{"id":6023,"date":"2016-07-13T12:53:16","date_gmt":"2016-07-13T12:53:16","guid":{"rendered":"http:\/\/dounyazad.com\/education\/?p=6023"},"modified":"2020-07-31T12:35:47","modified_gmt":"2020-07-31T12:35:47","slug":"carte-des-sciences-vers-une-geographie-de-la-connaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/carte-des-sciences-vers-une-geographie-de-la-connaissance\/","title":{"rendered":"Carte des Sciences : vers une g\u00e9ographie de la connaissance"},"content":{"rendered":"<div class=\"header\">\n<h5>La premi\u00e8re \u00ab carte mondiale des sciences \u00bb vient d&rsquo;\u00eatre d\u00e9voil\u00e9e. Derri\u00e8re cette constellation multicolore se cachent des enjeux cruciaux pour l&rsquo;avenir de disciplines scientifiques. Explications et analyse critique.<\/h5>\n<\/div>\n<div class=\"news-text-wrap\">\n<h4>Entre d\u00e9tectives et cartographes<\/h4>\n<p><span class=\"titreImage\">La carte mondiale des sciences<\/span> <span class=\"legendeImage\">Chaque n\u0153ud repr\u00e9sente une publication ou un th\u00e8me et chaque trait les liens les plus importants entre les journaux (via les clics des lecteurs). Par souci de simplification, les auteurs ont indiqu\u00e9 simplement les domaines. Le rayon de chaque n\u0153ud est li\u00e9 au nombre de consultations du journal et la place des n\u0153uds est d\u00e9termin\u00e9e par un mod\u00e8le math\u00e9matique selon leur affinit\u00e9. Les journaux qui ont le plus de liens entre eux sont regroup\u00e9s en amas. Code couleur : rose = physique, bleu = chimie, vert = biologie, rouge = m\u00e9decine, jaune = sciences sociales, blanc et gris = lettres.<\/span> <span class=\"copyrightImage\"> \u00a9 PLoS One, mars 2009<\/span>Les chercheurs du laboratoire national de Los Alamos et de l&rsquo;Institut de Santa Fe (Etats-Unis) viennent de pr\u00e9senter la premi\u00e8re <a href=\"http:\/\/www.plosone.org\/article\/fetchObject.action?uri=info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0004803.g005&amp;representation=PNG_L\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">carte mondiale des sciences<\/a>\u00b9. Selon eux, elle permet de visualiser la structure de l&rsquo;activit\u00e9 scientifique du monde entier de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e. Parmi la myriade de petits points, on discerne presque tous les domaines des sciences dites dures, des sciences sociales et m\u00eame des lettres, \u00e9troitement interconnect\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour arriver \u00e0 cette repr\u00e9sentation graphique multicolore, les chercheurs se sont d&rsquo;abord mu\u00e9s en Sherlock Holmes. Entre 2006 et 2007, ils ont collect\u00e9 un milliard de \u00ab traces virtuelles \u00bb sem\u00e9es par les scientifiques lors de leurs recherches documentaires sur Internet. Ces traces ne sont pas de celles qui se voient \u00e0 la loupe. Il s&rsquo;agit de donn\u00e9es de connexion et de navigation sur les portails web des grands \u00e9diteurs comme Thomson Scientific et Elsevier qui h\u00e9bergent notamment les publications <i>Nature<\/i> et <i>Science<\/i>. De sa connexion \u00e0 sa d\u00e9connection, le scientifique est traqu\u00e9 num\u00e9riquement. Quel journaux consulte-t-il et dans quel ordre&nbsp;? Quels articles lit-il&nbsp;? Bref, on enregistre absolument tous ses clics. Nos d\u00e9tectives ne gardent ensuite que ceux repr\u00e9sentatifs d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat (liens vers les citations, t\u00e9l\u00e9chargement\u2026) en \u00e9liminant par exemple les clics vers les pages suivantes.