La démocratie piégée

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Les résultats des élections municipales françaises sont une parfaite illustration de l’impasse dans laquelle est fourvoyée la démocratie officielle. Le vote des électeurs a été, de toute évidence, une révision du choix qu’ils ont fait en 2012 lors des présidentielles. Cette année là, ils ont « sanctionné » Nicolas Sarkozy au profit de François Hollande. Le premier ayant mené une politique désastreuse contre les acquis sociaux et les conditions de vie des Français, le second sous le label « socialiste » devait faire l’inverse, en soi d’abord et selon les promesses que portaient son programme et son discours. Il n’a pas fait l’inverse, il a juste repris la politique de son ex-adversaire. Et un électeur en démocratie, telle qu’elle est vécue, a de nouveau réagi en « sanctionnant ». Il s’en remet à celui qu’il a « sanctionné » auparavant, à son parti l’UMP plus exactement et « sanctionne » le sien, le PS plus exactement. Puisque ce sont des élections locales. Le ton est donc donné pour les prochaines législatives et pour la prochaine présidentielle.

A moins qu’un processus inédit, extraordinaire, fasse que soit rompue cette oscillation infernale. Deux analystes ont écrit dans un livre paru en 2006, la société socialiste, que le Parti Socialiste « est devenu principalement une entreprise de conquête de mandats électifs prêt à tout pour gagner ou conserver les postes de pouvoir à tous les niveaux… ». En clair, le PS n’est plus l’expression politique des travailleurs, des opprimés et des laissés pour compte, comme son libellé continue de le faire accroire. Il faut dire que le basculement définitif dans sa vocation se confirme lorsqu’il vote pour le Traité de Lisbonne, adhérant ce faisant au courant néolibéral qui déferle sur l’Europe et sur le monde. Ce vote s’est fait en déni de démocratie. A ce moment c’est l’un des ténors du PS, Pierre Emmanuelli, qui réagit ainsi : « Dans une démocratie, le mode de décision n’est pas une question secondaire. La souveraineté populaire n’est pas une notion secondaire. L’exigence d’un référendum découle du parallélisme des formes et du précédent qui avait conduit le peuple de France à refuser le traité constitutionnel européen. Deux électeurs de gauche sur trois ont exprimé leur refus du TCE…J’appelle les socialistes à respecter la souveraineté du peuple et son expression. Je suis partisan du « non » à ce traité. Je ne souhaite pas me dédire ni renier le suffrage universel. »

Le TCE ou Traité Constitutionnel Européen, repris sous la forme du Traité de Lisbonne, avait été largement débattu et rejeté par les Français en mai 2005. Depuis, le PS n’avait plus d’autre orientation que celle édictée par l’Union européenne, mais il continue de faire « comme si ». Ce qu’on peut observer avec la constitution précipitée de ce « gouvernement de combat », pour donner le change au mécontentement des électeurs. Mais le sarcasme des vainqueurs de l’heure est plus significatif. François Copé, le président de l’UMP peut dire que «ça ne suffira pas» et exiger «une rupture avec le modèle socialiste». Il le peut puisque l’on ne peut mener la politique du Mouvement des entreprises de France (Medef) et de la grande finance et maintenir un sigle qui leur est hostile.

Ahmed.Halfaoui.

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