samedi, janvier 22, 2022

De la libération à l’indépendance : L’epoustoufflant sur-place !

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<< Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance il assure l’ordre ; par la résistance il assure la liberté. >> Alain, dans Propos
Ou quand liberté et démocratie se conjuguent sur le même temps par tous les temps! << La révolution n’est pas la révolution lorsqu’elle agit en despote et lorsque, au lieu de provoquer la liberté dans les masses, elle provoque la réaction dans leur sein. >> disait Bakounine, le camarade-vitamine de la chanson de Léo Ferré. Que Dieu me pardonne de le citer mais n’a-t-on pas réussi à faire dire aux petites cervelles que  » la liberté n’est pas faite pour nous, nous nous sommes trop habitués à marcher à la trique».
Dans un autre registre, Aimé Césaire, dans sa pièce « La Tragédie du Roi Christophe » dénonçait la perversion de l’émancipation du peuple haïtien par ancien esclave qui renie sa lutte en dépouillant les siens de leur liberté acquise. Devenu général , il ne trouva pas mieux que de se faire introniser monarque absolu. Evidemment, l’heure  est plutôt à la discrétion, depuis 1965, on ne se fait plus nommer roi. Mais de Ben Ali, à Moubarak en passant notre Boutef national, ils ne se font pas priés pour s’accaparer les attributs monarchiques. Césaire disait  très justement: «La lutte pour l’indépendance, c’est l’épopée ! L’indépendance acquise, c’est la tragédie.». Comment expliquer,  sinon, que des hommes de grande valeur comme Mohamed Boudiaf et Slimane Amirat puissent déclarer de manière péremptoire, « l  » Algérie avant tout » pour le premier; « entre l’Algérie et la démocratie, je choisis L’Algérie », pour le second. Cela sonne d’autant bien que c’est creux!

Disons le tout de suite, critiquer ce qui nous semble une dérive chez  des hommes de cette envergure  ne stigmatise en rien leur parcours exemplaire  et n’entache pas leur probité et l’authenticité de leurs itinéraire patriotique. Tout comme reconnaitre les mérites de quelqu’un n’implique pas de lui apporter une caution absolue et inconditionnelle. Dieu merci, une telle allégeance je ne la dois qu’au Prophète Mohamed, صلى الله عليه وسلم, ultime récipiendaire de la vérité révélée.

Je crois que les Algériens se précipitent à élever des hommes sur un piédestal. Ils y mettent  plus de passion  que de raison  pour les sacraliser   en les drapant d’une sorte de  pensée unique tissée de tabous.   Boudiaf est un vrai cas d’école. Ce n’est pas blasphémer que d’établir le constat  que dans le personnage auquel on fit appel pour légitimer l’arrêt du processus électoral en 1992,  il y avait trois Boudiaf. L’homme d’abord, d’une sincérité émouvante et c’est un exemple de patriotisme sans faille et désintéressé  qui inspire le respect. Évidemment, il y a l’itinéraire du combattant quasi irréprochable qu’il fut pendant la révolution. Il mérite pour cela la  reconnaissance  de la nation. Après l’épopée de la guerre de libération, vint la tragédie post-indépendance. L’observance de ses principes fit de lui une victime. Cela ajoute à sa noblesse. Mais Boudiaf de 92 a contrevenu avant tout à l’homme qu’il fut, à l’auteur d’ « où va l’Algérie?». Un de ses compagnons avait écrit que c’est la transgression de ses propres principes qui l’avait fait assassiner. Je lui reproche quant à moi le fait d’avoir, grâce à l’attachement que lui vouaient les algériens, ériger son  » Algérie avant tout » en devise pour la nation s’instituant lui-même en dépositaire exclusif de la destin national.

Le plus dramatique est que ces inepties, qui engendrèrent de fâcheuses conséquences sous d’autres cieux dans le passé, sont reçues sans que nos intellectuelles ne s’interrogent sur leurs conséquences néfastes qui hypothèquent l’avenir.   La deuxième citation est encore plus délicate car elle est le pendant d’une autre très discutable, de Camus pour qui, entre la justice et sa mère, le choix est vite fait. On peut concéder à l’auteur de l’Etranger des circonstances atténuantes ; l’amour de sa mère et son inclination personnelle pour la justice étaient inconciliables. Un tel slogan à l’emporte-pièce est d’autant plus grave qu’il vienne d’un homme qui a subi l’ostracisme et a été victime du despotisme; il est inacceptable car il sous-entend l’idée qu’il y aurait antinomie entre  Algérie et la démocratie ou comme l’ont ânonné ces handicapés du ciboulot : « la démocratie serait la source de tous nos maux ». Il est suicidaire, car il donne du crédit à l’illusoire hypothèse qu’une certaine Algérie serait possible avec un peuple asservi et que l’on inviterait à placer un bulletin dans l’urne mais sans qu’il ait son mot à dire.