<\/p>\n<figure>\n<figure><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.cite-sciences.fr\/fileadmin\/fileadmin_SA\/archivesCS\/imagesActus\/QACTU_IMG_ZOOM_191.jpg\" alt=\"\"><\/figure>\n<\/figure>\n<p><span class=\"titreImage\">Une autre version<\/span> <span class=\"legendeImage\">Sur cette autre version de la m\u00eame carte, les auteurs ont color\u00e9 en bleu les sciences dites dures et en jaune les sciences sociales et les lettres. La biologie (en bas \u00e0 droite) et la psychologie (sur la gauche) sont des domaines o\u00f9 on retrouve les deux couleurs.<\/span> <span class=\"copyrightImage\"> \u00a9 PLoS one, mars 2009<\/span>Apr\u00e8s ce premier tri, les chercheurs se sont retrouv\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de \u00ab seulement \u00bb 346 millions de traces. La suite est un travail math\u00e9matique : rep\u00e9rer l&rsquo;ordre de consultation des articles, mettre en relation les articles et les journaux deux par deux puis \u00e9tablir des mod\u00e8les gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9thode des matrices. Apr\u00e8s les calculs vient la visualisation gr\u00e2ce \u00e0 la th\u00e9orie des graphes. Voici enfin notre carte : une collection de n\u0153uds et de liens repr\u00e9sentatifs de l&rsquo;activit\u00e9 scientifique mondiale entre 2006 et 2007 c&rsquo;est-\u00e0-dire presque en temps r\u00e9el, selon les auteurs.<\/p>\n<p>1.<a href=\"http:\/\/www.plosone.org\/article\/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0004803\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\"> J. Bollen <i>et al., PLoS one<\/i><\/a>, mars 2009.<\/p>\n<div class=\"encadre\">\n<h4>Th\u00e9orie des graphes et matrices<\/h4>\n<p>La th\u00e9orie des graphes est une branche commune \u00e0 l&rsquo;informatique et aux math\u00e9matiques qui permet d&rsquo;\u00e9tudier les propri\u00e9t\u00e9s des r\u00e9seaux. Il existe de nombreuses repr\u00e9sentations de graphes dont celles en \u00ab n\u0153ud-lien \u00bb o\u00f9 les n\u0153uds (cercles) repr\u00e9sentent des entit\u00e9s et les arcs (segments ou fl\u00e8ches) les relations entre ces entit\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;enchev\u00eatrement des liens et le placement des n\u0153uds sont les principaux probl\u00e8mes de ce type de repr\u00e9sentation. L&rsquo;utilisateur a du mal \u00e0 explorer le graphe et \u00e0 interagir avec ses \u00e9l\u00e9ments, quand la taille du graphe augmente.<\/p>\n<p>Pour contourner ce probl\u00e8me, les techniques de repr\u00e9sentations matricielles sont des solutions int\u00e9ressantes. Une matrice est un tableau rectangulaire de m lignes et n colonnes, qui poss\u00e8de \u00ab m fois n \u00bb nombres, rang\u00e9s ligne par ligne.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/www.knowledge-mapping.net\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\"> le blog de Christophe Tricot <\/a> sur la cartographie s\u00e9mantique.<\/p>\n<\/div>\n<h4>Vers une \u00ab g\u00e9ographie des sciences \u00bb<\/h4>\n<p>Tels les grands explorateurs espagnols et portugais des XVe et XVIe si\u00e8cles\u00b9, ces cartographes d&rsquo;un nouveau genre d\u00e9limitent les fronti\u00e8res entre les diff\u00e9rents domaines scientifiques, pointent les endroits o\u00f9 les disciplines se chevauchent et \u00ab<i> tentent de d\u00e9couvrir une <\/i>Terra incognita<i> scientifique pour la coloniser<\/i>\u00bb, explique Franck Ghitalla, ma\u00eetre de conf\u00e9rences en Sciences de l&rsquo;information et de la communication \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de technologie de Compi\u00e8gne.