{"id":6005,"date":"2016-06-14T21:35:19","date_gmt":"2016-06-14T21:35:19","guid":{"rendered":"http:\/\/dounyazad.com\/education\/?p=6005"},"modified":"2020-07-31T14:24:47","modified_gmt":"2020-07-31T14:24:47","slug":"nouvelles-technologies-tous-condamnes-a-etre-seuls-ensemble","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/nouvelles-technologies-tous-condamnes-a-etre-seuls-ensemble\/","title":{"rendered":"Nouvelles technologies : tous condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre \u00ab Seuls ensemble \u00bb ?"},"content":{"rendered":"<div id=\"content-area\">\n<div class=\"content-texte\">\n<p><strong>Directrice du d\u00e9partement Technologie et autonomie du Massachusetts Institute of Technology (MIT), l\u2019anthropologue et psychologue am\u00e9ricaine Sherry Turkle a \u00e9tudi\u00e9 pendant quinze ans notre relation avec les objets technologiques. Dans <em>Seuls ensemble<\/em>, dernier volume d\u2019une trilogie sur les rapports qu\u2019entretiennent les gens avec leur ordinateur, <\/strong><strong>elle s\u2019interroge sur la mani\u00e8re dont les nouvelles technologies ont redessin\u00e9 le paysage de nos vies affectives et de notre intimit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>Avec <em>The Second Self<\/em> (1984) et <em>Life on the Screen<\/em> (1995), Sherry Turkle s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e de pr\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019informatique et aux nouvelles opportunit\u00e9s qu\u2019offraient les ordinateurs pour cr\u00e9er et explorer une nouvelle identit\u00e9 en ligne. Au milieu des ann\u00e9es 90, elle constate que deux tendances se pr\u00e9cisent\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le d\u00e9veloppement d\u2019une vie enti\u00e8rement int\u00e9gr\u00e9e au r\u00e9seau, favoris\u00e9e par les moteurs de recherche et les navigateurs puis par les connexions mobiles\u00a0; de l\u2019autre, une \u00e9volution de la robotique qui ne se contente plus de cr\u00e9er des aides robotis\u00e9es \u00e0 la personne, mais qui a d\u00e9sormais pour ambition de nous cr\u00e9er de nouveaux amis. Deux tendances de la culture num\u00e9rique qui touchent principalement les \u00ab\u00a0digital natives\u00a0\u00bb, ces jeunes \u00e2g\u00e9s de 5 \u00e0 25 ans ayant grandi avec des t\u00e9l\u00e9phones portables et des jouets qui r\u00e9clament de l\u2019attention. Une sollicitude vers l\u2019inanim\u00e9 qui pose la question de notre identit\u00e9 humaine.<\/p>\n<h3><strong>Des robots de plus en plus aimables\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Int\u00e9grant le MIT dans les ann\u00e9es 80, Sherry Turkle a assist\u00e9 en premi\u00e8re ligne \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la robotique et \u00e0 son intrusion progressive au c\u0153ur de notre quotidien. Des premi\u00e8res machines r\u00e9serv\u00e9es exclusivement aux personnes \u00e2g\u00e9es et con\u00e7ues comme des robots d\u2019aide \u00e0 la personne, \u00e0 celles destin\u00e9es aux enfants, la robotique a pris une place grandissante dans les foyers, nous invitant \u00e0 reconsid\u00e9rer la nature de la pens\u00e9e, de la m\u00e9moire et de la compr\u00e9hension humaines.<\/p>\n<p>Pour \u00e9tudier \u00e0 la loupe le rapport des utilisateurs \u00e0 ces nouveaux robots sociaux, Sherry Turkle a pr\u00eat\u00e9 des artefacts de \u00ab\u00a0Tamagotchi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Furby\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0My Real Baby\u00a0\u00bb \u00e0 des s\u00e9niors r\u00e9sidant en maison de retraite et \u00e0 de jeunes enfants, tous de milieux socio-\u00e9conomiques divers. Elle s\u2019est alors aper\u00e7ue que les individus, quel que soit leur \u00e2ge, avaient tous une tendance \u00e0 consid\u00e9rer leur robot comme vivant. Les plus jeunes entretenaient rapidement des relations affectives avec leurs nouveaux compagnons. Conscients qu\u2019ils \u00e9taient bien diff\u00e9rents d\u2019un chien ou d\u2019un chat, ils attendaient n\u00e9anmoins d\u2019eux de la compassion, de l\u2019\u00e9coute et de l\u2019affection. De la m\u00eame mani\u00e8re, apr\u00e8s une tr\u00e8s courte p\u00e9riode d\u2019adaptation, les retrait\u00e9s se mettaient tout naturellement \u00e0 consid\u00e9rer leur machine comme un nouvel ami, un confident essentiel.