{"id":410,"date":"2012-09-24T14:01:13","date_gmt":"2012-09-24T14:01:13","guid":{"rendered":"http:\/\/algerienetwork.com\/canada\/?p=410"},"modified":"2012-09-24T14:01:13","modified_gmt":"2012-09-24T14:01:13","slug":"du-maghreb-au-quebec-accommodements-et-strategies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/du-maghreb-au-quebec-accommodements-et-strategies\/","title":{"rendered":"Du Maghreb au Qu\u00e9bec : accommodements et strat\u00e9gies"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/algerienetwork.com\/canada\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/michel.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-411\" title=\"michel\" src=\"http:\/\/algerienetwork.com\/canada\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/michel.jpg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"250\" \/><\/a>Mich\u00e8le Vatz Laaroussi<\/strong> est docteure en psychologie interculturelle et professeure de travail social \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke. Elle a d\u00e9velopp\u00e9 des recherches portant sur l\u2019immigration, les dynamiques familiales et de genres et l\u2019intervention sociale avec les familles immigrantes. Elle est responsable du R\u00e9seau de recherche sur l\u2019immigration en dehors des m\u00e9tropoles, co-coor-donnatrice du domaine R\u00f4les des collectivit\u00e9s d\u2019accueil au centre M\u00e9tropolis du Qu\u00e9bec et membre du Centre d\u2019\u00c9tudes Ethniques de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. Elle m\u00e8ne actuellement des recherches internationales sur l\u2019immigration en dehors des grands centres, sur la mobilit\u00e9 et la r\u00e9tention des femmes et familles immigrantes et r\u00e9fugi\u00e9es dans divers sites du Qu\u00e9bec et du Canada, ainsi que sur les r\u00e9seaux transnationaux des immigrantes et immigrants install\u00e9s dans plusieurs r\u00e9gions du monde. Elle est auteure de \u00ab Le familial au c\u0153ur de l\u2019immigration : strat\u00e9gies de citoyennet\u00e9 des familles immigrantes au Qu\u00e9bec et en France \u00bb, L\u2019Harmattan, 2001 ; co-\u00e9di-trice avec Margaret walton roberts du num\u00e9ro sp\u00e9cial d\u2019<em>\u00c9tudes Ethniques au Canada<\/em> (\u00ab Penser l\u2019immigration en dehors des m\u00e9tropoles \u00bb) ; elle a dirig\u00e9 avec Claudio Bolzman et Mohamed Lahlou<em>Familles migrantes au gr\u00e9 des ruptures. Tisser la transmission<\/em>, L\u2019interdisciplinaire, 2008. Adresse postale institutionnelle : D\u00e9partement de service social, Universit\u00e9 de Sherbrooke, Sherbrooke (Qu\u00e9bec) J1K2R1, CanadaAdresse m\u00e9l : Michele.laaroussi@USherbrooke.ca<\/p>\n<p>Le Canada, et plus sp\u00e9cifiquement le Qu\u00e9bec, sont des terres d\u2019immigration qui, pour des raisons d\u00e9mographiques et \u00e9conomiques, souhaitent augmenter leur population migrante. Depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, les populations maghr\u00e9bines francophones sont particuli\u00e8rement vis\u00e9es par les politiques d\u2019immigration qu\u00e9b\u00e9coises volontaristes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des jeunes adultes en charge de famille, dot\u00e9s d\u2019un niveau de dipl\u00f4me sup\u00e9rieur et d\u2019un bon potentiel \u00e9conomique. Pour autant, lors de leur installation au Qu\u00e9bec, ces familles rencontrent de nombreux obstacles pour s\u2019ins\u00e9rer sur le march\u00e9 du travail o\u00f9 elles vivent des processus de d\u00e9qualification professionnelle particuli\u00e8rement inqui\u00e9tants. Plus encore, les Maghr\u00e9bins semblent \u00eatre, parmi les nouvelles vagues d\u2019immigrants, les plus touch\u00e9s par cette d\u00e9qualification. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments se conjuguent pour les d\u00e9favoriser sur ce plan : non-reconnaissance des dipl\u00f4mes, non prise en compte des exp\u00e9riences hors Qu\u00e9bec par les employeurs qu\u00e9b\u00e9cois, fermeture des ordres professionnels, connaissance trop partielle de l\u2019Anglais, discriminations et pr\u00e9jug\u00e9s ethniques et religieux renforc\u00e9s depuis le 11 septembre 2001, etc. La situation des femmes maghr\u00e9bines est, nous le verrons, encore plus pr\u00e9occupante que celle des hommes [Godin, 2004].<\/p>\n<p>2 Nous proposons ici une analyse de la place des femmes sur le march\u00e9 du travail et dans les dynamiques familiales, en pays d\u2019immigration. Pour cela, nous \u00e9tudierons d\u2019abord les sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019immigration maghr\u00e9bine au Qu\u00e9bec ainsi que l\u2019impact du contexte sociopolitique contemporain dans lequel la religion musulmane repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment catalyseur de discriminations sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette population. Nous aborderons en particulier la question des accommodements raisonnables, pratique juridique canadienne visant la lutte contre les discriminations, notamment religieuses, envers les minorit\u00e9s, et de la crise qui s\u2019est nou\u00e9e au Qu\u00e9bec autour de ce concept. Nous analyserons enfin la place des Maghr\u00e9bines immigrantes en insistant sur trois dimensions : leur insertion dans l\u2019emploi, les dynamiques familiales et les r\u00e9seaux transnationaux.<\/p>\n<div><strong>M\u00e9thodologie<\/strong>Notre texte s\u2019appuie sur plusieurs recherches qualitatives men\u00e9es aupr\u00e8s de femmes et familles immigrantes au Qu\u00e9bec durant lesquelles plus de 300 femmes immigrantes et r\u00e9fugi\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9es en entrevues individuelles, de couples ou de familles. Ces entretiens individuels sont centr\u00e9s sur le r\u00e9cit de trajectoires de vie des femmes, de leurs conjoints, de leurs enfants, de leurs familles. Ils ont aussi permis de retracer les parcours migratoires. Parmi l\u2019ensemble des femmes interview\u00e9es, une centaine est des Maghr\u00e9bines originaires essentiellement du Maroc et d\u2019Alg\u00e9rie. Pour en savoir plus sur ces diff\u00e9rentes recherches : \u00ab Femmes immigrantes en Estrie et reconstruction identitaire \u00bb [Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 1996] ; \u00ab Les familles immigrantes en Estrie et au Saguenay Lac St Jean \u00bb [Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 1999] ; \u00ab La transmission familiale chez des familles Maghr\u00e9bines et Salvadoriennes \u00bb [Helly <em>et al.<\/em>, 2001], \u00ab Les enjeux interculturels des \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre 2001 \u00bb [Ouellet et Vatz Laaroussi, 2002], \u00ab Les collaborations familles immigrantes-\u00e9cole \u00bb (Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 2005), \u00ab La mobilit\u00e9 des femmes immigrantes install\u00e9es dans les r\u00e9gions du Qu\u00e9bec \u00bb [Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 2007].<\/div>\n<p><!--field: Inter1--><\/p>\n<h3><a name=\"s1n2\"><\/a>L\u2019immigration maghr\u00e9bine au Qu\u00e9bec : le contexte de d\u00e9qualification<\/h3>\n<p><!--field: --><!--field: Inter2--><\/p>\n<h4><a name=\"s2n1\"><\/a>Le contexte sociopolitique de l\u2019immigration au Canada et au Qu\u00e9bec<\/h4>\n<p><!--field: -->3 Au Qu\u00e9bec, tout comme au Canada, lorsqu\u2019on envisage la question de l\u2019immigration, on doit d\u2019abord parler de la grande diversification des pays d\u2019origine et de l\u2019augmentation volontaire du nombre d\u2019immigrants re\u00e7us. On compte au Canada environ 250 000 nouveaux immigrants par an. Au Qu\u00e9bec[1] <strong><a name=\"retournoteno1\"><\/a>[1]<\/strong>\u00a0\u00a0 Les statistiques pr\u00e9sent\u00e9es ici sont issues du minist\u00e8re&#8230; <!--BeginNoIndex--><a href=\"#no1\">suite<\/a><!