<\/p>\n<figure>\n<figure><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.cite-sciences.fr\/fileadmin\/fileadmin_SA\/archivesCS\/imagesActus\/QACTU_IMG_ZOOM_114.jpg\" alt=\"\"><\/figure>\n<\/figure>\n<p><span class=\"titreImage\">D\u00e9tails de la carte<\/span> <span class=\"legendeImage\">De gauche \u00e0 droite et de haut en bas : liens entre industrie et physique, recherche pharmaceutique et biotechnologie, g\u00e9ographie et g\u00e9n\u00e9tique des plantes, architecture et \u00e9cologie.<\/span> <span class=\"copyrightImage\"> \u00a9 PLoS one, mars 2009<\/span>Les auteurs de cette carte soulignent la position centrale des sciences humaines et leur r\u00f4le de \u00ab connecteur \u00bb entre les disciplines comme la physique ou la m\u00e9decine. Mais comme toute carte, ce n&rsquo;est qu&rsquo;affaire de point de vue. Les auteurs ont repr\u00e9sent\u00e9 des liens entre industrie et physique, recherche pharmaceutique et biotechnologie, g\u00e9ographie et g\u00e9n\u00e9tique des plantes, et m\u00eame entre architecture et \u00e9cologie.<\/p>\n<p>Si ce r\u00e9sultat est enthousiasmant, \u00ab <i>il ne fait que confirmer ce que l&rsquo;on sait d\u00e9j\u00e0<\/i>, nuance Franck Ghitalla. <i>Des disciplines apparaissent comme les sciences cognitives, l&rsquo;\u00e9cologie, les sciences des r\u00e9seaux, tandis que d&rsquo;autres faiblissent comme la physique et la chimie<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, ce type de cartes (bas\u00e9e sur des \u00abclics\u00bb) a un avantage sur celles utilis\u00e9es jusqu&rsquo;ici et bas\u00e9es sur les citations : la quasi-instantan\u00e9it\u00e9. Au lieu de montrer un aper\u00e7u de la science quelques ann\u00e9es en arri\u00e8re (le temps de latence n\u00e9cessaire \u00e0 une publication pour \u00eatre cit\u00e9es dans d&rsquo;autres), cette nouvelle carte offre une vision beaucoup plus r\u00e9active de l&rsquo;activit\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>1. Exposition virtuelle <a href=\"http:\/\/expositions.bnf.fr\/cartes\/index.htm\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00ab Histoire de la cartographie \u00bb<\/a> sur le site de la <a href=\"http:\/\/www.bnf.fr\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\"> Biblioth\u00e8que nationale de France.<\/a><\/p>\n<div class=\"encadre\">\n<h4>\u00c0 chacun sa carte<\/h4>\n<p>Selon Jean-Paul Bord, g\u00e9ographe et professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Montpellier, il existe deux grands types de cartes aujourd&rsquo;hui : celles qui \u00ab g\u00e9or\u00e9f\u00e9rencent\u00b9 \u00bb l&rsquo;espace (cartes topographiques, cartes des Syst\u00e8mes d&rsquo;information g\u00e9ographique) et les cartes \u00ab non g\u00e9or\u00e9f\u00e9renc\u00e9es \u00bb (cartes th\u00e9matiques, sch\u00e9mas, croquis, cartes mentales\u2026) \u00ab <i>qui donnent \u00e0 comprendre un ph\u00e9nom\u00e8ne<\/i> \u00bb. Les cartes par anamorphose en font partie, sur lesquelles le territoire n&rsquo;est pas d\u00e9fini par sa superficie mais par un autre crit\u00e8re (comme la population ou le revenu par habitant).<\/p>\n<p>Les utilisateurs de cartes piochent dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre groupe suivant l&rsquo;usage qu&rsquo;il veulent en faire : se d\u00e9placer, am\u00e9nager un territoire\u2026 Le professeur montpelli\u00e9rain estime que \u00ab <i>les cartes du savoir appartiennent au second groupe, plut\u00f4t des cartes th\u00e9matiques car les notions de distance et de localisation disparaissent au profit de l&rsquo;humain ou des soci\u00e9t\u00e9s : la d\u00e9territorialisation y est dominante<\/i> \u00bb.