Palestine : près d’un siècle de tergiversations

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La spécificité de la Palestine où retrouvent les trois grandes religions monothéistes du monde et où se combattent les nationalismes arabe et juif, rend le problème complexe, mais surtout passionnel. Les deux mouvements sont apparus presque au même moment à la fin du XIXème siècle. En février 1896, un journaliste juif, Théodore Herzl, publie à Vienne un ouvrage : « L’Etat des juifs ». En août 1897, le premier congrès sioniste mondial se réunit à Bâle. Cent quatre-vingt dix sept délégués annoncent leur intention d’encourager la colonisation de la Palestine, d’unifier toutes les organisations juives et de faire des démarches en vue d’obtenir des gouvernements le consentement nécessaire à la réalisation des buts du sionisme, en particulier trouver un « Foyer national ».

Des terres d’accueil étaient alors envisagées, entre autres l’Argentine, Chypre, le Congo belge, le Mozambique, l’Ouganda et le Sinaï. La grande influence des sionistes russes et polonais a fait prévaloir la Palestine comme terre de Sion. L’organisation sioniste mondiale voit le jour et crée un fonds national juif pour l’achat des terres en Palestine et permet l’immigration des Juifs dans le pays. Ni Herzl ni l’organisation sioniste mondiale n’ont tenu compte de la présence des Arabes palestiniens  qui y vivaient. La présence des Juifs en terre sainte était extrêmement limitée jusqu’au XVème siècle, date à laquelle ils sont accueillis en masse à la suite de la Reconquista chrétienne en péninsule ibérique. En 1835, la population juive ne s’élevait qu’à environ 10.000 personnes, elle passe au double en 1880, on recense alors 20.000 juifs pour plus de 500.000 Arabes.
La colonisation juive
Des colonies sont créées, les Juifs du monde entier sont encouragés à se rendre en Palestine. Le baron de Rothschild lance à lui tout seul une vingtaine de colonies regroupant plus de 5000 personnes. De 1903 à 1914, une quarantaine de colonies sont installées, ce qui fait 35.000 à 40.000 arrivants. En 1914, il y avait près de 800.000 Arabes et 85.000 Juifs. Il faut noter qu’à la même période, trois millions environ de Juifs ont quitté la Russie et la Pologne pour se rendre dans les pays d’Europe occidentale et en Amérique. Raison de ces départs : la misère des Juifs d’Europe centrale et orientale, la décomposition des empires tsariste et austro-hongrois ainsi que la politique d’assimilation menées par les autorités polonaises.

La défaite des empires centraux entraîne le démembrement de l’empire ottoman qui profite aux vainqueurs : la France et la Grande-Bretagne. Jusqu’à la fin de la Grande guerre, la Palestine était un Sandjak ottoman. Elle est placée à partir de 1918 sous mandat britannique.
L’immigration des Juifs en Palestine s’accélère alors : entre 1919 et 1923, 35.000 personnes arrivent de Russie et de Pologne, entre 1924 et 1931, 82.000 personnes de nouveau de Russie  de Pologne mais également des Balkans, entre 1932 et 1938, 217.000 personnes quittent l’Allemagne et l’Autriche, entre 1939 et 1948, 153. 000 personnes fuient le nazisme.

La question de la terre devient un enjeu considérable à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Les Arabes qui prennent conscience du danger de l’arrivée massive des Juifs et de l’installation de très nombreuses colonies dans le pays, commencent à s’inquiéter et à protester. En 1891 déjà, des notables palestiniens alertent le gouvernement ottoman et s’élèvent contre l’installation de colons juifs et cherchent à faire interdire l’achat de terres par les nouveaux arrivants encouragés par l’Agence juive. Des députés au parlement ottoman dénoncent la politique du fait accompli en 1909. Chacun a observé que la Palestine était devenu un enjeu international dès le lendemain de le guerre 14-18. Les accords dits Hussein-McMahon (il s’agit de huit lettres échangées entre le chrériff de la Mecque et le Haut commissaire britannique en Egypte de juillet 1915 à juillet 1916) indiquaient que les troupes arabes s’engageraient contre les Turcs à la condition que la Grande-Bretagne reconnaisse l’indépendance du royaume arabe. Londres paraissait appuyer les prétentions des Hachémites. Mais malgré l’entrée triomphale de Fayçal à Damas le 3 octobre 1918, la révolte arabe de 1916, conduite par le lieutenant Lawrence dit d’Arabie, ne réalise pas le rêve de l’émir Hussein de former un  vaste Etat indépendant.

