Un personnage sensé pourrait croire que l’image est le pur fruit de l’imagination d’un rêveur invétéré. Elle est pourtant le reflet de la réalité. Sans posséder ni armes chimiques, ni armes nucléaires, ni aviation militaire, ni blindés ni chars sophistiqués, sayed Hassan Nasrallah réussit, par ses seuls propos, à terroriser l’ennemi qui a l’une des aviations militaires les plus performantes du monde, qui possède des armes nucléaires et chimiques et qui bénéficie d’un appui occidental illimité. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à consulter les médias israéliens et les commentaires émis après l’interview accordée par le chef du Hezbollah à la chaîne de télévision libanaise Al Mayadin. Il est clair que les Israéliens, responsables politiques et militaires et simples citoyens ont suivi avec une attention exceptionnelle les réponses du sayed, sans doute bien plus que les rivaux politiques au Liban, incapables d’une telle concentration et surtout impuissants à trouver des arguments logiques à lui opposer.

 

Entretien du sayed Nasrallah avec Ghassan bin Jeddo, de la chaîne de télévision libanaise Al-Mayadin, le 3 septembre 2012 Ce qui est sût en tout cas, c’est que les Israéliens ont pris au sérieux les déclarations du secrétaire général du Hezbollah. Les chaînes de télévision israéliennes ont ainsi depuis mardi matin, ouvert leurs tribunes aux commentateurs et autres spécialistes, qui ont tous affirmé qu’ils croyaient sayed Nasrallah lorsqu’il déclare que le Hezbollah ne possède pas d’armes chimiques, d’autant que c’est interdit par la religion.

De même, la petite phrase de sayed Nasrallah sur le fait que si les Israéliens, comme l’a déclaré Ehud Barak, doivent se tenir prêts à envahir de nouveau le Liban, les moudjahidines du Hezbollah seront prêts à entrer en Galilée, n’est pas passée inaperçue. C’est la première fois qu’un leader arabe ose dépasser le stade de la simple défense pour se mettre en position offensive. Depuis la création injuste d’ »Israël » sur la terre palestinienne, c’est la première fois que les rôles sont ainsi inversés. Sayed Nasrallah avait certes commencé à changer l’équation régionale en mettant à exécution ses menaces de bombarder l’intérieur israélien pendant la guerre de 2006. Mais cette fois, il est allé encore plus loin, ne se contentant plus de déclarer que le Hezbollah dispose d’une banque de cibles en « Israël » qui lui permettra avec quelques missiles de transformer la vie de centaines de milliers d’ »Israéliens » en enfer, il a aussi menacé d’envoyer les moudjahidines sur la terre palestinienne occupée. Une nouvelle offensive israélienne contre le Liban entraînerait donc la bataille sur la terre palestinienne occupée, alors que jusqu’à présent toutes les guerres israélo-arabes se sont déroulées dans les pays arabes.

Cette nouvelle équation est de nature à faire longuement réfléchir les responsables israéliens qui, depuis la guerre de 2006, multiplient les manœuvres destinées à renforcer « le front interne » en cas de nouvelle guerre, sans d’ailleurs y parvenir, puisque chaque manœuvre met en évidence les lacunes de la défense interne. C’est dire que l’équilibre de la terreur établi par la résistance au Liban avec l’ennemi israélien est constamment en train de se renforcer et même de tourner à l’avantage de la première, en dépit du grand fossé entre les deux forces au niveau des équipements militaires.

Comment une telle situation a-t-elle pu être atteinte ? Sayed Nasrallah l’a expliqué lui-même, en précisant que la résistance est en train d’utiliser les points faibles de la puissance israélienne pour renforcer ses propres forces. Il fallait simplement y penser, mais surtout avoir le courage de décider que oui, rien n’est impossible à celui qui a la foi et la détermination et que même celui qui paraît très fort a des faiblesses qu’il faut savoir exploiter.

Sayed Nasrallah ne s’est pas contenté de déstabiliser l’ennemi israélien. Sans avoir l’air de rien et tout en précisant qu’il ne peut pas parler au nom de la République islamique d’Iran, il a déclaré que si « Israël » bombardait les installations nucléaires iraniennes, les Iraniens frapperaient les bases américaines dans le Golfe. C’est clair, net et précis. A chacun de tirer les conclusions qui s’imposent et d’assumer ses responsabilités. Ce qui est sûr, c’est que ni l’Iran, ni l’axe de la résistance ne se laisseront faire sans riposter. L’ère du fatalisme arabo-musulman est définitivement dépassée. Non seulement, l’axe de la résistance compte réagir, mais il a aussi les moyens de déstabiliser ses ennemis. C’est le nouveau Moyen Orient, voire le Nouveau monde qui est en train de naître…

Source : French Moqawama