L’ŒUVRE « POSITIVE » DE LA CONQUÊTE FRANÇAISE

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Le Maréchal d’Empire Soult, l’ancien bras droit de Napoléon 1er qui était de toutes les campagnes, et fut ministre de la Guerre sous la première Restauration, hérite de la conquête d’Algérie à peine entamée. Il met aussitôt en place une organisation militaire inspirée de ce qui existait déjà : les Spahis, les Zouaves, les bataillons d’Afrique etc… Il met en place des « bureaux arabes».

L’Etat-Major militaire opte rapidement pour une conquête totale, une colonisation assumée. Le Maréchal Clauzel fait un plaidoyer devant la Chambre des Députés en faveur de la colonisation de l’Algérie, tellement utile pour la France à son avis qu’il la compare à la conquête de l’Inde par les Anglais moins d’un siècle plus tôt.

La France se montrant insatiable, elle ne se contentera pas de ruiner la capitale du pays. Presque dans la foulée, elle attaque les villes côtières. A La puissance de feu des soldats français, s’opposent timidement les garnisons de janissaires turcs encore en place. Les Algériens, poitrine nue, tentent d’endiguer le déluge de feu par une barrière de sang.

Le roi Louis-Philippe 1er, qui succède à Charles X, laisse faire les généraux d’Afrique et permet aux lobbies commerciaux, soutiens acharnés de la colonisation de l’Algérie, de s’établir entre Marseille et Alger.

En décembre 1840, le maréchal Bugeaud de triste renommée, nommé gouverneur général, poursuit la colonisation avec acharnement face à l’Emir Abdelkader qui lui résiste durant 17 ans, et, simultanément, mais sans coordination, celle de Ahmed Bey de Constantine qui livre bataille dès 1830 et enfin de 1836 jusqu’en 1848 dans tout l’Est Algérien.

Pendant ce temps, émigrés français, espagnols, italiens, maltais avides d’espaces et de richesse, complètent l’œuvre des militaires en précipitant la colonisation agricole et de peuplement européen.

Le refus d’abdication se traduit aussi par les révoltes des Zaatcha en novembre 1848 dans le Sud algérien (Biskra-Ouargla). Conduits par Cheikh Bouziane, compagnon d’armes d’Abdelkader, les Algériens poursuivent la résistance déclenchée dès le débarquement.

Rude bataille que celle des Zaatcha qui résistent à un siège de 53 jours face à 7 000 soldats français, bien armés et organisés autour d’officiers qui ont arpenté l’Europe lors des guerres napoléoniennes.

L’armée française se livre lors de cette bataille aux pires atrocités contre la population des Zaatcha qui est décimée, délibérément, avec une sauvagerie indigne de l’Humanité. C’est comme cela que la région de l’Est algérien sera conquise en fin d’année 1848.

La femme algérienne n’a pas échappé à la furie des Bugeaud, Clauzel, Berthezène, de Bourmont, St Arnaud, Montagnac et Pélissier. Dans une lettre de ce dernier à Bugeaud, Pélissier a raconté l’enfumade du Dahra en été 1845 :

« Après avoir obligé les Algériens à rentrer dans la grotte, un corps de troupes françaises s’est occupé à entretenir un feu infernal. Entendre le gémissement des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement de rochers calcinés qui s’écroulent et les continuelles détonations des armes… Le matin… J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras… On a compté 760 cadavres. »

C’est maintenant le tour de la Kabylie demeurée, jusque-là, réfractaire à toute domination. L’Ouest et l’Est du pays conquis, l’armée coloniale mobilise l’essentiel de ses forces pour venir à bout de cette région du pays et opte pour la politique de la terre brûlée. Rien n’est épargné : moisson, bétail, sources et forêts, enfumages, et toutes sortes atrocités.

Fadhma N’Soumer, de son côté, organise la résistance jusqu’en juillet 1857, date à laquelle la Kabylie tombera à son tour, mais la révolte ne cessera vraiment jamais, relayée en 1870-1871 par celle de d’El Mokrani et de Cheikh Aheddad qui met le centre et l’Est du pays à feu et à sang.

Pas de répit pour l’armée française

Une autre région du pays, le Sud-ouest, se soulèvera, sous la bannière de Cheikh Bouamama. La résistance armée durera de 1882 à 1902. Ce ne sera pas fini. Dans le Hoggar, au Grand Sud algérien, Cheikh Amoud fait face au corps expéditionnaire français en 1924.

La conquête française a un coût très élevé.Pendant les quarante ans de « pacification », de 1830 à 1871, la population a dégringolé de 3 millions à 2,1 millions d’habitants soit près de un million d’hommes,de femmes et d’enfants qui tombent sous le feu et l’épée de l’ennemi.

Un pays vierge, une conquête pacifique, a-t-on dit. Qui alors a fait la guerre aux soldats de Charles X en 1830 ? Les Turcs ottomans, défaits et rentrés à Istanbul ?

Qui étaient les combattants qui se sont opposés aux armées de Louis Philippe
1er de 1830 à 1848, de Napoléon III jusqu’en 1870, et de ses successeurs jusqu’à l’orée du XX° siècle ?Ne sont-ce pas des Algériens propriétaires séculaires du sol?

Il suffit de se référer aux écrits des auteurs politiques français de l’expédition coloniale de 1830, aux acteurs militaires qui ont dirigé la conquête, officiers et sous-officiers, pour conclure que la France qui a guillotiné son roi, a été également capable d’assassiner tout un peuple, musulman de surcroît, l’esprit de croisade étant toujours mis en mode de veille.

Karim Younes
Extraits de « La Numidie à l’Algérie, Grandeurs et Ruptures »Casbah Editions 2011,pages 124 à 127.

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