--EndNoIndex-->, au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, le nombre de personnes n\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger a augment\u00e9 de 20,5 % (pr\u00e8s de 852 000 en 2006). Les migrants re\u00e7us au Qu\u00e9bec arrivent en famille : 20 % des nouveaux arrivants entre 2002 et 2006 sont des enfants de moins de 15 ans et 71 % ont entre 15 et 44 ans. La majorit\u00e9 d\u2019entre eux migre pour des raisons \u00e9conomiques : 60 % des nouveaux arrivants sont des immigrants \u00e9conomiques ; 22 % rel\u00e8vent du regroupement familial et 18 % des familles sont des r\u00e9fugi\u00e9es. On note aussi, sp\u00e9cificit\u00e9 importante de cette immigration, une majorit\u00e9 de personnes hautement instruites et qualifi\u00e9es : 78 % ont un niveau \u00e9quivalent baccalaur\u00e9at et plus (en augmentation depuis les dix derni\u00e8res ann\u00e9es). Tous sexes confondus, le niveau moyen d\u2019\u00e9tudes des immigrants d\u00e9passe celui des Canadiens et des Qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>4 Le Canada se diff\u00e9rencie de l\u2019Europe par des politiques volontaristes d\u2019immigration g\u00e9r\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rents niveaux de gouvernements. Le Qu\u00e9bec a aussi sa politique d\u2019immigration et d\u2019accueil des nouveaux arrivants depuis un partage des juridictions en mati\u00e8re d\u2019immigration obtenu par la seule province du Qu\u00e9bec \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. Cette politique vise la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats de la minorit\u00e9 francophone au Canada et surtout au Qu\u00e9bec. Dans la s\u00e9lection des immigrants au Qu\u00e9bec, on identifie trois grandes composantes : la composante familiale qui permet l\u2019admission des membres de la proche famille rest\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ; la composante humanitaire qui concerne les r\u00e9fugi\u00e9s ; la composante \u00e9conomique qui concerne les gens d\u2019affaires et les travailleurs ainsi que les personnes qui les accompagnent. C\u2019est tr\u00e8s majoritairement dans cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie que sont s\u00e9lectionn\u00e9s les immigrants maghr\u00e9bins, notamment dans le programme \u00ab Employabilit\u00e9 et mobilit\u00e9 professionnelle \u00bb qui s\u00e9lectionne des profils dits prometteurs (niveau d\u2019\u00e9ducation, dipl\u00f4mes professionnels, exp\u00e9rience professionnelle). D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments sont pris en compte dans le processus de s\u00e9lection, comme l\u2019\u00e2ge, la famille, la ma\u00eetrise du fran\u00e7ais.[2] <strong><a name=\"retournoteno2\"><\/a>[2]<\/strong>\u00a0\u00a0 Une nouvelle grille de s\u00e9lection des travailleurs qualifi\u00e9s,&#8230; <!--BeginNoIndex--><a href=\"#no2\">suite<\/a><!--EndNoIndex--> C\u2019est ainsi que le Qu\u00e9bec a accueilli, au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, des travailleurs qualifi\u00e9s et instruits (informaticiens, ing\u00e9nieurs, professeurs d\u2019enseignement secondaire, m\u00e9decins, radiologues, dentistes, scientifiques divers) accompagn\u00e9s de leur famille, provenant principalement du Maroc et d\u2019Alg\u00e9rie. Leur francophonie a sans aucun doute jou\u00e9 un r\u00f4le primordial dans leur s\u00e9lection, mais elle peut aussi repr\u00e9senter un frein \u00e0 leur mobilit\u00e9 vers les autres provinces canadiennes toutes \u00e0 majorit\u00e9 anglophone[3] <strong><a name=\"retournoteno3\"><\/a>[3]<\/strong>\u00a0\u00a0 On note par ailleurs la s\u00e9lection d\u2019immigrants ind\u00e9pendants&#8230; <!--BeginNoIndex--><a href=\"#no3\">suite<\/a><!--EndNoIndex-->.<\/p>\n<p>5 Il ne faut pas oublier que le Qu\u00e9bec repr\u00e9sente aussi une minorit\u00e9 francophone au sein du Canada, ce qui va avoir un impact sur l\u2019accueil r\u00e9serv\u00e9 aux immigrants maghr\u00e9bins eux-m\u00eames francophones. En effet, au Qu\u00e9bec et au Canada, les rapports sociaux et politiques se lisent d\u2019abord en termes de majorit\u00e9 et minorit\u00e9 linguistiques et religieuses. Les francophones et le Qu\u00e9bec ont des \u00ab r\u00e9flexes minoritaires \u00bb qui se traduisent g\u00e9n\u00e9ralement par des attitudes et des strat\u00e9gies de protection, de revendication et de repli identitaire. Dans ce contexte o\u00f9 relations et politiques se d\u00e9veloppent et se cristallisent entre anglophones protestants et francophones catholiques, il est clair que l\u2019accueil d\u2019immigrants francophones musulmans repr\u00e9sente un enjeu tant sur le plan des relations interpersonnelles que sur celui des politiques institutionnelles et des discriminations syst\u00e9miques.<\/p>\n<p>6 Par ailleurs, les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre 2001 ont eu des cons\u00e9quences non n\u00e9gligeables. Au Canada, des lois sp\u00e9cifiques ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es (lois antiterroristes notamment sur la s\u00e9curit\u00e9 publique et aux fronti\u00e8res) et les mesures de s\u00e9curit\u00e9 augment\u00e9es. Au Qu\u00e9bec, les m\u00e9dias ont largement contribu\u00e9 \u00e0 la diffusion de st\u00e9r\u00e9otypes sur les communaut\u00e9s musulmanes et arabes. La tendance \u00ab anti-arabo-musul-mane \u00bb qui a suivi les attentats a eu des cons\u00e9quences importantes sur les discriminations envers les personnes provenant du monde arabo-musulman, que ce soit \u00e0 Montr\u00e9al ou dans les autres r\u00e9gions. Ces discriminations sont notables et en progression depuis 2001 sur le plan du logement, de l\u2019emploi et des relations sociales [Renaud, 2005 ; Lenoir-Achdjian <em>et al.<\/em>, 2008]. Elles sont, dans l\u2019imaginaire collectif qu\u00e9b\u00e9cois, associ\u00e9es \u00e0 la religion musulmane per\u00e7ue comme int\u00e9griste, traditionnelle et mena\u00e7ante.<\/p>\n<p>7 En 2006-2007, ce que l\u2019on pourrait appeler \u00ab la crise des accommodements raisonnables \u00bb est venue renforcer ce climat de m\u00e9fiance, voire d\u2019exclusion, vis-\u00e0-vis des musulmans et des immigrants maghr\u00e9bins.<\/p>\n<div><strong>Les accommodements raisonnables<\/strong>Ench\u00e2ss\u00e9es dans le cadre de la Charte canadienne des droits et libert\u00e9s, et de la Charte qu\u00e9b\u00e9coise des droits et libert\u00e9s de la personne, la libert\u00e9 de religion et la libert\u00e9 de conscience sont des droits fondamentaux reconnus au Canada. En 1985, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e la norme juridique des accommodements raisonnables qui permet \u00e0 toute personne se sentant discrimin\u00e9e par des r\u00e8gles communes du fait de son appartenance \u00e0 un groupe minoritaire (confession religieuse, handicap, orientation sexuelle par exemple) de demander en justice un accommodement de la r\u00e8gle (une modification) permettant d\u2019\u00e9viter une discrimination. C\u2019est ainsi que des handicap\u00e9s, des femmes enceintes, des membres de diff\u00e9rents groupes religieux ont demand\u00e9 des am\u00e9nagements de leur calendrier de travail ou d\u2019\u00e9cole ou encore des autorisations exceptionnelles en lien avec leurs croyances ou leurs capacit\u00e9s. Ces accommodements ne peuvent s\u2019effectuer que s\u2019ils ne causent pas de contrainte excessive \u00e0 la majorit\u00e9, s\u2019ils n\u2019ont pas un co\u00fbt disproportionn\u00e9 par rapport au b\u00e9n\u00e9fice pour la personne concern\u00e9e et s\u2019ils ne mettent pas en cause la s\u00e9curit\u00e9 de tous les int\u00e9ress\u00e9s. Ils ne concernent pas des communaut\u00e9s mais des personnes. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9viter des discriminations syst\u00e9miques et, dans l\u2019optique multiculturaliste, ces accommodements repr\u00e9sentent la voie de l\u2019int\u00e9gration puisqu\u2019il s\u2019agit de permettre \u00e0 des personnes appartenant \u00e0 des groupes minoritaires de fr\u00e9quenter des instances publiques et de prendre place dans la soci\u00e9t\u00e9 en faisant quelques am\u00e9nagements.<\/div>\n<p>8 \u00c0 l\u2019automne 2006, au cours de la campagne pour les \u00e9lections provinciales au Qu\u00e9bec, ont \u00e9t\u00e9 fortement m\u00e9diatis\u00e9s des \u00e9v\u00e9nements dont certains \u00e9taient des accommodements raisonnables pass\u00e9s en Cour (comme le port du kirpan pour un jeune Sikh scolaris\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al), d\u2019autres des ententes pass\u00e9es entre citoyens et institutions (comme le fait de cr\u00e9er un groupe de femmes musulmanes enceintes sans pr\u00e9sence d\u2019hommes pour des cours de pr\u00e9paration \u00e0 la naissance dans un Centre de sant\u00e9 ou encore comme l\u2019entente pass\u00e9e entre la ville de Montr\u00e9al et des groupes de femmes musulmanes leur r\u00e9servant certaines plages horaires dans les piscines municipales). Ces ententes et accommodements ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s par les m\u00e9dias comme des abus et une atteinte \u00e0 l\u2019identit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise et \u00e0 la d\u00e9mocratie. Le d\u00e9bat public a pris une telle ampleur et a suscit\u00e9 une telle mont\u00e9e de x\u00e9nophobie et d\u2019intol\u00e9rance que le Premier ministre du Qu\u00e9bec a instaur\u00e9 une commission officielle de consultation sur les accommodements raisonnables (La Commission Bouchard Taylor).<\/p>\n<p>9 Les femmes immigrantes d\u2019origine maghr\u00e9bine ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement vis\u00e9es par cette mont\u00e9e d\u2019intol\u00e9rance, en particulier au travers du port du voile.<\/p>\n<p><!--field: Inter2--><\/p>\n<h4><a name=\"s2n2\"><\/a>Des dipl\u00f4m\u00e9s en difficult\u00e9 sur le march\u00e9 du travail<\/h4>\n<p><!--field: -->10 Sur la p\u00e9riode 2002-2006, le Qu\u00e9bec a re\u00e7u pr\u00e8s de 39 000 personnes d\u2019Afrique du Nord, soit 18,5 % de l\u2019ensemble de ses immigrants. Les migrants alg\u00e9riens et marocains sont au premier rang des nouvelles populations au Qu\u00e9bec avec un total de 33 378 arrivants au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Parmi les migrants maghr\u00e9bins au Qu\u00e9bec, 66,9 % des hommes et 59,5 % des femmes nouvellement arriv\u00e9s ont 14 ans et plus de scolarit\u00e9 (soit un niveau universitaire) ; 16,5 % des femmes et 13,2 % des hommes ont un niveau postsecondaire.