<\/p>\n<div id=\"attachment_9880\" class=\"wp-caption aligncenter\">\n<p class=\"wp-caption-text\">Une persone \u00e2g\u00e9e avec \u00ab Paro \u00bb, le robot b\u00e9b\u00e9 phoque th\u00e9rapeutique \u00a9 SAHLAN HAYES\/Fairfax<\/p>\n<\/div>\n<h3><strong>Des humains de substitution<\/strong><\/h3>\n<p>Aujourd\u2019hui, certains attendent de ces robots bien plus qu\u2019une oreille attentive\u00a0: ils envisagent une nouvelle esp\u00e8ce avec qui vivre son intimit\u00e9, s\u2019accoupler et aimer. Une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle l\u2019anthropologue s\u2019est heurt\u00e9e lors de ses recherches, accus\u00e9e par un journaliste du r\u00e9put\u00e9 Scientific American de faire du \u00ab\u00a0chauvinisme d\u2019esp\u00e8ces\u00a0\u00bb. Pure science-fiction\u00a0? Pas tout \u00e0 fait, car la recherche robotique avance dans cette direction, essayant d\u2019humaniser davantage les robots de demain. Que ce soit <em>Milo<\/em>, l\u2019humano\u00efde d\u00e9velopp\u00e9 par Microsoft en 2010 ou <em>Paro<\/em>, le \u00ab\u00a0premier robot th\u00e9rapeutique\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9 au Japon, ils t\u00e9moignent tous deux de la volont\u00e9 des hommes \u00e0 cr\u00e9er une interaction affective unique avec la machine. Cette tendance, qui remet profond\u00e9ment en cause notre rapport au vivant, interroge l\u2019auteure sur notre capacit\u00e9 \u00e0 accepter ces humains de substitution et lui fait dire que \u00ab\u00a0<em>nous sommes pr\u00eats, \u00e9motionnellement et m\u00eame philosophiquement \u00e0 les accueillir<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais alors que nous cherchons d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un peu de r\u00e9confort humain aupr\u00e8s de machines programm\u00e9es, nous fuyons syst\u00e9matiquement nos semblables, privil\u00e9giant la virtualit\u00e9 des r\u00e9seaux internet \u00e0 l\u2019\u00e9change en face \u00e0 face. Une sym\u00e9trie troublante qui annonce la fin des relations humaines\u00a0?<\/p>\n<h3><strong><em>\u00ab\u00a0Les humains, c\u2019est trop exigeant\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/h3>\n<div id=\"attachment_6375\" class=\"wp-caption alignright\">\n<p><a class=\"cboxElement\" title=\"&quot;Seuls ensemble&quot;\" href=\"http:\/\/the-dissident.eu\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Seuls-ensemble-e1431339742111.png\" rel=\"lightbox[6374]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6375\" src=\"http:\/\/the-dissident.eu\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Seuls-ensemble-198x300.png\" alt=\"&quot;Seuls ensemble&quot;\" width=\"191\" height=\"289\" data-id=\"6375\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0Seuls ensemble\u00a0\u00bb \u00a9 L\u2019\u00c9chapp\u00e9e<\/p>\n<\/div>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la robotique dans le quotidien affectif, Internet et les r\u00e9seaux sociaux ont chamboul\u00e9 en profondeur les liens entre les individus tout autant que la construction du moi.<\/p>\n<p>Interrogeant des enfants, des adolescents et des adultes am\u00e9ricains, Sherry Turkle a fouill\u00e9 l\u2019immensit\u00e9 du web\u00a0: de \u00ab\u00a0Second Life\u00a0\u00bb aux r\u00e9seaux sociaux, elle met en lumi\u00e8re la multitude des mondes virtuels et leur intrusion de plus en plus marqu\u00e9e dans la sph\u00e8re du r\u00e9el. S\u2019invitant \u00e0 table, accessibles partout et tout le temps gr\u00e2ce \u00e0 la mobilit\u00e9 des r\u00e9seaux, ces nouveaux mondes brouillent les fronti\u00e8res et enferment souvent ceux qui s\u2019y perdent, tout en leur donnant l\u2019illusion de n\u2019\u00eatre jamais seuls.