<\/p>\n<p>Dans tous les cas, la carte n&rsquo;est jamais objective et ne repr\u00e9sente qu&rsquo;une part infime de la r\u00e9alit\u00e9. Les informations sont tellement nombreuses que beaucoup sont mises de c\u00f4t\u00e9, \u00ab <i>y compris les plus inattendues comme les odeurs, une brise passag\u00e8re\u2026 m\u00eame si certaines commencent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es (le bruit, par exemple) <\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>1. G\u00e9or\u00e9f\u00e9rencement : op\u00e9ration qui consiste \u00e0 attribuer \u00e0 un ensemble de ph\u00e9nom\u00e8nes les coordonn\u00e9es g\u00e9ographiques permettant de d\u00e9finir leur position exacte, par rapport \u00e0 un syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence g\u00e9od\u00e9sique.<\/p>\n<\/div>\n<h4>Le scientifique et son r\u00e9seau<\/h4>\n<figure>\n<figure><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.cite-sciences.fr\/fileadmin\/fileadmin_SA\/archivesCS\/imagesActus\/QACTU_IMG_ZOOM_14.jpg\" alt=\"\"><\/figure>\n<\/figure>\n<p><span class=\"titreImage\">Les sciences vues par <i>Nature<\/i><\/span> <span class=\"legendeImage\">800 000 publications scientifiques apparaissent sur cette carte des sciences, dans le magazine Nature en d\u00e9cembre 2006. Les cercles sont des regroupements d&rsquo;articles qui se citent les uns les autres. Les longues lignes sont en r\u00e9alit\u00e9 des phrases tir\u00e9es des publications. La chimie est situ\u00e9e \u00e0 droite, la m\u00e9decine en bas \u00e0 gauche et la physique tout en haut.<\/span> <span class=\"copyrightImage\"> \u00a9 Nature, 21 d\u00e9cembre 2006<\/span>Autre avantage : la mise \u00e0 jour des dynamiques, des flux, des relations ; bref, de la science en action. \u00c0 peine esquiss\u00e9es, les fronti\u00e8res se brouillent d\u00e9j\u00e0 tant les informations circulent vite, tant les citations, annotations et commentaires se multiplient. Au plan humain, on peut observer (espionner ?) un scientifique. Dans quels journaux trouve-t-il son inspiration ? quels laboratoires contacte-t-il ? quel est son r\u00e9seau et la structure de \u00ab son monde \u00bb ? Autant d&rsquo;indices (d&rsquo;indiscr\u00e9tions ?) invisibles jusqu&rsquo;ici. \u00ab<i> Il est facile de cr\u00e9er l&#8217;empreinte d&rsquo;un chercheur sur une carte : on le fait appara\u00eetre en rouge puis on suit au cours du temps ses publications et ses relations avec ses coll\u00e8gues et ses connaissances<\/i> \u00bb, indique Franck Ghitalla.<\/p>\n<figure>\n<figure><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.cite-sciences.fr\/fileadmin\/fileadmin_SA\/archivesCS\/imagesActus\/QACTU_IMG_ZOOM_131.jpg\" alt=\"\"><\/figure>\n<\/figure>\n<p><span class=\"titreImage\">Une autre repr\u00e9sentation des sciences<\/span> <span class=\"legendeImage\">Cette carte, compos\u00e9e 88 noeuds et 3 000 liens, a \u00e9t\u00e9 produite gr\u00e2ce \u00e0 6 400 000 citations provenant de plus de 6 000 journaux.<\/span> <span class=\"copyrightImage\"> \u00a9 PNAS, janvier 2008<\/span>Avec ces cartes, rien ne nous \u00e9chappe, pas m\u00eame les querelles. Ainsi, le projet <a href=\"http:\/\/www.macospol.com\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">Macospol\u00b9<\/a>, cr\u00e9\u00e9 par le sociologue des sciences Bruno Latour, cartographie les controverses scientifiques, pour \u00ab <i>aider les \u00e9tudiants et les futurs citoyens \u00e0 la navigation dans l&rsquo;univers incertain des controverses<\/i> \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;informatique est la cl\u00e9 pour visualiser de tels r\u00e9seaux dynamiques, contrairement au papier, fig\u00e9 par d\u00e9finition. \u00ab <i>En g\u00e9ographie, nous allons de plus en plus vers un d\u00e9veloppement de ce genre de cartographie, bas\u00e9e sur la visualisation, la simulation et la mod\u00e9lisation<\/i>, remarque Jean-Paul Bord, g\u00e9ographe et professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Montpellier. Il n&rsquo;\u00e9carte pourtant pas le papier \u00ab<i> toujours incontournable<\/i>\u00bb et pour lequel \u00ab <i>nous avons encore une relation affective<\/i> \u00bb.