La raison de cette raison est que ce n’est pas l’Etat qui est l’objet de l’hostilité, mais le pays. De plus un pays mythologique qui n’existe que dans la tête de ses pourfendeurs, qui croient s’en prendre au « pouvoir », en s’en prenant au pays. Alors que l’efficacité des tirs commande de disposer d’une cible réelle. Sur le champ de bataille, bien au contraire, les assaillants se fabriquent, chacun pour son compte, l’épouvantail qui correspond le mieux à leurs objectifs. Jamais ils ne considèrent le pays concret, la société vivante, l’Etat dans sa réalité perceptible et dans sa nature.
C’est ainsi que le « printemps » dit arabe ou le « changement » devait avoir lieu en Algérie, dans l’absolu des chimériques logorrhées ou articles. Une certitude qui a fini par faire, d’un non événement, l’événement lui-même. Les salves n’ont pas touché le but. Ont surgi les questions sur le sujet. Le « printemps » devait bien avoir lieu, mais il n’a pas eu lieu. Il fallait une explication qui n’a toujours pas été trouvée.
Qu’importe, il faut convaincre l’opinion que le « printemps » était virtuellement inévitable, pour ne pas dédire les savantes prévisions. Quelque chose d’inexplicable a eu lieu, qui a empêché les Algériens de déferler dans les rues pour « changer » de « pouvoir ». Puis il y a eu les élections législatives de mai 2012. Là, aussi, et plus que jamais, les Frères musulmans algériens devaient rafler la mise. Il ne pouvait en être autrement. L’Algérie ne pouvait pas désobéir à la règle nord-africaine. Il n’y avait aucun doute sur la chose. Les Frères, eux-mêmes, ont embouché le clairon du triomphe, convaincus par les cassandre.
Après la douche froide de la réalité, les mêmes arguments qui ont servi pour le non « printemps », vont resservir pour la défaite des Frères. Las, encore une fois, le pays n’a pas répondu aux attentes, confortées par cette configuration qui en est faite. Et comme pour les précédentes déceptions, ce sont les constructions qui ont déjà été avancées qui étayeront le ratage de la prévision.
Peut-être que, cette fois-ci, assistera-t-on à une modification de l’équation, du moins chez une partie des prétendants à la compréhension du monde, dans le respect d’un pays, d’une société, d’un peuple. Ce qui signifie moins de mépris, moins d’arrogance, moins de manipulation, plus de profondeur de vue, plus d’intelligence des choses et plus de perspicacité. Des données existent, des outils aussi, il s’agit juste de bannir des certitudes que l’honnêteté intellectuelle réprouve.




