La conquête par les Arabes du territoire connu aujourd’hui sous le nom d’« Algérie » fait bloc avec celle de la Tunisie et du Maroc. La chevauchée jusqu’au Maroc des troupes d’Uqba ibn Nafi (682) ne réduit pas la résistance des Berbères soutenus par les Byzantins, qui réoccupent Carthage, mais ces succès restent temporaires. Les Arabes foncent vers l’ouest, et le Maghreb entier est soumis dans les premières années du viiie s. L’islamisation du pays semble presque achevée vers les années 710-720. L’arabisation, elle, est moins rapide et moins profonde.
Le pays, théoriquement soumis à Kairouan, capitale de l’Ifriqiya où se succèdent sans cesse les gouverneurs, et où les Arabes doivent constamment lutter contre les révoltes berbères, se morcelle en émirats plus ou moins indépendants. Le califat des Omeyyades, en proie à ses propres révoltes en Orient, se désintéresse de cet émiettement. Tahert (Tiaret), en Oranie, devient vers la fin du viiie s. la capitale de la dynastie des Rustémides, qui règne sur les Hautes Plaines de l’Ouest algérien et s’oppose à l’émirat aghlabide par ses caractères ibadite (courant kharidjite modéré), nomade et non arabe. Contre l’ennemi commun de Kairouan, l’imam de Tahert passe une alliance avec l’émir omeyyade de Cordoue, dont il reconnaît la suzeraineté.
Les Fatimides
Au début du xe s., les Rustémides tombent sous les coups des Fatimides, dynastie chiite ismaélienne, fondée par Ubayd Allah qui succède aux Aghlabides en Ifriqiya. Les Fatimides étendent leur pouvoir, mais ne bénéficient auprès des populations berbères que du soutien, fragile, des Kutamas (liés au Sanhadjas) et doivent affronter des révoltes à Constantine et à Tahert. En 944, éclatent dans l’Aurès des troubles plus graves encore avec l’insurrection fiomentée par le kharidjite Abu Yazid (« l’homme à l’âne »). Kairouan est occupée et Mahdia, capitale des Fatimides, menacée, mais les Berbères de Miliana envoient des renforts, et les Fatimides matent la révolte (947). L’Algérie leur est soumise jusqu’à Miliana et l’Oranais leur appartient pour un temps. Après leur installation en Égypte (969), ils confient l’Ifriqiya à la dynastie berbère des Zirides.
L’émiettement est dès lors à nouveau consommé. Au début du xie s., Hammad, oncle du souverain ziride Badis, reçoit en fief la région au sud de Bougie et, pour lutter contre ses cousins de Tunisie, renie l’allégeance fatimide et reconnaît la suzeraineté abbasside. Les Zirides d’Ifriqiya ayant également rompu avec les califes du Caire en 1052, fond alors sur les royaumes ziride et hammadide l’invasion bédouine déclenchée par les Fatimides mécontents de leurs vassaux et connue sous le nom d’« invasion hilalienne ». Les Banu Hilal, puis les Banu Sulaym envahissent le pays. Les Hammadides quittent la Qala des Banu Hammad, leur capitale, et se réfugient à Bougie, sur la côte (1090-1091). Les Berbères sont repoussés dans les montagnes pauvres. Cette arabisation triomphante est un fait capital de l’histoire du Maghreb. Le nomadisme envahissant fait des terres de culture des terrains de parcours, et accentue la dégradation économique et sociale de l’Afrique du Nord. La vie urbaine se réfugie sur le littoral et dans quelques grandes villes de l’intérieur.
Pour en savoir plus, voir les articles Aghlabides, Berbères, Fatimides, Hammadides, Qala des Banu Hammad, Zirides.
Almoravides contre Almohades
À l’ouest, cependant, les succès de la dynastie berbère des Almoravides sont allés en se multipliant. Tlemcen, l’Oranais, l’Ouarsenis sont sous sa sujétion. La Kabylie est épargnée. Mais le futur Almohade, Ibn Tumart, fait son apparition, vers 1120, à Constantine, à Bougie. Il rencontre Abd al-Mumin, avec lequel il part pour le Maroc combattre la dynastie almoravide qui en est chassée en 1147-1148. Abd al-Mumin, successeur d’Ibn Tumart et premier calife de la dynastie des Almohades, conquiert le Maghreb central et l’Ifriqiya : prises d’Alger, de Bougie, de la Qala des Banu Hammad, victoire sur les Banu Hilal près de Sétif, etc. Ses succès sur les Normands, qui tiennent plusieurs ports, réalisent temporairement l’unité du Maghreb.
Mais les Banu Ghanya, une branche almoravide installée aux Baléares, débarquent à Bougie en 1184. Alger, Miliana, la Qala sont prises, Constantine est assiégée. Les Arabes Banu Sulaym les rejettent vers l’est et les placent sous leur domination. Là, ils sont vaincus par les Almohades, qui font de la Tunisie une vice-royauté ; ce sera le noyau initial de la dynastie hafside dont dépendra l’est algérien, cependant qu’à l’ouest, l’émir de Tlemcen fonde un royaume du Maghreb central, le royaume des Abdalwadides (1235). Cette dynastie lutte contre les Almohades, puis s’allie avec eux contre les Marinides. Ils sont plusieurs fois vaincus et Tlemcen subit un siège terrible de la part des Marocains, mais résiste jusqu’au bout (1299-1307). Les Abdalwadides tentent d’assiéger Bougie, mais les Marinides s’emparent de Tlemcen à deux reprises (1337-1348/1352-1359) et du Maghreb central. L’anarchie s’installe en Algérie, dont les Marinides du Maroc et les Hafsides de Tunis se disputent la possession.
L’Algérie ottomane
Le protectorat ottoman
L’Algérie n’acquiert une certaine unité politique qu’avec l’arrivée, en 1514, des corsaires turcs, Baba Arudj et Khayr al-Din (les frères Barberousse). En 1518, Khayr al-Din place l’Algérie sous le protectorat de Selim Ier, sultan de Constantinople. Ainsi protégé, le nouvel État, qui est rattaché à l’Empire ottoman en 1533 et qui est réduit au rang de régence en 1587, se livre à la piraterie en Méditerranée, ce qui lui procure d’importantes ressources en butin et en esclaves, malgré les expéditions de Charles Quint, puis de Louis XIV. Le pacha d’Alger est nommé par le sultan, mais à partir du milieu du xviie s., son autorité est partagée avec celle de l’agha élu par la milice algéroise, puis avec un dey. En 1711, le dey s’arroge l’autorité. À l’intérieur du pays, les beys administrent et perçoivent les impôts.



























