{"id":14775,"date":"2016-12-29T14:27:51","date_gmt":"2016-12-29T14:27:51","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/?p=14775"},"modified":"2021-01-05T21:57:32","modified_gmt":"2021-01-05T21:57:32","slug":"la-reglisse-de-mon-enfance-de-djamila-abdelli-labiod-un-existentialisme-algerien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/la-reglisse-de-mon-enfance-de-djamila-abdelli-labiod-un-existentialisme-algerien\/","title":{"rendered":"\u00ab La R\u00e9glisse de mon Enfance \u00bb de Djamila Abdelli Labiod: Un Existentialisme Alg\u00e9rien"},"content":{"rendered":"<h3>Le roman comme expression d\u2019un d\u00e9sir refoul\u00e9<\/h3>\n<p>Le roman nous transporte dans l\u2019univers de l\u2019imaginaire et du r\u00eave qui a fait les grandes \u0153uvres des classiques f\u00e9minins anglo-saxons : des Bront\u00e9 et de Jane Austin.<\/p>\n<p>D\u00e8s le premier paragraphe, on rentre dans l\u2019univers intimiste de Djamila qui refuse \u00ab&nbsp;ce monde des femmes, des hommes, des peuples&nbsp;\u00bb \u2026 un existentialisme de Dosto\u00efevski, mais sans les goulags.<\/p>\n<p>Lisons l\u2019auteur en esp\u00e9rant que vous serez alors poss\u00e9d\u00e9 par cet univers pour le partager avant tout, car quand on aime, on partage :<br \/>\n<em>\u00ab&nbsp;Mis\u00e8re des hommes, mis\u00e8re des femmes, mis\u00e8re d\u2019un peuple, mis\u00e8re tout court, c\u2019est \u00e0 cela que je pensais, blottie sous ma couverture, comme un ours dans sa grotte pendant l\u2019hibernation. Loin de toute agression, agressions de toutes sortes, qu\u2019elles soient naturelles ou humaines. Je m\u2019\u00e9tais recroquevill\u00e9e semblable \u00e0 un f\u0153tus dans le ventre de sa m\u00e8re. Sous cet abri cotonneux, o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais rencogn\u00e9e, tout s\u2019arr\u00eate un moment. Je me laisse emporter par mes r\u00eaves, ceux d\u2019une jeune fille de dix-sept ans.<\/em><br \/>\n<em>\u00ab Lina ! Lina ! Tu ne te l\u00e8ves toujours pas !\u00bb s\u2019\u00e9cria ma m\u00e8re.<\/em><br \/>\n<em>\u00ab L\u2019heure de la sieste est termin\u00e9e. Il va bient\u00f4t \u00eatre dix-sept heures. L\u00e8ve-toi ! Des corv\u00e9es t\u2018attendent ! \u00bb<\/em><br \/>\n<em>\u00ab Corv\u00e9e ? Toujours, les m\u00eames mots qui revenaient dans la bouche de ma m\u00e8re. Je m\u2019\u00e9tais retir\u00e9e p\u00e9niblement de mon abri. Dans mon lit, je ne dormais pas v\u00e9ritablement. C\u2019\u00e9tait tout comme ! Dans un \u00e9tat de l\u00e9thargie, je me laissais volontairement entra\u00eener par mon esprit pour r\u00eaver. Je me construisais un monde, une histoire, une vie \u00e0 ma juste mesure. Je fuyais la r\u00e9alit\u00e9, mais, \u2026.&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<h3>L\u2019\u00e9criture comme cure psychanalytique<\/h3>\n<p>Le roman sera alors un petit bout de ce r\u00eave magique des mots : voyage au bout du r\u00eave ! Un r\u00eave qui ne vaut que par son partage sinon il se retrouve d\u00e9peupl\u00e9 dans sa caverne ! Il attend ce regard qui va illuminer son mur d\u2019ombres et d\u2019arc en ciel pour d\u00e9fier notre passage ici bas, des ombres qui se retrouvent perdues dans ces immenses trous noirs d\u2019o\u00f9 rien ne se perd \u2026<\/p>\n<p>L\u2019auteur nous raconte une histoire avec sa na\u00efvet\u00e9 instantan\u00e9e, mais il nous faudrait une lecture psychanalytique profonde pour percevoir dans son roman les d\u00e9sirs et les peurs profondes de l\u2019auteur. L\u2019\u00e9criture devient une cure psychanalytique o\u00f9 l\u2019auteur se parle toute seule avec des mots muets dans un divan dans le noir de la solitude sous le regard attentif du lecteur qui va aussi exposer une interaction \u00e9motionnelle de son propre v\u00e9cu. Le critique va lui voir ce qui se voile sous le multi, le trans et l\u2019intertextualit\u00e9 du texte.