Les accords Sykes-Picot
Les prétentions franco-anglaises sur le Moyen Orient étaient contenues dans ces accords secrets conclus par deux négociateurs, François-Georges Picot, le Français, et le lieutenant-colonel Sir Mark Sykes, l’Anglais.

Le Moyen Orient est divisé en 5 zones : une zone A d’influence française (Cilicie, Anatolie, Syrie côtière et Liban) et une zone B d’influence anglaise (région de Bassorah, Basse Mésopotamie).

Les accords stipulent à ce sujet : « La France et la Grande-Bretagne sont disposées à reconnaître et à soutenir un Etat arabe indépendant ou une confédération d’Etats arabes dans les zones A et B indiquées sur la carte jointe, sous la suzeraineté d’un chef arabe. Dans la zone A la France et dans la zone B la Grande-Bretagne seront seules à fournir des conseillers ou des fonctionnaires étrangers à la demande de l’Etat ou de la confédération d’Etats arabes ».

Les trois autres zones sont indiquées par des couleurs, une zone bleue (Syrie intérieure et Mossoul) et une zone rouge (Transjordanie et le wilayé de Bagdad).

Les accords précisent quant à cette disposition : « Dans la zone bleue, la France et dans la zone rouge la Grande-Bretagne seront autorisées à établir telle administration directe ou indirecte ou tel contrôle qu’elles désirent ou qu’elles jugeront convenable d’établir après entente avec l’Etat ou confédération d’Etats arabes. Une zone brune est prévue pour la Palestine placée sous mandat anglais avec l’intention de créer un ‘Foyer national juif’ ».
La Déclaration Balfour
Cette notion de « Foyer national juif » apparaît dans la « Déclaration Balfour » le 2 novembre 1917, avant même l’occupation de la Palestine par l’armée britannique.

La « Déclaration Balfour » se présente sous forme de lettre adressée par le ministre anglais des Affaires étrangères à Lord Rothschild.
Après avoir exprimé sa sympathie pour les « aspirations juives sionistes », Arthur Balfour écrit : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays ».

Cette déclaration est approuvée par la Conférence de San-Remo sur le Moyen Orient, tenue par les Alliés en avril 1920. Et le traité de Sèvres dans son article 95 reconnaît les dispositions de Balfour, auxquelles la Société des Nations (SDN) apporte son soutien le 22 juillet 1922. Un « Comité exécutif arabe » rassemblant des Musulmans et des Chrétiens, est créé pour contrer la politique pro-sioniste de l’Angleterre.

De très nombreux heurts vont marquer cette période. Plusieurs commissions envoyées par la SDN se rendront sur place. La commission King-Crane se déclare défavorable au programme excessif du sionisme et demande la réduction et la limitation de l’immigration juive en Palestine.
Le 24 juillet 1922, la Grande-Bretagne dépose sa candidature auprès du Conseil de la Société des Nations pour exercer un mandat sur la Palestine. Le texte du mandat contenant 28 articles et un long préambule, est adopté par le Conseil de la SDN le 29 septembre 1923. Le mandat reprend dans son préambule la « Déclaration Balfour » et assigne à la Grande-Bretagne, dans son article 2, la responsabilité « de mettre le pays dans des conditions politiques, économiques et administratives qui assureraient l’établissement du Foyer national juif ».

