Sitôt la Charte des valeurs dévoilée, les masques sont tombés.
À la première lecture de la Charte des valeurs présentée par le gouvernement péquiste du Québec, on devine le malaise dans lequel la société québécoise vient encore d’être plongée.
C’est une charte discriminatoire
Elle ne s’applique pas à tous. Les cégeps, les universités, les hôpitaux et les municipalités bénéficient d’un droit de retrait. Les élus parlementaires en sont dispensés. Le crucifix de l’Assemblée nationale en est dispensé, à raison, car lui n’est pas un signe religieux mais bien Patrimoine du Québec.
L’interdiction de porter des signes religieux s’applique de force et à 100% aux personnes les plus vulnérables, dont les nobles éducatrices; sachant que c’est le secteur où il y a le plus de femmes musulmanes portant le hijab. Ces femmes hautement diplômées, qui discriminées à l’embauche et ne trouvant que l’éducation de la petite enfance pour gagner dignement leur vie, viennent une fois de plus subir la persécution de la Charte, prises au chantage de choisir entre leur emploi et leur identité. Une fois de plus, un projet qui vient enfoncer des femmes déjà vulnérables dans la précarité. Aussi, ne pas écouter ces femmes qui défendent leurs hijabs comme étant partie de leur identité et aboutissement de leur cheminement spirituel et, associer abusivement leur hijab à une forme d’inégalité hommes-femmes selon une fausse et dogmatique perception, serait la forme d’aliénation et d’exclusion la plus poussée, à l’endroit de ces femmes.
C’est une charte de division
Elle cède le pas à la confusion, à la division et à la diversion. Elle distingue les types de signes en deux catégories, fortement et moins fortement visibles (quel ridicule!). Elle accorde un droit de retrait à certains secteurs et concentre son effet aliénant et discriminatoire sur un secteur et par conséquent sur une catégorie de la population. Elle exempte les élus. Elle exempte le crucifix de l’assemblée nationale. Elle confirme le principe discriminatoire de deux poids et deux mesures et ouvre ainsi la porte aux divisions et aux fossés entre les catégories de la société. Les signes et la Charte n’ont pas même effet et même signification dépendamment s’il s’agit des uns ou des autres. Il est signe ostentatoire s’il s’agit d’un hijab, d’une kippa ou d’un turban et il ne l’est pas s’il s’agit du crucifix, devenu patrimoine pour l’occasion. Tout pour diviser et nourrir des sensibilités et encourager les divisions entre les Québécois et les Québécoises. Si elle est votée, la Charte viendrait certainement secouer la paix et l’harmonie sociales qui règnent, creuser davantage de fossés entre des Nous et des Eux et isoler davantage le Québec (déjà elle soulève l’inquiétude d’un front commun d’autres provinces et de tous les partis du Canada, tous prêts pour une mobilisation contre; sans oublier l’effet préjudiciable à l’action souverainiste qui est la première à subir les effets négatifs de l’exclusion d’une partie de la société issue de l’immigration et les effets négatifs de la division entre les Nous et Eux).
C’est une charte de diversion
Beaucoup d’encre va couler; des débats et des chicanes identitaires vont occuper les esprits des Québécoises et des Québécois; beaucoup de temps et d’argent vont être encore dépensés inutilement pendant que le gouvernement de Mme Marois détourne l’attention des citoyens des vrais enjeux qui ne trouvent pas encore d’issue, dont le problème de l’emploi et de l’économie en général. La Charte vient créer plus de problèmes que de n’en résoudre. Rien ne justifie objectivement cette charte. Ni la neutralité de l’État n’est souffrante, ni les accommodements n’ont besoin de balises. Les accommodements sont clairement et suffisamment balisés par la charte des droits et libertés; le législateur a balisé le principe, de façon à ce que les mesures d’assouplissement ne soient préjudiciables ni au fonctionnement ni à l’exploitation d’une entreprise, et ne doivent causer des frais excessifs.
Retour à la raison
La neutralité de l’État, c’est l’impartialité politique et religieuse etc. de ses agents, qui se manifeste à travers leurs comportements et attitudes et non leurs façons d’être et paraître. Être et paraître demeurent des signes identitaires propres à chaque individu, relevant des libertés et droits fondamentaux que la Charte des droits garantit.
Non, à la charte de la discrimination. Non, à la charte de la division et de la diversion. Non, à la charte de l’aliénation et de l’exclusion. Non, à l’intégration par assimilation. Non, à l’intégration par aliénation et par exclusion.
Oui, pour une réelle intégration par l’emploi. Oui, pour une intégration dans l’harmonie et le respect des doits et libertés. Oui, pour une neutralité de l’État garantie par l’impartialité de ses fonctionnaires et non par l’effacement de leur identité.
Oui, pour un Québec prospère, inclusif et riche de sa diversité.
Dr Brahim Benyoucef, Montréal
journal lapresse


























