u00e9 des \u0153uvres. Des dispositions sont donc prises qui concernent la r\u00e9trocession d\u2019\u0153uvres alg\u00e9riennes \u00e0 la France contre r\u00e9tribution, la r\u00e9trocession d\u2019\u0153uvres fran\u00e7aises \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 titre gratuit, le rapatriement d\u2019\u0153uvres en Alg\u00e9rie, la mise en d\u00e9p\u00f4t mutuel. Au vu de la complexit\u00e9 de ce montage, il est enfin pr\u00e9vu l\u2019installation d\u2019une commission mixte pour v\u00e9rifier les listes et pour statuer sur les \u0153uvres dont la propri\u00e9t\u00e9 reste \u00e0 d\u00e9terminer13. Neuf listes sont alors propos\u00e9es et annex\u00e9es. Le protocole final pr\u00e9voit, en plus de ces dispositions, la dur\u00e9e des d\u00e9p\u00f4ts, le prix des \u0153uvres r\u00e9troc\u00e9d\u00e9es et les modalit\u00e9s de leur ren\u00e9gociation14. La restitution juridique initialement pr\u00e9vue s\u2019est donc mu\u00e9e en une sorte de \u00ab retour culturel \u00bb effectu\u00e9 \u00e0 l\u2019amiable, comme un geste diplomatique de reconnaissance de la souverainet\u00e9 nationale alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>15 Le Monde, op.cit.<br \/>\n16 Ce sont notamment des peintres \u00ab na\u00effs \u00bb r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque fran\u00e7aise, tels que Baya, Benaboura, e (&#8230;)<br \/>\n17 \u00ab La r\u00e9volution culturelle constitue le couronnement de notre r\u00e9volution globale, fond\u00e9e surles tr (&#8230;)<br \/>\n15Il s\u2019ensuit que la collection de 159 tableaux et 136 dessins d\u2019art fran\u00e7ais qui est rapport\u00e9e \u00e0 Alger en d\u00e9cembre 1969 est fort diff\u00e9rente de l\u2019inventaire de l\u2019\u00e9poque d\u2019 Alazard. N\u00e9gociant sur le principe de r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019un ensemble de 300 \u0153uvres, Maisonseul n\u2019a pu qu\u2019obtenir que le remplacement des \u0153uvres mises en d\u00e9p\u00f4t. Les retables du XIVe si\u00e8cle de l\u2019\u00e9cole d\u2019Amiens, des impressionnistes sont certes pr\u00e9sents, mais les \u0153uvres remplac\u00e9es refl\u00e8tent le bon go\u00fbt des ann\u00e9es Malraux : peu d\u2019orientalistes et une pr\u00e9dominance de la peinture fran\u00e7aise du XIXe si\u00e8cle15. Parall\u00e8lement \u00e0 la n\u00e9gociation en cours, Maisonseul entreprend une politique d\u2019achat des peintres alg\u00e9riens contemporains16. Sur ce point encore, le choix se trouve en d\u00e9calage par rapport aux orientations de la politique culturelle alg\u00e9rienne : en 1969, l\u2019art moderne et bourgeois ne r\u00e9pond plus \u00e0 l\u2019identit\u00e9 culturelle affirm\u00e9e par une Alg\u00e9rie \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb17.<\/p>\n<p>16Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, l\u2019Alg\u00e9rie occupe une place de premier rang dans les mouvements tiers-mondisme et g\u00e9n\u00e9ralement anticolonialiste. Dans le discours anticolonialiste, la culture appara\u00eet comme un des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de l\u2019ind\u00e9pendance et la consolidation de l\u2019identit\u00e9 culturelle comme un moteur de d\u00e9veloppement. L\u2019id\u00e9e de la restitution comme r\u00e9paration du pr\u00e9judice colonial na\u00eet avec l\u2019id\u00e9ologie tiers-mondiste et panafricaniste. Le leader ghan\u00e9en, Kwameh Nkrumah, d\u00e9clare en 1962 \u00e0 la tribune de l\u2019ONU :<\/p>\n<p>18 Nkrumah, 1962, p. 316.<br \/>\n\u00ab La mar\u00e9e montante du nationalisme africain [\u2026] constitue un d\u00e9fi aux pouvoirs coloniaux qui doivent faire une restitution juste pour les ann\u00e9es d\u2019injustice et de crime commis \u00e0 l\u2019encontre de notre continent18 \u00bb.<\/p>\n<p>19 Aboun Adjali, 2007. Voir aussi le film documentaire de William Klein, Le festival panafricain d\u2019Al (&#8230;)<br \/>\n17Le premier festival culturel panafricain, le \u00ab Panaf \u00bb, est organis\u00e9 \u00e0 Alger en 1969. La culture est alors consid\u00e9r\u00e9e comme un outil d\u2019\u00e9mancipation et une force de r\u00e9sistance19. Dans l\u2019euphorie, le Manifeste culturel panafricain est adopt\u00e9. Il brode autour de la reconnaissance des \u00c9tats ind\u00e9pendants, encadr\u00e9e par celles de l\u2019identit\u00e9 nationale et culturelle des nations. L\u2019identit\u00e9 culturelle s\u2019inscrit ici en rupture avec les mod\u00e8les coloniaux. Alors, apr\u00e8s avoir d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019h\u00e9g\u00e9monie coloniale \u00e9tait aussi intellectuelle et culturelle, le Manifeste syst\u00e9matise la relation entre d\u00e9veloppement et identit\u00e9 culturelle :<\/p>\n<p>20 \u00ab Manifeste culturel panafricain \u00bb, Souffles, 16-17, 4e trimestre 1969, janvier-f\u00e9vrier 1970, p. 9(&#8230;)<br \/>\n\u00ab La conservation de la culture a sauv\u00e9 les peuples africains des tentatives de faire d\u2019eux des peuples sans \u00e2me et sans histoire. [\u2026] et si [la culture] relie les hommes entre eux, elle impulse aussi le progr\u00e8s. Voil\u00e0 pourquoi l\u2019Afrique accorde tant de soins et de prix au recouvrement de son patrimoine culturel, \u00e0 la d\u00e9fense de sa personnalit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9closion de nouvelles branches de sa culture20. \u00bb<\/p>\n<p>18L\u2019id\u00e9e formul\u00e9e par le Manifeste d\u2019Alger est qu\u2019en restituant les \u00e9l\u00e9ments confisqu\u00e9s de leur pass\u00e9 aux anciens peuples colonis\u00e9s, les anciens colons redressent le tort et assurent un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne ou authentique, conforme \u00e0 \u00ab l\u2019identit\u00e9 culturelle \u00bb des peuples.<\/p>\n<p>21 Voir Oulebsir, 2004.<br \/>\n19Or, l\u2019identit\u00e9 culturelle des nations ind\u00e9pendantes suppose une d\u00e9colonisation des histoires nationales, et donc une r\u00e9orientation de la patrimonialisation du pass\u00e9. Sont exclus des patrimoines nationaux les \u00e9l\u00e9ments mis en valeur par les anciennes puissances coloniales. En Alg\u00e9rie, la France valorisait les antiquit\u00e9s romaines afin de montrer sa filiation avec l\u2019Empire romain21. \u00c0 l\u2019ind\u00e9pendance, inversement, le patrimoine arch\u00e9ologique romain est mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart du patrimoine national alg\u00e9rien : la perspective d\u2019une ascendance romaine convient mal \u00e0 l\u2019identit\u00e9 culturelle promue par Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante. L\u00e0 s\u2019explique essentiellement l\u2019absence de demande de restitution des nombreuses antiquit\u00e9s romaines issues du sol alg\u00e9rien et qui ont enrichi nombre de collections publiques ou priv\u00e9es conserv\u00e9es en France. La dimension politique des restitutions (la reconnaissance de la souverainet\u00e9 nationale) prime alors sur la valeur patrimoniale des objets.<\/p>\n<p>22 ONU, r\u00e9solution 3187, adopt\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de 1973.<br \/>\n23 Entre 1973 et 2006, l\u2019ONU fait ainsi voter 23 r\u00e9solutions relatives \u00e0 la question des restitutions(&#8230;)<br \/>\n20Suite au Manifeste d\u2019Alger, le sch\u00e8me restitution-r\u00e9paration r\u00e9appara\u00eet de mani\u00e8re r\u00e9currente dans les textes internationaux \u00e0 valeur d\u00e9clamatoire. Une r\u00e9solution pour \u00ab le retour ou la restitution des \u0153uvres d\u2019art aux pays victimes d\u2019exportation \u00bb22 est vot\u00e9e par l\u2019ONU en 197323. Rappelant l\u2019octroi des ind\u00e9pendances, la r\u00e9solution pr\u00e9cise que la restitution \u00ab constitue une juste r\u00e9paration du pr\u00e9judice commis par ces transferts massifs et presque gratuits [\u2026] du fait de la pr\u00e9sence coloniale \u00bb (art. 1). La r\u00e9solution assigne au patrimoine culturel le m\u00eame rapport au temps : \u00ab l\u2019h\u00e9ritage culturel conditionne dans le pr\u00e9sent et l\u2019avenir l\u2019\u00e9panouissement artistique d\u2019un peuple et sond\u00e9veloppement int\u00e9gral \u00bb. Le m\u00eame principe est r\u00e9affirm\u00e9 dans la Charte culturelle de l\u2019Afrique adopt\u00e9e en 1976 par l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine (OUA) dont l\u2019objectif est de \u00ab lib\u00e9rer les peuples africains des conditions socioculturelles qui entravent leur d\u00e9veloppement pour recr\u00e9er et entretenir le sens et la volont\u00e9 du d\u00e9veloppement \u00bb (art 1, a).