<\/p>\n<p>1. Mapping Controversies on Science for Politics : projet cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ecole des Mines puis d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 Science-Po, au Massachusetts Institute of Technology (Etats-Unis) et dans plusieurs \u00e9coles d&rsquo;ing\u00e9nieurs.<\/p>\n<div class=\"encadre\">\n<h4>Un code pour comprendre en un clin d&rsquo;oeil<\/h4>\n<p>\u00ab <i>Un texte ou une base de donn\u00e9es sont faits pour \u00eatre lus alors qu&rsquo;une carte doit \u00eatre vue <\/i>\u00bb, affirme Jean-Paul Bord. Ainsi, les cartes de g\u00e9ographie ont toutes plus ou moins les m\u00eames codes qui doivent \u00eatre compr\u00e9hensibles imm\u00e9diatement. \u00ab <i>La carte doit apporter une information \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur. L&rsquo;observateur doit voir les oppositions, m\u00e9moriser rapidement quelques \u00e9l\u00e9ments et id\u00e9es cl\u00e9.<\/i> \u00bb<\/p>\n<p>S&rsquo;ils veulent copier les cartes g\u00e9ographiques, les \u00ab cartographes du savoir \u00bb vont devoir se pencher sur ce probl\u00e8me crucial et \u00ab<i> travailler la s\u00e9miologie graphique\u00b9 comme le fait <a href=\"http:\/\/www.ign.fr\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">l&rsquo;Institut g\u00e9ographique national (IGN)<\/a><\/i> \u00bb. Un gros travail en perspective sur les titres, le respect des r\u00e8gles de toponymie\u00b2, les l\u00e9gendes\u2026 \u00c0 terme, des signes conventionnels partag\u00e9s par tous ces nouveaux cartographes devraient voir le jour. \u00ab <i>Le premier qui arrivera \u00e0 les imposer gagnera le jackpot <\/i>\u00bb, sourit Franck Ghitalla.<\/p>\n<p>1. La s\u00e9miologie est la science des signes. La s\u00e9miologie graphique est utilis\u00e9e en g\u00e9ographie pour \u00e9tudier la pertinence des repr\u00e9sentations de l&rsquo;espace et des groupes sociaux qui le peuplent.<br \/>\n2. Science qui \u00e9tudie les noms de lieux (signification, \u00e9tymologie, transformations au fil du temps) : lieux habit\u00e9s (villes\u2026) ou non habit\u00e9s (lieux-dits), li\u00e9s au relief, aux rivi\u00e8res ou aux voies de communication (routes, rues).<\/p>\n<\/div>\n<h4>Visualiser, c\u2019est pr\u00e9voir<\/h4>\n<p>Qui dit mod\u00e9lisation dit pr\u00e9vision. De telles \u00ab cartes-m\u00e9moire \u00bb des sciences permettent de retourner dans le temps et d&rsquo;observer les changements qui ont eu lieu, pour ensuite se projeter dans le futur. Avec une carte chaque ann\u00e9e, les scientifiques seraient \u00e0 m\u00eame de \u00ab<i> d\u00e9voiler les tendances, les \u00e9mergences de nouveaux th\u00e8mes, l&rsquo;\u00e9volution future des disciplines exactement comme les mod\u00e8les climatiques tentent de le faire avec le climat<\/i>, pr\u00e9cise Franck Ghitalla, <i>avec en toile de fond des enjeux industriels et politiques <\/i>\u00bb. En int\u00e9grant en temps r\u00e9el la moindre modification, \u00ab <i>ces cartes seraient des rep\u00e8res pour les investisseurs et les d\u00e9cideurs <\/i>\u00bb qui pourraient simuler les cons\u00e9quences de diverses d\u00e9cisions.