A la faveur des révolutions arabes, les Etats-Unis déploient leur « Initiative du Grand Moyen Orient

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Après avoir soutenu les Etats despotiques arabes au Moyen Orient et en  Afrique du Nord, les Etats-Unis sont en train, pour préserver leurs  intérêts économiques et stratégiques considérés comme vitaux, de changer  leur approche de la sphère arabe et musulmane dont ils préparent le  morcellement pour le plus grand bien également de leur protégé Etat  d’Israël. L’Initiative du Grand Moyen que Georges W Bush avait présentée  en 2003 au G8 de Sea Island, comme « solution » au désordre dans cette  région, serait mise en application dès la chute du régime iranien après  celui de Syrie.
Depuis un an, les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient  connaissent des ruptures politiques et idéologiques d’avec les Etats  autoritaires qui ont succédé aux ordres coloniaux. Toute cette région  est en proie à des convulsions violentes dont les conséquences  géopolitiques et stratégiques ne sont pas encore toutes visibles, bien  que la plupart des analystes occidentaux pensent que les « révolutions  arabes » qui ont bouleversé ou bouleverseraient les situations  politiques internes ne conduiraient pas à des changements  géostratégiques majeurs, dans le sens où les alliances traditionnelles  ne seraient pas remise globalement en cause. Pour eux, les équilibres  régionaux ne seraient pas outre mesure affectés même si ceux-ci  deviennent de plus en plus instables, d’un point de vue militaire et  économique.
Les pesanteurs spécifiques à cette région   joueraient en faveur de l’immobilité pour ne pas passer, dans une  situation pleine de confusions et d’incertitudes, de l’instabilité de  l’équilibre que les puissances arabes et musulmanes de la région ont,  jusqu’ici, toléré au déséquilibre des forces entre, d’une part, la  Turquie et l’Iran qui serait en capacité de se doter de l’arme  nucléaire, et, d’autre part, les autres Etats de la région MENA [Middle  East and North Africa, Moyen Orient et Afrique du Nord].  Au-delà du  conflit israélo-palestinien, pour les Etats-Unis qui n’ont pas abandonné  la doctrine Georges W Bush qui consiste à recomposer l’espace arabe en  un « Grand Moyen Orient » dont la carte dessine des Etats dépecés, à  l’exemple de l’Arabie Saoudite réduite à une portion infime, la question  de sécurité américaine des intérêts vitaux que Henry Kissinger,  l’ancien Secrétaire d’Etat de Richard Nixon, avait théorisée et étendue  jusqu’à l’Afrique du Nord, dans les années 70’s, se polarise autour des  ressources énergétiques sans lesquelles l’économie mondialisée cesserait  de tourner.

Les Etats-Unis ne procéderaient pas à la  recomposition prévue du monde arabe avant qu’ils ne s’assurent de la  stabilisation des espaces en conflit notamment en Syrie qui constitue le  nœud gordien de la situation au Moyen Orient. La chute du régime syrien  modifierait, pour le coup, les équilibres dans la région et sa  géopolitique ethno confessionnelle. Bien avant que les Etats-Unis  d’Amérique de Georges W Bush ne songent en 2003 à remodeler le « Grand  Moyen Orient » sous l’influence des néo-conservateurs qui ont repris un  plan israélien que rapporte en 1982 « la revue de l’Organisation  sioniste mondiale Kivunim » citée par Charles Saint-Prot [Moyen Orient :  Et si l’on assistait à la réalisation du Plan américain « Comment  améliorer le Moyen Orient » ?  http://www.diplogeostratégies.blogspot.com], l’Etat d’Israël projetait «  l’éclatement des pays arabes sur des bases confessionnelles ou  ethniques. »