 

L’opposition au mandat britannique
Les Anglais tenteront de mettre sur pied des institutions pour diriger le pays ; ils proposent la mise en place d’un Conseil législatif local comprenant huit représentants musulmans, deux chrétiens, deux juifs et dix fonctionnaires. Les Arabes s’y opposent. Ils exigent la constitution d’un gouvernement national représentatif, en vue de contrôler l’immigration juive en Palestine, alors que les Juifs la rejettent pour des raisons paritaires. Les Anglais renoncent à cette idée et choisissent de créer le « Foyer national juif ».

Les violences nées de l’implantation de colonies juives de plus en plus nombreuses, donnent à chaque fois lieu à une commission d’enquête qui généralement se termine par un mémorandum ou par un Livre blanc. A la suite des manifestations de mai 1921, le « Churchill mémorandum » tente de rassurer les Arabes qui ont formulé trois requêtes : 1) l’arrêt immédiat de l’immigration juive, 2) l’interdiction du transfert des terres arabes aux Juifs, 3) la formation d’un gouvernement démocratique où les Arabes seront majoritaires (les Palestiniens ont la supériorité numérique). Il n’est pas question, précise le document, de « rendre la Palestine aussi juive que l’Angleterre est anglaise ».
Cependant, l’immigration se poursuit, en dépit des revendications arabes. En août 1929, des émeutes éclatent à Jérusalem et à Hébron. Une nouvelle commission d’enquête conduite par Shaw se rend en Palestine. Elle publie un Livre blanc qui prévoit la limitation des ventes de terres. En vain. La colonisation de terres continue.

Dans le monde, les regards se tournent vers l’Allemagne où le nazisme accède au pouvoir en 1933. La guerre est déjà dans les esprits. Cette période est propice à l’implantation de nombreuses colonies juives. En mars 1936, une grande révolte éclate en Palestine, le pays est complètement paralysé pendant 174 jours.

 

Le plan de partage
Une nouvelle commission dirigée par Peel est envoyée sur le terrain. Dans son rapport, elle propose la cantonisation du pays : un canton arabe et un canton juif dans un Etat fédéral. Le gouvernement britannique rejette cette proposition. A l’approche de la guerre, en 1938, l’Angleterre envoie une nouvelle commission (la commission Woodhead) avant la tenue de la Conférence de Londres en février 1939. Un troisième « Livre blanc » qui porte le nom de MacDonald mémorandum est publié en mai de la même année. Il prévoit un Etat unique avec 2/3 de populations arabes et 1/3 de populations juives, la cessation de l’immigration juive après une période de cinq ans et la limitation des ventes de terres aux juifs.

Un règlement foncier promulgué en février 1940 stipule que les ventes de terres aux Juifs sont interdites en zone A, restreintes en zone B et libres en zone C. Ce « Livre blanc » est définitivement rejeté en mai 1942 par la « Conférence de Biltmore » réunie à New York. Elle revendique un Etat juif sur la totalité de la Palestine. Le terrorisme juif se développe contre les Britanniques qui demandent en novembre 1945 l’appui des Américains. Une fois de plus, une commission (la commission Morrison-Brady) se rend sur place. Elle confirme le maintien du protectorat britannique et avance l’idée de la création d’une fédération provinciale arabe et juive. Ce plan est proposé à la « Conférence de la Table ronde » qui eut lieu le 10 septembre 1946. Les Juifs constituaient alors 31% de la population et détenaient autour de 5,5% du territoire. Devant les actes de violences des partisans du sionisme, Londres décide le 2 novembre 1947 de transmettre l’affaire à l’Organisation des Nations Unies, qui vient d’être créée, et annonce la fin de son mandat sur la Palestine le 15 mai 1948. L’Assemblée générale de l’ONU crée à son tour commission spéciale qui regroupe onze Etats. Cette commission visite les centres arabes et juifs en Palestine et consulte les pays voisins.

A la fin de ses travaux, la Commission recommande à l’Assemblée général de l’ONU de renoncer à la tutelle sur la Palestine et de procéder au partage du territoire entre un Etat arabe et un Etat juif, Jérusalem ayant un statut international. L’Etat arabe devait comprendre la Galilée occidentale, la Cisjordanie et la zone littorale de Gaza. L’Etat juif devait, quant à lui, comprendre la Galilée orientale, la zone littorale de Haïfa à Tel Aviv et le désert du Néguev.

