À quand un président de la République issu du peuple.

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A un an de l’élection présidentielle, celle-ci se caractérise par la rumeur et le floue. En tout cas, le peuple algérien est habitué à cette attitude méprisante à son égard. Depuis l’indépendance, l’Algérie n’a jamais connu une compétition électorale digne de ce nom. À ce titre, l’élection d’avril 2014 ne différera pas des précédentes. À moins que le peuple algérien veuille cette fois-ci s’inviter dans l’arène. Interdit de s’immiscer de ses propres affaires, il peut –bien que se soit qu’une probabilité –mettre un terme à cette habitude.

Dans le cas où ce peuple préfère garder un genou à terre, il ne faudra pas s’attendre à des miracles. On pourra juste se demander quel candidat sera imposé à la tête de l’État? Un exercice que maitrisent les dirigeants algériens depuis le recouvrement de l’indépendance. En effet, il est un secret de polichinelle que le candidat est d’abord adoubé par les services secrets avant que l’administration ne fasse le reste. Ainsi, de 1962 à nos jours, jamais le président de la République n’a été issu de la volonté du peuple. Pour étayer cette thèse, un rappel historique s’impose. Par exemple, le premier président, Ahmed Ben Bella, a été imposé par l’armée des frontières, commandée par Boumediene. Après un service de trois ans, Houari Boumediene, l’homme le plus puissant à cette époque, l’éjecte de son poste. Il le remplace pendant treize longues années. Son successeur, Chadli Bendjedid, est choisi par la sécurité militaire sur la base de son ancienneté dans l’armée.

Au moment où ce régime se trouve en difficulté en 1992, il fait appel à un homme prestigieux, Mohamed Boudiaf, pour sauver le pays. Une cohabitation qui ne dure pas longtemps. Après la fin du mandat du HCE, les généraux proposent le poste à Bouteflika, mais la négociation échoppe sur le portefeuille de la Défense. C’est dans ce contexte que Zeroual, ministre de la Défense, se voit confier les rênes. Quatre plus tard, en automne 1998, ce dernier jette l’éponge. Approché de nouveau, Bouteflika ne refuse pas l’offre. Ainsi, bien que Zeroual s’engage pour l’organisation d’un scrutin libre, ce qui amène des personnalités intègres à y participer, le régime ne tient pas sa parole.

Cela dit, ce qui rend ce système trop fort, c’est indubitablement la résignation du peuple algérien. Ainsi, malgré la déliquescence de l’État sous Bouteflika, la dernière sortie médiatique d’un haut responsable, qui a requis certes l’anonymat, montre la voracité de l’homme pour le pouvoir. Ni le contexte régional, marqué notamment par le départ des chefs inamovibles, ni ses soucis de santé n’entament apparemment sa détermination. Et pourtant, sur le plan personnel, il de quoi se contenter en battant le record de longévité à la tête de l’État. Et bien qu’il ait affirmé à Sétif le 8 mai 2012 que sa génération devait passer le témoin, cette bonne parole n’est enfin qu’un habit neuf qu’il a sorti à l’occasion. Au fur et à mesure que le rendez-vous fatidique approche, les engagements antérieurs sont tout bonnement remis au placard. En fait, dans un système dictatorial, les responsables pensent naturellement à l’après leur mandature.

En tout cas, saisissant l’occasion de l’émiettement de la société algérienne [elle a abandonné ses droits pour peu qu’on lui garantisse un peu depaix], le régime algérien est sorti indemne des révoltes nord-africaines. Jouant sur la terreur de la décennie noire, et ce, bien qu’il ait une responsabilité dans cette violence, le statu quo est maintenu. Mais, une fois que la menace est écartée, le régime reprend ses habitudes. Bien qu’il se soit montré capable d’évoluer, en promettant de lancer des réformes politiques profondes au début de l’année 2011, ces derniers temps, le régime se démène pour qu’il n’y ait aucune chance de changement.

De toute évidence, quand on voit les sommes faramineuses qui rentrent dans les caisses de l’État, ces dirigeants, bien qu’ils approchent les 80 ans, ont du mal à céder leur place. « Si ce n’est pas nous, ce sera quelqu’un d’autre qui s’en emparera de cette richesse », tel est l’argument de leur maintien. Pour ce faire, tous les moyens sont bons. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les grenouillages politiques sont le style favori de ce régime. Par conséquent, dans le cas où le peuple algérien reste muet, la question qui mérite d’être posée est de savoir comment le régime va tenter de gérer cette élection. Selon Abed Charef, dont les analyses sont sérieuses, malgré un troisième mandat décevant, « cela n’empêche pas le chef de l’État de proposer de rempiler pour un quatrième mandat. »

Quoi qu’il en soit, d’après le mystérieux conseiller de la présidence, si le peuple veut un quatrième mandat, il devra le réclamer. Pour eux, une manifestation de rue suffit pour faire un président en Algérie. Et là où le bât blesse, c’est qu’ils se disent fervents défenseurs de la démocratie. Par ailleurs, aussitôt dit, aussitôt les relais du régime se mobilisent. Lors de la rencontre de championnat de ligue 1, une banderole aux couleurs du MCA demande au président de briguer un quatrième mandat. Oubliant les souffrances des chômeurs du Sud, les scandales à répétition [200 millions de dollars, une partie visible de l’iceberg, partent dans les pots de vin chaque année] ne posent un problème de conscience à cette clientèle. Normal, pourrait-on dire, puisqu’elle reçoit quelques miettes.

En somme, venant de ses profiteurs, cela ne choque pas. Ce qui inquiète en revanche est le silence de cette majorité d’Algériens. « Dans quel état se retrouvera le pays en 2019 avec une santé affaiblie et puis quelqu’un qui n’a pas réussi en quinze ans, comment peut-il le faire en cinq ans », s’interroge Ahmed Benbitour. Priant enfin que les Algériens se rebiffent et décident de se réapproprier leurs droits. Des droits qu’ils ont abandonnés sans qu’il y ait de contre partie, bien sûr. Enfin, à ceux qui se disent non concernés par la situation du pays, ils doivent mettre dans la tête que ce pays a été libéré par le sang de ses meilleurs fils. En plus, le sacrifice demandé ne représente même pas un pour cent de ce que nos ainés ont fait. Il faut juste exiger que sa voix soit prise en considération et rejeter toute candidature imposée. Ce n’est pas quand même une mer à boire.

Ait Benali Boubekeur

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