Au moment où l’opération Serval au Mali se transforme en opération anti-terroriste à l’échelle des cinq pays du Sahel (opération Barkhane) et que l’opération Sangaris en Centrafrique se prolonge au-delà des dix mois initialement prévus, l’ouvrage « Les guerres africaines de François Hollande » fait un bilan de ses deux premières opérations militaires.
François Hollande arrive au pouvoir avec une vision idéaliste de la politique africaine : il souhaite rompre avec les dirigeants africains qui ne respectent pas les droits de l’homme et veut remplacer les interventions françaises par des actions multilatérales de l’ONU ou des organisations régionales africaines. En quelques mois, il s’aperçoit de l’impasse de sa politique en l’absence de plan d’action de ses experts civils et du Quai d’Orsay, de la passivité des pays africains et de la communauté internationale. Seuls les militaires, ayant une bonne expertise du continent, lui proposent une stratégie pour mettre fin au danger la mainmise islamiste au Mali et au chaos politico-religieux en Centrafrique.
L’ouvrage explique les origines de la déstabilisation de ces deux États faillis, les modes d’action des acteurs politico-militaires et la stratégie militaire française. L’ouvrage ne cache rien des difficultés de ces opérations sur le plan politique (les critiques de la droite et de la gauche), diplomatique (le rôle ambigu de l’Algérie et du Tchad), juridique (la question de la légalité des interventions), financière (le coût de la reconstruction par l’Aide française au développement) et matérielle (les difficultés en terme de logistique de l’armée).
Gregor Mathias dresse un bilan sévère de 20 ans de politique africaine qui s’est caractérisée par une démocratisation forcée des pays africains francophones qui se sont transformés en des régimes en apparence démocratique et au fonctionnement semi-autocratique, comme l’a montré la situation au Mali, qualifié autrefois de « vitrine de la démocratie ». Le multilatéralisme diplomatique (ONU, Union africaine, organisations régionales africaines) et militaire (l’entraînement des troupes africaines dans le cadre du plan Recamp) a révélé ses limites lorsqu’il a fallu agir rapidement, comme au Mali ou mettre fin aux chaos et aux massacres, comme en Centrafrique.
La faillite économique du Mali et de la Centrafrique, l’échec de leurs élites politiques, les enjeux de la reconstruction de l’administration et de l’armée, les incertitudes politiques concernant les sécessions possibles du Nord-Mali ou de l’est de la Centrafrique sont les signes qui montrent que l’armée française est bien loin de se désengager de ces deux pays, comme l’ont montré dans le passé les opérations Épervier au Tchad et Licorne en Côte d’Ivoire.
Thomas Flichy de la Neuville

