<\/p>\n<p>21Ces textes s\u2019inscrivent dans une m\u00eame relation au temps. Le pr\u00e9sent est con\u00e7u comme un moment de transition, et s\u2019il requiert le redressement des \u00e9l\u00e9ments du pass\u00e9, c\u2019est uniquement dans la perspective d\u2019assurer un avenir. Pourtant, ni le manifeste d\u2019Alger, ni les r\u00e9solutions de l\u2019ONU qui s\u2019y relient ne sont suivis d\u2019effets imm\u00e9diats. Ils apparaissent comme les premiers \u00e9l\u00e9ments d\u2019un cadre normatif et discursif \u00e9non\u00e7ant le principe de la restitution comme celui d\u2019un droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, droit qui n\u2019a pas encore trouv\u00e9 son application.<\/p>\n<p>Mise en place d\u2019un cadre juridique<\/p>\n<p>24 Amadou Mahtar Mbow (1921) est ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance puis d(&#8230;)<br \/>\n25 UNESCO, 1983.<br \/>\n22Au tournant des ann\u00e9es 1970-1980, l\u2019UNESCO s\u2019empare de la question des restitutions et contribue largement \u00e0 l\u2019institutionnalisation des proc\u00e9dures. En 1978, son directeur g\u00e9n\u00e9ral Amadou-Mahtar Mbow24 adresse un \u00ab appel pour le retour \u00e0 ceux qui l\u2019ont cr\u00e9\u00e9, d\u2019un patrimoine culturel irrempla\u00e7able \u00bb25 :<\/p>\n<p>26 ibid.<br \/>\n\u00ab Les peuples victimes de ce pillage parfois s\u00e9culaire n\u2019ont pas seulement \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9s de chefs-d\u2019\u0153uvre irrempla\u00e7ables : ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s d\u2019une m\u00e9moire qui les aurait sans doute aid\u00e9s \u00e0 mieux se conna\u00eetre eux-m\u00eames, certainement \u00e0 se faire mieux comprendre des autres. [\u2026] Aussi ces hommes et ces femmes d\u00e9munis demandent-ils que leur soient restitu\u00e9s au moins les tr\u00e9sors d\u2019art les plus repr\u00e9sentatifs, ceux auxquels ils accordent le plus d\u2019importance, ceux dont l\u2019absence est psychologiquement le plus intol\u00e9rable26. \u00bb<\/p>\n<p>27 La r\u00e9solution 38-34 de 1983 affirme que \u00ab le retour \u00e0 leur pays d\u2019origine des biens culturels de v (&#8230;)<br \/>\n23Ce discours fait appara\u00eetre le basculement du probl\u00e8me, conf\u00e9rant une dimension de redressement du pass\u00e9, et affirmant, au pr\u00e9sent, un droit de propri\u00e9t\u00e9 culturelle. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, la mention du \u00ab d\u00e9veloppement int\u00e9gral \u00bb dispara\u00eet des r\u00e9solutions de l\u2019ONU au profit de la notion de repr\u00e9sentativit\u00e9 du patrimoine culturel27. D\u2019un point de vue institutionnel, la question des restitutions est en train de se figer dans une question de droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 culturelle.<\/p>\n<p>28 Cf. notamment la Convention concernant les mesures \u00e0 prendre pour interdire et emp\u00eacher l\u2019importat (&#8230;)<br \/>\n29 Conception qui trouve son aboutissement dans la campagne internationale de sauvetage des monuments (&#8230;)<br \/>\n30 Convention de 1970, pr\u00e9ambule \u00a7 3.<br \/>\n24Afin de syst\u00e9matiser les restitutions ou retours des biens culturels, l\u2019UNESCO cr\u00e9e un Comit\u00e9 intergouvernemental pour le retour des biens \u00e0 leur pays d\u2019origine. Son but est de favoriser la signature d\u2019accords bilat\u00e9raux fond\u00e9s sur les conventions de 1954 et de 197028. Mais celles-ci portent \u00e0 leur tour deux interpr\u00e9tations possibles : d\u2019une part, celle de propri\u00e9t\u00e9 culturelle mondiale, h\u00e9riti\u00e8re des conceptions humanistes et universalistes29 ; de l\u2019autre, celle de propri\u00e9t\u00e9s culturelles proprement nationales, mettant l\u2019accent sur la notion d\u2019origine culturelle des biens qui ne prennent de \u00ab valeur r\u00e9elle \u00bb30 que dans leur contexte d\u2019origine.<\/p>\n<p>25Ces textes normatifs deviennent alors de v\u00e9ritables instruments juridiques pour des actions en vue de restitutions ou de retour formul\u00e9s au nom d\u2019un m\u00eame droit, d\u2019un m\u00eame corpus d\u2019arguments. Dans ces conditions, les demandes de restitutions se multiplient et gagnent en importance m\u00e9diatique : le Nigeria demande au Royaume-Uni la restitution des masques du B\u00e9nin ; l\u2019\u00c9gypte demande le retour du buste de N\u00e9fertiti conserv\u00e9 en Allemagne ; la Gr\u00e8ce, surtout, en appelle \u00e0 celle des Marbres du Parth\u00e9non conserv\u00e9s \u00e0 Londres, etc.<\/p>\n<p>31 Perrot, 2005, p. 484. Voir \u00e9galement Merryman, 2000.<br \/>\n32 M\u00e9lina Mercouri (1920-1994) a \u00e9t\u00e9 ministre de la Culture en Gr\u00e8ce de 1981 \u00e0 1989 puis de 1993 \u00e0 19 (&#8230;)<br \/>\n26Ce dernier cas est l\u2019exemple le plus c\u00e9l\u00e8bre de cette vague de demandes ; il illustre \u00e9galement le diff\u00e9rend d\u2019interpr\u00e9tation des textes31. Venant \u00e0 la suite d\u2019une s\u00e9rie de demandes formul\u00e9es par la Gr\u00e8ce une fois qu\u2019elle eut acquis son ind\u00e9pendante en 1830, l\u2019\u00c9tat grec repr\u00e9sent\u00e9 par sa ministre de la Culture de l\u2019\u00e9poque, l\u2019actrice M\u00e9lina Mercouri32, lance en 1983 une proc\u00e9dure l\u00e9gale de demande de restitution du bien. L\u2019argument grec est culturaliste : les marbres symboles du g\u00e9nie de l\u2019art grec antique ne prennent de sens que dans leur contexte d\u2019origine. Pour les Britanniques cependant, les marbres du Parth\u00e9non, naturalis\u00e9s \u00ab marbres Elgin \u00bb, appartiennent formellement \u00e0 la couronne britannique et ne sauraient en sortir du fait du principe d\u2019inali\u00e9nabilit\u00e9 des collections du British Museum. \u00c0 ce jour, la Gr\u00e8ce a gagn\u00e9 sur tous les terrains culturels et esth\u00e9tiques, mais l\u2019argument britannique, renvoyant \u00e0 une propri\u00e9t\u00e9 de plein droit, demeure incontestable.<\/p>\n<p>33 Les textes de l\u2019UNESCO sont compl\u00e9t\u00e9s par d\u2019autres instruments l\u00e9gaux tels que la Convention d\u2019UNI (&#8230;)<br \/>\n27L\u2019action de l\u2019UNESCO a eu pour effet paradoxal d\u2019enfermer le probl\u00e8me dans une question de propri\u00e9t\u00e9 juridique33 face \u00e0 laquelle la raison culturelle peut difficilement pr\u00e9valoir. Le droit positif dans son \u00e9tat du moment, appara\u00eet donc comme impuissant \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le nombre d\u2019\u0153uvres effectivement restitu\u00e9es reste extr\u00eamement limit\u00e9, m\u00eame si cela n\u2019emp\u00eache pas que les demandes prennent un tour de plus en plus pol\u00e9mique.<\/p>\n<p>34 Moshood Kashimawo Olawale Abiola (1937-1998). Homme d\u2019affaires et d\u2019\u00c9tat nig\u00e9rian, il est pr\u00e9siden (&#8230;)<br \/>\n35 La Proclamation d\u2019Abuja est suivie de la d\u00e9claration d\u2019Accra (Ghana) en 1999 et surtout de la conf (&#8230;)<br \/>\n36 Proclamation d\u2019Abuja, 1993.<br \/>\n37 Ibid.