La population palestinienne était alors de 1.500.000 personnes et la population juive de 650.000 personnes. Ce plan devait entrer en vigueur au plus tard le 1er août 1948, il a été voté par l’Assemblée de l’ONU le 29 septembre 1947.

35 pays avaient voté pour, 13 contre (six Etats arabes, quatre Etats musulmans, plus Cuba, la Grèce et l’Inde) et A0 pays se sont abstenus (la Chine, la Grande-Bretagne, la Yougoslavie, l’Ethiopie et six Etats latino-américains).

Les Etats arabes réunis en sommet dans la capitale égyptienne le 9 décembre 1947 dans le cadre de la Ligue arabe, déclarent ne pas être liés par cette décision et décident d’empêcher la concrétisation de ce plan de partage.

La Palestine est découpée en véritable damier. Des troubles éclatent, la Grande-Bretagne refuse d’apporter son aide à l’ONU en vue de l’application du plan de partage, les Etats-Unis d’Amérique envisagent alors de surseoir à ce plan et de placer de nouveau la Palestine sous tutelle temporaire. L’Union Soviétique par la voix de son ministre des Affaires étrangères Andreï Gromyko dénonce l’attitude américaine et se prononce pour l’application du plan de partage. 

La création de l’Etat d’Israël
Quant à eux, les Anglais annoncent leur départ au plus tard le 20 mai 1948, l’Agence juive en profite pour un gouvernement provisoire. Les Palestiniens résistent, et les organisations terroristes juives comme la Hagana (60.000 membres), l’Irgun Zvei Leumi (5000 membres) et la Stern (300 membres), responsables de l’attentat contre le « King David Hotel » à Jérusalam en juillet 1946, causant la mort d’une centaine de personnes, déclenchent une violence extraordinaire contre la population arabe en vue de provoquer son exode. Plusieurs centaines de Palestiniens quittent d’ailleurs leurs maisons pour échapper à la violence juive et aux tueries. Le 9 avril 1948, 250 hommes, femmes et enfants sont massacrés à Deir Yassine. Menahem Begin qui conduisait l’attaque contre ce village indiquait dans un ouvrage publié en 1951 à New York que « l’Etat d’Israël n’aurait pas été créé dans la « victoire » de Deir Yassine ». Le 15 mai 1948, l’Etat d’Israël est proclamé, les populations palestiniennes prises de panique quittent le pays et s’installent dans les pays arabes voisins. 400.000 Palestiniens quittent ainsi leurs villages et leurs foyers pour devenir des réfugiés. Les Etats arabes sont contraints pour assurer la sécurité des habitants arabes livrés à eux-mêmes. La première guerre israélo-arabe est déclenchée.

Les hostilités se poursuivaient toujours quand les Nations Unies désignent le 20 mai 1948 le comte Bernadotte pour mener une médiation en vue d’un cessez-le-feu. Une première trêve de quatre semaines est intervenue ; les belligérants sont à cours d’armes et de munitions. La trêve est rompue par les Israéliens le 9 juillet 1948, qui en profite pour occuper Tel-Aviv, la Galilée et une parti de Jérusalem, Bernadotte obtient une nouvelle trêve le 18 juillet 1948 et engage des conversations pour élaborer un nouveau plan de partage de la Palestine.

Le comte Bernadotte jugé comme étant hostile aux intérêts juifs, est assassiné en même temps que son assistant français, le colonel Serot, le 17 septembre 1948 dans la partie de la ville sainte occupée par les soldats israéliens. L’Américain Ralph Bunche lui succède dans cette mission, il soumet à l’Assemblée générale des Nations Unies un plan différent de celui de 1947 voté par l’organisation internationale.

Dans ce nouveau plan, le président Truman refuse d’apporter son soutien à Ralph Bunche, les élections présidentielles sont très proches. L’Etat d’Israël triomphe, il est admis comme cinquante neuvième membre de l’Organisation des Nation Unies le 11 mai 1949, par 37 voix contre 18 et 9 abstentions.