<\/p>\n<p>11 Malgr\u00e9 leur niveau de dipl\u00f4me, les populations immigrantes au Qu\u00e9bec sont massivement confront\u00e9es \u00e0 des difficult\u00e9s d\u2019insertion sur le march\u00e9 du travail et vivent une d\u00e9qualification professionnelle importante. Il y a donc aujourd\u2019hui une tr\u00e8s forte incoh\u00e9rence, identifi\u00e9e par tous les chercheurs, entre le discours d\u2019ouverture \u00e0 l\u2019immigration des politiques qu\u00e9b\u00e9coises et les r\u00e9sultats sur le plan de l\u2019insertion socioprofessionnelle. Selon Jean Renaud [2005], plus un immigrant est qualifi\u00e9 \u00e0 son arriv\u00e9e, plus il avait un statut socio-\u00e9conomique \u00e9lev\u00e9 dans son pays d\u2019origine, et moins il a de chance de retrouver au Qu\u00e9bec un emploi au moins \u00e9quivalent. C\u2019est en particulier le cas des immigrants en provenance du Maghreb dont le taux de ch\u00f4mage atteint, en 2001, 24,1 %, contre 8,2 % pour l\u2019ensemble des Qu\u00e9b\u00e9cois. Ce taux est aussi nettement \u00e0 leur d\u00e9savantage lorsqu\u2019on le compare \u00e0 celui des autres minorit\u00e9s ethniques et culturelles du Qu\u00e9bec : 18,4 % pour la minorit\u00e9 noire et 15,7 % pour les Latino-Am\u00e9ricains. Cette situation tend, de plus, \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer : en 2007, le taux de ch\u00f4mage des immigrants africains \u00e9tablis depuis moins de cinq ans au Qu\u00e9bec, dont la grande majorit\u00e9 sont originaires du Maghreb, d\u00e9passe les 27 %. C\u2019est quatre fois plus que le taux de ch\u00f4mage affectant la population qu\u00e9b\u00e9coise n\u00e9e au Canada (moins de 7 %). En comparaison, le taux de ch\u00f4mage des immigrants tr\u00e8s r\u00e9cents n\u00e9s ailleurs qu\u2019en Afrique correspond au double du taux qu\u00e9b\u00e9cois \u2013 un chiffre qui rejoint la moyenne nationale (13,3 %).<\/p>\n<p>12 La confession musulmane attribu\u00e9e aux Maghr\u00e9bins, qu\u2019elle soit ou non visible, ainsi que leur \u00ab arabit\u00e9 \u00bb, semblent jouer un r\u00f4le catalyseur dans les discriminations les concernant et ont un impact fort sur leur insertion dans l\u2019emploi. Ainsi, au regard de la seule variable religion, en 2007, au Qu\u00e9bec, le taux de ch\u00f4mage chez les citoyens de foi musulmane, toutes origines confondues, \u00e2g\u00e9s entre 25 et 44 ans, atteint 25 %, contre 8 % dans le reste de la population ; et ce, malgr\u00e9 un taux de dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019universit\u00e9 de 37 %. Plus encore, diff\u00e9rentes donn\u00e9es permettent d\u2019affirmer que les immigrants en emploi au Qu\u00e9bec le sont dans des postes qui les d\u00e9qualifient. Ainsi, le personnel professionnel est plus scolaris\u00e9 chez les immigrants que dans l\u2019ensemble de la population (qu\u2019il s\u2019agisse de femmes ou d\u2019hommes) et il y a proportionnellement plus d\u2019universitaires immigr\u00e9s dans toutes les professions \u00e0 forte concentration de main-d\u2019\u0153uvre immigrante (vente au d\u00e9tail, restauration, fabrication, transport).<\/p>\n<p>13 Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s majeures, les immigrants maghr\u00e9bins sont parmi les plus nombreux \u00e0 vivre encore au Qu\u00e9bec plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s leur arriv\u00e9e. Ainsi, sur l\u2019ensemble des 348 000 immigrants admis entre 1996 et 2005, 280 000 \u00e9taient encore pr\u00e9sents au Qu\u00e9bec au d\u00e9but de 2007, ce qui correspond \u00e0 un taux de pr\u00e9sence de 80,4 %. C\u2019est pour les immigrants venant d\u2019Afrique du Nord que ce taux est le plus important (92 %). On constate, d\u00e8s lors, un paradoxe puisque les Maghr\u00e9bins sont parmi ceux qui vivent le plus de discriminations au Qu\u00e9bec [Renaud, 2005] alors qu\u2019ils sont aussi les plus nombreux \u00e0 rester dans la province apr\u00e8s leur installation. On peut penser que leur connaissance du fran\u00e7ais, alli\u00e9e \u00e0 une moindre connaissance de l\u2019anglais, les fait esp\u00e9rer une int\u00e9gration professionnelle \u00e0 long terme au Qu\u00e9bec, province francophone, alors qu\u2019ils sont plus frileux que d\u2019autres immigrants \u00e0 se rendre dans les provinces anglophones.<\/p>\n<p><!--field: Inter1--><\/p>\n<h3><a name=\"s1n3\"><\/a>La place des femmes maghr\u00e9bines dans la trajectoire migratoire et l\u2019insertion familiale<\/h3>\n<p><!--field: --><!--field: Inter2--><\/p>\n<h4><a name=\"s2n3\"><\/a>Le cumul des obstacles<\/h4>\n<p><!--field: -->14 Le projet migratoire est le plus souvent un projet familial dont les n\u00e9gociations entre les genres et les g\u00e9n\u00e9rations sont la trame [Grieco et Boyd, 1998 ; Abu Laban, 2002 ; Vatz Laaroussi, 2002 ; Velez, 2008]. Les strat\u00e9gies mises en \u0153uvre par les familles pour s\u2019ins\u00e9rer dans un nouveau milieu sont tr\u00e8s souvent port\u00e9es par les femmes qui sont, selon plusieurs recherches, particuli\u00e8rement comp\u00e9tentes dans la mise en place de r\u00e9seaux informels et dans les m\u00e9diations avec les institutions de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil [Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 1996, 1999, 2007 ; Bergeron et Potter, 2006]. Elles sont ainsi celles qui portent et d\u00e9veloppent un capital social qu\u2019elles partagent avec les membres de leur famille et qui repr\u00e9sente une force dont on peut tirer parti dans les politiques publiques. Par ailleurs, les d\u00e9cisions de mobilit\u00e9 g\u00e9ographique (premi\u00e8re immigration ou mobilit\u00e9 secondaire) sont li\u00e9es \u00e0 l\u2019ensemble des membres de la famille et il est tr\u00e8s important de saisir quelle place est donn\u00e9e aux facteurs d\u2019\u00e9ducation, d\u2019emploi, de participation sociale qui concernent les femmes.<\/p>\n<p>15 Au Qu\u00e9bec et au Canada, le processus de d\u00e9qualification des femmes immigrantes, qui ont un niveau scolaire de plus en plus \u00e9lev\u00e9, est encore plus marqu\u00e9 que pour les hommes [Conseil du Statut de la Femme, 2005]. Les femmes immigr\u00e9es sont d\u00e9savantag\u00e9es non seulement par rapport aux hommes immigr\u00e9s, mais aussi par rapport \u00e0 l\u2019ensemble des femmes : taux d\u2019activit\u00e9 et d\u2019emploi moindres et taux de ch\u00f4mage plus \u00e9lev\u00e9 [Mongeau et Pinsonneault, 2007]. Les diff\u00e9rences de taux d\u2019activit\u00e9 et d\u2019emploi entre les femmes immigr\u00e9es et l\u2019ensemble des femmes sont toutefois moins importantes que les diff\u00e9rences observ\u00e9es entre les femmes et les hommes (de la population immigr\u00e9e comme de la population totale). Pour ce qui est des taux de ch\u00f4mage, en revanche, c\u2019est entre les femmes immigr\u00e9es et l\u2019ensemble des femmes que l\u2019\u00e9cart, d\u00e9favorable, est le plus grand. En 2001, le taux de ch\u00f4mage des femmes immigrantes \u00e9tait de 12,4 %, contre 7,7 % pour l\u2019ensemble de la population active f\u00e9minine qu\u00e9b\u00e9coise, 11 % pour les hommes immigrants et 8,7 % pour l\u2019ensemble de la main-d\u2019\u0153uvre masculine.<\/p>\n<p>16 Les femmes immigr\u00e9es touchent un revenu moyen qui correspond \u00e0 un peu moins des deux tiers du revenu moyen des hommes immigr\u00e9s. Cette situation est tr\u00e8s similaire \u00e0 ce que l\u2019on observe pour l\u2019ensemble de la population. Elles touchent par ailleurs 93 % du revenu de l\u2019ensemble des femmes, mais cette proportion baisse \u00e0 70 % pour les cohortes r\u00e9centes, dont les Maghr\u00e9bines font largement partie. Le revenu moyen des migrantes qui ont un dipl\u00f4me universitaire atteint 82 % de celui que touche l\u2019ensemble des femmes qu\u00e9b\u00e9coises ayant un niveau universitaire comparable.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"loadimg.php?FILE=TGS\/TGS_020\/TGS_020_0047\/smallTGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img001.jpg\" alt=\"...\" \/> <a><strong>Concentration des bas et hauts revenus concernant les femmes musulmanes et non musulmanes : transformations dans le temps<\/strong> <\/a><\/p>\n<p><strong><strong>Concentration des bas et hauts revenus concernant les femmes musulmanes et non musulmanes : transformations dans le temps<\/strong> <\/strong><\/p>\n<div id=\"imfi1\" align=\"center\"><a href=\"loadimg.php?FILE=TGS\/TGS_020\/TGS_020_0047\/TGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img001.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"loadimg.php?FILE=TGS\/TGS_020\/TGS_020_0047\/fullTGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img001.