<br \/>\n28Ainsi face au blocage et l\u2019impasse des n\u00e9gociations, les diff\u00e9rentes parties red\u00e9finissent leurs positions. Sur le Continent africain, l\u2019argumentation de la question des restitutions-r\u00e9parations est reformul\u00e9e apr\u00e8s 1991. Une conf\u00e9rence panafricaine, copr\u00e9sid\u00e9e par Moshood Abiola34 et par l\u2019ancien directeur de l\u2019UNESCO Amadou-Mahtar MBow, conduit \u00e0 la d\u00e9claration d\u2019Abuja (Nigeria) en 199335. Les \u00c9tats africains y proclament que le tort qu\u2019ont caus\u00e9 l\u2019esclavage, le colonialisme et le n\u00e9o-colonialisme \u00ab n\u2019est pas seulement une r\u00e9alit\u00e9 historique, mais se manifeste douloureusement dans les vies mises \u00e0 mal des Africains d\u2019aujourd\u2019hui [\u2026], dans les \u00e9conomies mises \u00e0 mal du monde africain. \u00bb36. La proclamation affirme donc qu\u2019une dette morale et mat\u00e9rielle est due aux peuples africains. Elle r\u00e9clame \u00ab le versement int\u00e9gral d\u2019indemnit\u00e9s [&#8230;] sous la forme de transferts de capitaux et d\u2019annulation de la dette [et] exige le retour des biens spoli\u00e9s et des tr\u00e9sors traditionnels \u00bb37.<\/p>\n<p>38 Jewsiewicki, 2004, p. 7.<br \/>\n29Comme le souligne Bogumil Jewsiewicki, le recours \u00e0 la notion de r\u00e9paration a succ\u00e9d\u00e9 dans les rapports Nord-Sud \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence de la notion de d\u00e9veloppement. D\u00e9veloppement et r\u00e9paration renvoient aux m\u00eames notions temporelles : \u00e0 l\u2019articulation entre le pass\u00e9 et le futur, \u00ab le pr\u00e9sent \u00e9tant saisi comme un moment pour redresser des injustices h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9 \u00bb38. Qu\u2019il s\u2019agisse de d\u00e9veloppement (de \u00ab sous-d\u00e9veloppement \u00bb ou de \u00ab d\u00e9veloppement in\u00e9gal \u00bb), qui engage des coop\u00e9rations internationales, ou de r\u00e9parations \u00e0 l\u2019\u00e9gard des injustices commises dans le pass\u00e9 mais dont les effets perdurent, l\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse est de r\u00e9tablir l\u2019\u00e9tat des choses tel qu\u2019il aurait d\u00fb \u00eatre si les \u00e9v\u00e9nements justifiant la r\u00e9paration n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Transactions m\u00e9morielles<\/p>\n<p>39 Pomian, 1987.<br \/>\n40 Allocution du Pr\u00e9sident, 3 mars 2003,http:\/\/www.ambafrance-dz.org\/article.php3 ?id_article =408(&#8230;)<br \/>\n41 Symbole ou pl\u00e9onasme, l\u2019expression est employ\u00e9e par Jacques Chirac dans son allocution, ibid.<br \/>\n30C\u2019est dans cette articulation du pass\u00e9 et du futur que les biens culturels deviennent porteurs de signification : ils signifient ce qui n\u2019existe plus, ou, plus encore, ils expriment l\u2019acte par lequel une injustice du pass\u00e9 a \u00e9t\u00e9 commise. La valeur de ces s\u00e9miophores39 est d\u2019autant plus importante qu\u2019ils deviennent l\u2019objet d\u2019une transaction visant \u00e0 r\u00e9parer l\u2019injustice commise, portant sur la m\u00e9moire. C\u2019est dans ce sens qu\u2019il faut comprendre le geste du pr\u00e9sident Jacques Chirac de restituer, en 2003, \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie le sceau du Dey d\u2019Alger par lequel Husseyn Pacha avait scell\u00e9 sa reddition en 1830. \u00ab Ce sceau symbolisait le pouvoir \u00bb40. La nature de l\u2019objet s\u2019efface derri\u00e8re sa signification symbolique : c\u2019est un symbole de souverainet\u00e9 que le pr\u00e9sident fran\u00e7ais remet \u00e0 son homologue alg\u00e9rien. La signification de l\u2019acte de restitution est marqu\u00e9e par son caract\u00e8re expressif : le sceau viendrait \u00ab sceller \u00bb41 la r\u00e9conciliation franco-alg\u00e9rienne. L\u2019acte de restitution voudrait appara\u00eetre comme la reconnaissance d\u2019un tort, comme si rendre le premier symbole de la destitution du peuple alg\u00e9rien pouvait dissiper le contentieux historique entre les deux pays.<\/p>\n<p>42 Chirac en 2003 n\u2019a d\u2019ailleurs cess\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter que sa visite est la premi\u00e8re d\u2019un chef d\u2019\u00c9tat fran (&#8230;)<br \/>\n43 \u00c0 propos des images d\u2019Abd el-Kader et de leur signification dans le contexte national alg\u00e9rien, vo (&#8230;)<br \/>\n31Le geste rappelle celui de Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing qui, lors de sa visite en Alg\u00e9rie en avril 1975 \u2013 la premi\u00e8re d\u2019un pr\u00e9sident fran\u00e7ais depuis l\u2019ind\u00e9pendance42 \u2013, avait offert \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie un portrait de l\u2019Emir Abd el-Kader peint par Cogniet. Mais le pr\u00e9sident n\u2019avait pas eu \u00e0 puiser dans les collections nationales, en principe inali\u00e9nables. Il en avait obtenu la cession par la Fondation du Comte de Paris, association de droit priv\u00e9, qui en \u00e9tait propri\u00e9taire. Malgr\u00e9 l\u2019enthousiasme et les d\u00e9clarations de bonne volont\u00e9, la r\u00e9conciliation totale des deux pays avait \u00e9t\u00e9 ajourn\u00e9e. Peut-\u00eatre cette restitution n\u2019avait-elle pas la charge symbolique escompt\u00e9e43 ?<\/p>\n<p>44 V\u00e9drine, 2006. Cette pi\u00e8ce d\u2019artillerie du XVIesi\u00e8cle \u00e9tait connue sous le nom de \u00ab la consulaire(&#8230;)<br \/>\n45 Ibid.<br \/>\n32\u00c0 la suite de la restitution du sceau, un homme d\u2019affaires brestois entreprend les d\u00e9marches de mobilisation m\u00e9diatique et politique autour de la restitution du Canon d\u2019Alger, le \u00ab Baba Marzoug \u00bb, saisi par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en 183044. Sa restitution fait l\u2019objet de d\u00e9bats et, en mars 2005, d\u2019un refus de la ministre de la D\u00e9fense, Michelle Alliot-Marie, au titre de \u00ab patrimoine historique de la d\u00e9fense \u00bb et surtout en raison de \u00ab l\u2019attachement particulier du personnel de la marine \u00e0 ce monument qui comm\u00e9more la participation des marins \u00e0 un \u00e9pisode glorieux de l\u2019histoire de nos arm\u00e9es \u00bb45. On n\u2019est pas loin de la loi \u00ab m\u00e9morielle \u00bb du 23 f\u00e9vrier 2005 et de la reconnaissance \u00ab du r\u00f4le positif de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise Outre-mer notamment en Afrique du Nord \u00bb.<\/p>\n<p>46 AFP, 2\/7\/2006, discours \u00e0 la tonalit\u00e9 virulente tenu lors d\u2019un colloque international organis\u00e9 \u00e0 A (&#8230;)<br \/>\n33L\u2019insucc\u00e8s relatif des quelques restitutions, puis la proclamation de la loi m\u00e9morielle r\u00e9v\u00e8lent la \u00ab br\u00e8che \u00bb qui existe entre les deux pays. Les d\u00e9clarations du pr\u00e9sident Bouteflika contre la \u00ab barbarie coloniale \u00bb fran\u00e7aise en 2005 et 2006, puis les demandes d\u2019excuses officielles ont pour r\u00e9sultat d\u2019ajourner une nouvelle fois la signature d\u2019un trait\u00e9 de r\u00e9conciliation46.<\/p>\n<p>47 Les forums de discussion sur Internet t\u00e9moignent de la vivacit\u00e9 des r\u00e9actions et illustrent assez (&#8230;)<br \/>\n48 Metaoui, 2006.<br \/>\n49 Beldjenna,2006 ; voir aussi Yacoub, 2007.<br \/>\n34Lorsque l\u2019on traite des r\u00e9parations et de la r\u00e9conciliation, il est donc impossible d\u2019ignorer le travail de m\u00e9moire qui figure en toile de fond47. Ainsi les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes continuent de demander la restitution d\u2019\u0153uvres du patrimoine, mais aussi des registres des mus\u00e9es nationaux alg\u00e9riens emport\u00e9s par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises en 196248. Partant d\u2019initiatives non gouvernementales, des associations voient \u00e9galement le jour comme cette \u00ab Instance nationale de lib\u00e9ration des relations alg\u00e9ro-fran\u00e7aises de la culture coloniale \u00bb qui demande la restitution des archives coloniales fran\u00e7aises, en particulier celles relatives \u00e0 la guerre, au titre de la \u00ab d\u00e9fense de la m\u00e9moire nationale \u00bb49. L\u2019association, qui rassemble des anciens moudjahidin ou leurs enfants, milite pour rassembler les pi\u00e8ces n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un proc\u00e8s de type crime contre l\u2019Humanit\u00e9 qui serait attent\u00e9 \u00e0 la France.