<\/p>\n<figure>\n<figure><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.cite-sciences.fr\/fileadmin\/fileadmin_SA\/archivesCS\/imagesActus\/QACTU_IMG_ZOOM_1.jpg\" alt=\"\"><\/figure>\n<\/figure>\n<p><span class=\"titreImage\">Une carte des controverses<\/span> <span class=\"legendeImage\">A partir de huit controverses analys\u00e9es par des \u00e9tudiants de Sciences-Po, Webatlas a constitu\u00e9 cette carte de mots qui montre l&rsquo;espace des controverses. Elle a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e en novembre 2008 \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.villeeuropeennedessciences.fr\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00abVille europ\u00e9enne des sciences \u00bb <\/a>\u00e0 Paris, sous la forme d&rsquo;une impression de 40 m\u00b2 sur laquelle les visiteurs pouvaient marcher.<\/span> <span class=\"copyrightImage\"> \u00a9 <a href=\"http:\/\/webatlas.fr\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">Webatlas<\/a><\/span>Voil\u00e0 pourquoi des laboratoires et des start-up se lancent dans une v\u00e9ritable course \u00e0 la carte. Ainsi en 2003, la publication scientifique PNAS a consacr\u00e9 un num\u00e9ro entier \u00e0 ce sujet\u00b9. Le chercheur am\u00e9ricain Richard Klavans, au sein de son projet <a href=\"http:\/\/www.mapofscience.com\/index.html\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\"> Map of Science<\/a>, vend depuis 1991 des cartes aux grandes institutions am\u00e9ricaines (entre autres l&rsquo;Institut du Cancer, l&rsquo;Institut des Geosciences, la NASA). En France, Franck Ghitalla et cinq ing\u00e9nieurs ont lanc\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.webatlas.fr\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\"> Webatlas<\/a>, un projet qui tente de d\u00e9voiler la g\u00e9ographie de la science fran\u00e7aise et europ\u00e9enne, en collaboration avec l&rsquo;Institut de l&rsquo;information scientifique et technique du CNRS, une base de donn\u00e9es d&rsquo;environ 17 millions d&rsquo;articles scientifiques.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du grand public, des expositions ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 le travail de vulgarisation, comme <a href=\"http:\/\/scimaps.org\/index.php\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\"> Places and Spaces <\/a> aux Etats-Unis et en Allemagne depuis 2005 ou encore celle organis\u00e9e par Webatlas et Macospol \u00e0 Paris en novembre 2008, sur la place des controverses dans les sciences. Ainsi, les cartes de la connaissance commencent \u00e0 suivre l&rsquo;exemple de leurs cousines g\u00e9ographiques que tous les enfants apprennent \u00e0 d\u00e9crypter \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole.<\/p>\n<p>1. Magazine <a href=\"http:\/\/www.pnas.org\/content\/101\/suppl.1\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\"> PNAS du 6 avril 2004<\/a> consacr\u00e9 au colloque \u00abMapping knowledge domains \u00bb tenu en mai 2003 \u00e0 Irvine (Californie).<\/p>\n<div class=\"encadre\">\n<h4>Les cartes de savoir dans l&rsquo;histoire<\/h4>\n<p>De tous temps, les cartes, en plus de la topographie, indiquent des savoirs sp\u00e9cifiques comme les d\u00e9placements des arm\u00e9es romaines (table de Peutinger) ou les voies maritimes (les cartes-portulans du XIVe si\u00e8cle italien). En revanche, les cartes du savoir, qui permettent aux philosophes et savants d&rsquo;explorer les territoires abstraits, n&rsquo;apparaissent r\u00e9ellement qu&rsquo;au Moyen-Age. Ainsi, <a href=\"http:\/\/classes.bnf.fr\/ebstorf\/explo\/index.htm\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">la mappemonde d&rsquo;Ebstorf<\/a> est une tentative d&rsquo;unification du savoir g\u00e9ographique et des connaissances historiques et scientifiques.