<\/p>\n<p>S\u2019int\u00e9ressant de pr\u00e8s aux adolescents d\u00e9pendants de leur t\u00e9l\u00e9phone portable, elle a recueilli de nombreux t\u00e9moignages \u2013 \u00e9difiants \u2013 sur le rapport de ces jeunes \u00e0 ce qu\u2019elle appelle leur \u00ab\u00a0membre fant\u00f4me\u00a0\u00bb. Si le r\u00e9seau facilite l\u2019amiti\u00e9 tout autant que les divertissements ou le commerce, la chercheuse s\u2019inqui\u00e8te n\u00e9anmoins de la fr\u00e9n\u00e9sie avec laquelle les jeunes g\u00e9n\u00e9rations effacent peu \u00e0 peu l\u2019humain au profit d\u2019une virtualit\u00e9 plus facile, moins exigeante et dans laquelle ils se sentent prot\u00e9g\u00e9s, moins expos\u00e9s \u00e0 l\u2019incertitude des rapports humains.<\/p>\n<h3><strong>Un nouveau rapport \u00e0 l\u2019autre<\/strong><\/h3>\n<p>S\u2019ils sont capables d\u2019envoyer en moyenne 3500 textos par mois, ces ados accrocs au portable fuient syst\u00e9matiquement le rapport r\u00e9el et t\u00e9moignent tous de la m\u00eame hantise\u00a0: avoir \u00e0 affronter quelqu\u2019un en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, au t\u00e9l\u00e9phone ou pire, \u00ab\u00a0dans la vraie vie\u00a0\u00bb. Des situations qui leur semblent insurmontables parce qu\u2019elles exigent un contact sans protection avec l\u2019autre, et qu\u2019elles pourraient faire \u00e9merger des relations qui ne seraient pas totalement conformes \u00e0 leurs d\u00e9sirs. Une interaction qui risquerait aussi de leur faire perdre le contr\u00f4le de leur image.<\/p>\n<p>Au final, ces jeunes ultra connect\u00e9s attendent de moins en moins des autres et de plus en plus des machines, fuyant le contact humain mais cherchant sans cesse \u00e0 \u00eatre reconnus et rassur\u00e9s. Un nouveau rapport \u00e0 l\u2019autre qui sonne le glas de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, n\u00e9cessaire \u00e0 toute relation sociale, mais balaie aussi le temps de la r\u00e9flexion, de la contemplation, tout autant que les bienfaits de la solitude, si pr\u00e9cieuse \u00e0 tout \u00e9panouissement personnel.<\/p>\n<p>Livre captivant qui a eu un grand retentissement aux \u00c9tats-Unis, <em>Seuls ensemble<\/em> raconte une histoire en perp\u00e9tuelle mutation, celle de notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre ensemble et \u00e0 accepter l\u2019autre dans sa complexit\u00e9. Alors que le web est encore tout jeune et que la culture de la vie en r\u00e9seau n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts, Sherry Turkle ne fait pas dans l\u2019alarmisme, mais s\u2019interroge\u00a0: que restera-t-il d\u2019une civilisation qui confie sa propre m\u00e9moire \u00e0 un disque dur\u00a0?<\/p>\n<p><strong><em><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/embed-ssl.ted.com\/talks\/sherry_turkle_alone_together.html\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>&gt; Seuls ensemble \u2013 De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines<\/em><\/strong>, Sherry Turkle. Traduit de l\u2019anglais (USA) par Claire Richard. \u00c9ditions L\u2019\u00e9chapp\u00e9e. Collection \u00ab\u00a0Pour en finir avec\u00a0\u00bb. Parution\u00a0: Mars 2015 (Premi\u00e8re \u00e9dition am\u00e9ricaine\u00a0: 2011). 528 p. 22\u20ac<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"author-info\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"avatar avatar-75 wp-user-avatar wp-user-avatar-75 alignnone photo\" src=\"http:\/\/the-dissident.eu\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/AliceDubois-96x96.jpg\" alt=\"Alice Dubois\" width=\"75\" height=\"75\" \/><\/p>\n<div id=\"author-text\">Journaliste et chroniqueuse, avec pr\u00e9disposition naturelle pour les sujets de soci\u00e9t\u00e9, la biosph\u00e8re et les culture(s). Apr\u00e8s une vie entre spectacle vivant et agence de com. La presse \u00e9crite ? Depuis sa premi\u00e8re machine \u00e0 \u00e9crire, en 1984.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><a href=\"http:\/\/the-dissident.eu\/6374\/nouvelles-technologies-condamnes-a-etre-seuls-ensemble\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Directrice du d\u00e9partement Technologie et autonomie du Massachusetts Institute of Technology (MIT), l\u2019anthropologue et psychologue am\u00e9ricaine Sherry Turkle a \u00e9tudi\u00e9 pendant quinze ans notre relation avec les objets technologiques. 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