<\/p>\n<p>50 Sur les commissions V\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation, cf. Jewsiewicki, 2004. En Alg\u00e9rie une \u00ab loi d\u2019amnist(&#8230;)<br \/>\n35Aurait-elle renonc\u00e9 \u00e0 se poser en simple victime de l\u2019histoire ? Bien au contraire, l\u2019adoption d\u2019une d\u00e9marche d\u2019acteur pourrait aboutir \u00e0 un processus type commissions \u00ab V\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation \u00bb50 mises en place, non pas dans le but d\u2019\u00e9tablir des \u00ab v\u00e9rit\u00e9s \u00bb d\u00e9finitives, ni de r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire, mais de lib\u00e9rer la m\u00e9moire. Elles obligeraient la France comme l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 reconna\u00eetre les exactions commises lors de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance, et engager un dialogue sur leur pass\u00e9 commun, en associant publiquement travail de m\u00e9moire et d\u2019histoire.<\/p>\n<p>36L\u2019\u00e9volution de la notion de restitution et de retour des biens culturels s\u2019inscrit donc dans un processus de red\u00e9finition de l\u2019histoire \u00e0 l\u2019aune de la m\u00e9moire. Les pi\u00e8ces de mus\u00e9e deviennent objets de transaction m\u00e9morielle : en d\u00e9finissant les causes du d\u00e9placement des objets, les demandes font resurgir les s\u00e9quelles d\u2019un pass\u00e9 ou des actes de violence qui appellent restitution et r\u00e9paration. Les arguments l\u00e9galistes, le concept de propri\u00e9t\u00e9, les raisons politiques oblit\u00e8rent le travail de m\u00e9moire. La m\u00e9moire est r\u00e9duite \u00e0 une gesticulation expressive, \u00e0 l\u2019expression symbolique de l\u2019objet. Parall\u00e8lement \u00e0 cette \u00e9volution, les biens culturels sont investis d\u2019une valeur \u00e9conomique et m\u00e9diatique qui, jusque l\u00e0, paraissait secondaire. D\u00e8s lors, loin des consid\u00e9rations m\u00e9morielles, le r\u00f4le des biens culturels dans l\u2019\u00e9conomie mondiale s\u2019accro\u00eet et le patrimoine culturel appara\u00eet d\u00e9sormais comme un capital \u00e9conomique. Au niveau mondial, cette r\u00e9\u00e9valuation r\u00e9v\u00e8le alors l\u2019\u00e9cart entre les nations poss\u00e9dant un h\u00e9ritage culturel mat\u00e9riel important et celle n\u2019en poss\u00e9dant pas, \u00e9cart qu\u2019il s\u2019agit de compenser par l\u2019invention de nouveaux objets de patrimoine.<\/p>\n<p>Mouvements et jeux des institutions<\/p>\n<p>51 http:\/\/www.unesco.org\/culture\/policies\/wccd\/html_fr\/index_fr.shtml<br \/>\n52 http:\/\/www.unesco.org\/culture\/policies\/ocd\/html_fr\/index_fr.shtml. Cette conception de la diversit (&#8230;)<br \/>\n37Dans les ann\u00e9es 1990-2000, la relation entre culture et d\u00e9veloppement, second trope de la question culturelle formul\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960, est r\u00e9affirm\u00e9e par les institutions transnationales. La culture redevient un moteur de d\u00e9veloppement, non seulement \u00e9conomique mais humain. Le Programme des nations unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD) \u00e9largit en 1990 la notion de d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e0 celle de d\u00e9veloppement humain, et la culture y est implicitement incluse. En 1992, au milieu de sa \u00ab d\u00e9cennie pour le d\u00e9veloppement culturel \u00bb (1988-1997), l\u2019UNESCO cr\u00e9e la Commission mondiale de la culture et du d\u00e9veloppement charg\u00e9e d\u2019\u00e9laborer un \u00ab rapport sur les interactions entre la culture et le d\u00e9veloppement qui comporterait des propositions concr\u00e8tes \u00bb51. Les travaux de la commission aboutissent au rapport Notre diversit\u00e9 cr\u00e9atrice qui porte sur la reconnaissance de la diversit\u00e9 culturelle comme moteur d\u2019un \u00ab d\u00e9veloppement juste, \u00e9quitable et durable \u00bb52.<\/p>\n<p>53 Publi\u00e9e par l\u2019UNESCO en 1952 dans la collectionLa question radicale devant la science moderne. Po (&#8230;)<br \/>\n54 Claude L\u00e9vi-Strauss, 1996, p. 381. On peut se demander si, dans sa conception, la D\u00e9claration sur (&#8230;)<br \/>\n38La D\u00e9claration universelle sur la diversit\u00e9 culturelle de l\u2019UNESCO adopt\u00e9e en 2001 proclame la diff\u00e9rence comme un \u00e9l\u00e9ment du \u00ab patrimoine commun de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb. Le concept de diversit\u00e9 culturelle renvoie dans son expression \u00e0 la fameuse conf\u00e9rence sur \u00ab Race et Histoire \u00bb donn\u00e9e en 1947 o\u00f9 Claude L\u00e9vi-Strauss53 d\u00e9finissait la diversit\u00e9 comme un \u00e9quilibre des soci\u00e9t\u00e9s entre elles et en elles-m\u00eames54. La D\u00e9claration de 2001 va plus loin en associant diversit\u00e9 et cr\u00e9ativit\u00e9 dans le contexte de la mondialisation, prenant en compte \u00ab la sp\u00e9cificit\u00e9 des biens et services culturels qui, parce qu\u2019ils sont porteurs d\u2019identit\u00e9, de valeurs et de sens, ne doivent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres \u00bb (art.8).<\/p>\n<p>55 Vulser, 2004.<br \/>\n56 Benjelloun, 2004.<br \/>\n39En \u00e9tendant son action \u00e0 la protection des services et des industries culturelles, l\u2019UNESCO entre ainsi dans un conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat avec l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) : les partisans de la diversit\u00e9 culturelle d\u00e9fendent le droit \u00e0 l\u2019exception culturelle, tandis que les d\u00e9fenseurs du libre-\u00e9change appellent \u00e0 la lib\u00e9ralisation des services qui comprennent les biens culturels. Les n\u00e9gociations ayant amen\u00e9 \u00e0 la signature d\u2019un trait\u00e9 \u00e9tablissant une zone de libre-\u00e9change entre les \u00c9tats-Unis et le Maroc sont \u00e0 ce titre exemplaires. Le Maroc, en contrepartie de l\u2019exportation de fruits et l\u00e9gumes, doit, selon la premi\u00e8re mouture du texte, abandonner son droit \u00e0 \u00ab l\u2019exception culturelle \u00bb, et notamment ses quotas de diffusion en mati\u00e8re d\u2019audiovisuel et d\u2019Internet. M\u00eame si les accords ne parlent pas explicitement de culture, les milieux intellectuels marocains, soutenus par les promoteurs d\u2019une certaine diversit\u00e9 faisant place au monde francophone (en particulier la France et le Canada), d\u00e9noncent l\u2019abandon de la \u00ab souverainet\u00e9 culturelle \u00bb du Maroc55. C\u2019est \u00e0 la suite de ces r\u00e9actions que les autorit\u00e9s marocaines \u00e9mettent une clause de r\u00e9serve pour les \u00ab activit\u00e9s culturelles \u00bb se r\u00e9servant la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des accords avec d\u2019autres pays ou de se conformer aux conventions culturelles \u00e0 venir56. Pourtant, \u00e0 ce jour le Maroc n\u2019a pas ratifi\u00e9 la Convention relative \u00e0 la diversit\u00e9 culturelle. Sur les trois pays du Maghreb, seule la Tunisie a ratifi\u00e9 la Convention de 2005. Comment expliquer le d\u00e9calage entre le discours politique promu tant par l\u2019Alg\u00e9rie depuis les ann\u00e9es 1960 que par le Maroc dans les ann\u00e9es 1990 et l\u2019absence d\u2019engagement interne en faveur de la diversit\u00e9 culturelle ?<\/p>\n<p>57 Pouillon, 1997, p. 292.<br \/>\n40C\u2019est que la Convention de 2005 oblige les pays l\u2019ayant ratifi\u00e9 \u00e0 accepter leur diversit\u00e9 nationale, \u00e0 reconna\u00eetre les minorit\u00e9s, \u00e0 instaurer pluralit\u00e9 et ind\u00e9pendance des m\u00e9dias (art 6 \u00ab droit des parties au niveau national \u00bb). La question de la reconnaissance des minorit\u00e9s embarrasse le Maroc engag\u00e9 dans le conflit portant sur le statut du Sahara occidental. Elle renvoie l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 la question kabyle et plus encore \u00e0 sa construction d\u2019une image de la nation \u00ab oblit\u00e9rant toutes les formes d\u2019une dissension int\u00e9rieure \u00bb57.