Sur le terrain, des armistices sont signés dès le 24 février 1949 entre l’Egypte et Israël, le 23 mars entre le Liban et Israël, le 3 avril la Transjordanie et Israël et le 20 juillet entre la Syrie et Israël. L’Arabie-Saoudite et l’Irak avaient refusé de signer ces accords. Dès lors, Israël occupe et contrôle 77,40% du territoire au lieu des 56,47% que lui accordait le plan de partage du 29 novembre 1947. Le roi Abdellah de Transjordanie annexe la Cisjordanie le 16 décembre 1949. Malgré les protestations des partisans du mufti de Jérusalem, Hadj Amin Husseini, et de l’Egypte de Farouk, l’annexion est ratifiée par le parlement jordanien le 24 avril 1950. En septembre 1951 se tient à Paris une conférence de la commission de conciliation de l’ONU, qui n’aboutit à aucun résultat concret.  Les délégués arabes et israéliens siégeaient séparément. Une dizaine de jours à peine avant l’expédition de Suez, les forces militaires israéliennes pénètrent dans le village de Kafr Kassem le 19 octobre 1956 et procèdent au massacre des habitants. 51 personnes ont été tuées et 13 autres gravement blessés.
Suez et la guerre froide
Le 26 juillet, Gamal Abdel Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez, qui écourte de 12 ans la concession accordée à la Compagnie du canal de suez constituée par des intérêts français et anglais. Le président égyptien prévoyait l’indemnisation des actionnaires. Cette décision est très mal accueillie par Londres et Paris qui régissent par la force. Les Américains sont contre l’expédition militaire qu’Anglais, Français et Israéliens ont préparée lors d’une conférence secrète réunissant le 24 octobre 1956 à Sèvres Selwyn Lloyd, Guy Mollet et Ben Gourion. Un scénario est mis au point. Le 29 octobre 1956, Israël déclenche une offensive en vue d’occuper Gaza et le Sinaï jusqu’à Charm Ech Cheikh. Un ultimatum est adressé par la France et la Grande-Bretagne aux deux belligérants. L’Egypte refuse d’obtempérer. Londres et Paris attaquent l’Egypte à partir de Chypre.

L’agression de Suez a lieu en pleine crise hongroise (guerre froide oblige), en pleine guerre d’Algérie. La France en a, du reste, profité pour procéder au premier détournement d’avion de l’histoire, celui transportant quatre leaders du Front de Libération Nationale, se rendant de Rabat à Tunis pour une conférence intermaghrébine. L’Union Soviétique dénonce l’expédition de Suez et apparaît comme le principal allié de l’Egypte qui a besoin de se réarmer. Les Etats-Unis réagissent par la doctrine Eisenhower (doctrine dite du containment) selon laquelle Washington apporterait son aide à « tout pays menacé par un pays dominé par le communisme internationale ». L’entrée en scène de Moscou provoque le changement d’attitude de l’Arabie Saoudite et de la Jordanie favorables au « système libéral ». L’Union Soviétique réplique par la doctrine Chepilov. Du 3 décembre 1956 au 12 mars 1957, Israël procède à un retrait par étapes de ses troupes de Gaza et du Sinaï. Les Casques bleus prennent position le long de la frontière israélo-égyptienne à Gaza.

Partout dans les Etats arabes, les partisans de Nasser l’emportent sur ceux qui se sont alignés sur la doctrine Eisenhower. En 1957, les troupes anglaises interviennent en Jordanie pour réprimer les manifestations populaires contre le roi qui vient d’annuler les élections législatives remportées par les Nassériens.

Le Liban est en pleine guerre civile qui menace l’existence de l’Etat, les Américains envoient des Marines à la demande de Camille Chamoun. En Irak, la monarchie est renversée le 14 juillet 1958 par des hommes favorables au président égyptien.

La fin des années 50, a incontestablement constitué le moment fort de l’arabisme, du baathisme et du nassérisme, idéologies laïcisantes, « progressistes et modernistes ».

