Dernière déclaration de la Coordination Nationale des Universitaires Algériens pour le Changement à propos de la rentrée universitaire et sociale prochaine.A vos clavier, le débat est ouvert.Bonne lecture.

La rentrée universitaire de tous les risques A la veille d’une rentrée universitaire et sociale sur fond de pandémie, la situation du pays est inquiétante. Le pouvoir illégitime a instrumentalisé la Covid-19 pour confiner politiquement la population, mener une vaste campagne d’arrestations arbitraires contre les hirakistes et les journalistes. Profitant de la décision citoyenne des acteurs du Hirak, qui ont, pour leur part, pris la mesure de la gravité de la situation sanitaire et ont suspendu toutes les activités de rassemblement. Des pans entiers de la population vivent une précarité sociale aggravée. Cela alors que le pays est géré dans une totale opacité, sans visibilité aucune ni perspectives économiques claires.

Des décisions iniques sont prises, et ne visent qu’à pérenniser le système et à hypothéquer encore davantage l’avenir du pays. Dans le même temps, la communauté universitaire est confrontée à son corps défendant à une tutelle ministérielle et administrative sans écoute. Malgré cette situation alarmante, la Coordination Nationale des Universitaires Algériens pour le Changement (CNUAC) continue à se projeter dans un Hirak de luttes pour la revendication d’une transition démocratique, pouvant assurer un état de droit, une vie économique et sociale digne pour tous les Algériens, et une université démocratique et libre.

La CNUAC, a suivi de très près, tout au long du confinement, les soubresauts de la vie politique et sociale et particulièrement la gestion de la rentrée universitaire. Plus que jamais, le trait dominant de la gestion de l’université, reste, la gouvernance autoritaire, arbitraire et bureaucratique.L’enseignement supérieur est malade de ses décideurs omnipotents qui démonétisent les savoirs en les soumettant aux logiques bureaucratiques et à la domestication des acteurs universitaires. Aucune concertation, aucune écoute, juste des relais satellites, au niveau des enseignants et des étudiants qui ne représentent, qu’eux-mêmes, et en guise de méthode pédagogique des recettes techniques et numériques.

La rentrée s’annonce, donc, à risques et des protocoles universitaires sont improvisés et retenus sans la participation des enseignants et des étudiants. Dans ce contexte, le « bâclage » pédagogique ne peut que s’amplifier, les normes Unesco piétinées. La communauté universitaire ne peut ni valider ni cautionner un tel fonctionnement. Elle doit le refuser.

Le télé-enseignement s’est révélé un échec en raison du manque de moyens techniques et humains nécessaires (débit internet, ordinateurs, etc.), accentuant, par la même, les inégalités sociales et territoriales. Il n’est pas nécessaire de rappeler qu’il ne faudra pas espérer l’élaboration d’un bilan transparent et crédible des responsables. Il s’agit tout au plus, de maquiller les difficultés et les manquements. Nous devons, enseignants et étudiants, nous impliquer fermement pour coordonner nos actions afin de préserver les normes pédagogiques admises en évaluation présentielle.

Le pouvoir en place n’est pas intéressé par la démocratisation de la gestion de l’université. Puisque l’université est utilisée comme un outil, parmi tant d’autres, de rachat de la paix sociale, et de domestication de la communauté scientifique. La production du savoir, la performance, la modernité ne s’inscrivent pas dans les objectifs des politiques scientifiques plus promptes à contrôler toute voix/voie d’opposition. A contrario l’université n’est rien d’autre qu’un instrument de plus de manipulation idéologique et de monopolisation de l’élite à des fins de légitimation. De telles pratiques sont un écueil à tout ce qui pourrait permettre la naissance et le développement d’une élite scientifique nationale. Il ne s’agit donc pas seulement de populisme. Encore une fois, il s’agit de désarmer scientifiquement notre pays.

L’actualité nous ramène sans cesse à cette réalité. Piteux, médiocre et triste, à la fois, de constater que le discours officiel en quête de légitimité ignore superbement toutes les instances scientifiques de l’université. En prenant des décisions lourdes de conséquences en matière de crédibilité et de pertinence des formations doctorales. Ceci est inadmissible ! Au lieu de progresser, nous sommes contraints lamentablement de régresser.L’université continue à fonctionner dans les petits mais aussi les grands arrangements, par la complaisance, le populisme et par la clochardisation institutionnalisée. C’est devenu, LE système de fonctionnement, qu’il faudra combattre de façon explicite et déterminée.

La société algérienne a besoin de son intelligentsia pour répondre à ses attentes et à ses problèmes. Pour cela l’université doit être un espace de liberté où la créativité et l’effort trouveront un terrain fertile qui ne soit pas asphyxié par l’incompétence et une centralisation de contrôle. En outre, l’université est complétement en marge des impératifs du développement économique. La gouvernance universitaire basée sur l’opacité et l’autoritarisme administratif n’est plus acceptable. La communauté universitaire doit réagir et s’auto-organiser, pour faire contrepoids à cette machine bureaucratique qui a pour but de neutraliser politiquement l’intelligentsia universitaire réduite à des enseignements et des salaires.

Un sursaut de la démocratisation de l’université est nécessaire et salutaire car l’université ne changera pas d’elle-même. Elle ne pourra évoluer que par l’engagement de ses acteurs. Les universitaires engagés dans le Hirak ont bien compris l’importance de ce mouvement populaire et l’impact qu’il pourrait avoir sur l’université.Si nous voulons le changement, nous n’avons pas d’autres choix que de continuer le combat pacifique pour faire naître la nouvelle république, porteuse de nos espérances tant de fois avortées.

La CNUAC force vive du Hirak est née pour se projeter dans cette attente de changement social et politique, en assumant sa mission envers le pays et l’université. Elle ne veut, en aucun cas, faillir à son devoir à saisir ce moment historique, il en va de sa responsabilité. Face à la démagogie, à l’autoritarisme et au volontarisme de ce système, peu préoccupé de l’avenir du pays, cette rentrée universitaire, sociale et politique se doit d’être la rentrée de la contestation et du retour en force du Hirak.La relance des marches et des rassemblements sont nécessaires. Une auto-organisation devrait permettre le respect des mesures sanitaires et le renforcement de la mobilisation. La rentrée sociale doit être une rentrée des luttes, une rentrée du Hirak solidaire et uni.Pour une Algérie libre et démocratique Le 17 août 2020