L’auteur de l’article paru dans la revue  israélienne « soutenait, selon le géopoliticien français, que le plan de  décomposition du Liban en petits cantons confessionnels, à laquelle les  israéliens travaillaient depuis la  fin des années 60 avec la  complicité de certains extrémistes maronites, devait être appliquée à  tout le monde arabe, notamment à l’Irak [trois Etats sunnite, kurde et  chiite], à la Syrie [trois Etats alaouite, druze, sunnite], à la  Jordanie [une partie pour les bédouins et l’autre pour les Palestiniens]  et à l’Arabie saoudite qui devait être amputée de ses provinces  pétrolières et ramenée à une mosaïque tribale » . La mise en garde que  l’ancien vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz avait faite à  ce  sujet le 17 août 1982 dans le journal français « Le Monde » se révèle,  plusieurs années plus tard, prémonitoire. En effet, le dirigeant irakien  expliquait avec une lucidité déconcertante et une capacité d’analyse  hors du commun : « Pour que ce plan d’atomisation réussisse pleinement,  il faut s’attaquer à la pièce maîtresse du dispositif, l’Irak, seul pays  de la région qui possède en même temps l’eau et le pétrole et qui  poursuit son développement avec détermination. Il faut donc commencer à  ébranler l’Irak et c’est ce à quoi l’on s’emploie depuis plus de vingt  ans » [Charles Saint Prot, id].

L’invasion de l’Irak le 20 mars  2003 a constitué le début de la recomposition géopolitique du Moyen  Orient. Cette invasion aurait été planifiée bien avant que ne se  commettent les attentats du 11 septembre 2001 qui ont servi de prétexte  pour lancer le plan  Greater Middle East Initiative  [Initiative du  Grand Moyen Orient] que Georges W Bush présente aux huit grandes  puissances [G8] réunies à Sea Island, aux Etats-Unis en 2004. Cette  initiative sur le « Moyen Orient élargi et l’Afrique du Nord » visant à  instaurer la démocratie dans le monde arabe et musulman, après avoir  provoqué la controverse et l’inquiétude parmi certains participants en  particulier la Russie et la France, a fini par être avalisée par les  participants, même si Jacques Chirac avait exprimé de fortes réserves à  l’égard de ce projet américain. Le chef de l’Etat français avait indiqué  que « la réforme ne se [décrétait] pas de l’extérieur » et que « les  pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord [n’avaient] pas besoin de  missionnaires de la démocratie » mais de la résolution des conflits dans  la région.

Le président Jacques Chirac avait attiré l’attention  de ses collègues sur « les risques d’un retour de bâton », insistait le  célèbre journal américain « The Washington Post ». Les Etats-Unis ont  saisi l’opportunité des révoltes des peuples arabes contre « leurs »  régimes despotiques pour mettre en œuvre leur projet d’initiative du «  Moyen Orient élargi et de l’Afrique du Nord ». Des analystes et des  diplomates occidentaux favorables au statu quo, sous prétexte que les  relations internationales sont fondées sur les relations entre Etats,   alertaient leurs dirigeants des « dangers »  à  laisser les peuples  arabes faire tomber « leurs » dictatures qui servent de rempart contre  l’islamisme, arguant qu’en cas d’élections libres les partis de cette  mouvance l’emporteraient très largement. Les néo-conservateurs  américains qui ont ressorti ce plan de remodelage du « Moyen Orient  élargi et de l’Afrique du Nord » que l’on croyait remisé par  l’Administration Obama, notamment après le fameux discours que le   Président américain avait prononcé le 4 juin 2009 au Caire, expriment  leur conviction que le maintien de régimes despotiques au Moyen Orient  et en Afrique du Nord ne favorisait plus la stabilité dans la région et  ne servait plus la sécurité du monde occidental.

La seule  solution, à leurs yeux, est d’exporter la « démocratie » à laquelle  Barack Obama avait consacré un chapitre dans son discours cairote. « Je  sais, avait-il déclaré,  qu’il y a eu des controverses sur la promotion  de la démocratie, pour une grande part en relation avec la guerre en  Irak. Mais je serai très clair : aucune nation ne peut imposer à une  autre un système de gouvernement. Mais cela ne minore pas mon engagement  envers les gouvernements qui reflètent la volonté de leur peuple.  Chaque nation fait vivre ce principe à sa manière, enracinée dans ses  traditions. L’Amérique ne prétend pas savoir ce qui est bon pour tout le  monde. » Après des décennies d’un soutien à des Etats dont l’Amérique  tolérait voire encourageait la dictature pour assurer sa sécurité  intérieure et renforçait son hégémonie dans ces pays producteurs de  pétrole, Washington change son approche stratégique depuis l’attaque des  Twin Towers qui a traumatisé le peuple américain pour préserver ses  intérêts, sa sécurité et celle d’Israël, et neutraliser les populations  arabes et musulmanes lorsque viendra le tour de l’Iran de subir, après  l’Afghanistan et l’Irak, l’agression américaine.

