A.C.A.B., un film-choc, « tous les flics sont des bâtards »

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Film nouveauté : ACAB (All Cops are bastards)
Date de sortie : 18 juillet 2012 (1 h 52)
Réalisé par : Stefano Sollima
Avec : Pierfrancesco Favino, Filippo Nigro, Marco Giallini
Genre : Action, Drame
Nationalité : Italien, français

ACAB, où « All Cops are Bastards ”, était un slogan initialement utilisé en Angleterre dans les années 1970 par les skinheads. Rapidement il s’est propagé dans les rues et les stades, propices aux guérillas urbaines. Cobra, Nero et Mazinga sont 3 « flics bâtards » qui, à force d’affronter le mépris quotidien, ont pris l’habitude d’être les cibles de cette violence, reflet d’une société chaotique dictée par la haine. Leur unique but est de rétablir l’ordre et de faire appliquer les lois, même s’il faut utiliser la force…

Sollima choisit ici de laisser s’exprimer flics, fascistes, citoyens lambda. On voit de façon assez cohérente comment s’articule l’idéologie qui pousse les CRS dans une fuite en avant, détestés par ceux qu’ils sont censés protéger, brutalisant des innocents, ayant le sentiment d’être lâchés par un état incapable. Leur rhétorique de droite dure est servie avec beaucoup de justesse. Les policiers se perçoivent comme des héros, des légionnaires modernes ne pouvant « compter que sur leurs frères ». Si le gouvernement est corrompu, ils n’en défendent pas moins une répression de plus en plus dure. La légalité ne compte pas – seul importe ce qu’eux jugent légitime.

VOIR LE FILM INTÉGRAL ICI
https://docs.google.com/file/d/0B9mCrhDb_K-HNEVZSjB0MGgtWUE/edit

A.C.A.B. Quatre lettres et un slogan. All Cops Are Bastards – « tous les flics sont des bâtards ». Et voilà ce célèbre cri de haine international mis à l’écran… Stefano Sollima nous livre un nouveau film ancré dans la réalité de l’Italie contemporaine. Il délaisse les histoires de gangsters et le monde du crime organisé pour celui de la police, et plus particulièrement des celerini (les CRS italiens).

Le contexte est actuel, les évènements récents ayant marqué l’évolution de la répression dans la péninsule sont présents, ce qui renforce le réalisme du film: le carnage aveugle perpétré contre des militants pacifiques à l’école Diaz pendant le G8 de Gênes (en 2001, et pour lequel certains hauts responsables viennent tout juste d’être condamnés), la mort d’un ultra suite à un match, puis celle d’un flic. Mais également les violences racistes ayant visé les Tsiganes après une affaire de viol (qui s’est révélée être une manipulation)…

Le propos du film est simple en apparence. On y voit 4 flics italiens dans leurs œuvres, présentées dès le début avec leurs particularités. Il y a Mazinga, le gars en place, confronté à la rébellion adolescente de son fils néofasciste. Cobra (Pierfrancesco Favino, excellent), le plus violent, l’agité. Négro, en plein divorce avec sa femme immigrée cubaine. Et le petit dernier, Costantini, venant des quartiers populaires. Il est à la fois attiré par l’esprit de corps et la violence, et a du mal à assumer son rôle social haïs, extrêmement brutal – physiquement comme moralement, comme lors d’une expulsion d’immeuble.

Si le film évoque dans ce genre de scène la répression des mouvements sociaux effectuée par les celerini, il se concentre plus par la suite sur d’autres formes de violence, reliées à la corruption, à l’extra-légalité des actions, et surtout au racisme omniprésent.

Quand Mazinga va chercher son fils fugueur dans un concert fasciste, le message de l’extrême droite devient naturellement le miroir de celui de la police. « Fiers d’être haïs »… Les reproches des fascistes, qui se prétendent opposés au « système » et emploient aussi le slogan ACAB, sont finalement qu’ils seraient obligés de « faire le boulot des flics ». Des idiots utiles du système – persuadés comme les celerini d’être de libres combattants luttant pour un idéal. Et au final, la médiocrité, des deux se recoupent, se renforcent. Le racisme quotidien des flics, mais aussi d’une partie de la population italienne, exacerbé par la crise, est montré avec finesse. Ces flics bâtards se cherchent des excuses jusqu’à l’écœurement. Ils passent leurs problèmes personnels sur des innocents, devenant ainsi bon gré mal gré les agents d’une implacable terreur d’état…Face à tous ces discours puants exprimés sans contradicteurs, de façon décontractée et finalement très habituelle, on peut se retrouver déboussolé, le malaise gagne le spectateur. On ne voit finalement guère l’opposition politique à ces idées; c’est un choix du réalisateur. Pourtant, le film, en montrant tous ces salopards dans leurs vies, avec leurs personnalités très humaines, est assez intelligent. « Les faits sont têtus » et très parlants – surtout quand on les rattache à la réalité des évènements.Au final, on passe non seulement un agréable moment devant ACAB, mais qui plus est on le passe devant un film progressiste. Évitant la caricature facile, il nous donne une sacrée claque en nous laissant parmi ces flics fraternels, mais racistes et paumés, ces politiciens conservateurs véreux, ces patrons corrompus, ces fascistes ignorants et manipulables. Un grand moment de cinéma italien bien dans l’air du temps.

Source Feu de Prairie

repris du site de Serge Adam

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