jeudi, juin 24, 2021

Bilan de l’Islam politique

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Le bilan du mouvement islamiste, dans toutes ses déclinaisons, est très instructif, si on l’examine à la lumière des objectifs qu’il arborait et en considération des puissances qui ont favorisé son développement et l’ont massivement soutenu. Ce bilan est différencié, selon les acteurs. Car, si à n’en point douter, les Islamistes ont joué un rôle déterminant dans l’effondrement des nationalismes, au profit du camp occidental, ils ont par contre fait faillite à plusieurs égards, ils n’ont nulle part réussi à prendre le pouvoir ou à le garder, quand ils y sont arrivés, et ils ont beaucoup perdu en crédibilité.

Leurs sponsors, quant à eux, ont cueilli le fruit de leur investissement dans l’Islam politique, en déstabilisant les Etats qui résistaient à leur diktat et/ou en endiguant l’émergence de mouvements sociaux hostiles au capitalisme. Aux yeux des masses populaires, obnubilées un temps par l’apparente mission divine des Frères musulmans ou d’autres groupes religieux, l’expérience a été amèrement vécue. Soit que le pays a été transformé en champs de ruine, à cause de combats « fratricides », comme en Afghanistan, soit que le « djihad » a pris une expression des plus sanguinaires, dans un arbitraire insoutenable des exactions contre les civils, comme en Algérie, soit encore que ce sont dévoilées, tel pour les Frères, des accointances ouvertement assumées avec l’ennemi « mécréant », le colonialisme d’hier.

Ce qui s’est produit dans l’euphorie du « printemps » dit arabe ou l’engagement de la Confrérie des musulmans, aux côtés de l’Alliance atlantique, est allé aussi loin que fournir ses guides vedettes en tant que propagandistes attitrés des armées occidentales, dans leur entreprise de destruction de la Libye de Mouammar Kadhafi ou dans celle, en cours, de démantèlement de l’Etat national syrien. Ce faisant, il leur était devenu ardu de se réclamer de l’ordre divin, même si, cyniquement, ils tentaient de faire accroire qu’il s’agissait d’utiliser un « ennemi de dieu » contre un autre, selon le principe : « la guerre est une ruse ». Mais, pour le grand nombre, il était patent que l’alliance stratégique était avérée. Surtout là où les Frères ont pris le pouvoir politique ou y ont participé, une occasion offerte pour mettre en évidence, au moins, la distance qu’ils entretenaient entre leur promesses d’une société idéale, régie par la justice sociale, et leur pratique, qui servait ostensiblement les intérêts des couches possédantes, les multinationales et les institutions financières occidentales.

En contrepartie, ils n’ont recueilli que l’indifférence de l’Occident, quand ils ont été en butte à un retour de manivelle, comme en Egypte où Washington a vite fait de souscrire à l’éviction de Mohamed Morsi et de prendre langue avec le général Abdelfatah Al Sissi, devenu président. Partout ailleurs, ils ne font plus non plus recette et ne suscite plus que défiance de leur allié d’hier contre le « communisme athée ». Ils ont certainement atteint leur seuil d’usure, aggravé par la perte de l’essentiel de leurs bases sociales et par celle du mordant de leurs prêches.

Ahmed.Halfaoui

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