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/div>\n<p>17 Les statistiques sur l\u2019emploi et les confessions religieuses, publi\u00e9es au Canada, mettent en \u00e9vidence des \u00e9carts dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, selon la confession religieuse d\u00e9clar\u00e9e lors du recensement canadien. Bien qu\u2019elles ne permettent pas d\u2019isoler les femmes maghr\u00e9bines, elles constituent une illustration d\u2019une des barri\u00e8res \u00e0 l\u2019emploi rencontr\u00e9es par ces femmes dont la majorit\u00e9, au Canada, est musulmane. Le graphique ci-dessous d\u00e9montre les \u00e9carts de revenus entre femmes musulmanes et non musulmanes au Canada ainsi que leur \u00e9volution au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>18 Le tableau suivant, tir\u00e9 de la m\u00eame \u00e9tude (cit\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration des Femmes Musulmanes du Canada, 2007), illustre les diff\u00e9rences d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi des femmes selon leur confession religieuse et leur niveau moyen de scolarit\u00e9.<\/p>\n<p><strong><strong>Tableau 1<\/strong> &#8211; <strong>Ratio de non-emploi et proportion de dipl\u00f4mes de second cycle<\/strong> <\/strong><\/p>\n<div id=\"imTGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img002.jpg\" align=\"center\"><a href=\"loadimg.php?FILE=TGS\/TGS_020\/TGS_020_0047\/TGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img002.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"loadimg.php?FILE=TGS\/TGS_020\/TGS_020_0047\/fullTGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img002.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/div>\n<div>Confession Ratio Proportion de Musulmane 17 7 % Juive 7 11 % Hindoue 12 8 % Catholique 7 3 % Luth\u00e9rienne 5 3 % Anglicane 7 3 % Sans religion 8 5 % Total\u00a0 7 3 %<\/div>\n<p>19 Certains obstacles rencontr\u00e9s par les femmes maghr\u00e9bines, comme la non-reconnaissance des dipl\u00f4mes ou de l\u2019exp\u00e9rience hors Qu\u00e9bec, sont partag\u00e9s avec les hommes maghr\u00e9bins, mais d\u2019autres leur sont plus sp\u00e9cifiques et sont en lien avec des discriminations de genre li\u00e9es \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes attribu\u00e9s aux femmes. Des recherches ant\u00e9rieures [Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 2007 ; C\u00f4t\u00e9, K\u00e9risit et C\u00f4t\u00e9, 2001] montrent que l\u2019une des limites des politiques qu\u00e9b\u00e9coises et canadiennes, visant \u00e0 accueillir et retenir les immigrants dans la r\u00e9gion et la province o\u00f9 ils s\u2019installent, est justement le manque de prise en compte de la situation et du statut des femmes, conjointes ou parfois chefs de famille monoparentale. En effet ces politiques f\u00e9d\u00e9rales, provinciales et locales, s\u2019articulant autour de l\u2019accueil et de l\u2019adaptation mais aussi autour de la formation et de l\u2019employabilit\u00e9, ne prennent souvent en compte qu\u2019un des membres du couple parental sans ouvrir de voie pour l\u2019autre. Plusieurs programmes du minist\u00e8re de l\u2019Immigration et des Communaut\u00e9s culturelles et de ses partenaires pr\u00e9voient des mesures charg\u00e9es de favoriser l\u2019int\u00e9gration rapide des personnes immigrantes et leur acc\u00e8s en emploi. Cependant, aucun de ces programmes n\u2019est fond\u00e9 sur une approche diff\u00e9renci\u00e9e selon les sexes. Aucun ne tient compte des obstacles sp\u00e9cifiques pour les femmes immigrantes et n\u2019assure une repr\u00e9sentation \u00e9quitable des hommes et des femmes immigrantes [F\u00e9d\u00e9ration des femmes musulmanes du Canada, 2007].<\/p>\n<p><!--field: Inter2--><\/p>\n<h4><a name=\"s2n4\"><\/a>Les strat\u00e9gies d\u2019insertion des femmes dans les dynamiques familiales<\/h4>\n<p><!--field: -->20 L\u2019insertion sociale de l\u2019immigrant passe non seulement par ses r\u00e9seaux mais aussi, et surtout lorsqu\u2019il est dans des zones \u00e0 faible densit\u00e9 d\u2019immigrants ou sans r\u00e9seau communautaire de longue date, par sa famille [Vatz Laaroussi, 2001 ; Lahlou, 2002]. Pour favoriser cette insertion, les membres des familles immigrantes entrent, tout au long de leur parcours et d\u00e8s la conception du projet migratoire, dans des dynamiques familiales qui assurent \u00e0 la fois une coh\u00e9sion \u00e0 l\u2019entit\u00e9 familiale et des rapports que l\u2019on souhaite positifs et efficaces avec l\u2019espace public. Ces dynamiques familiales multiples qui se g\u00e9n\u00e8rent et se catalysent dans le temps, permettent de saisir des familles immigrantes en mouvement, qui ne portent pas de mani\u00e8re statique des cultures d\u2019origine ou des r\u00f4les pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s mais qui, au contraire, sont des vecteurs de changement et des potentiels de citoyennet\u00e9 pour leurs membres. C\u2019est l\u00e0 que vont \u00eatre, dans un premier temps, r\u00e9organis\u00e9s les savoirs d\u2019exp\u00e9rience li\u00e9s \u00e0 la trajectoire migratoire [Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 2007] et c\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019ils seront r\u00e9-op\u00e9rationnalis\u00e9s dans la mise en \u0153uvre de strat\u00e9gies d\u2019adaptation et d\u2019insertion. Plus encore, c\u2019est au sein de ces dynamiques que vont s\u2019articuler les divers \u00e9l\u00e9ments pesant sur la d\u00e9cision de rester ou de quitter la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019immigration. Finalement, c\u2019est aussi dans ces dynamiques et au sein de ces trajectoires que se construiront les strat\u00e9gies qui guideront les choix des immigrants relatifs \u00e0 leur insertion : accepter un emploi d\u00e9qualifi\u00e9 \u00e0 un moment de la trajectoire, reprendre ses \u00e9tudes, privil\u00e9gier la proximit\u00e9 avec le r\u00e9seau ethnique ou le r\u00e9seau familial \u00e9largi, favoriser l\u2019acc\u00e8s aux services pour les enfants, etc. C\u2019est au travers de ces strat\u00e9gies familiales d\u2019insertion et face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 socioprofessionnelle des immigrants au Qu\u00e9bec qu\u2019il para\u00eet particuli\u00e8rement int\u00e9ressant d\u2019analyser les processus d\u2019insertion socioprofessionnelle des femmes maghr\u00e9bines.<\/p>\n<p>21 Dans un premier temps, il est notable que leur insertion professionnelle va \u00eatre en lien direct avec celle du conjoint puisque, dans la grande majorit\u00e9 des cas, les deux conjoints vont prioriser l\u2019entr\u00e9e en emploi rapide de l\u2019un ou l\u2019autre des membres du couple pour apporter un revenu minimum \u00e0 la famille. Pour l\u2019autre membre, on privil\u00e9giera, selon les cas et l\u2019\u00e2ge des enfants, le fait de rester \u00e0 la maison pour s\u2019occuper des enfants (jusqu\u2019\u00e0 leur entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole maternelle \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 5 ans par exemple) ou encore le fait de reprendre des \u00e9tudes au Qu\u00e9bec pour tenter de solidifier le projet familial d\u2019insertion et obtenir un meilleur emploi ensuite. Notons que la strat\u00e9gie de reprise des \u00e9tudes semble aujourd\u2019hui la plus efficace sur le plan de l\u2019insertion dans l\u2019emploi \u00e0 long terme mais qu\u2019elle est tr\u00e8s co\u00fbteuse sur le plan \u00e9conomique et social pour les migrants hautement qualifi\u00e9s.<\/p>\n<p>22 Trois profils d\u2019insertion en emploi des femmes maghr\u00e9bines au Qu\u00e9bec semblent se dessiner. Le premier, qui touche les femmes de niveau scolaire \u00e9lev\u00e9, est celui de l\u2019insertion rapide dans un emploi d\u00e9qualifi\u00e9. Les derni\u00e8res \u00e9tudes d\u00e9montrent en effet que, pour les familles maghr\u00e9bines, les femmes trouvent plus vite et plus souvent un emploi que leur conjoint et qu\u2019elles sont souvent les premi\u00e8res \u00e0 rentrer sur le march\u00e9 de l\u2019emploi. En revanche, elles le font dans des emplois d\u00e9qualifi\u00e9s et semblent accepter plus que les conjoints ces emplois, en usine par exemple ou dans les commerces. Dans cette dynamique, c\u2019est la femme qui travaille alors que le conjoint reprend ses \u00e9tudes universitaires. Pour plusieurs de ces familles, le projet est d\u2019inverser ensuite les r\u00f4les et de permettre \u00e0 la femme, gr\u00e2ce \u00e0 un meilleur salaire du mari dipl\u00f4m\u00e9 au Qu\u00e9bec, de reprendre ses \u00e9tudes et d\u2019atteindre un meilleur niveau d\u2019emploi. Dans ce projet, le conjoint encourage sa femme dans l\u2019emploi qu\u2019elle peut occuper en m\u00eame temps qu\u2019elle le soutient dans la reprise de ses \u00e9tudes. Il ne faut pas oublier que, au Qu\u00e9bec, les \u00e9tudes universitaires repr\u00e9sentent un co\u00fbt important pour les familles et donc que l\u2019engagement financier de la femme est indispensable pour permettre \u00e0 l\u2019homme de poursuivre ses \u00e9tudes universitaires. Voil\u00e0 qui peut changer fortement la r\u00e9partition des r\u00f4les dans la famille, dans laquelle traditionnellement l\u2019homme est le principal pourvoyeur \u00e9conomique de la famille. Il arrive aussi, apr\u00e8s un ou deux ans, si le conjoint n\u2019a pas encore obtenu le dipl\u00f4me vis\u00e9, que la femme s\u2019engage elle-m\u00eame, soutenue moralement par son \u00e9poux et financi\u00e8rement par des pr\u00eats et bourses d\u2019\u00c9tat (entra\u00eenant un fort endettement \u00e0 la fin des \u00e9tudes), dans une formation g\u00e9n\u00e9ralement