<\/p>\n<p>En 1769, Chr\u00e9tien Fr\u00e9d\u00e9ric Guillaume Roth propose un <a href=\"http:\/\/expositions.bnf.fr\/ciel\/grand\/sq11-05.htm\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00ab <i>Essai de distribution des arts et des sciences <\/i>\u00bb<\/a>. Ces repr\u00e9sentations voient leur apog\u00e9e avec les \u00e9normes <a href=\"http:\/\/expositions.bnf.fr\/globes\/index.htm\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">globes de Coronelli <\/a> (4 m\u00e8tres de diam\u00e8tre) offerts par le cardinal d&rsquo;Estr\u00e9es \u00e0 Louis XIV. R\u00e9alis\u00e9s en 1683 par le cosmographe Vincenzo Coronelli, ils offrent une repr\u00e9sentation synth\u00e9tique des connaissances de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960, Derek J. de Solla Price, le \u00ab p\u00e8re \u00bb de la scientom\u00e9trie\u00b9, \u00e9met l&rsquo;id\u00e9e de cartographier la science \u00e0 partir des publications scientifiques. Son projet sera d\u00e9velopp\u00e9 dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, \u00e0 l&rsquo;Institut de l&rsquo;information scientifique de Philadelphie (Etats-Unis).<\/p>\n<p>\u00ab <i>Il s&rsquo;agit de m\u00e9thodes de bibliom\u00e9trie\u00b2 bas\u00e9es sur le relev\u00e9 de citations, notes, mots-cl\u00e9, qui aboutissent \u00e0 un graphe<\/i>\u00bb, explique Franck Ghitalla. Depuis l&rsquo;\u00e8re Internet, \u00ab<i> nous sommes pass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle sup\u00e9rieure gr\u00e2ce \u00e0 la num\u00e9risation des documents, la taille importante des bases de donn\u00e9es et la multiplicit\u00e9 des sources<\/i> \u00bb. Les grands \u00e9diteurs veulent utiliser ces cartes pour mettre en valeur leurs fonds (des millions de donn\u00e9es) et faciliter la recherche de leurs utilisateurs.<\/p>\n<p>\u00ab <i>Les cartes qui seront produites dans cinquante ans ne ressembleront pas aux n\u00f4tres<\/i>, affirme Jean-Paul Bord, <i> il y a une \u00e9volution en fonction des techniques et des connaissances de l&rsquo;\u00e9poque<\/i> \u00bb.<\/p>\n<p>1. Application des techniques de la bibliom\u00e9trie \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la science et de la technologie, en comptabilisant les publications scientifiques.<br \/>\n2. Application des math\u00e9matiques et des m\u00e9thodes statistiques aux livres, articles et autres moyens de communication.<\/p>\n<\/div>\n<h4>Attention aux d\u00e9rives<\/h4>\n<p>Malgr\u00e9 cet engouement, certains risques de d\u00e9rives m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre relev\u00e9s. Rien de plus facile de faire l&rsquo;amalgame, sur une carte, entre les publications d&rsquo;un chercheur, les articles de son blog personnel et ses convictions politiques par exemple. De plus, \u00ab <i>ces cartes sont des crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation sans piti\u00e9, sur le travail d&rsquo;un laboratoire, d&rsquo;une universit\u00e9 ou m\u00eame d&rsquo;une institution scientifique, autant de groupes mis en concurrence<\/i>, constate Franck Ghitalla. <i>Si les r\u00e9sultats ne conviennent pas, les travaux sont r\u00e9orient\u00e9s et les groupes remani\u00e9s<\/i> \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 ce sujet, Ghislaine Filliatreau, directrice de <a href=\"http:\/\/www.obs-ost.fr\/\" target=\"new\" rel=\"noopener noreferrer\">l&rsquo;Observatoire des sciences et des techniques (OST)<\/a>, se m\u00e9fie des \u00ab <i>effets de mode, qui peuvent \u00eatre d\u00e9vastateurs s&rsquo;ils servent \u00e0 prendre des d\u00e9cisions avant d&rsquo;\u00eatre bien ma\u00eetris\u00e9s<\/i> \u00bb. Pas hostile \u00e0 ces cartes, elle pense n\u00e9anmoins \u00ab<i> qu&rsquo;elles m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre \u00e9tudi\u00e9es et test\u00e9es, notamment aupr\u00e8s des utilisateurs qui doivent se les approprier<\/i> \u00bb. En effet, \u00ab <i>une carte n&rsquo;est pas une photo mais une mise en forme de l&rsquo;information, comme peut l&rsquo;\u00eatre un tableau de chiffres<\/i> \u00bb.