La République  islamique d’Iran qui subit le boycott et les sanctions, demeure, en même  temps que la protection de l’Etat hébreu, l’obsession majeure des  Etats-Unis depuis que le régime dictatorial de Réza Shah est tombé en  1979, et singulièrement depuis la prise en otages de cinquante-deux  américains le 4 novembre de la même année. Washington rompt toute  relation avec Téhéran qui reste, plus de trente ans après, son ennemi  public numéro un et sa cible ultime dans cette stratégie de  recomposition à l’œuvre. L’objectif des Etats-Unis et du monde  occidental est d’abord de gagner la bataille des opinions publiques  arabes qui leur étaient très hostiles pour avoir soutenu, jusqu’à  l’explosion des révoltes, les ordres internes injustes et répressifs,  afin de passer à l’exécution concrète de leur « Initiative du Grand  Moyen Orient ».

La domestication de l’Iran passe nécessairement  par la fragmentation de l’axe Damas-Téhéran-Hizbollah-Hamas et son  isolement à défaut de ne pouvoir l’éliminer. De ce point de vue, le  Liban qui serait, à son tour, déstabilisé après la chute du régime  despotique syrien, constituerait pour Washington et Tel-Aviv la  plateforme de leur projet de recomposition du Moyen Orient selon des  critères ethniques et confessionnelles de la région. Le rapport  israélien « Clear Break » de 1996 portant le titre « Une nouvelle  stratégie pour renforcer la nation », élaboré par « the Institute for  Advanced Stratégic ans Political Studies » réunissant, entre autres  têtes néo conservatrices, Richard Perle, Charles Fairbanks, David et  Meyrav Wurmser, concluait au remodelage de « l’environnement stratégique  » d’Israël, par la « coopération avec la Turquie et la Jordanie » et «  l’affaiblissement, et même en ramenant la Syrie en arrière. »

Saper  les ambitions syriennes que, insiste le rapport, « la Jordanie a  défiées en suggérant la restauration de la monarchie hashémite en Irak. »  Les considérations stratégiques avancées dans ce rapport démontre très  nettement, ce que l’ancien vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz  avait prédit  en 1982, que la pièce maîtresse de l’équilibre stratégique  du Moyen Orient se situe en Mésopotamie, raison pour laquelle les  Etats-Unis et Israël s’appuient sur les Hashémites, comme en 1916, pour  restructurer l’Orient arabe de Lawrence.

Le calcul israélien qui est  aussi celui des Américains, est de contrôler la population  majoritairement shi’ite du Sud Liban pour les détourner de l’inluence du  Hizbollah, de l’Iran et de la Syrie avec l’aide des Hashémites irakiens  qui « conservent, dit le rapport, des liens forts avec les Shi’ites de  Nadjaf. » Comme nous le constatons, le morcellement du monde arabe et  musulman parce que des pays comme le Pakistan et l’Afghanistan sont  également concernés par cette « Initiative du Grand Moyen Orient » qui,  selon le néo conservateur le plus déchaîné Ralph Peters, ancien  Lieutenant-colonel de l’armée américaine, va connaître un « redécoupage  de toutes les frontières », donnant naissance notamment à un « Grand  Liban  au détriment de la Syrie, à une Grande Jordanie au dépens de  l’Arabie Saoudite, à deux Etats : l’un, plus petit, pour les sunnites,  l’autre, plus grand, pour les shi’ites au préjudice de l’Irak, à un Etat  kurde qui comprendrait le nord de l’Irak et une partie de l’Iran amputé  du Baloutchistan. » [Op. cit.  Revue de l’Organisation sioniste  mondiale Kivunim, Charles Saint Prot]. Et s’il advenait, selon cette  nouvelle carte redessinée, l’espace arabe et musulman serait un champ de  conflits ethniques voire confessionnels permanents pour le grand  bénéfice de l’Etat d’Israël.
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