La première est à chercher du côté de la puissance supposée que peut offrir une tribune censée fournir de l’information et non de la propagande. Une arme redoutable, qui permet de vendre sa propre vérité, tout en détruisant celle que fournit le réel et qui pourrait gêner des objectifs politiques visés.
La deuxième réside dans l’immunité des canaux de presse, en tant qu’organes non déclarés d’expression de courants politiques, ce qui leur confère un confort inestimable et des marges de manœuvre sans limites, dans leur stratégie vis-à-vis de l’opinion publique ou des gouvernants.
Une autre se trouve dans la facilité que l’on a de se mouvoir entre le statut d’observateur et celui d’acteur intéressé et enfin, luxe suprême, d’agir sans en avoir l’air et de porter des intérêts sans qu’ils soient visibles. Le tout découle de la vacuité sociale et politique.
Comment cela a été rendu possible ? Comment le paysage politique reste –t-il dominé par la confusion et par la défiance des masses populaires à l’égard de la politique ? En un mot, pourquoi la société est-elle incapable de produire ce qu’on peut appeler une classe politique et des courants d’opinions en phase les uns avec l’autre?
Inutile de chercher une réponse policière à la question. D’autant plus que ses principaux adeptes n’ont pas de propositions concrètes et raisonnables, en dehors des sempiternelles acrimonies, pas d’autres attitudes que l’insulte et sans autre contenu que les sempiternels poncifs, sur la justice, la liberté et tout ce qui va avec (notons à ce sujet que même les hommes de pouvoir s’y mettent, une fois centrifugés).
Sur le terrain de la vie réelle, le peuple, dans son écrasante majorité, continue à vivre à l’écart des préoccupations politiques en général et démocratiques en particulier, le peuple y compris ses couches les plus avancées, dont la bourgeoisie dans toutes ses composantes, hormis son aile commerçante liée à l’importation, dont on a pu, sporadiquement, mesurer l’influence dans ce parlement tronqué.
Tous du chômeur au capitaliste, en passant par l’ouvrier et le haut fonctionnaire, n’ont d’attente qu’envers l’Etat, au dessus de tous, vécu comme entité immanente, toute puissante, pourvoyeuse de solutions aux problèmes ou d’ordre rassérénant, le cas échéant.
Le Père freudien dans toute son acception. Une seule fois, ce Père a failli, c’était vers la fin des années 1980, il en a coûté une tragédie sans nom qui n’en finit pas de hanter la mémoire collective. Comme une catharsis mal négociée, tout à la fois culpabilisante et effrayante, qui a provoqué un reflux paroxystique vers le « pouvoir » symbolisé par le général Liamine Zéroual.
Depuis, aucune alternative extérieure au giron du « Père » ne fait recette. Un vrai danger potentiel, qu’une société qui sera incapable d’assurer en cas de nécessité une révolution achevée, qui risque de sombrer dans le chaos faute de culture politique et qui ne semble pas secréter quoi ce soit qui augure de la naissance d’une société civile accomplie.




