Auteure : Yano Las
Titre : Les fleurs du bien.
Ma vie, ma science, ma poésie.
Editions : Aile de May. 2011. 147 p
Douloureux, passant du tragique de l’existence à la mystique de l’espoir, le titre « Les fleurs du bien » empêche le recueil de s’inscrire au registre des écrivains du mal, courant littéraire connu particulièrement à travers le nom de Georges Bataille.
« Les fleurs du bien », interpelle inévitablement « les fleurs du mal » de Charles Baudelaire comme pour rappeler un certain désespoir issu de la précarité de l’être.
« Les fleurs du bien » est un manifeste de la précarité s’arrachant de son état pour se hisser vers des ambitions assurant des assises à l’existence. Ces dernières tentent de mettre en écho sans fusion et dans une sorte de jeu de miroirs, le scientifique et le poétique, tandis que l’un et l’autre s’allient le mysticisme.
Les certitudes de la science ne chassent-elles pas ou ne peuvent-elles pas chasser la précarité de l’être et de l’existence? Question fondamentale de l’auteure, selon moi.
Yano Las, nous rappelle en p19 : « J’affirme que le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant, le plus noble de la recherche scientifique. » Albert Einstein.
Mais bien avant, l’auteure nous prévient en p17 : « Ma poésie à moi est la conclusion, la résultante, la convergence d’une suite évènements, d’une série de problèmes, de moments, de forces opposées ou contraires, s’appliquant sur les sentiers de la vie. »
Le discours sur la physique tenu par ce paragraphe est clair même s’il est aborné par un présentatif de la poésie et une référence à la destinée. Nous comprenons immédiatement que Yano Las énonce le fait suivant : l’univers est régi par des lois physiques n’ayant aucune influence sur le cours du destin. Cependant, le destin est soumis pratiquement à certaines lois semblables aux lois de la physique mais que la rigueur des lois de la science ne peuvent résoudre.
Dans le poème intitulé Astrophysique p100, l’auteure traite de la raison et des sens. Elle y développe par un jeu sur la sémantique ce rapport entre les constantes de la physique et les aberrances des constantes de l’existence.
A ce propos, le texte intitulé « science et religion » : les deux termes étant au singulier, la poétesse concilie deux serments, celui de la foi et celui de la raison. Deux fois, deux professions de foi, deux attitudes inconciliables pour certains en éternel conciliabule pour d’autres. En possible conciliation pour Yano Las.
Selon la poétesse, la physique est tout d’abord l’esthétique de l’univers, le perceptible au sens. Les savoirs dans la discipline ne subtilisent en rien la beauté de l’univers et les infinies possibilités de jouissance de réjouissance de son spectacle.
Néanmoins, en page 57, le poème intitulé : « La chine sera mon tombeau » nous rappelle une célèbre citation de la tradition musulmane : « Recherche la science même si tu dois aller en Chine. » « Recherche la science du berceau au tombeau. »
L’auteure y fait l’éloge à la science.
Sur fond purement scientifique, souvent épistémologique, Yano las, inscrit son vécu personnel, ses déceptions et ses espoirs, ses attentes heureuses et ses craintes de déceptions douloureuses.
Dans le poème P28 « A ma mère » la poétesse demande pardon.
A ses espoirs que j’ai déçus
A ses projets non aboutis
Aux sacrifices que j’ai perçus
Pardon.
Ainsi parlait le collier P51
En proie à un malaise
Je me suis retenue
Aux bras d’une chaise
Pour une fois bienvenue.
L’exception exprimée par le quatrième vers, montre combien la détresse est grande tant en général, le refus de la convivialité ou le rejet par le groupe et lourd de conséquences.
Je ne suis pas P 75
Je ne suis pas la perle
Perdue dans le néant
Cachée dans une huitre
Au fond de l’océan.
Tout au long des poèmes qui constituent ce recueil, la poétesse se questionne sur le pouvoir de la science et l’impuissance de l’être. Sur la valeur des savoirs acquis et leur insuffisance à faire de l’être un être acquis par la société.
Yano las, dit que la vie n’est pas identique à la contemplation de l’univers, des phénomènes qui le construisent et l’agitent. Ces phénomènes peuvent être décrits dans leur systémique et réduits à des lois. Que la contemplation des phénomènes sociaux ne mène pas à la pamoison mais aux questionnements sur les causes ou raisons de ces derniers.
Viens ma vie p40 s’achève par les trois verbes à l’impératif suivants :
Viens, reviens ou deviens.
Trois questions d’importance :
Viens. Parce que je n’ai pas encore commencé à vivre.
Reviens. Parce que ma vie tu m’as abandonnée.
Deviens. Ma vie, mets-toi au niveau de mes espérances.
Trois questions pouvant être posées à toute discipline scientifique.
« Les fleurs du bien » un recueil heureux et douloureux. Bonheur de savoir et douleur d’être ignorée du bonheur ou d’ignorer le bonheur.
La mère, l’amie, la religion, la science, la conscience, la conscience de l’univers porteuse de la conscience que Dieu est à son origine.
Question à la mère, à l’amie, à la religion, à la conscience, à Dieu authentique conscience de l’univers dont on refuse de prendre conscience.
Poèmes naïfs mais pas niais, poèmes qui avec une conscience d’adulte posent des questions d’enfant à l’enfance et à l’adulte.
Poèmes apportant des réponses épisodiques à des questions constantes telles les lois de la physique ou d’autres vérités scientifiques ayant traversé les siècles sans s’altérer.
Fateh Bourboune



























