Depuis « l’affaire du film » et les caricatures du prophète Mahomet publiées par Charlie Hebdo, le climat autour de la communauté musulmane en France s’est détérioré. Boucheries Halal taguées ou incendiées, mosquée profanée, sans oublier les femmes voilées chassées par la police de la place du Trocadéro. Il ne fait pas bon être musulman en France en ce moment.
Chalon-sur-Saône, Saint-Germain-en-Laye, Toulouse, Paris… Une liste qui s’allonge à une vitesse inquiétante. Depuis la crise suscitée par le pseudo film « Innocence of Muslims » et la polémique qui a suivi la publication des caricatures du prophète par Charlie Hebdo, de plus en plus de villes de l’hexagone sont victimes d’actes islamophobes.
« Au premier trimestre 2012, l’augmentation était déjà de 14,50% sur l’ensemble du territoire mais selon nos dernières informations, ils ont encore augmenté depuis le début de l’été », s’inquiète Abdallah Zekri, président de l’observatoire des actes islamophobes en France.
Le Halal comme bouc émissaire
Dans la nuit de jeudi à vendredi 28 septembre, des tags à caractères islamophobes ont été découverts au petit matin par les employés de la boucherie AFA Market à Chalon-sur-Saône (Saône et Loire). « On est arrivé et on a vu écrit « Fuck Halal », « Halal assassin » sur les murs et la devanture », raconte un employé de la boucherie.
Choqués, les salariés étaient également surpris. Dans cette petite ville, les actes de ce genre ne sont pas courants. « Nous sommes là depuis trois ans et nous n’avons eu aucun problème auparavant ». Après avoir fait venir la police pour déposer plainte, c’est maintenant la mairie qui est attendue. « On va réfléchir avec eux au moyen d’installer un système de vidéo surveillance pour la nuit, si ça ne coûte pas trop cher… ».
Des frais supplémentaires pour ce petit commerce qui s’en serait bien passé. La faute à quelques écervelés persuadés du mal-fondé du halal. La candidate frontiste aux dernières élections était allée jusqu’à déclarer en avril dernier que « l’abattage rituel provoque des dizaines de mort d’enfants ». Ridicule. Autant que certains tags retrouvés sur la boucherie, « ils ont écrit « assassins d’animaux » devant une boucherie ! Mais si on ne tue pas d’animaux, on fait comment pour vendre de la viande », ironise un employé.
Même si on préfère rire de la bêtise des auteurs, à Chalon sur Saône, personne ne doute de l’amalgame : « Ils ont voulu s’en prendre au halal, car pour eux, c’est comme terroriste ou salafiste, c’est du pareil au même », se désole un employé de la boucherie.
Manuel Valls tarde à prendre des décisions
Malheureusement, l’acte islamophobe de Chalon-sur-Saône n’est pas le seul. Dans la nuit du 1er au 2 octobre des tags racistes ont été découverts sur les murs d’une boucherie de Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines. Croix gammées, croix celtiques et quelques inscriptions pleines d’esprits comme « Sale Biko » ou « SS ».
« C’est la première fois que ça prend une telle ampleur dans cette commune », affirme Abdallah Zekri. La mosquée de Vandoeuvre près de Nancy a aussi eu le droit à son tag facho. A Toulouse, une boucherie halal a cette fois été la victime collatérale d’un incendie criminel. Sans oublier le plus choquant. Sur la place du Trocadéro à Paris le 22 septembre dernier, des policiers ont chassé des femmes voilées, sans aucune raison. Sur une vidéo mise en ligne sur le site du Parisien, on voit une Marocaine venue pour les vacances visiter la Tour Eiffel se faire dégager manu militari par des policiers sans aucune explication.
Une situation « intenable et inquiétante » pour Abdallah Zekri qui a interpellé le ministre de l’Intérieur Manuel Valls lors de leur dernière réunion. Si le président de l’observatoire des actes islamophobes condamne avec la plus grande fermeté les extrémistes religieux, il attend du ministre de l’intérieur un signe fort en direction d’une communauté qui subit de plein fouet la vindicte populaire.
« On mélange tout et ça pourrit le climat », rajoute Abdallah Zekri qui ne comprend pas comment l’UMP peut faire circuler des pétitions un peu partout dans le pays contre le vote des étrangers. « Sous prétexte de régler des comptes avec le parti socialiste, l’UMP ligue les Français les uns contre les autres, c’est grave », conclut-il.

