<\/p>\n<p>58 L\u2019Alg\u00e9rie fait figure de promoteur en accueillant en 2006 la premi\u00e8re conf\u00e9rence du Comit\u00e9 intergo (&#8230;)<br \/>\n41L\u2019Alg\u00e9rie fut pourtant en 2004 le premier \u00c9tat membre de l\u2019UNESCO \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immat\u00e9riel58. Au niveau global, un des buts de l\u2019invention du concept de patrimoine immat\u00e9riel est de compenser les d\u00e9s\u00e9quilibres qui existent dans la liste des sites du patrimoine mondial \u00ab mat\u00e9riel \u00bb, dont la grande majorit\u00e9 se trouvent en Europe, et de proposer d\u2019une nouvelle conception du patrimoine. \u00c0 l\u2019\u00e9chelon national, l\u2019invention de ces \u00ab nouveaux \u00bb patrimoines implique la reconnaissance d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui jusque l\u00e0 n\u2019entraient pas dans le patrimoine national.<\/p>\n<p>59 Le Matin du Sahara et du Maghreb,30\/6\/1997, cit\u00e9 in Roussillon, 2005.<br \/>\n60 Roussillon, 2005.<br \/>\n42C\u2019est ce type de renversement qui a lieu au Maroc avec l\u2019inscription de la place Jamaa el-Fna, \u00e0 Marrakech, d\u00e8s 2001, comme patrimoine oral de l\u2019humanit\u00e9. Comme le soulignait Alain Roussillon, l\u2019inscription des villes imp\u00e9riales ou de la place Jamaa el-Fna participent de l\u2019\u00e9dification nationale d\u2019un \u00ab myst\u00e9rieuxmus\u00e9e vivant qui constitue un abr\u00e9g\u00e9 du monde de la culture marocaine \u2013 litt\u00e9rature, soufisme, m\u00e9decine, pharmacop\u00e9e, mascarade, r\u00e9cit \u00e9pique&#8230; \u00bb59. Cette mise en repr\u00e9sentation de la culture marocaine rappelle dans ses termes les d\u00e9bats sur l\u2019identit\u00e9 arabe qui avaient court au moment de l\u2019ind\u00e9pendance60 :<\/p>\n<p>61 Abdallah Laroui,L\u2019id\u00e9ologie arabe contemporaine,Paris, Maspero, 1967, cit\u00e9 inRoussillon, op.c (&#8230;)<br \/>\n\u00ab La ville de Marrakech, que les touristes consid\u00e8rent comme un vastemus\u00e9e vivant, \u00e9tait sous le Protectorat un objet de naus\u00e9e pour les jeunes nationalistes, \u00e0 tel point qu\u2019ils organis\u00e8rent une vaste campagne de d\u00e9nigrement contre les marques de la d\u00e9cadence qu\u2019on y voyait et qu\u2019ils les firent, \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, formellement interdire61. \u00bb<\/p>\n<p>62 Ali Amahan, 1992, p. 281, les mus\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 fond\u00e9s par les services des arts indig\u00e8nes afin d (&#8230;)<br \/>\n43Les m\u00eames \u00e9lites de l\u2019ind\u00e9pendance avaient exclu de la construction culturelle les mus\u00e9es instaur\u00e9s au temps du Protectorat au titre du m\u00eame refus de l\u2019enfermement de l\u2019identit\u00e9 nationale dans un univers indig\u00e8ne v\u00e9cu comme exclusion de la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb62. C\u2019est donc par un int\u00e9ressant r\u00e9tablissement que sont r\u00e9introduits dans le patrimoine des objets qui en avaient \u00e9t\u00e9 bannis au nom de la promotion d\u2019une identit\u00e9 nationale digne de ce nom. Plus paradoxal, ces objets sont r\u00e9introduits pour les m\u00eames raisons qui les avaient faits bannir : ce qui apparaissait comme un ensemble d\u2019archa\u00efsme pour les \u00e9lites des ind\u00e9pendances appara\u00eet d\u00e9sormais comme un h\u00e9ritage pr\u00e9sentable promu au titre de patrimoine de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>44Appara\u00eet alors la dualit\u00e9 du patrimoine immat\u00e9riel dont la mise en valeur oscille entre la construction d\u2019une identit\u00e9 culturelle marocaine \u2013 \u00ab authentique \u00bb, \u00ab enracin\u00e9e \u00bb \u2013 et la promotion d\u2019une image \u2013 \u00ab traditionnelle \u00bb, \u00ab imm\u00e9moriale \u00bb \u2013 \u00e0 des fins touristiques. Quel est le rapport entre le rejet de la fossilisation de traditions par les \u00e9lites de la d\u00e9colonisation et la mise en valeur d\u2019un patrimoine immat\u00e9riel promu au rang de patrimoine de l\u2019humanit\u00e9 ? La mise en valeur d\u2019un capital culturel proc\u00e8de en m\u00eame temps d\u2019une op\u00e9ration de valorisation d\u2019une ressource touristique. Le projet culturel embrasse-t-il la raison \u00e9conomique ?<\/p>\n<p>Tourisme, violence culturelle et restitutions<\/p>\n<p>63 En 2006, Le secteur touristique repr\u00e9sente \u00e0 lui seul 10,1 % du PIB au Maroc, 17 % du PIB en Tunis (&#8230;)<br \/>\n64 En Alg\u00e9rie, le tourisme repr\u00e9sente 1,5 % du PIB (ibid.), tandis que les exportations de p\u00e9trole et(&#8230;)<br \/>\n45Dans le cas du Maroc, la promotion touristique se juxtapose \u00e0 l\u2019\u00e9difice culturel. Le patrimoine culturel est devenu une ressource \u00e9conomique d\u00e9cisive. Le Maroc comme la Tunisie sont d\u00e9pendants du tourisme qui constitue une part importante du PIB63. L\u2019Alg\u00e9rie, malgr\u00e9 l\u2019importante infrastructure touristique mise en place dans les ann\u00e9es 1970 (les c\u00e9l\u00e8bres \u00ab pouillonades \u00bb), en a abandonn\u00e9 l\u2019exploitation avec les privatisations au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Comme s\u2019il existait une \u00e9quation \u00e9conomique, le tourisme \u2013 fond\u00e9 sur l\u2019exploitation du patrimoine culturel \u2013 compenserait l\u2019absence d\u2019hydrocarbures64 dans la balance commerciale de la Tunisie et du Maroc.<\/p>\n<p>65 El-Fa\u00efz, 2002.<br \/>\n46Le patrimoine consid\u00e9r\u00e9 comme une ressource \u00e9conomique doit \u00eatre alors soustrait aux usages locaux, traditionnels en quelque sorte, en vue d\u2019une mise en valeur qui le rende pr\u00e9sentable \u00e0 la \u00ab consommation \u00bb touristique. L\u2019exploitation \u00e9conomique du patrimoine implique une mus\u00e9ification des villes,o\u00f9 la plus-value \u00e9conomique entra\u00eene dans son sillage des d\u00e9s\u00e9quilibres sociaux. En raison de l\u2019augmentation du co\u00fbt de la vie ou pour des raisons de politique de mise en valeur patrimoniale et touristique, les populations locales (et usagers divers) sont chass\u00e9es des centres des villes ou oblig\u00e9es de d\u00e9placer leurs activit\u00e9s. \u00c0 Marrakech, Mohammed El-Fa\u00efz d\u00e9nonce ainsi le \u00ab vandalisme patrimonial \u00bb65. La sp\u00e9culation immobili\u00e8re li\u00e9e au tourisme a en effet r\u00e9duit les espaces agricoles de la palmeraie, mettant en danger l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me par les effets conjoints de l\u2019urbanisation et de la modernisation des syst\u00e8mes d\u2019irrigation. La disparition des espaces agricoles et l\u2019exploitation touristique intensive conduisent \u00e0 l\u2019apparition de tr\u00e8s fortes in\u00e9galit\u00e9s et dans cet espace se c\u00f4toient des \u00eelots d\u2019extr\u00eame richesse li\u00e9s au tourisme, et des poches de pauvret\u00e9 dans lesquels sont cantonn\u00e9es une partie des populations locales, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leur espace, voire de leur culture. Ces d\u00e9s\u00e9quilibres pourraient \u00e0 terme entra\u00eener la disparition de l\u2019identit\u00e9 sociale de la ville, c\u2019est-\u00e0-dire son pouvoir d\u2019attraction en entra\u00eenant du m\u00eame coup des tensions sociales.<\/p>\n<p>66 Simon Jenkins, \u00ab Hysteria Calls the Shots \u00bb, The Times,19\/11\/1997 cit\u00e9 inKirshenblatt-Gimblett,(&#8230;)<br \/>\n67 Ibid. voir aussi Meskell Lynn, \u00ab Sites of violence : Terrorism, Tourism and Heritage in the Archae (&#8230;)<br \/>\n47L\u2019expropriation des populations locales conduit inexorablement \u00e0 des demandes de r\u00e9parations et de restitutions. Dans le cas de l\u2019\u00c9gypte o\u00f9 le tourisme est la ressource \u00e9conomique majeure, l\u2019attentat de 1997 \u00e0 Louxor a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 comme une r\u00e9action \u00e0 une forme de violence impos\u00e9e par le tourisme66. Rappelons le contexte : les habitants de Gurna qui r\u00e9sidaient pr\u00e8s des ruines v\u00e9n\u00e9rables exploitant leurs parcelles et b\u00e9n\u00e9ficiant des passages du site avaient \u00e9t\u00e9 expropri\u00e9s pour laisser la place \u00e0 un projet de mus\u00e9e de plein air. Les touristes, isol\u00e9s des populations locales, apparaissaient alors comme des hordes d\u2019envahisseurs \u00e9trangers, immorales, immodestes et en d\u00e9finitive, peu rentables pour les populations locales. Les islamistes pouvaient alors s\u2019attaquer \u00e0 Louxor comme \u00ab colonie du tourisme soi-disant culturel, occup\u00e9 par les arm\u00e9es du tourisme mondial \u00bb67. En somme, si les empires coloniaux n\u2019ont pas pu d\u00e9placer les sites, c\u2019est le tourisme, sous couvert du label patrimoine mondial, qui a achev\u00e9 d\u2019en d\u00e9poss\u00e9der les populations.