<\/p>\n<p>Un auteur se d\u00e9voile plus parce qu\u2019il \u00e9crit que parce qu\u2019il dit, car dans la solitude de l\u2019\u00e9criture, on se parle \u00e0 soi plus qu\u2019\u00e0 l\u2019autre, et on met moins de censure que dans la parole. Barthes dans \u00ab&nbsp;<em>Le Plaisir du texte<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp; parle de la relation entre une \u0153uvre et son auteur:<\/p>\n<p>\u00ab<em> Comme institution, l\u2019auteur est mort&nbsp;: sa personne civile, passionnelle, biographique, a disparu ; d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e, elle n\u2019exerce plus sur son \u0153uvre la formidable paternit\u00e9 dont l\u2019histoire litt\u00e9raire, l\u2019enseignement, l\u2019opinion avaient \u00e0 charge d\u2019\u00e9tablir et de renouveler le r\u00e9cit.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>D\u00e9racinement de l\u2019espace et du temps<\/h3>\n<p>Lors du retour des parents de Lina de la France vers l\u2019Alg\u00e9rie, Lina est d\u00e9racin\u00e9e de son milieu naturel d\u2019enfance (la France), vers un milieu adulte (l\u2019Alg\u00e9rie), qui lui est \u00e9tranger par le sol, la culture, la langue, la foi, les valeurs, et surtout le r\u00eave ! &nbsp;Le d\u00e9racinement est profond ici plus que celui de ses parents qui ne font que revenir \u00e0 leurs sources.<\/p>\n<p>Lina a non seulement un probl\u00e8me existentiel entre son \u00eatre et l\u2019Autre, mais surtout entre son \u00catre et son propre Autre qu\u2019elle essaye de construire pour survivre son nouvel environnement et s\u2019adapter ainsi aux autres. Son \u00eatre se retrouve ainsi dans un double d\u00e9chirement externe et interne de celui qui veut r\u00e9sister au-del\u00e0 de sa capacit\u00e9. Ce d\u00e9chirement est v\u00e9cu continuellement comme une angoisse obsessionnelle qui ne la quitte jamais m\u00eame dans ses r\u00eaves.<\/p>\n<p>Lina a un conflit avec cet espace qui n\u2019est pas sa place, mais aussi ce temps qui n\u2019est pas le sien. Le pr\u00e9sent est un lieu de conflit entre son pass\u00e9, ce paradigme perdu de l\u2019enfance innocente et joyeuse, et son futur qu\u2019elle ne peut tout \u00e0 fait assumer qu\u2019au prix d\u2019un d\u00e9chirement douloureux. Le temps de l\u2019habitude va faire son \u0153uvre pour faire sortir Lina des ses d\u00e9sirs vers la r\u00e9alit\u00e9 de la survie sociale.<\/p>\n<p>Le paradis perdu de l\u2019enfance n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un paradis perdu d\u2019un temps entropique dont la fl\u00e8che s\u2019envole vers le trou noir ; l\u2019endommagement, la vieillesse, la mort \u2026<\/p>\n<h3>L\u2019autre sexe : Attraction \u2013 R\u00e9pulsion<\/h3>\n<p>L\u2019auteur, loin d\u2019\u00eatre une f\u00e9ministe nihiliste, combat aussi cet Autre, de sexe oppos\u00e9, qui la menace le plus dans sa libert\u00e9 et ses r\u00eaves.<\/p>\n<p>Elle refusait l\u2019injustice du statut de la femme :<\/p>\n<p><em>&nbsp;\u00bb A cette \u00e9poque, c\u2019\u00e9tait tellement facile de r\u00e9pudier une femme. L\u2019homme n\u2019avait gu\u00e8re besoin d\u2019une bonne raison. Seul son caprice de m\u00e2le suffisait pour se d\u00e9faire des liens du mariage.