L’infantilisation du peuple par un système politique qui sombre de plus en plus dans un autisme profond a transformé un peuple révolutionnaire en « ghâchi », selon le mot osé mais pertinent de Nourredine Boukrouh. L’émeute est devenue le seul mode d’expression que le « système » concède à la populace.A telle enseigne que personnellement, je suis excédé par cette jacquerie permanente ; d’où le titre d’une de mes réflexions précédentes qui pouvait paraitre pompeuse : « Algérie : La Révolution oui !, la Chienlit non ! ».

Lorsqu’un homme d’une grande probité et d’une grande lucidité tel Abdelhamid Mehri, dénonce l’inanité du système à vouloir « ruser avec l’impasse », sa parole ne trouve pas d’écho au sein des élites. Encore récemment, il réaffirmait à l’adresse des membres de la commission BenSalah  » que leur mission porte sur les apparences alors que le régime que l’on veut changer n’est pas soumis aux textes». Alors que son engagement pour le choix démocratique est bien réel, il l’a montré à la tête du FLN avant qu’il ne fasse les frais du fameux « coup d’état scientifique ». Ces dernières déclarations attestent de la constance de ses positions en rupture avec celle d’un parti FLN, véritable fossile vivant et qui s’entête à se refuser à toute évolution. «La fraude électorale, a-t-il affirmé,   n’est autorisée par aucun texte et ne peut être bannie, réellement, par un simple texte. » Il revient sur cette décision fantomatique ahurissante de surseoir, depuis dix ans maintenant,  à  autoriser    d’autres partis politiques. « On ne sait pas qui a pris la décision : est-ce une institution, un parti ou une personne ?  » relève-t-il pour conclure  que  » le changement des textes ou leur amélioration peut-être l’aboutissement d’une démarche, il ne peut être son commencement. ».

Si j’insiste sur un homme comme Abdelhamid Mehri, c’est aussi pour saluer le courage dont il fit preuve en dénonçant la mobilisation de l’armée contre le peuple à un moment où la seule voie qui se faisait entendre était celle des va-t-en-guerres et autres éradicateurs. C’est dire combien il partage cette conviction à laquelle le système est complément rétif, la démocratie est avant tout un état d’esprit fondé sur la sincérité des prédispositions de chacun au dialogue et à la concertation et une volonté de respecter les libertés d’expression pour permettre aux initiatives de la majorité d’ouvrir la voie  devant la nation pour un avenir serein et apaisé. Sachant qu’il sera toujours bien meilleur que celui que l’on cherche à lui faire subir.

Personnellement, depuis que l’énigmatique comité de sauvegarde de l’Algérie avait  décomposé l’avenir du pays en lendemains incertains, j’ai entendu peu d’hommes dire autant de choses intelligentes qu’Abdelhamid Mehri. C’est peut-être ce qui lui vaut d’être fustiger par certains bien-pensants comme un homme du système. Corroborer l’idée populiste du « tous pourris » en amalgamant ainsi les volontés honnêtes avec  le cercle des ombres qui veut maintenir le pays  dans la spirale infernale qui l’entraine vers une catastrophe dont seule l’ampleur reste imprévisible.

C’est ce qui arrive toujours lorsque le sort d’une nation est entre des mains indues qui exercent le pouvoir en tirant sur des ficelles pour faire mouvoir les marionnettes qui occupent le devant de la scène. La vulnérabilité de ces décideurs tient au fait qu’ayant épuisé toutes les formes de légitimité, ils sont obligés de se protéger du peuple quitte à mettre en péril la nation en se laissant docilement manipulés à leur tour. Le cloisonnement hermétique entre les élites du pays, le peuple et le cercle qu’ils occupent constitue leur unique réussite.

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