plus courte et de niveau coll\u00e9gial \u2013 pr\u00e9-universitaire et donc d\u00e9qualifi\u00e9e par rapport \u00e0 sa formation initiale. Les formations les plus investies par les femmes maghr\u00e9bines sont professionnalisantes et souvent centr\u00e9es sur les soins et le social : technique infirmi\u00e8re, technique de garde de jeunes enfants, technique de travail social. Par ailleurs, il est aussi notable que ces femmes, sans tenir compte de leurs comp\u00e9tences et formations d\u2019origine, sont souvent dirig\u00e9es vers des m\u00e9tiers traditionnellement f\u00e9minins (services de garde d\u2019enfants, couture, coiffure, vente, etc.) dans lesquels on leur demande peu de qualification, o\u00f9 est appr\u00e9ci\u00e9e cette population form\u00e9e, dynamique, parlant fran\u00e7ais. Cette orientation est d\u2019autant plus surprenante qu\u2019un grand nombre de femmes maghr\u00e9bines sont form\u00e9es au Maroc et en Alg\u00e9rie pour des professions scientifiques, administratives ou de sant\u00e9, non-traditionnellement f\u00e9minines (dipl\u00f4mes d\u2019ing\u00e9nieurs, d\u2019agronomes, de biologistes, d\u2019urbanistes, de m\u00e9decins, de dentistes, etc.). Plusieurs femmes, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 dans des milieux ne correspondant pas \u00e0 leurs comp\u00e9tences, particuli\u00e8rement difficiles et peu r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, d\u00e9cident alors de se retirer du march\u00e9 du travail et de retourner vers leur foyer.<\/p>\n<p>23 Elles rejoignent ainsi le deuxi\u00e8me profil de femmes de niveau scolaire \u00e9lev\u00e9 qui, confront\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du march\u00e9 de l\u2019emploi qu\u00e9b\u00e9cois, d\u00e9cident \u00e0 leur arriv\u00e9e de rester au foyer pour s\u2019occuper de leurs jeunes enfants. Cela permet ainsi au conjoint de reprendre des \u00e9tudes universitaires ou, dans d\u2019autres cas, d\u2019entrer sur le march\u00e9 du travail. \u00ab Nous n\u2019avons m\u00eame pas la chance de nos maris de prendre un emploi ind\u00e9pendant, eux peuvent devenir chauffeurs de taxi, nous, on ne trouve rien ou des emplois tellement pr\u00e9caires et d\u00e9qualifi\u00e9s qu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re encore rester dans nos foyers pour s\u2019occuper de nos enfants \u00bb, expliquent plusieurs femmes rencontr\u00e9es lors de la consultation sur les accommodements raisonnables effectu\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration des femmes musulmanes du Canada en octobre 2007. Face \u00e0 un march\u00e9 du travail ferm\u00e9 \u00e0 leurs comp\u00e9tences, ces femmes font volontairement abstraction de leurs savoirs et de leurs projets pr\u00e9-migratoires pour faciliter la vie familiale. Certaines de ces femmes d\u00e9cideront ensuite, en accord avec leur conjoint, de reprendre elles-m\u00eames des \u00e9tudes universitaires qu\u00e9b\u00e9coises en esp\u00e9rant ainsi obtenir un dipl\u00f4me qui leur ouvrira les portes de l\u2019emploi. L\u00e0 encore, la n\u00e9gociation avec le conjoint est continuelle et s\u2019effectue sur des bases pragmatiques : qui a le plus de chances d\u2019obtenir un revenu \u00e0 court terme ? Qui a le plus de chances d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une promotion \u00e0 moyen terme ? Est-il possible de faire garder les enfants avec les salaires auxquels les parents peuvent acc\u00e9der ? Il est int\u00e9ressant aussi de noter que cette n\u00e9gociation \u00e9volue dans le temps, l\u2019homme et la femme se confrontant progressivement et diff\u00e9remment selon leur genre aux obstacles \u00e0 l\u2019insertion socioprofessionnelle au Qu\u00e9bec et y r\u00e9agissant de mani\u00e8re diff\u00e9rente. Ainsi, il semblerait \u2013 il s\u2019agit d\u2019une interpr\u00e9tation de nos donn\u00e9es qualitatives \u2013 que les femmes soient plus r\u00e9sistantes que leurs conjoints \u00e0 ces obstacles, qu\u2019elles mettent en \u0153uvre des strat\u00e9gies \u00e0 plus long terme, vivant moins violemment les premi\u00e8res exp\u00e9riences de d\u00e9qualification. Les femmes seraient ainsi avec le temps porteuses de r\u00e9silience, les hommes vivant plus n\u00e9gativement l\u2019impuissance et la perte de contr\u00f4le. Cette r\u00e9sistance des femmes pourrait \u00eatre li\u00e9e \u00e0 leur histoire personnelle et de genre, \u00e0 leurs r\u00e9seaux plus larges que ceux des hommes, \u00e0 leurs strat\u00e9gies de d\u00e9brouillardise d\u00e9j\u00e0 mises en \u0153uvre dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine.<\/p>\n<p>24 Enfin, le troisi\u00e8me profil est celui des femmes maghr\u00e9bines, ayant un niveau scolaire moins \u00e9lev\u00e9 (fin de secondaire pour la plupart) et le plus souvent accompagn\u00e9es d\u2019un conjoint tr\u00e8s scolaris\u00e9. C\u2019est le cas aussi des jeunes \u00e9pouses qui arrivent du Maghreb alors que leur conjoint est d\u00e9j\u00e0 au Qu\u00e9bec depuis quelques ann\u00e9es et a d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 les obstacles \u00e0 l\u2019insertion socioprofessionnelle. Elles s\u2019ins\u00e8rent sur le march\u00e9 de l\u2019emploi dans des postes peu qualifi\u00e9s, pour permettre la survie de la famille et le retour aux \u00e9tudes du conjoint. Souvent, elles vont \u00eatre orient\u00e9es au Qu\u00e9bec vers des formations professionnelles de niveau secondaire (cuisine, p\u00e2tisserie ou encore, plus rarement, services aux personnes \u00e2g\u00e9es, \u00e0 domicile ou en h\u00f4pital). Leur projet de formation s\u2019ins\u00e8re alors dans un projet familial qui na\u00eet de l\u2019impossibilit\u00e9 du conjoint dipl\u00f4m\u00e9 de trouver un emploi qualifi\u00e9 dans son domaine. Plusieurs de ces couples vont tenter 3 ou 4 ans apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, et avec les \u00e9conomies qui ont commenc\u00e9 \u00e0 diminuer, d\u2019ouvrir un restaurant, une p\u00e2tisserie ou un commerce en lien avec les produits maghr\u00e9bins. La formation professionnelle de la femme va alors permettre \u00e0 ce projet de trouver une l\u00e9gitimit\u00e9 au Qu\u00e9bec et le conjoint va devoir faire sa formation de mani\u00e8re empirique, \u00ab sur le tas \u00bb, avec le soutien de son \u00e9pouse.<\/p>\n<p>25 Notons que dans ces trois profils, les d\u00e9cisions de mobilit\u00e9 g\u00e9ographique, apr\u00e8s une premi\u00e8re installation au Qu\u00e9bec, vont aussi \u00eatre n\u00e9goci\u00e9es au sein des couples et des familles et centr\u00e9es sur l\u2019int\u00e9r\u00eat familial. Il sera alors peut-\u00eatre d\u00e9cid\u00e9 de quitter une premi\u00e8re r\u00e9gion d\u2019installation pour aller vers un bassin d\u2019emploi potentiel plus porteur pour l\u2019un ou l\u2019autre membre du couple, de pr\u00e9f\u00e9rence le mari mais parfois aussi la femme lorsqu\u2019elle a des qualifications tr\u00e8s sp\u00e9cifiques (agronome par exemple) et recherch\u00e9es dans une r\u00e9gion du Qu\u00e9bec. La famille pourra \u00e9galement d\u00e9cider d\u2019aller vers une ville universitaire permettant \u00e0 l\u2019un ou l\u2019autre, ou aux deux membres du couple, de reprendre ses \u00e9tudes dans un domaine pertinent et porteur ; enfin, lorsque les enfants sont plus \u00e2g\u00e9s, c\u2019est leur int\u00e9r\u00eat qui sera vis\u00e9 en prenant pour nouvelle destination une ville o\u00f9 ils pourront poursuivre des \u00e9tudes. Toute la famille suivra alors le ou les jeunes et reprendra ses tentatives d\u2019insertion socioprofessionnelle dans ce nouveau milieu.<\/p>\n<p>26 Un quatri\u00e8me cas de figure peut survenir, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e au Qu\u00e9bec et le plus souvent dans le cadre d\u2019un \u00e9chec des strat\u00e9gies familiales d\u2019insertion d\u00e9crites pr\u00e9c\u00e9demment. Il arrive que les couples maghr\u00e9bins se s\u00e9parent : lorsque le conjoint, malgr\u00e9 un retour aux \u00e9tudes et un investissement \u00e9conomique important, n\u2019acc\u00e8de pas \u00e0 un emploi qualifi\u00e9 ; lorsque son exp\u00e9rience qu\u00e9b\u00e9coise dans un m\u00e9tier non qualifi\u00e9 (ouvrier non qualifi\u00e9 en usine, t\u00e9l\u00e9phoniste en centre d\u2019appel, livreur de pizza) ne lui est d\u2019aucune utilit\u00e9 pour trouver un emploi plus ad\u00e9quat \u00e0 ses comp\u00e9tences et que, plus encore, cette exp\u00e9rience rend sa promotion encore plus improbable [Renaud, 2005] ; lorsque les efforts de la conjointe pour soutenir et accompagner son mari dans la mise en \u0153uvre d\u2019un commerce restent sans r\u00e9sultat. Le manque de r\u00e9seau de soutien, la perte de contr\u00f4le sur son pr\u00e9sent et son avenir, le sentiment d\u2019impuissance v\u00e9cu par les hommes, la pr\u00e9carit\u00e9 continue de la situation \u00e9conomique et la d\u00e9gradation in\u00e9luctable du statut social, sont des \u00e9l\u00e9ments qui ont un impact sur la sant\u00e9 mentale des migrants, sur leurs relations au sein de la famille et du couple. Des conflits avec les enfants et dans le couple peuvent alors surgir, parfois d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en violence familiale. Alors, la s\u00e9paration du couple, sanctionn\u00e9e par un divorce, va placer les femmes maghr\u00e9bines en situation de chef de famille monoparentale dans un contexte o\u00f9 elles ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de l\u2019aide de la famille trop \u00e9loign\u00e9e, ni de la communaut\u00e9 qui a souvent tendance \u00e0 les rejeter. Ces femmes vont alors rejoindre majoritairement le premier profil d\u2019insertion et trouver un emploi d\u00e9qualifi\u00e9 pour faire vivre leurs enfants. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es, si elles arrivent \u00e0 \u00e9largir leur r\u00e9seau social qu\u00e9b\u00e9cois, elles tenteront parfois un retour aux \u00e9tudes dans un programme professionnalisant.<\/p>\n<p><strong><strong>Tableau 2<\/strong> &#8211; <strong>synth\u00e8se des profils d\u2019insertion socioprofessionnelle des femmes maghr\u00e9bines<\/strong> <\/strong><\/p>\n<div id=\"imTGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img003.jpg\" align=\"center\"><a href=\"loadimg.php?FILE=TGS\/TGS_020\/TGS_020_0047\/TGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img003.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"loadimg.php?FILE=TGS\/TGS_020\/TGS_020_0047\/fullTGS_idPAS_D_ISBN_pu2008-02s_sa04_art04_img003.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/div>\n<div>Profil Situation familiale\u00a0 Niveau scolarit\u00e9 femme Insertion femme Insertion homme Projet familial Insertion rapide d\u00e9qualifiante Mari\u00e9es avec enfants Sup\u00e9rieur Emploi peu qualifi\u00e9 : usine, commerce, restauration\u00a0 Retour aux \u00e9tudes Inversion apr\u00e8s l\u2019obtention du dipl\u00f4me par l\u2019homme Retour au foyer Mari\u00e9es avec jeunes enfants Sup\u00e9rieur M\u00e8re au foyer Emploi peu qualifi\u00e9 ou retour aux \u00e9tudes Retour aux \u00e9tudes de la femme apr\u00e8s emploi r\u00e9mun\u00e9rate ur du mari Formation professionnelle secondaire Mari\u00e9es avec enfants. Jeunes \u00e9pouses du Maghreb Secondaire Formation professionnelle de niveau secondaire Emploi peu qualifi\u00e9 ou \u00e9tudes Commerce ou entreprise familiale D\u00e9qualification posts\u00e9paration Chefs de famille apr\u00e8s s\u00e9paration Sup\u00e9rieur ou secondaire Emploi non qualifi\u00e9 ou formation professionnelle de niveau secondaire Retour aux \u00e9tudes apr\u00e8s quelques ann\u00e9es et selon l\u2019\u00e2ge des enfants<\/div>\n<p>27 Ces profils s\u2019expliquent en partie par la vision que les politiques, programmes et intervenants dans le domaine de l\u2019emploi ou de la formation, ont des femmes maghr\u00e9bines. Les diverses recherches men\u00e9es aupr\u00e8s des intervenants en emploi, \u00e9ducation, social et sant\u00e9 au Qu\u00e9bec [Vatz Laaroussi <em>et al.<\/em>, 1999, 2001 ; Lenoir-Achdjian <em>et al.<\/em>, 2008] d\u00e9montrent en effet une repr\u00e9sentation victimisante de ces femmes : elles sont vues comme victimes de leur culture d\u2019origine, de la tradition, de leur religion, de leur mari, de leur famille. On les d\u00e9crit comme opprim\u00e9es, on g\u00e9n\u00e9ralise cette repr\u00e9sentation collective \u00e0 toutes les femmes maghr\u00e9bines sans prendre en compte les divers \u00e9l\u00e9ments de leur trajectoire comme le niveau d\u2019\u00e9tudes, l\u2019exp\u00e9rience professionnelle ou l\u2019exp\u00e9rience sociale qui permettraient de les voir autrement. Le port du voile pour certaines de ces femmes est d\u2019ailleurs interpr\u00e9t\u00e9, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, au travers du filtre de l\u2019oppression et de la tradition. Les femmes maghr\u00e9bines qui ne portent pas le voile b\u00e9n\u00e9ficient par extension de cette m\u00eame stigmatisation [F\u00e9d\u00e9ration des femmes musulmanes du Canada, 2007]. Les intervenantes des organismes visant l\u2019employabilit\u00e9, et les employeurs, les qualifient en lien avec cette perspective d\u2019oppression, comme particuli\u00e8rement souples et adaptables. Cela faciliterait leur int\u00e9gration dans l\u2019emploi et expliquerait qu\u2019elles acceptent mieux que leur conjoint les d\u00e9qualifications li\u00e9es \u00e0 l\u2019immigration. C\u2019est l\u2019une des raisons que l\u2019on peut vraisemblablement mettre en avant pour expliquer que les employeurs qu\u00e9b\u00e9cois, dans les usines ou les commerces, vont plus facilement embaucher une femme maghr\u00e9bine qu\u2019un homme maghr\u00e9bin, per\u00e7u comme moins adaptable, plus critique et finalement plus mena\u00e7ant.<\/p>\n<p>28 Malgr\u00e9 cette repr\u00e9sentation victimisante, les femmes maghr\u00e9bines que nous avons rencontr\u00e9es dans nos recherches ne se laissent pas enfermer dans ce priv\u00e9 domestique. C\u2019est sans aucun doute au travers de leurs r\u00e9seaux transnationaux qu\u2019elles transcendent ces freins mis \u00e0 leurs comp\u00e9tences et \u00e0 leur investissement dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil.<\/p>\n<p><!--field: Inter2--><\/p>\n<h4><a name=\"s2n5\"><\/a>Le r\u00f4le de r\u00e9seaux transnationaux<\/h4>\n<p><!--field: -->29 Les femmes interview\u00e9es insistent sur leur identit\u00e9 multipolaire et articulent, dans leur vision d\u2019elles-m\u00eames et de leur place dans la soci\u00e9t\u00e9, leurs divers statuts et positions de femmes, maghr\u00e9bines (marocaines ou alg\u00e9riennes), m\u00e8res, immigrantes, musulmanes et travailleuses [Vatz Laaroussi, 2002]. Ces diff\u00e9rentes facettes interconnect\u00e9es de leur identit\u00e9 leur permettent d\u2019asseoir des liens, des solidarit\u00e9s et des strat\u00e9gies fonctionnelles dans le contexte nouveau dans lequel elles ont \u00e0 vivre avec leur famille. Elles sont tr\u00e8s critiques vis-\u00e0-vis des instances qui les cat\u00e9gorisent selon l\u2019une ou l\u2019autre seulement de ces r\u00e9f\u00e9rences identitaires. Elles privil\u00e9gient la cr\u00e9ation et l\u2019investissement de r\u00e9seaux multiples et interconnect\u00e9s, labiles, mobiles et aux fronti\u00e8res \u00e9lastiques. Ces r\u00e9seaux sont le plus souvent transnationaux puisqu\u2019ils relient des membres de la famille \u00e9largie dans le pays d\u2019origine (les parents, les fr\u00e8res et s\u0153urs, des oncles et tantes, les grands-parents), la famille \u00e9largie en <em>diaspora<\/em> (\u00c9tats-Unis, France, Belgique, Pays-Bas), des amis du couple, du pays d\u2019origine et dans les pays travers\u00e9s (en particulier en France pour nombre de familles qui ont v\u00e9cu en France avant de venir s\u2019installer au Qu\u00e9bec) et les nouveaux r\u00e9seaux cr\u00e9\u00e9s au Qu\u00e9bec (familles marocaines ou alg\u00e9riennes amies, associations musulmanes, autres immigrantes fr\u00e9quent\u00e9es lors des formations ou sur le march\u00e9 de l\u2019emploi ou, plus rarement, femmes et familles qu\u00e9b\u00e9coises rencontr\u00e9es lors de formations ou d\u2019activit\u00e9s sociales). Ces r\u00e9seaux fonctionnent au travers de divers liens et syst\u00e8mes de communication dans lesquels les nouvelles technologies, et en particulier le r\u00e9seau internet, prennent une place tr\u00e8s grande. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces r\u00e9seaux que les femmes maghr\u00e9bines remplissent les fonctions sociales qu\u2019elles n\u2019atteignent que peu au travers de leur insertion dans l\u2019emploi. En particulier, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elles vont construire leurs strat\u00e9gies d\u2019insertion et celles de leur famille dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil : la cr\u00e9ation d\u2019un commerce familial va, par exemple, pouvoir \u00eatre discut\u00e9e, facilit\u00e9e, voire financ\u00e9e avec l\u2019aide de ce r\u00e9seau. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019elles vont s\u2019investir socialement et trouver une reconnaissance qu\u2019elles n\u2019ont pas sur le march\u00e9 du travail : plusieurs femmes qui ont des qualifications dans le domaine de la sant\u00e9 (m\u00e9decins, biologistes) ou de l\u2019\u00e9ducation (professeurs) vont rendre des services aux autres familles au sein de ces r\u00e9seaux et garder ainsi un pied dans leur domaine. Elles vont tisser les liens qui leur permettent de se sentir exister au travers de leur identit\u00e9 multiple. C\u2019est aussi dans ces r\u00e9seaux qu\u2019elles vont pouvoir assumer les fonctions de transmission et de changement inh\u00e9rentes \u00e0 leur vision de l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants et \u00e0 leur r\u00f4le de m\u00e8re. Plusieurs de nos recherches [Helly, Vatz Laaroussi et Rach\u00e9di, 2001] d\u00e9montrent qu\u2019il est essentiel pour elles et pour leurs conjoints de transmettre \u00e0 leurs enfants, non pas uniquement des rites ou des traditions, mais surtout des valeurs, une \u00ab ambiance \u00bb, des liens et la m\u00e9moire de la lign\u00e9e familiale qui leur permettront de se d\u00e9velopper, de s\u2019adapter et de progresser dans les nouveaux milieux qu\u2019ils investiront dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil. Ces femmes endossent ainsi un r\u00f4le d\u2019\u00e9ducatrices des citoyens du monde de demain. Ces r\u00e9seaux transnationaux repr\u00e9sentent d\u00e8s lors pour ces femmes un nouvel espace public d\u00e9territorialis\u00e9 et transnational, centr\u00e9 sur le lien et la communication plus que sur l\u2019insertion et l\u2019emploi, qui ouvre et traverse l\u2019espace priv\u00e9 domestique mais aussi l\u2019espace public national.