<\/p>\n<p>Dans tous les cas, il semble important d&rsquo;informer la communaut\u00e9 des chercheurs et au-del\u00e0 le grand public en diffusant librement ces cartes et les outils qui ont servi \u00e0 les construire, pour se pr\u00e9venir d&rsquo;\u00e9ventuels monopoles. Derni\u00e8re pr\u00e9caution et non des moindres : multiplier les cartes pour avoir des points de vue diff\u00e9rents et compl\u00e9mentaires, comme en m\u00e9decine avec une radio, un scanner et une IRM. Autant de tentatives qui viendraient enrichir un \u00abAtlas universel des Sciences\u00bb en \u00e9volution permanente.<\/p>\n<div class=\"encadre\">\n<h4>Le web, \u00ab eldorado de la carto \u00bb<\/h4>\n<p>Ces travaux de cartographie dite s\u00e9mantique\u00b9 d\u00e9passent d\u00e9j\u00e0 largement la communaut\u00e9 scientifique pour se r\u00e9pandre sur Internet, le \u00ab r\u00e9seau des r\u00e9seaux \u00bb. Le r\u00eave des grands moteurs de recherche comme Google ? Une carte o\u00f9 figureraient tous leurs contenus index\u00e9s et leurs mots-cl\u00e9s les plus utilis\u00e9s. Mais \u00ab<i> les documents sont bien plus nombreux et changeants que dans les bases de donn\u00e9es d&rsquo;\u00e9diteurs scientifiques<\/i> \u00bb, observe Franck Ghitalla. De leur c\u00f4t\u00e9, les sites marchands comme Amazon pensent pouvoir \u00e9tablir des profils d&rsquo;achat par r\u00e9gions ou par pays. Sans parler des sites de r\u00e9seaux sociaux, comme Facebook.<\/p>\n<p>1. La s\u00e9mantique est une branche de la linguistique qui \u00e9tudie les concepts. On peut construire la carte d&rsquo;un espace d&rsquo;informations (base de donn\u00e9es, Internet) gr\u00e2ce \u00e0 sa s\u00e9mantique (mots-cl\u00e9s\u2026).<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cite-sciences.fr\/fr\/ressources\/science-actualites\/detail\/news\/carte-des-sciences-vers-une-geographie-de-la-connaissance\/?tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&amp;tx_news_pi1%5Baction%5D=detail&amp;cHash=64fbeba6e22d71cd63137ebc1a68cd87\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re \u00ab carte mondiale des sciences \u00bb vient d&rsquo;\u00eatre d\u00e9voil\u00e9e. Derri\u00e8re cette constellation multicolore se cachent des enjeux cruciaux pour l&rsquo;avenir de disciplines scientifiques. Explications et analyse critique. Entre d\u00e9tectives et cartographes La carte mondiale des sciences Chaque n\u0153ud repr\u00e9sente une publication ou un th\u00e8me et chaque trait les liens les plus importants entre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6769,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"tdm_status":"","tdm_grid_status":"","footnotes":""},"categories":[31,23],"tags":[],"class_list":{"0":"post-6023","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-cognition","8":"category-sciences-exactes"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6023","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6023"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6023\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6770,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6023\/revisions\/6770"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6769"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6023"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6023"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/sciences-tec\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6023"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}