<\/p>\n<p>48Cette analyse reprend les termes du discours encadrant la question des restitutions : le colonialisme entra\u00eene la d\u00e9possession, laquelle justifie toute demande de restitution ; la propri\u00e9t\u00e9 ici devient le moyen et la finalit\u00e9 de l\u2019affirmation identitaire. L\u00e0 encore, la rh\u00e9torique identitaire cantonne le probl\u00e8me \u00e0 sa partie visible. L\u2019attaque est port\u00e9e contre le gouvernement \u00e9gyptien par la d\u00e9stabilisation du secteur de l\u2019\u00e9conomie nationale le plus rentable. Le patrimoine ou le tourisme n\u2019en constituent la cible que par incidence. C\u2019est la ressource \u00e9conomique que repr\u00e9sente le patrimoine culturel qui est la cible des groupes terroristes. Pourtant, \u00e0 cause des valeurs de m\u00e9moire, d\u2019histoire ou d\u2019art qui sont assign\u00e9es aux \u0153uvres de patrimoine, la raison \u00e9conomique et la raison culturelle se confondent dans l\u2019acte de violence.<\/p>\n<p>68 Belgacem, 2008.<br \/>\n69 La Tribune d\u2019Alger, 17\/1\/2008.<br \/>\n70 Amahan, 1992.<br \/>\n71 Nassir, 2006.<br \/>\n49La mise en valeur touristique s\u2019accompagne d\u2019une red\u00e9finition des patrimoines nationaux. De m\u00eame que la place Jamaa el-Fna est introduite dans le patrimoine national marocain, les antiquit\u00e9s romaines de l\u2019Alg\u00e9rie sont r\u00e9introduites dans le patrimoine national. Les ruines de Tipasa, Cherchell ou Timgad, inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO en 1982, deviennent les sites phare du patrimoine alg\u00e9rien. Ils font l\u2019objet de mise en valeur \u00e0 des fins touristiques. Plus encore, l\u2019Alg\u00e9rie a adopt\u00e9 depuis 2005 une politique active de sauvegarde de son patrimoine mat\u00e9riel et de lutte contre le pillage des sites arch\u00e9ologiques : au cours de l\u2019ann\u00e9e 2007, la police alg\u00e9rienne a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 1 310 pi\u00e8ces d\u2019arch\u00e9ologie mises en vente sur Internet. Ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es des op\u00e9rations de restitution d\u2019\u0153uvres vol\u00e9es dans les mus\u00e9es alg\u00e9riens68. En janvier 2008, le buste de Marc-Aur\u00e8le, vol\u00e9 en 1996 au mus\u00e9e de Skikda et retrouv\u00e9 en 2004 dans une vente \u00e0 New York, a \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9 par la justice am\u00e9ricaine69. De la m\u00eame mani\u00e8re, le Maroc qui n\u2019a jamais port\u00e9 attention ni \u00e0 la restitution des \u0153uvres d\u00e9plac\u00e9es pendant la p\u00e9riode coloniale, ni pris de mesures afin d\u2019endiguer le trafic d\u2019antiquit\u00e9s, a ratifi\u00e9 en 2003 la Convention de 1970 et fin 2006, une loi de protection du patrimoine mat\u00e9riel \u00e9tait en cours d\u2019examen au Parlement. Symptomatiquement, le patrimoine marocain n\u2019a jamais figur\u00e9 dans les mus\u00e9es de beaux-arts, mais dans les mus\u00e9es d\u2019ethnologie lesquels avaient \u00e9t\u00e9 bannis \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance70. Cependant, quelques mesures de protection ont eu des r\u00e9sultats concrets : en 1996, la coop\u00e9ration de l\u2019ICOM et d\u2019Interpol a permis la restitution de deux portes des XIVe et XVIIIe ; en 2006, 17 000 fossiles ont \u00e9t\u00e9 saisis \u00e0 Perpignan71.<\/p>\n<p>50Les processus de lutte contre le trafic illicite et de restitution d\u2019\u0153uvres pill\u00e9es pendant la p\u00e9riode coloniale sont donc \u00e9troitement li\u00e9s. Ils partent d\u2019une m\u00eame logique : conserver le patrimoine comme un ensemble. Ce qui diff\u00e8re, c\u2019est la motivation de ces protections. Dans le cas des restitutions des ann\u00e9es 1990, le motif \u00e9tait politique et culturel. Ici, la valeur touristique des \u0153uvres motive leur restitution et par l\u00e0, leur int\u00e9gration au titre de patrimoine national, ce qui laisse pr\u00e9sager que les \u0153uvres qui n\u2019entraient pas jusque-l\u00e0 dans la d\u00e9finition du patrimoine national pourraient faire l\u2019objet de demandes de restitution.<\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>51Notre examen de la question des restitutions au Maghreb, ou plut\u00f4t, l\u2019absence apparente de demandes de restitution, nous a permis de montrer qu\u2019elle est \u00e9minemment pol\u00e9mique et \u00e9volue au c\u0153ur d\u2019une question patrimoniale au caract\u00e8re souvent consensuelle. En fait, les revendications et le dispositif des restitutions varient en relation avec les repr\u00e9sentations du patrimoine.Cette non-question des restitutions permet donc de faire appara\u00eetre les arguments et la rh\u00e9torique patrimoniale : identit\u00e9, souverainet\u00e9 nationale, d\u00e9veloppement et propri\u00e9t\u00e9. La propri\u00e9t\u00e9 domine l\u2019ensemble de la r\u00e9flexion sur le patrimoine. En effet, si le retour des \u0153uvres fran\u00e7aises au mus\u00e9e d\u2019Alger au titre de patrimoine national aurait pu \u00eatre contest\u00e9, le droit de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 constituer son patrimoine \u00e9tait incontestable. Quel patrimoine l\u2019Alg\u00e9rie se constitue-t-elle ?<\/p>\n<p>72 Pouillon, 1997.<br \/>\n73 Bouabdellah, 1992.<br \/>\n52Au moment des d\u00e9colonisations, la construction patrimoniale r\u00e9v\u00e9lait l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019assumer pleinement le legs colonial. La rupture avec le folklore et l\u2019imagerie coloniale intervient en m\u00eame temps que l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire laquelle ach\u00e8ve de faire dispara\u00eetre les signes de la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle ou archa\u00efque72. C\u2019est ce que montre l\u2019histoire du mus\u00e9e d\u2019Alger : apr\u00e8s la restitution et les efforts d\u2019extension de Maisonseul, la collection tombe en d\u00e9su\u00e9tude, le public d\u00e9serte le mus\u00e9e73. Le patrimoine est autre, il est l\u2019image de la Nation, moderne et enracin\u00e9e dans un pass\u00e9 \u00ab authentique \u00bb, celui-l\u00e0 m\u00eame qui a \u00e9t\u00e9 dispers\u00e9 et emport\u00e9 dans les m\u00e9tropoles coloniales. Les t\u00e9moignages de ce pass\u00e9, \u00ab bousill\u00e9 \u00bb par le colonialisme, sont appel\u00e9s \u00e0 servir de base \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 nationale et \u00e0 inscrire les pays dans un futur qui leur soit propre. C\u2019est le temps des Manifestes culturels, des d\u00e9clamations ; celles-ci ont alors valeur d\u2019effet, c\u2019est, dirait-on, l\u2019intention qui compte.<\/p>\n<p>53\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970 et 1980, s\u2019amorce un mouvement mondial de patrimonialisation des soci\u00e9t\u00e9s. Le patrimoine devient un objet ind\u00e9pendant : conserver, poss\u00e9der, mettre en valeur, exposer, deviennent les ma\u00eetres mots des politiques culturelles. Sous l\u2019impulsion de l\u2019UNESCO, le principe de recouvrement des patrimoines en exil se syst\u00e9matise : le droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 patrimoniale devient un principe de droit international. La dimension politique est rel\u00e9gu\u00e9e au second rang, et la l\u00e9gislation internationale appuie les constructions culturelles et patrimoniales. Le principe de restitution devient \u00e9galement une valeur de transaction derri\u00e8re laquelle s\u2019efface la valeur culturelle de l\u2019objet. Les relations complexes de la France et de l\u2019Alg\u00e9rie sont suspendues \u00e0 la restitution de menus objets, pi\u00e8tres symboles de bonne volont\u00e9. Le sceau du Dey d\u2019Alger ne fait que r\u00e9v\u00e9ler l\u2019incompr\u00e9hension ou l\u2019absence de volont\u00e9s politiques, de part et d\u2019autre de la M\u00e9diterran\u00e9e, de mener un travail de m\u00e9moire : partager les crimes et les assumer, partager les douleurs pour surmonter les ranc\u0153urs historiques et peut-\u00eatre essayer d\u2019oublier.