<\/p>\n<p>30 Les femmes maghr\u00e9bines au Qu\u00e9bec mettent en \u0153uvre des strat\u00e9gies individuelles et familiales qui leur permettent, d\u2019une part, de contourner les obstacles li\u00e9s au contexte sociopolitique particuli\u00e8rement discriminatoire \u00e0 leur encontre et, d\u2019autre part, de r\u00e9sister \u00e0 la pression sociale de d\u00e9valorisation de leurs r\u00f4les et de leurs savoirs. D\u00e8s lors, il est important de r\u00e9fl\u00e9chir aux modalit\u00e9s d\u2019occupation de l\u2019espace d\u2019insertion qui leur est destin\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. Cet espace est ouvert \u00e0 la diff\u00e9rence et \u00e0 la diversit\u00e9 gr\u00e2ce, d\u2019une part, \u00e0 la politique multiculturaliste du Canada et, d\u2019autre part, \u00e0 la norme juridique des accommodements raisonnables qui vise \u00e0 limiter les discriminations, tant vis-\u00e0-vis des minorit\u00e9s religieuses que des femmes. Le Qu\u00e9bec, par ses propres orientations politiques et selon les d\u00e9bats qui l\u2019agitent, se situe au c\u0153ur de ce paradoxe. Les femmes maghr\u00e9bines mettent en lumi\u00e8re ce paradoxe et questionnent les politiques qui l\u2019accompagnent. En particulier, les normes concernant les accommodements raisonnables \u00e9taient peu connues des femmes maghr\u00e9bines jusqu\u2019\u00e0 la crise qu\u00e9b\u00e9coise de 2007. L\u2019exposition de ces femmes au d\u00e9bat public et tr\u00e8s conflictuel qui a parcouru la province les a sans doute amen\u00e9es parfois \u00e0 envisager de quitter le Qu\u00e9bec. Mais il leur a aussi permis de mieux conna\u00eetre ces normes et de comprendre comment elles pourraient s\u2019en saisir pour am\u00e9liorer leur condition de femmes, d\u2019immigrantes et de musulmanes. Elles ont fr\u00e9quent\u00e9 en grand nombre des consultations publiques propos\u00e9es par la F\u00e9d\u00e9ration des femmes du Qu\u00e9bec et par la F\u00e9d\u00e9ration des femmes musulmanes du Canada \u00e0 ce sujet, et nous imaginons qu\u2019elles continueront \u00e0 investir cet espace social et juridique pour lutter contre les discriminations les concernant et pour favoriser leur insertion sociale et socioprofessionnelle.<\/p>\n<p><!--BeginNoIndex--><\/p>\n<h2><a name=\"biblio\"><\/a>Bibliographie<\/h2>\n<p><!--EndNoIndex--><!--field: Biblio--><\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Abu Laban Yvonne<\/strong>, 2002, \u00ab Challenging the gendered vertical mosa\u00efc: immigrants, ethnic minorities, gender and political participation \u00bb <em>in<\/em> Joanna Everitt et Brenda O\u2019Neil, <em>Citizen politics: research and theory in Canadian political behaviour<\/em>, Oxford University Press, Ontario.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Bergeron Jean et Potter St\u00e9phanie<\/strong>, 2006, \u00ab Family members and relatives. An important resource for newcomer\u2019s settlement \u00bb, Canadian Issues-Th\u00e8mes canadiens, printemps.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Conseil du statut de la femme<\/strong>, 2005, <em>Des nouvelles d\u2019elles. Les femmes immigr\u00e9es du Qu\u00e9bec<\/em>, Gouvernement du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>C\u00f4t\u00e9 Andr\u00e9e<\/strong>, K\u00e9risit Mich\u00e8le et C\u00f4t\u00e9 Marie Louise., 2001, <em>Qui prend pays\u2026 L\u2019impact du parrainage sur les droits \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des femmes immigrantes<\/em>, Rapport Condition F\u00e9minine Canada, Gouvernement du Canada<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.accommodements.raisonnables.gouv.qc.ca\" target=\"_home\"><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/enligne.png\" alt=\"\" \/><\/a><strong>F\u00e9d\u00e9ration des femmes musulmanes du Canada<\/strong>, 2007, <em>M\u00e9moire pr\u00e9sent\u00e9 lors des consultations sur les accommodements raisonnables.<\/em><a href=\"http:\/\/www.accommodements.raisonnables.gouv.qc.ca\" target=\"_blank\">www.accommodements.raisonnables.gouv.qc.ca<\/a><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Godin Jean Fran\u00e7ois<\/strong>, 2004, <em>L\u2019insertion en emploi des travailleurs admis au Qu\u00e9bec en vertu de la grille de s\u00e9lection de 1996<\/em>, Direction de la population et de la recherche, minist\u00e8re des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, Gouvernement du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Grieco Edna et Boyd Monica<\/strong>, 1998, <em>Women and migration: incorporating gender into international migration theory.<\/em> Center for the study of population, Florida State University.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Helly Denise<\/strong>, Vatz Laaroussi Mich\u00e8le et Rach\u00e9di Lilyane, 2001, <em>Transmission culturelle aux enfants par de jeunes couples maghr\u00e9bins et salvadoriens immigrants au Qu\u00e9bec<\/em>, Rapport Immigration et M\u00e9tropoles, Montr\u00e9al.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Lahlou Mohamed<\/strong>, 2002, <em>Histoires familiales Identit\u00e9 Citoyennet\u00e9<\/em>, \u00c9d. L\u2019interdisciplinaire, Lyon.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Lenoir-Achdjian Annick<\/strong>, Drainville Isabelle, Helly Denise, Vatz-Laaroussi Mich\u00e8le, Arcand S\u00e9bastien et Mahfoudh Amal, 2008, \u00ab The professional insertion of immigrants born in the Maghreb: challenges and impediments for intervention \u00bb, <em>Journal of International Migration and Integration (jimi)<\/em>, Num\u00e9ro sp\u00e9cial, \u00ab Issues of workplace discrimination and employment barriers \/ Questions de discrimination et barri\u00e8res en emploi \u00bb, vol. 8, n\u00b0 1, pp. 76-93.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Mongeau Ja\u00ebl et G\u00e9rard Pinsonneault<\/strong>, 2007, <em>Portrait \u00e9conomique des femmes immigr\u00e9es recens\u00e9es au Qu\u00e9bec en 2001<\/em>, micc, Gouvernement du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Ouellet Fernand et Vatz Laaroussi Mich\u00e8le <\/strong>(dir.), 2002, <em>Les enjeux interculturels des \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre<\/em>, \u00c9ditions du crp, Universit\u00e9 de Sherbrooke.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Renaud Jean<\/strong>, 2005, \u00ab Limites de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi et int\u00e9gration des immigrants au Qu\u00e9bec : quelques exemples \u00e0 partir d\u2019enqu\u00eates \u00bb, <em>Sant\u00e9, soci\u00e9t\u00e9 et solidarit\u00e9<\/em>, n\u00b0 1, pp. 35-46.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Statistique Canada<\/strong>, 2003, <em>Enqu\u00eate sur la diversit\u00e9 ethnique : portrait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle<\/em>, rapport, Gouvernement du Canada.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Vatz Laaroussi Mich\u00e8le<\/strong>, 2002, \u00ab Femmes, m\u00e8res et immigrantes : un appel au f\u00e9minisme \u00bb <em>in<\/em> Francine Descarries et Christine Corbeil (dir.), <em>Espaces et temps de la maternit\u00e9<\/em>, \u00c9d. Du Remue M\u00e9nage, Montr\u00e9al.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Vatz Laaroussi Mich\u00e8le<\/strong>, 2001, <em>Le familial au c\u0153ur de l\u2019immigration : strat\u00e9gies de citoyennet\u00e9 de familles immigrantes au Qu\u00e9bec et en France<\/em>, \u00c9ditions L\u2019Harmattan, collection Espaces interculturels, Paris.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Vatz Laaroussi Mich\u00e8le<\/strong>, 1999, \u00ab Quand la recherche f\u00e9ministe s\u2019int\u00e9resse aux femmes immigrantes \u00bb <em>in<\/em> Huguette Dagenais (dir.) <em>Pluralit\u00e9 et convergences, la recherche f\u00e9ministe dans la francophonie<\/em>, \u00c9ditions du remuem\u00e9nage, Paris, pp. 335-357.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Vatz Laaroussi Mich\u00e8le<\/strong>, Lessard Diane, Montejo Maria Elisa et Viana Monica, 1996, <em>Femmes immigrantes \u00e0 Sherbrooke : modes de vie et reconstruction identitaire<\/em>, Rapport de recherche pr\u00e9sent\u00e9 au cqrs (Conseil qu\u00e9b\u00e9cois de la recherche sociale), Universit\u00e9 de Sherbrooke.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Vatz Laaroussi Mich\u00e8le<\/strong>, Tremblay Pierre-Andr\u00e9 et Corriveau Lucie, 1999, \u00ab Les familles immigrantes en Estrie et au Saguenay Lac St Jean \u00bb, Rapport de recherche pr\u00e9sent\u00e9 au Cqrs (Conseil qu\u00e9b\u00e9cois de la recherche sociale), Universit\u00e9 de Sherbrooke.