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Maintes fois, je pensais, \u00ab&nbsp;est-il honteux ou une faute d\u2019\u00eatre une femme&nbsp;? Pourtant,&nbsp;&nbsp; Dieu &nbsp;nous a pourvus de cet avantage sublime&nbsp;qui est de pouvoir porter la vie en nous et de la donner.&nbsp; \u00ab&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>Une relation ambig\u00fce de la femme avec l\u2019homme ; une relation attraction-r\u00e9pulsion :<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u2019attirance que je &nbsp;suscitais chez ce jeune homme attisait la jalousie de Safia. &nbsp;Je m\u2019en rendis&nbsp; bien compte. Ma cousine boudait. Je d\u00e9clinai poliment l\u2019invitation de ce galant monsieur. Il n\u2019\u00e9tait pas question pour moi, &nbsp;de me jeter&nbsp; dans les bras d\u2019un homme. Mon p\u00e8re me faisait confiance. En&nbsp; cons\u00e9quence, mes d\u00e9bordements devaient avoir des limites.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce refoulement sexuel freudien est li\u00e9 \u00e0 une attraction morale du p\u00e8re, et de la communaut\u00e9, qu\u2019elle refuse de trahir. Une ambig\u00fcit\u00e9 qui d\u00e9montre ce d\u00e9chirement interne.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbre, le texte est plus riche que cette simple critique litt\u00e9raire trop courte pour donner l\u2019\u00e9tendu de tout cette \u0153uvre. L\u2019objet est de nous inciter \u00e0 lire ce roman et p\u00e9n\u00e9trer ainsi un univers de d\u00e9sirs troublants mais passionnants que partagent beaucoup de femmes alg\u00e9riennes car Lina parle au nom des femmes alg\u00e9riennes plus que tout.<\/p>\n<p>Un grand auteur vient de naitre avec Djamila Abdelli Labiod, \u00e0 suivre de pr\u00e9s donc pour ses prochaines publications.<\/p>\n<p><strong>Jamouli<\/strong><\/p>\n<p>note : rappelons qu\u2019un <b>M\u00e9moire en vue de l\u2019obtention du dipl\u00f4me de MASTER a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par&nbsp;<\/b><b><i>Belkacem-Djeffel Lamia dans l\u2019<\/i><\/b><b><i>Universit\u00e9 Mentouri Constantine sous le titre :&nbsp; <\/i><\/b><\/p>\n<p><b>D\u00e9chirement culturel et litt\u00e9rature de l\u2019entre-deux dans<\/b><br \/>\n<i>La R\u00e9glisse de mon enfance<\/i><br \/>\nDe Djamila Abdelli-Labiod<\/p>\n<div id=\"fb-root\"><\/div>\n<div class=\"td-g-rec td-g-rec-id-content_bottom \"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le roman comme expression d\u2019un d\u00e9sir refoul\u00e9 Le roman nous transporte dans l\u2019univers de l\u2019imaginaire et du r\u00eave qui a fait les grandes \u0153uvres des classiques f\u00e9minins anglo-saxons : des Bront\u00e9 et de Jane Austin. D\u00e8s le premier paragraphe, on rentre dans l\u2019univers intimiste de Djamila qui refuse \u00ab&nbsp;ce monde des femmes, des hommes, des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":15530,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46,30],"tags":[],"class_list":{"0":"post-14775","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-culture","8":"category-idees"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14775","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14775"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14775\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15531,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14775\/revisions\/15531"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15530"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14775"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14775"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/jamouli\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14775"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}