<\/p>\n<p>54Les objets d\u2019art ont acquis une autre valeur, \u00e9conomique cette fois. Le patrimoine constitue un capital \u00e9conomique : il attire les touristes. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, le d\u00e9veloppement des industries touristiques est abandonn\u00e9 par l\u2019Alg\u00e9rie, mais s\u2019intensifie au Maroc et en Tunisie. \u00c0 l\u2019image de la place Jamaa el-Fna, de nouveaux objets de patrimoine sont invent\u00e9s. Il s\u2019agit de conserver l\u2019intangible en voie de disparition (n\u2019est-ce pas le propre des \u00ab traditions \u00bb de dispara\u00eetre \u00e0 mesure qu\u2019elles se renouvellent ?) et de d\u00e9velopper \u00e0 nouveau mus\u00e9es et conservatoires patrimoniaux. Les grands mus\u00e9es occidentaux rechignent \u00e0 la restitution des \u0153uvres phares arguant le principe d\u2019universalit\u00e9 des cultures, tandis que les mus\u00e9es \u00ab pauvres \u00bb crient haut et fort leur droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de ces m\u00eames \u0153uvres. La valeur \u00e9conomique implique, au passage, la r\u00e9int\u00e9gration, au titre de patrimoine national, de ce qui avait \u00e9t\u00e9 banni par les nationalistes au moment de la d\u00e9colonisation. La rentabilit\u00e9 \u00e9conomique appelle le recouvrement du patrimoine ; capital \u00e9conomique et capital culturel se confondent.<\/p>\n<p>55Restitutions, retour, rapatriement ou expropriation, r\u00e9appropriation renvoient \u00e0 la m\u00eame id\u00e9e, la propri\u00e9t\u00e9 exclusive d\u2019un groupe. La propri\u00e9t\u00e9 devient l\u2019essence du patrimoine qui s\u2019\u00e9nonce alors dans des rapports de force. Ces derniers spolient la r\u00e9flexion culturelle et oblit\u00e8rent la m\u00e9moire dont les objets sont porteurs. Peut-\u00eatre, au Maghreb comme ailleurs, faudrait-il renouveler les formulations du probl\u00e8me patrimonial, sortir du pi\u00e8ge de la propri\u00e9t\u00e9 et des positionnements identitaires immuables. Cela obligerait \u00e0 engager une r\u00e9flexion sur le partage, sur la relativit\u00e9 des m\u00e9moires et des identit\u00e9s, engagement politique assur\u00e9ment qui d\u00e9passe de loin la question patrimoniale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span class=\"text\">Bibliographie<\/span><\/strong><\/p>\n<div class=\"text\">\n<div class=\"doi_box basic\">\n<div class=\"doi_logo\"><\/div>\n<div class=\"doi_pres\">Des DOI (Digital Object Identifier) sont automatiquement ajout\u00e9s aux r\u00e9f\u00e9rences par Bilbo, l&rsquo;outil d&rsquo;annotation bibliographique d&rsquo;OpenEdition.<br \/>\nLes utilisateurs des institutions abonn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;un des programmes freemium d&rsquo;OpenEdition peuvent t\u00e9l\u00e9charger les r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques pour lesquelles Bilbo a trouv\u00e9 un DOI.<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"bibl_0\" class=\"formated_bibl_container all\"><\/div>\n<p class=\"bibliographie\" dir=\"ltr\"><a href=\"http:\/\/www.elwatan.com\/2006-06-07\/oran-info\/IMG\/_article_PDF\/spip.php?auteur1878\">Aboun Adjali<\/a> Ouahiba, 2007, \u00ab&nbsp;L\u2019Alger de mon Panaf&nbsp;\u00bb, <em>El-Watan<\/em>, 22 mars.<\/p>\n<p class=\"bibliographie\" dir=\"ltr\">Amahan Ali, 1992, \u00ab&nbsp;Museums and Tourism&nbsp;: the Example of Morocco&nbsp;\u00bb in <em>What museums for Africa&nbsp;? 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Quelques oublis cependant comme ces Mantegna du mus\u00e9e de Tours\u2026 mais qui se pr\u00e9occupe alors des \u00ab primitifs \u00bb italiens ?<\/p>\n<p>7 Boular\u00e8s, 2000 ; voir l\u2019\u00e9pilogue.<\/p>\n<p>8 Belkhodja, 1999, p. 23. L\u2019auteur pr\u00e9cise : \u00ab Bourguiba eut du mal \u00e0 cacher sa d\u00e9ception. N\u00e9anmoins, il rapporta avec lui une fiole remplie de sable qu\u2019il avait recueilli lui-m\u00eame sur la tombe d\u2019Hannibal. \u00bb<\/p>\n<p>9 Sur les liens entre arch\u00e9ologie et g\u00e9n\u00e9alogie nationale en Tunisie, voir la contribution de Cl\u00e9mentine Gutron dans ce volume.<\/p>\n<p>10 Le Monde, 4\/12\/1969, \u00ab Pr\u00e8s de trois cents \u0153uvres d\u2019art ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9es par la France \u00bb, cit\u00e9 in Perrot 2005, p. 232, note 68.<\/p>\n<p>11 Jean Alazard (1887-1960), historien de l\u2019art, sp\u00e9cialiste de la Renaissance italienne et conservateur du mus\u00e9e d\u2019Alger de 1930 \u00e0 1960. Cf. Oulbesir, 2004, p. 320.<\/p>\n<p>12 Pouillon, 1992.<\/p>\n<p>13 Lettre de l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Alger adress\u00e9e au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res alg\u00e9rien, dat\u00e9e du 11 juillet 1968 (archives du mus\u00e9e des Beaux-Arts d\u2019Alger), mentionn\u00e9e dansle Recueil G\u00e9n\u00e9ral des Trait\u00e9s de la France. Accords bilat\u00e9raux non publi\u00e9s, 1958-1974, Paris, La Documentation Fran\u00e7aise, 1977, vol. II, n\u00b0 680, p. 330, cit\u00e9 in Perrot 2005, p. 232.<\/p>\n<p>14 Le sujet \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme source de contentieux, le protocole n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 revu par les deux parties. Communication de Malika Bouabdellah, directrice du mus\u00e9e d\u2019Alger jusqu\u2019en 1993.<\/p>\n<p>15 Le Monde, op.cit.<\/p>\n<p>16 Ce sont notamment des peintres \u00ab na\u00effs \u00bb r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque fran\u00e7aise, tels que Baya, Benaboura, etc. Voir \u00e0 ce propos Pouillon, 1992.<\/p>\n<p>17 \u00ab La r\u00e9volution culturelle constitue le couronnement de notre r\u00e9volution globale, fond\u00e9e surles trois piliers que sont les r\u00e9volutions industrielle, agraire et culturelle. \u00bb Discours de Boumediene, 4\/12\/1971, cit\u00e9 in Baghli, 1977.<\/p>\n<p>18 Nkrumah, 1962, p. 316.<\/p>\n<p>19 Aboun Adjali, 2007. Voir aussi le film documentaire de William Klein, Le festival panafricain d\u2019Alger, 1972.<\/p>\n<p>20 \u00ab Manifeste culturel panafricain \u00bb, Souffles, 16-17, 4e trimestre 1969, janvier-f\u00e9vrier 1970, p. 9-13.<\/p>\n<p>21 Voir Oulebsir, 2004.<\/p>\n<p>22 ONU, r\u00e9solution 3187, adopt\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de 1973.<\/p>\n<p>23 Entre 1973 et 2006, l\u2019ONU fait ainsi voter 23 r\u00e9solutions relatives \u00e0 la question des restitutions\/r\u00e9parations.<\/p>\n<p>24 Amadou Mahtar Mbow (1921) est ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance puis de la Culture et de la jeunesse. Directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UNESCO en 1974 \u00e0 1987, il politise les missions de l\u2019UNESCO. Son mandat est marqu\u00e9 par une forte pol\u00e9mique autour de la commission Mac Bride et du rapport \u00ab Many Voices, One World \u00bb qui entra\u00eene le retrait des \u00c9tats-Unis de l\u2019Organisation puis de la Grande-Bretagne en 1984.<\/p>\n<p>25 UNESCO, 1983.<\/p>\n<p>26 ibid.<\/p>\n<p>27 La r\u00e9solution 38-34 de 1983 affirme que \u00ab le retour \u00e0 leur pays d\u2019origine des biens culturels de valeur spirituelle et culturelle fondamentale est d\u2019une importance capitale pour les peuples concern\u00e9s en vue de constituer des collections repr\u00e9sentatives de leur patrimoine culturel \u00bb.