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Vatz Laaroussi Mich\u00e8le<\/strong>, Kanout\u00e9 Fasal et Rach\u00e9di Lilyane, 2005, \u00ab Les collaborations familles immigrantes-\u00e9cole \u00bb, Rapport de recherche pr\u00e9sent\u00e9 au Fond qu\u00e9b\u00e9cois de recherche soci\u00e9t\u00e9 et culture, Universit\u00e9 de Sherbrooke.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>Vatz Laaroussi Mich\u00e8le<\/strong>, Guilbert Lucille, Velez Beatriz et Bezzi Gabriela, 2007, <em>Femmes immigrantes et r\u00e9fugi\u00e9es dans les r\u00e9gions du Qu\u00e9bec : mobilit\u00e9 et strat\u00e9gies d\u2019insertion<\/em>, rapport remis \u00e0 Condition F\u00e9minine Canada, Universit\u00e9 de Sherbrooke, Observatoire de l\u2019immigration dans les zones \u00e0 faible densit\u00e9 d\u2019immigrants, Mai.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/trefle_3.png\" alt=\"\" \/><strong>V\u00e9lez Beatriz<\/strong>, 2008, \u00ab Les femmes colombiennes immigrantes au Canada et leur place dans les solidarit\u00e9s \u00bb <em>in<\/em> Claudio Bolzman, Mohamed Lahlou et Mich\u00e8le Vatz Laaroussi (dir.), <em>Familles migrantes : au gr\u00e9 des ruptures\u2026 tisser la transmission<\/em>, \u00c9d. L\u2019interdisciplinaire, Lyon, pp. 66-82.<\/p>\n<p><!--field: --><\/p>\n<div id=\"divec\"><\/div>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p><a name=\"no1\" href=\"#retournoteno1\"><\/a><strong>[ 1] <\/strong> Les statistiques pr\u00e9sent\u00e9es ici sont issues du minist\u00e8re de l\u2019Immigration et des Communaut\u00e9s culturelles du Qu\u00e9bec.<a href=\"#retournoteno1\"><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/arrow_top.png\" alt=\"Retour\" \/><\/a><\/p>\n<p><a name=\"no2\" href=\"#retournoteno2\"><\/a><strong>[ 2] <\/strong> Une nouvelle grille de s\u00e9lection des travailleurs qualifi\u00e9s, en vigueur depuis 2007, vise \u00e0 favoriser un meilleur arrimage de la s\u00e9lection avec les besoins de main-d\u2019\u0153uvre en r\u00e9gion. Cette grille pond\u00e8re le niveau d\u2019\u00e9ducation et de qualification en fonction des besoins professionnels locaux et vise \u00e0 envoyer les nouveaux arrivants en r\u00e9gion. On ne note pas encore de r\u00e9sultats significatifs en ce qui concerne l\u2019immigration maghr\u00e9bine.<a href=\"#retournoteno2\"><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/arrow_top.png\" alt=\"Retour\" \/><\/a><\/p>\n<p><a name=\"no3\" href=\"#retournoteno3\"><\/a><strong>[ 3] <\/strong> On note par ailleurs la s\u00e9lection d\u2019immigrants ind\u00e9pendants non francophones au Qu\u00e9bec ainsi que l\u2019arriv\u00e9e de r\u00e9fugi\u00e9s eux aussi allophones. Ces populations b\u00e9n\u00e9ficient \u00e0 leur arriv\u00e9e d\u2019une formation en fran\u00e7ais. Le barrage de la langue repr\u00e9sente pour eux un obstacle \u00e0 l\u2019insertion socioprofessionnelle mais il tend \u00e0 diminuer avec le temps de vie au Qu\u00e9bec et avec les apprentissages linguistiques effectu\u00e9s. Ainsi leur connaissance du fran\u00e7ais repr\u00e9sente un avantage pour les Maghr\u00e9bins \u00e0 leur arriv\u00e9e mais ils le perdent avec le temps et les autres \u00e9l\u00e9ments de discrimination dont l\u2019origine et la religion viennent complexifier leur insertion, voire la mettre en \u00e9chec.<a href=\"#retournoteno3\"><img decoding=\"async\" src=\".\/img\/arrow_top.png\" alt=\"Retour\" \/><\/a><\/p>\n<p><a name=\"resume\"><\/a><\/p>\n<h2><!--BeginNoIndex-->R\u00e9sum\u00e9<\/h2>\n<p><!--EndNoIndex--><!--field: Resume--><!--field: Resume--><em>Ce texte pr\u00e9sente une analyse des strat\u00e9gies des femmes maghr\u00e9bines immigrantes au Qu\u00e9bec sur le march\u00e9 du travail et dans les dynamiques familiales. Pour cela il aborde les sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019immigration maghr\u00e9bine au Qu\u00e9bec tout en identifiant les politiques d\u2019immigration ainsi que l\u2019impact du contexte socio-politique qu\u00e9b\u00e9cois. La place des femmes immigrantes maghr\u00e9bines dans les trajectoires et strat\u00e9gies d\u2019insertion familiale est analys\u00e9e \u00e0 travers trois dimensions : leur insertion dans l\u2019emploi, les dynamiques familiales et les r\u00e9seaux transnationaux. Le texte conclut sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019espace d\u2019insertion destin\u00e9 aux femmes maghr\u00e9bines immigrantes au Qu\u00e9bec ainsi que sur leurs strat\u00e9gies pour transcender ses fronti\u00e8res.<\/em><\/p>\n<p><!--field: --><\/p>\n<div lang=\"en\">\n<p><em><!--field: Resume-->This text analyzes strategies of immigrant women from Maghreb on the Quebec workplace and in family dynamics. It describes the specificities of immigration from Maghreb to Quebec, identifies immigration policies and evaluates the impact of the Quebec social and political context. The place of immigrant women from Maghreb in paths and strategies of family insertions analyzed through three dimensions: their professional insertion, their family dynamics and the transnational networks. The text concludes that the space for insertion in Quebec offered to immigrant women from Maghreb is ambiguous and sheds light on their strategies to transcend the frontiers.<!--field: --><\/em><\/p>\n<\/div>\n<div lang=\"de\">\n<p><em><!--field: Resume-->Dieser Text handelt von den Arbeits- und Familienstrategien von maghrebinischen Immigrantenfrauen in Quebec. Die Studie interessiert sich f\u00fcr die Eigenschaften der maghrebinischen Einwanderung in Quebec, sowie die Immigrationspolitiken und die Auswirkungen der sozialen und politischen Konjunktur. Der Platz der maghrebinischen Einwandererfrauen innerhalb der famili\u00e4ren Integrationslaufbahnen und deren Strategien wird anhand von drei Dimensionen untersucht: ihre Integration in den Arbeitsmarkt, die Familiendynamik und die trans-nationalen Netzwerke. Eines der Hauptergebnisse ist die Zweischneidigkeit mit der die maghrebinischen Einwandererfrauen empfangen werden und ihre Strategien um diese Grenzen zu \u00fcberwinden.<!--field: --><\/em><\/p>\n<\/div>\n<div lang=\"es\">\n<p><em><!--field: Resume-->Este texto presenta un an\u00e1lisis de las mujeres magreb\u00edes inmigrantes en Quebec de cara al mercado laboral y a las din\u00e1micas familiares. Para ello plantea las especificidades de la emigraci\u00f3n magreb\u00ed en Quebec y tambi\u00e9n identifica las pol\u00edticas de migraci\u00f3n y el impacto del contexto socio-pol\u00edtico quebequense. El espacio de las mujeres inmigrantes magreb\u00edes en las trayectorias y estrategias de inserci\u00f3n familiar se analizan a trav\u00e9s de tres dimensiones: su inserci\u00f3n laboral, las din\u00e1micas familiares y las redes transnacionales. El texto concluye sobre la ambig\u00fcedad del espacio de inserci\u00f3n destinado a las mujeres magreb\u00edes inmigrantes en Quebec y sobre sus estrategias para trascender dichas fronteras.<!--field: --><\/em><\/p>\n<\/div>\n<p><!--field: --><!--BeginNoIndex--><a name=\"plan\"><\/a><\/p>\n<h2>PLAN DE L&rsquo;ARTICLE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"#s1n2\">L\u2019immigration maghr\u00e9bine au Qu\u00e9bec : le contexte de d\u00e9qualification<\/a>\n<ul>\n<li><a href=\"#s2n1\">Le contexte sociopolitique de l\u2019immigration au Canada et au Qu\u00e9bec<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#s2n2\">Des dipl\u00f4m\u00e9s en difficult\u00e9 sur le march\u00e9 du travail<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><a href=\"#s1n3\">La place des femmes maghr\u00e9bines dans la trajectoire migratoire et l\u2019insertion familiale<\/a>\n<ul>\n<li><a href=\"#s2n3\">Le cumul des obstacles<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#s2n4\">Les strat\u00e9gies d\u2019insertion des femmes dans les dynamiques familiales<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#s2n5\">Le r\u00f4le de r\u00e9seaux transnationaux<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mich\u00e8le Vatz Laaroussi est docteure en psychologie interculturelle et professeure de travail social \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke. Elle a d\u00e9velopp\u00e9 des recherches portant sur l\u2019immigration, les dynamiques familiales et de genres et l\u2019intervention sociale avec les familles immigrantes. Elle est responsable du R\u00e9seau de recherche sur l\u2019immigration en dehors des m\u00e9tropoles, co-coor-donnatrice du domaine R\u00f4les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2716,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"tdm_status":"","tdm_grid_status":"","footnotes":""},"categories":[42,13],"tags":[],"class_list":{"0":"post-410","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-diaspora","8":"category-integration"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/410","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=410"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/410\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=410"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=410"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/international\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=410"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}