Les régimes arabes entrent dans une guerre idéologique sans merci les uns par rapport aux autres. Le Moyen Orient est divisé en deux camps : « les progressistes proches de Moscou et les conservateurs proches de Washington ».
Entre temps, Israël soutenu par les Etats-Unis se surarme et prépare la guerre qui ne tardera pas à éclater.

 

Résolution 242 et plan Rogers
Le détournement par Israël des eaux du Jourdain provoque une réaction immédiate des Etats arabes qui se réunissent au Caire en 1964. La Ligue arabe encourage Ahmad Choukeiri à créer l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) qui fédère tous les mouvements palestiniens du Fath (victoire) de Yasser Arafat au FDPLP de Nayef Hawathmeh en passant par le FPLP de Georges Habbache. La résistance palestinienne s’affirme et entreprend des opérations contre l’armée israélienne.

De son côté, Gamal Abdel Nasser procède à la fermeture du golfe d’Aqaba et exige de l’ONU l’évacuation de ses troupes stationnées sur le territoire égyptien. Le 5 juin 1967, des dizaines d’avions israéliens surprennent la chasse égyptienne qui est clouée au sol. Sans soutien aérien, la fameuse cinquième armée égyptienne est mise en déroute, Israël occupe, en six jours, Gaza, jusque là sous administration du Caire, le Sinaï, le Golan pris à l’armée syrienne et la Cisjordanie enlevée à la Jordanie.

L’Administration israélienne a triplé ses possessions territoriales avec cette opération. C’est de nouveau l’exode pour 220.000 Palestiniens qui quittent Gaza et la Cisjordanie.

Les peuples arabes sont frappés de stupeur et de consternation devant cette lourde défaite : des milliers de morts et des centaines d’avions et de chars détruits.

Le 22 novembre 1967, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit à New York et adopte la résolution 242 qui exige le trait des forces israéliennes des territoires récemment occupés et l’instauration d’une « paix juste et durable ». La version anglaise de cette résolution laisse planer l’ambiguïté sur l’évacuation (de) ou (des) territoires occupés.

Ne reconnaissant pas explicitement le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, l’OLP a rejeté la résolution 242 qui ne parle que d’un « juste règlement du problème des réfugiés ». Selon les termes de la résolution 242, un médiateur – l’ambassadeur suédois Jarring – est désigné par le Secrétaire général de l’ONU. Le refus d’Israël d’évacuer tous les territoires occupés par la force, fait échouer la mission de M. Jarring. Des attaques et des infiltrations sont entreprises par les Fidayin installés à la frontière jordanienne. Le camp de Karameh est devenu emblématique à ce propos. Le 21 mars 1968, une colonne de blindés israéliens qui franchit la frontière pour détruire le camp a été défaite par les Fidayin palestiniens et les soldats jordaniens. En 1968, un avion de la compagnie aérienne israélienne El Al est attaqué en Grèce, sur l’aéroport d’Athènes.

Une semaine à peine investiture, le nouveau président de l’Administration américaine Richard Nixon exprime publiquement, le 27 janvier 1969, son inquiétude devant le risque d’explosion au Moyen Orient. L’opinion publique arabe est farouchement hostile aux Etats-Unis considérés à juste titre comme un soutien indéfectible et inconditionnel d’Israël qui reçoit les armes américaines les plus sophistiquées. En septembre 1969, Tel-Aviv réceptionne des dizaines d’avions de type F-4 qui serviront à bombarder les populations du Liban. Devant les manifestations d’indignation et le rapprochement de nombreux Etats arabes de l’Union Soviétique, Richard Nixon demande à son Secrétaire d’Etat William Rogers d’élaborer un plan de paix rendu publique le 9 décembre 1969. William Rogers propose que l’Egypte et Israël définissent un calendrier d’évacuation du Sinaï et procèdent à la démilitarisation des zones frontalières afin d’en « assurer la sécurité ». Le 18 décembre, William Rogers propose l’évacuation de la Cisjordanie par Israël et leur totale démilitarisation.

Brahim Younessi

 

 

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