<\/p>\n<p>28 Cf. notamment la Convention concernant les mesures \u00e0 prendre pour interdire et emp\u00eacher l\u2019importation, l\u2019exportation et le transfert de propri\u00e9t\u00e9 illicites des biens culturels.<\/p>\n<p>29 Conception qui trouve son aboutissement dans la campagne internationale de sauvetage des monuments de la Nubie (1960-1980), laquelle m\u00e8ne \u00e0 l\u2019adoption de la Convention du Patrimoine mondial (1972).<\/p>\n<p>30 Convention de 1970, pr\u00e9ambule \u00a7 3.<\/p>\n<p>31 Perrot, 2005, p. 484. Voir \u00e9galement Merryman, 2000.<\/p>\n<p>32 M\u00e9lina Mercouri (1920-1994) a \u00e9t\u00e9 ministre de la Culture en Gr\u00e8ce de 1981 \u00e0 1989 puis de 1993 \u00e0 1994. Son aura m\u00e9diatique a vraisemblablement port\u00e9 le \u00ab combat \u00bb grec sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>33 Les textes de l\u2019UNESCO sont compl\u00e9t\u00e9s par d\u2019autres instruments l\u00e9gaux tels que la Convention d\u2019UNIDROIT sur les biens culturels vol\u00e9s ou illicitement export\u00e9s (Rome, 24\/6\/1995).<\/p>\n<p>34 Moshood Kashimawo Olawale Abiola (1937-1998). Homme d\u2019affaires et d\u2019\u00c9tat nig\u00e9rian, il est pr\u00e9sident du Nigeria du 6 au 31\/7\/1993, avant d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>35 La Proclamation d\u2019Abuja est suivie de la d\u00e9claration d\u2019Accra (Ghana) en 1999 et surtout de la conf\u00e9rence de Durban (Afrique du Sud) qui d\u00e9clare l\u2019esclavagisme \u00ab crime contre l\u2019humanit\u00e9 \u00bb. Cf. Ukabiala, 2001.<\/p>\n<p>36 Proclamation d\u2019Abuja, 1993.<\/p>\n<p>37 Ibid.<\/p>\n<p>38 Jewsiewicki, 2004, p. 7.<\/p>\n<p>39 Pomian, 1987.<\/p>\n<p>40 Allocution du Pr\u00e9sident, 3 mars 2003, http:\/\/www.ambafrance-dz.org\/article.php3 ?id_article =408.<\/p>\n<p>41 Symbole ou pl\u00e9onasme, l\u2019expression est employ\u00e9e par Jacques Chirac dans son allocution, ibid.<\/p>\n<p>42 Chirac en 2003 n\u2019a d\u2019ailleurs cess\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter que sa visite est la premi\u00e8re d\u2019un chef d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, ibid.<\/p>\n<p>43 \u00c0 propos des images d\u2019Abd el-Kader et de leur signification dans le contexte national alg\u00e9rien, voir la contribution de Fran\u00e7ois Pouillon dans ce volume.<\/p>\n<p>44 V\u00e9drine, 2006. Cette pi\u00e8ce d\u2019artillerie du XVIe si\u00e8cle \u00e9tait connue sous le nom de \u00ab la consulaire \u00bb apr\u00e8s que le consul de France ait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de cette arme en 1672. En 1830, l\u2019arm\u00e9e s\u2019en \u00e9tait saisie comme symbole de revanche sur cette humiliation. En 1912 d\u00e9j\u00e0, une p\u00e9tition des anciens de l\u2019Arm\u00e9e d\u2019Afrique avait demand\u00e9, sans succ\u00e8s, le retour du canon \u00e0 Alger.<\/p>\n<p>45 Ibid.<\/p>\n<p>46 AFP, 2\/7\/2006, discours \u00e0 la tonalit\u00e9 virulente tenu lors d\u2019un colloque international organis\u00e9 \u00e0 Alger et intitul\u00e9 \u00ab le colonialisme : entre v\u00e9rit\u00e9 historique et pol\u00e9mique politique \u00bb.<\/p>\n<p>47 Les forums de discussion sur Internet t\u00e9moignent de la vivacit\u00e9 des r\u00e9actions et illustrent assez bien les tenants et les aboutissants de la question. On pourra consulter \u00e0 ce propos le site http:\/\/www.algerie-dz.com\/forums\/showthread.php ?t =21496<\/p>\n<p>48 Metaoui, 2006.<\/p>\n<p>49 Beldjenna,2006 ; voir aussi Yacoub, 2007.<\/p>\n<p>50 Sur les commissions V\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation, cf. Jewsiewicki, 2004. En Alg\u00e9rie une \u00ab loi d\u2019amnistie \u00bb a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en 2005 afin d\u2019entamer un processus de r\u00e9conciliation nationale. Elle a cependant \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s critiqu\u00e9e par les victimes de la guerre civile car elle tendait plus \u00e0 r\u00e9guler qu\u2019\u00e0 r\u00e9concilier la m\u00e9moire du conflit. Voir \u00e0 ce sujet Moussaoui, 2007.<\/p>\n<p>51 http:\/\/www.unesco.org\/culture\/policies\/wccd\/html_fr\/index_fr.shtml<\/p>\n<p>52 http:\/\/www.unesco.org\/culture\/policies\/ocd\/html_fr\/index_fr.shtml. Cette conception de la diversit\u00e9 comme moteur de d\u00e9veloppement \u00e9tait le principe central de la Charte culturelle de l\u2019Afrique en 1976.<\/p>\n<p>53 Publi\u00e9e par l\u2019UNESCO en 1952 dans la collection La question radicale devant la science moderne. Pour une discussion et une d\u00e9monstration de son instrumentalisation voir de L\u2019Estoile, 2007, p. 309 et suivantes.<\/p>\n<p>54 Claude L\u00e9vi-Strauss, 1996, p. 381. On peut se demander si, dans sa conception, la D\u00e9claration sur la diversit\u00e9 culturelle n\u2019est pas plus proche du texte controvers\u00e9 de L\u00e9vi-Strauss \u00ab Race et Culture \u00bb (1971) o\u00f9 l\u2019auteur montre que le principe culturaliste domine la r\u00e9flexion sur la diversit\u00e9 des cultures humaines. Sur le rapport des deux textes et leur rapport \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019UNESCO, voir Stoczkowski, 2007.<\/p>\n<p>55 Vulser, 2004.<\/p>\n<p>56 Benjelloun, 2004.<\/p>\n<p>57 Pouillon, 1997, p. 292.<\/p>\n<p>58 L\u2019Alg\u00e9rie fait figure de promoteur en accueillant en 2006 la premi\u00e8re conf\u00e9rence du Comit\u00e9 intergouvernemental de protection du patrimoine culturel immat\u00e9riel.<\/p>\n<p>59 Le Matin du Sahara et du Maghreb, 30\/6\/1997, cit\u00e9 in Roussillon, 2005.<\/p>\n<p>60 Roussillon, 2005.<\/p>\n<p>61 Abdallah Laroui, L\u2019id\u00e9ologie arabe contemporaine,Paris, Maspero, 1967, cit\u00e9 inRoussillon, op.cit.<\/p>\n<p>62 Ali Amahan, 1992, p. 281, les mus\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 fond\u00e9s par les services des arts indig\u00e8nes afin d\u2019encourager et promouvoir le d\u00e9veloppement d\u2019un l\u2019artisanat national, conforme aux traditions. En fait de tradition, il s\u2019agissait plus d\u2019une invention des motifs de l\u2019artisanat.<\/p>\n<p>63 En 2006, Le secteur touristique repr\u00e9sente \u00e0 lui seul 10,1 % du PIB au Maroc, 17 % du PIB en Tunisie o\u00f9 il constitue la premi\u00e8re source d\u2019entr\u00e9e de devises.. Le tourisme est \u00e9galement en pleine expansion au Maroc. l\u2019objectif est pour ce pays d\u2019atteindre les 20 % du PIB en 2010. Source : World Economic Forum,http:\/\/www.weforum.org\/pdf\/Global_Competitiveness_Reports\/Reports\/chapters\/2_2.pdf<\/p>\n<p>64 En Alg\u00e9rie, le tourisme repr\u00e9sente 1,5 % du PIB (ibid.), tandis que les exportations de p\u00e9trole et de gaz constituent les principales ressources du pays avec 45 % du PIB. Source : http:\/\/www.oecd.org\/dataoecd\/24\/4\/38555907.pdf<\/p>\n<p>65 El-Fa\u00efz, 2002.<\/p>\n<p>66 Simon Jenkins, \u00ab Hysteria Calls the Shots \u00bb, The Times, 19\/11\/1997 cit\u00e9 inKirshenblatt-Gimblett, 2006, p. 188.<\/p>\n<p>67 Ibid. voir aussi Meskell Lynn, \u00ab Sites of violence : Terrorism, Tourism and Heritage in the Archaeological Present \u00bb, 2002, cit\u00e9 in Kirshenblatt-Gimblett, 2006, p. 187.<\/p>\n<p>68 Belgacem, 2008.<\/p>\n<p>69 La Tribune d\u2019Alger, 17\/1\/2008.<\/p>\n<p>70 Amahan, 1992.<\/p>\n<p>71 Nassir, 2006.<\/p>\n<p>72 Pouillon, 1997.<\/p>\n<p>73 Bouabdellah, 1992.<\/p>\n<p>Haut de page<\/p>\n<p>Pour citer cet article<\/p>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence papier<\/p>\n<p>Jean-Gabriel Leturcq, \u00ab La question des restitutions d\u2019\u0153uvres d\u2019art : diff\u00e9rentiels maghr\u00e9bins \u00bb, L\u2019Ann\u00e9e du Maghreb, IV | 2008, 79-97.<\/p>\n<p>R\u00e9f\u00e9rence \u00e9lectronique<\/p>\n<p>Jean-Gabriel Leturcq, \u00ab La question des restitutions d\u2019\u0153uvres d\u2019art : diff\u00e9rentiels maghr\u00e9bins \u00bb, L\u2019Ann\u00e9e du Maghreb [En ligne], IV | 2008, mis en ligne le 08 juillet 2010, consult\u00e9 le 06 mai 2015. URL : http:\/\/anneemaghreb.revues.org\/431 ; DOI : 10.4000\/anneemaghreb.431<\/p>\n<p>source<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Eh quoi ? 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